‹ Histoire de la Martinique, depuis la colonisation jusqu'en 1815; (volume 2)Chapitre 14 sur 18 · PAGE · texte numérisé non relu

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Voici IV't vîiiologie ([\w. tloriuc du mol nni/r(ffi y Bryan Edwards, dans seo histoire des Iades*-Occidentales ;

Ce mot signifie parmi les Espagnols de l'Amérique, selon M. -Long, chasseur de cochons-: les bois abondent de porcs sauvages, et la principale occupatiou des esclaves iugitils est de donner la chasse à ces animaux. Hiarrano est le mot espagnol serrant à désigner un petit cochom L'Encyclopédie présente une autre racine. Ce terme \ iejit du mot espagnol Sémaron qui signifie singe. Les Espagnols crurent ne devoir pas faire plus d'honneur à leurs malheureux esclaves fugitifs , que de les appeler s]nges,parcequ'ilsijeretiraient,conmie les animaux^ aur fond des bois et n'en sortaient que pour cueillir les fruits -qui se trouvaient le plus à leur portée,.

JUSfOllU: l>li LA MARTlMyLE.

(d) Page 187.

Kxtudt du Père du Tertre^ tome 2, pai^c 356 et

suàa/i les.

> Comme dans les siècles passés pluBÎeurs ont crû que Tair de la zone tonide n'estoit, sil faut ainù dire, composé que de feu^ de flammes et d'ardeurs ; que la lerre qui est dessous, u'estoit qu'un désert aifreux» si stérile et si bruslé, qu'il nesenroit qu'à enseyelir ceux qui le Touloient habiter, que toutes les eaux y estoient chaudes , croupies et envenimées : en vn mot , que r'estoit plutost vn séjoun d'horreur et de supplices , qu'une demeure agréa* ble et charmante. De mesme, à ce -seul mot de Sauvage , la pluspart du'monde se figure dans leur esprit vue sorte d'hommes barbares , cruels , inhumains , sans raison , contrefaits grand comme des géants , yelus comme des ours : enfin , plustost des monstres que des hommes raisonnables, quoy qu'en vérité nos Sauvages ne soient Sauvages que de nom, ainsi que les plantes et les fruits que là nature produit sans aucune culture dans les forests et dans les déserts, lesquelles quoique nous les appelions Sauvages, possèdent pourtent les vrayes vertus et les propriétés dans leur force et leur entière vigueui*, que bien souvent nous corrompons

par nos» artifices 9 et altérons beaucoup , lors qûe nous les plantons dans nos jardins.

» Or, comnic j ay fail voir que l'air de la Zone torride est le plus pur, le plus saiu et le plui» leiiiperé de tous les airs , et que la terre y est un petit Paradis terrestre toujours verdoyant, et arrousé des plus belles eaux du monde : il est à pro]>us de faire voir dans ce traite » que les bauvages de ces Isles sont les plus conteils, les plus heureux, les moins yicieuEy les plus sociables Jes iftoins contrefaits et les moins louruientez de maladies de toutes les nations du monde. Car ils sont tels que la nature les a produits , c'est-à-dire, dans une grande simplicité et naYfveté naturelle : ils «ont tous égaux, sans que Ton connoisso presque aucune sOrte de supériorité ny de servitude , et à peine peut-on reconnoistre aucune sorte de de respect, .mesme entre les' parens, comme dn fils au père. Nul n*est plus riche, ny plus pauvrç q^son compagnon, et tous vnanimement bor* nent leurs désirs à ce qui leur est vtile, et précisément nécessaire , et méprisent tout ce qu'ils ont de superflu , comme chose indigne d estre possédée.

» Ils n'ont point d'autre vestement, que celui duquel la nature les a couverts. On ne remarque aucune police par eux : ils vivent tous à Ivur liberté boivent et mangeuL quand ils ont faim el soi! , ils travaillent et se reposent quand il leur plaist : ils

296 HISTOinK D£ LA MARTINIQUE.

a ont aucun soucy, iv ne dis pas du ieudemainy mais du desjeiiner au disner, ne peschant ou ne chassant cfue ce ce qui icur est précisément nécessaire pour le repas présent, sans se mettre en peiuc de celuy qui suit, ayniant mieux se passer de peu , que d'acheter le plaisir d'une bonne chère avec beaucoup de travail.

» An reste, ils ne sont nv velus, nv conlreiails; au contraire ) ils soui d'vne belle taille, d'vn corsage "bien proportionné, gras, puissans, forts et robustes , s! dispots et si sains , qu'on voit communément parniy eux des vieillards de cent ou six vingts ans, qui ne sçavent ce que c'est de se rendre ny de courber les épaules sous le faix des vieilles années, et qui ont fort peu de cheveux blancs, et à peine le front marqué d'une seule ride.

» Que si plusieurs ont le front plat et le nez camus , cela ne provient pas d'vn défaut de nature , mais de l'artifice de leurs mères, qui mettent leurs mains sur le iront de leurs enfans pourraplatir et l'élargir tout ensemble , croyant que par cette imposition de mains, ces pauvres petits reçoivent toute la heaulé de leur visaii^e : et | aice que cette première ligure imprimée dés la uaisqance de l'enfant changerait avec l'âge, les mères tiennent fort souvent leurs mains appliquées dessus le front de leurs petits, de peur qu'elle ne (?hange.

HISTOIRE DE LA HiRTINIQUE. 29.7

» Les Chassieux , les Chauves , les Boiteui^ et les Bossus, y sont trcs^rares. II s'y rencontre peu de

frisez, mais pas un seul qui ait les cheveux blonds on roux, haïssant extrêmement ces deux sortes de poil. La seule couleur du cuir les distingue d^avec ntfus ; car ils ont la peau hazanée comme la couleur d'olive, et mesme le blanc des yeux en tient un peu.

» Plusieurs t>nt asseuré que cette couléur ne leur estoit pas naturelle, et que; naissans blanc^comme les Europeuns, il no devicnncul ainsi bazanez qu a force de se peindre et se frotter de Roûcou. Mais une preuve manifeste de la fausseté de cette proposition , est que nous avons quantité d'enfans Sauvages parmi nous , sur lesquelles on n a jamais appliqué aucune de ces couleurs, qui néantmoins ne laissent pas d'estre bazanez comme les autres.

» Ils ont le raisonnement bon, et l'espriL aiilauL subtil que le peuvent avoir des personnes , qui njpnt aucune teinture des lettres, et qui n'ont jamais esté subtilisés et polis par les siences humaines, qui bien soum ut en nous sublilizaiit l'esprit, nous le remplisseut de malice : et ie puis dire avec * vérité, que si nos Sauvages sont plus ignorans que nous , qu'ils sont beaucoup moins vicieux , voire mesme qu ils ne scavent presque de malice que ce que nos Fraïu^ois leur eu appreniieut.

» Ils sont grands rêveurs, et portent sur leurs vi-

298 UISTOIRH DE LA MARTINlQtlE.

sages une physionomie triste et mélancolique. Ils passent des demy-journées entières assis sur la

pointe d'un roc , ou sur la rive , les yeux fichés en terre ou dans la mer, sans dire un seul mot. lis ne sçavent ce que cest de se promener^ el rient à ])leitie teste, lors qu'ils nous vôyent aller par plu-* sieurs fois d un lieu à l'autre sans avancer chemin, ce qu'ils estiment pour une des plus hautes sottises qu'ils ayent pu remarquer en nous.

» Us Bc pi quent d'honneur, mais ce li'est qu'à notre imitation , et depuis qu'ils ont remarqué que nous avons des personnes parmy nous , auxquelles nous partons beaucoup de respect et déférons en tout ils sont bien aise d'en avoir de semblables pour Coin|)('r<'s , c'est à dire pour amis, desquels ils preniieul eu mesuic temps le nom, pour se rendre plus recommsindables, et leur font porter le leur, et taschent aussi pour cette mesme fin de les imiter en quelque chose.

. » Yn jour un des plus anciens de la Dominiqfie, nommé Amichon , ayant veu Monsieur le Gouverneur de la Martinique , avec un grand mouchoir à la matcloLc , autour de son col, que nous appelons communément aamiiei il crû^ avoir chez soy de quoy se faire considérer, en imitant son Compère, c'estoit le lezé d'une vieille toille, d'une voile de chaloupe, de laquelle il se ût deux ou trois tours au col, laissant pendre le reste devan* soy. 11 vint

HISTOIRE DE lA BIAItTINIQUE. 299

à la Guadeloupe çn cet équipage » où il appresta à rîre à ioiis ceux qui le virent ainsi ajustée le nî*enquis bien sérieusement de lui, pourquoy il s'estoit ain&i occomodc ^ il me répondit d'un ton fort graTC* et sérieux^ que c'eatoit coiiime son com^' pere du-PaVquet, Mais en vérité , quelques fi^ands désirs qu'i|s ayent d'estre honorez, .ils n'ont pas de point d'honneur que l'intérest du petit dousteau^ d'un grain de cristal, d'un verse de vin ^ ou t/e brusle ventre^ (c'est ainsi qu'ils appellent l'eau-dcvic) ne leur fasse fouler aux pieds.

» Ils sont d'un naturelbenin 4 doux , affable 4 et compatissent bien souvent , mfsme jusqu'aux larmes, aux maux de nos François , n'estant cruels qua leurs ennemis jurez4

» Nos Sauvages sont remplis de -tânt de réireries touchant leur origine, que ce n'est pas une petite difliculté de tirer mesmc une vrav-senihlanee de la diversité de leurs rapports. Toutefois^ parmy tant^de diffiêrentés opinions, tls ont tous cette croyance qu^ils sont dëcendus dc^s Galibts , peuples qui demeurent dans la terre ferme , et (jui sont leurs plus proches voisins : mais ils ne peuvent dire ny le temps ny le sujet qui les a portés a quit^ ter leur terre natale, pour s'épandre dans dra Isles assez reculées; ils asseurenl seuiemenl qu(^ leur premier pere nommé iialinago^ ennuyé de vivre parmy sa nation , et désireux de conqucsier

300 tllSTOlKE DE LA MARTIMQIE.

(le nouvelles toiTCS, fil embarquer loiile sa famiHt% et après avoir vogué assez longtemps, qu'il s'eslahlit a la Dominique (qui est Uneisle où* les Sauva* ges sonf en assez grand nombre) mais que lés enfans perdanl le respect qn'ils dévoient à leurpefre, luy donnèrent du poison à boire ^ dont* il mourut ; de telle sorte qull changea seulement «de figure , et devint net poisson épouventable, qulls appel* lent Atndoman^ et qui vît encore aujourd'hui dans la rivière. Cette métamorphose n'est approuvée . que des plus simples ^ les autre» resttmant «ne pure rêverie;

» Mais comme rbn nesrâuroîlrîen tirer de relie fabte, qui nous puisse pleinement satisfaire sur cette matière, il faut que le lecteur se conténte de ce que nous en a donné le R. Pere Raymoiid dans scm Dietîonraîre r car îe ne crois pas qu'il y ayl présentement personne dans l'Europe , qui en ayl de phis çer* taine connoîssance que luy, ayant pas&é une benne partie dé sa vie avec ses Insulaires , desqfiels il a appris tout ce que Ton en peut scavoir. Voici srs propres paroles : «l'ay enlm appris des. capitaines » de llsle de îa Dominique que les mots de Gali^ » ^/jret de Caraïbes ^ estoient des noms^que les Eu- ••v ropéanis leur avoient donniez, et que leur v^rita- » ble nom estoit Qtliinaga, qu'ils ne se distîn- » guoient que par ces mots Oubaohànam , Boloué- » ùoiium , c'est-à-dire des Isles, ou de terre ferme :

P^ed by

iiiSTOini: ou la martiniqur. ^1

• qiif^ les Insulaires esloient des Galihis de terre » Icri^e, qui s'estoienl détachez d» continent pour » conqucker les Isle», que te Oapitaine qui les

• avoit conduits estôit petit dif corps ^ nfais gradtd » en courage . qu'il niangeoit peu et beuvoit en- » core moins, qu'il avoil exte rminé tous les nalu-

• rel$ du -'pais à la réserve des femmes^ qui ont » toujours gardé quelque chose de l^r lang'ue^ » que pour conserver la nicruoire de ces eoiH[ues-^ > tes, il aToit fait parler les testes dés ennemiâ (que » les François ont trouvées dans les rochers qui » sont sur le bord de la mer, afin que les pères » les fissent voir à leurs enfaiis^ et succe^itemenft » à tous les autres qui descendroicnt de leur pros^ 1» térité; Us m'ont dit quf'ils avoient eu des Roys , » que le mot Aboûyou estoît celuy de ceux qui » les portoi<"nt stir leurs épaules ; et que les Caraï- » bes qui aboient leur carbet au pied de la Soui^ » M&cede ia Dumimqaey au de là d/^Antichon^ rs-^

• toient décenrdus de ces Rois.-'* Mats te bon Pere ne s'est pas enquis d'eux du temps auquel avoit cessé cette Royauté, qui étoit une chose digne d'es^ tre sçuêe. *

* L'on peut adjouster deu^ on trois chose* , qui . font voir clairement, que ces peuples sont décendus des Galibis : dont la première est la traditmn commune de tous les Sauvages qui le ciroyent ainsi, et qui asseurenl que les Galibis leurs ancïpslres ,

«^02 lIKSTOinE DE LA MARTIMQLB.

vinrent dand les siècles passess combaltre les ïgfiei'éSf qui cstoient les nalui cls du i>ays.

» • Le seconde chose, qui le confirme , et de laqtielle nous parleibns ailleurs , c*e6l la diversité du langage des hommes et des femmes , qui dure encor aujourd huy; car ils disent que cçtte diversité a pris son origine dans le temps de isette conqueste, dautant que les Galibis ayant tûé tous les masles de ces Isles, et^'ayanl réservé que les femmes et les iiiles auxquelles ils douiiercut de jeunes hommes de leur nation pqur maris» les uns et les autres consierverent leur langage originaire. A quoy si vous adjoustez la conformilc de religion, de mœurs et jdc langage, il n'y a pas lieu de douter, qu'ils ne tirent loor origtno des Galibis de terre ferme.

» Au commencement, que l'Isle de la Guadeloupe fut habitée , c'estoit un bruit commun parmy les Sauvages «t les vieux habîtans François , qu'outre les Sauvages qui estoient les maistrcs des Isles, il y avoit encore duus les montngnes quelques Y^^neris qui estoient restés des premiers habitans , c^uc les Galibis avoient massacrez, lesquels en décen* doient quelquefois furtivement, et leur faisoient beaucoup de loi t, mais nos cliasseurs qui en ce temps traversèrent l'Isle de toutes parts, n'en ont jamais eu aucune connoissance.

» On disoil de plus que peude jtemps avant le pre-

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mier voyage que le Reuer. Pere Raymond fiVaux SauYaîTrcs , ces prctciidus Yt^nctis a\ oient &ui|)iis uuo puUtc Kégrc esclave, et après iavoirécorcliéc , avoîeat revêtu un arbre de ia peau s et cette cruauté inhumaine ayant mis no6 Sauvages dans iafiircuu, ilsestoientassemblcés en nitsiiie temps, et que griuipaut par des rochers iuacessiblos^ ils estoient arrivés à une case qu'ils avoient investie aus* si-tostque les assiégés qui n'estoient qu'un homme^ tine femme el \m petit ciidiiit, après quelques foiblés rcsisCancQsavoieat esté pris : queicmaryavoit esté rosty etmangéfttlafemme faitecsclavcavcc son enfant. Cinq ans après ce mesme Porc y était retourne, il apprit qu'il y avoit eu une dét ente de ces montagnars, qui avoient mis le feu dans quelques cases de leurs ennemis, et qu'après s'estre chargez de butin, ils avoient fait leur retraite dans leurs habitations. Celle nouvelle irrupliou ayaul donné lieu au Pere de s'enquérir de nos Sauvages > s'ils croyoient que ces gens qui faisoient les décentes fussent encore de véritables Ygnr.ris : ils répondirent que non, et que ceux qui vivoient dans leurs montagnes estoient des esclaves fiigitifs, appelez AUoûagttes , qu'ils avoient pris dans la guerre , lesquels redoutant une servitude honteuse, et saisis dap- ])réheusioa d'estre mangez, avoient gagné les bois et les montagnes où ils auoîcnt multiplié , parce qu'ils avoient leurs femmes.

HlSiOiKË p£ liA MARTINIQUE.

Monsieur dn-Pai ([uo! , Liriilcnant général' pour sa Majesté dans la Martinique , m'a asseuré que les Saiiyages de cette Isle auoienf trouvé dans des cATernes certathes idoles de coton *m Ibrmc d'hoiiinies , ayant des grains de savonctles au lieu d^yeux, et une espèce de casque faite de coton, sur la teste : ils asseurôient que -c'estoient les Dieux des Ygnerrs qu'ils a voient massacrez , pas un Sànvage o'osoit entrer dans cette caverne, et ils tremblok*nt de crainte lorsqu^ls en approchoient.

> Ge Seigneup en estant auerty, y envoya de ëes habitans, avec ordre de prendre ces Idoles, et de les apporter chez luy : niais les Sauvages i ayant

sceu, furent saisis dWe telle frayeur^ et dirent tarît de ^chôses'à ces habitans/ qu'ils leur commu*-

niqnerent leur crainte : de sorte que les deux pre- ^liers qui mirent le pied dans cette caverne s'éyanoûirent, d'OÙ on les rapporta à demi-morts, et les autres n*bserent passer plus aviint. Quelque temps après il y onuoya des gens plus h ndis, fjui sans en parler aux Sauvages y entrèrent , et les enlevèrent secrètement.

» Ces Idoles (\arent cause d'une plaisante avanture qui arriva à un Capitaine de saint Malo : car Monsieur du-Parquet les ayant mis dans une caisse, la donna à ce Capitaine sans lui dire ce que c*e8toit, et hiy commanda d'envoyer cette caisse à feu Monsii^ur le duc d Orléans, avi*c des lettres qu'il

NISTOIit£ DE LA MARTiNfQIJS. â05

liiy ddnna pour ce Prince. Ce pauvre Gapîtain», ayant esté asisez^ mal-heurenx pour estre pris par une i'regaUî du saiul Sebastien, il fut n\cné en 'Ë8pagne, Jbs Idoles ayaat esté trouvées, il fat mis à rinquisiUon, et il eiist infailliblement expérimenté les rigueurs dues à un Sorcier, si les lettres que Monsieur du-Parquet, escrivoit à âon Altesse Royale, n'eussent découvert son innocence.

» Ils font aussi certaines petites statues de bois , c[u'jls discal cîjLre drs figures des Maboyas, qui leur ont, apparu eu les mai-lraitant , ils les portent pendus ù leur -col, mais c'est piustost pour arrôster ou au au moins diminuer les outrages de ees cruels tyrans, que par aucune iucliiialioii qu'ils ayeut iic leur rendre aucun cuite, Pour en parler sainement, tous ces devoirs que les Ichéiris aussi bien que Ics^Maboyas exigent d'eux par leurs Hnyez, sonl pliistost de viues îmilalions de ce qui se passe au sahat des Sorciers, que des actes d'unevéritable religion : et le P. Raimoild dit dans son Dictionnaire^ qu'ils rejettent toutes les causes des maux qui leur arrivent sur les Dieux des iiujez^ sur les Maboyas et sur les Sofciers,- qu'ils craignent plus les premiers qu'ils ne les aiment, qu'ils haïssent les seconds , et se vengent bien souvent des troisièmes avec fort j)eu de raison.

» Quand il se fait, une éclipse de Lune, ils s'imaginent que Mabôya la mange, ce qui fut qu'ils

i^UU HISTOIRE 1>£ LA MAU11M(^>LL.

dansent toute la nuict, tant les jeunes i|ue les plus

âgez, lç8 femmes qiic les hommes, sautelaut les deux pieds joints, ui^u miiia sur la teste, et l'autre . derrière le dos saiis chanter i mais jettan^de temps en temps dedans rairc^rt^ns cHslugubres-etépou- YCiUables. Ceux qui ont une fois commencé à danser, sont obligez de continuer jusqu'au point du jour,^ sans oser quiter pour quelque nécessité que ce * lioit. Cependant une fiUe tient en sa main une calebasse , dans laquelle il y a quelques pclitâ cailloux enfermez, et en la remuant elle tasçlie d'accorder sa Yoix grossière avec ce tintamare import^n. Cette danse est dîflS^rente de celle qu41s font quand ils s'enyvrent, parce que IHine procède de superstition, et l'autre de gaillardise.

9 11 faut aussi rapporter à une sorte de superstition les jeusnes qu-ils observent pour divers sujets: quand une fille a atteint l'âge de puberté, quand |iti garçon entre dans l'adolescence, quand les enfins ont perdu leur pere , ou leur mère, quand un mari a perdu sa femme , ou bien la femme son mari , quand iU onttué quelques-uns de leurs ennemis dans la guerre , mais surtout quand ceux qui sont nouvellemet mariés ont un garçon pour leur premier enfant, car c'est là le ])lus solennel de luui*8 jeusnes, ils passent quelquefois cinq o^ six jours sans manger, ny boire : d'aptres plus robustes se contcnlent pendant neuf ou dix jours d'un

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HISTOIRE DK U MARTlSiqUH, 307

peu do paio ef d'eau , el s'ils ne faisoiont ces rigou^

relises absliuences, H* seraient ^en\is po^r des lasçhes.

• 11 faut encore mettre au nombre de leurs superstiiions, Fabstinenco qu'ils , fo^t de sql» de la

cJiaii de Porc, de Torliie, de Lamenlins, de graisse y d'œuis» et dti quantité d'aniiuaux qui auroient passé potir immondes en la loy de Moïse : et cela avec leur oonstuine d'espouser leurs cousines germaines; et que les cousins lils de deux frères s'appellent frères » qu'il n'ont point de surnoms, et qu'ils disent , con|n|unément un tel, fils d'un tel, conime les luift; a fait croire qu'ils estuieiU descendus des Juifs ; mais ils ne rendent aucune raison , qui fasse conneistre qu'ils pratiquent toutes ces coustumes par aucuns motife de religion, de sorte qu'il n'y a pas lieu d'en tirer aucune conséquence.

• Ils croyent l'immortalité do l'ame, mais ils tie* nent que chaque persone en a trois : une au çoeur, une i Irlc; et l'aulre au bras. Celle du cœur, qui se manifeste par ses batlcmens, va, disent-ils, droit au Ciel après la mort, pour y estre hien4ieureuse : celles du bras et de la teste qui se manifestent par le liattement du poulx, et par le mouvcmeut des artères, deviennent Maboyas, c'cst-à* dire , esprits malins, auxquels ils imputent tout ce qui leur arrive do sinistre et de funeste.

iM)8 HISTOIRE DE lA ^AltTlNlQDE.^

» Gomme 4^^'^ nMurecorrompiMi par lepo* ché de nos preiçier& pei es , les lois- qnt esté absoliinieiit nécessaires pour rsclaircr la raison , et la laire marcher sûns erreur dans les droits sentiers de la>vé(îlé , jl ne se faut pas estonner si la' nais* saiice, la vie et les . mœurs, de nos Sauvages, qui, sont privez de ces belles htniieres, ne sont rem-» plies que do superstition , d'erreurs et de sottises, qui en donnant matière de risée ^ tirent en mesmo temps les larmes des yeux, dot ceux qui ont des véritables seiilimens Chresliens.

Celle de leurs sottises qui me choque davantage est ttne jAtperstitioii que les liommes pratiquent à la naissance des enfans. Les l'emmes enfantent avec peu de douleur, et si les travaux sont rudes eu. quelques-unes , elles les sçavent soulager par la iracine d'un simple , qui a une admirable vertu pour céteirel. l'en ay parlé au Traité des Plantes, chapitre premier, paragraphe quatriesme. Et tant â en faut^u elles fassent toutes les fafonsdes femmes de rJSnrope , l'enfant n'est pas. plustost au monde , r{u après l'avoir lavé et» mis dans son petit lict de ^oton, elles travaillent dans la Case, comme si rien'he s'estoit passé à leur.endroit; et comme si le mal de la femme avoît passé jusqu'au mari , il com*

meace à sr plaindre.

» Lorsqu ils veulent faire un de. leuis garçons

Capitaine , ou ie mettre au rang de ceux qui peuvent

liiSTOlAB DE 4Jk SI ARTIKIQtK. 309

aller à la ^fÊ^m* Le garçon se munit «yielque tems auparavant, d'un certain oiseau de proyc apelé

Mftiicefentl, lequel il nourrit jusques au jour destiné à cette çprcmonié^ leifuel estant v^uu» le Pere înTÎte les plus signalesi et les plus ancien^ de ses amis, lesquels estant assemblez, il fait seoir son fils sur une .sélelte, cl après l'avoir- encouragé à es Ire genereuK dans les combats» et â se vanger de ses. ennemis , il prend Toyseau par les pie<]^ , luy brise et écrase la teste stir celle de sort fils : et quoy qu'il 1 étourdisse presque des coups qu'il lui donne, il ne faut pas qu*il fronoe seulenient |e sourcil » dû veut passer pour genereuiL soldat. Gela fait, le Pere broyé, et froisse tout le corps del'oyseau, le met tremper dans de l^au avec quantité de pinienl y et après avoir découpé la peau de son iUs par toutes les parties de son corps j et après l'avoir lavé avec cette eau |)imentéc, il luy donne le cœur de ce MatictfenU à niaiiger, afin» 4 ce qu'ils dîseut» quU aye plus de courage, •

» Gela fait, on luy pend un lict de coton au haut de la Case, dans lequel on le couche tout de son long, et il faut qu'il demeure là, sans boire ny manger, ny remuer aucunement, jusqu'il ce ifu'il n'en peuve presque plus i car ils croyent fermement que si dans ce temps il se (-ourboil . qu il denieureroit dans cette posture le reste de ses jours. Quand le fils a passé par cette estamino , qui est si

510 HISTOIRE DE LA* HiRTWlQUK.

riidc que quelques-uns m mcurcnl, il passe paur valeureux soldat, quoy que bien souvent oc ne soit qu'vn lasche. '

.... » Quoy qu'on dise que les Indes sont le Paradis des^femoies , cela n'a lieii que pour nos françoises; et si ce n'est pas sans exception, comme nous dirons dans son lieu : mais pour ce qui regarde les femmes des Sauvages , elles sont plustost les esclaves de lèurs^aris que leurs compagnes : car elles ne sont jamais oisives. Dès qu'elles sont levées elles se vont baigner, puis elles préparent le bouillon de leurs maris, qu'elles font avec quelques bananes bouillies, et après leur en avoir fait prendre une graiulc éculée, elles se mettent à ])eip^nerct à ajuster leurs cheveux, et à les peindre de roùcou. Gela achevé, elles mettent la main à la paste; et travaillent à faire du pain pour le des-jeuner (car elles n'en font qu'au jour le jour) puis elles iont cuire ce que leurs maris ou leurs enfans leur ont apporté de la chasse ou de la pesche, et le leur apportent quand il est cuit, avec de la Gassave; mais il n'est pas vrai qu'i^lles soient obligées d'aller quérir la venaison , ou ce qu'ils ont pesché jusques dans le bois, ou sur le bord de Tean , comme dit le sieur de Rochefort.

Apres cela , elles s en vont cultiver leurs jardins ot labourer la terre avec un gros baston pointu, qui est comme un épieu et ne se servent point du

III8T0I1IE DE LA. HARTINIQl'E. 811

tout de 110& houes. EUes ont aussi lu soin de planter les vivres , do les cultiver, d'arracher le ma*nyoc , le grater, le presser, le passer, et le faire cuire en cassavo, et de faire le oiiycoii dans leur grande assemblée. A quoy il faut ajouster le soin et la nourriture de leurs enfans. Celles qui demeurent à la Case s'occupent à faire des Uts de coton , et y consument presque autant de temps que leurs maris à faire leurs pirogues. Elles s'occupent aussi à exprimer des huiles de Covaheu et de Palmiste, pour graisser la teate , et les cheveux de leurs maris. Et il faut observer que ce seroiL une infamie à un homme d'avoir touché le travail d'une femme.

» Le soin qu'elles ont de traiter les malades , et de penser les blessez, leur a acquis une connoissance merveilleuse des simples, avec lesquels elles gué- • rissent une infinité de maux»

» Il fau t un peu modifier icy ce que j 'ay avancé

dans le premier paragraphe de ce Traité : sçauoir que les Sauvages u'out aucun veslement que celuy dont la nature les a couverts :.car il est très-ccr^ tain qu'ils ont presque tous les jours un bel habit d'ccarlate, lequel quoy qu'aussi juste que la peau , ne les empêche n'y d'estre veus comme s'ils n'avoient rien , ny de courir. C'est une certaine peinture qu'ils appellent Roâcou , qui est dissoute avec de l'huile, qui seiche comme de riinile fie lin ou de noix. Les femmes ne manquent pas tous le»

312 uisToiHK I)t: la martink^liî.

matins, lorsqu'ils se doivent trouver aux assemblées })iil>liqiies , mais principalement qu. mil ils doivent lairc voyage, de leur donner au lieu de chemise blanche, un justc-au-€orps de cette peinture, depuis Idt pîante des pieds jusqu'au sommet de la teste.

» Plusieurs adjoustent polir rehausser cette couleur, de grandes^ moustaches ndires rCicoquillées , et des cernes de mesînc couleur autour des yeux , quelquelois ils se bariolent tout le corps de rayes noires; de telle sorte qu'ils sont aussi laids et horribles, qu'ils s'imaginent estre beàilx.

» Nos Religieux qui portent des habits blancs , ne perdent jamais rien auprès d'eux, quand ils ont un habit neuf ; car ils attrapent souvent quelques pièces de leurs habits , qu'ils ne sçauroient cacher. Par tout où ils se frottent ou s'asseoient , ils y laissent toujours de leurs marques.

» Ils ont tous les oreilles , la lèvre d en-bas , et

Tentre^d'eux des narines percez , ils passent dans lentre-deux des narines de lonc^ues plumes do Perroquet, qui leur servent comme de moustaches : aux((uelles ils pendent quelquefois de petites lames de cuivre larges comme roiiql(\ Ils se passent des aiiit cous dans les trous des oreilles, et des épingles dans les trous de la lèvre.

» Ils portent à leur col de grands coliers , qui leur pendent jus(pies sur l'estomach. Ces coliers

sont orclinaircn^cnt faits 'de dents d'Acauty, .de dents de^hats- el de dents de Lébparrds quj soift proprement ajustées dans dés tresses de coton ; ils portent aussi pendus à leur col des billets , (|u ils font des os de leurs eimenris. . ^

» L'ornement duqncâ ils font le plus de' cas sont le Caracolis., ou Coulloucoii , qui sont ccrlarnes lames d'un metailf qui est une sorte d'or de bas aloy, lequel a cette {propriété de nesire point susceptible du verdet n} de la rouille. C'est ce qui lail cjuo les Sauv.tges l'out en grande estime, et qu'il ny a que les Capitaines, ou leurs euians qui en portent*

* » On a crû quecesCaracolis pro^enoi'entdensle

d'iïispaiiiola , autrement SainL-Doriiin^ie : mais les Sauvagc«s asscurent le contraire, et disent qu'ils les traitent avec leurs ennemis, qu'ils appellent Âlloiia^ues , par le moyen de quelques intelligences qu'ils pt ciliquent parmy ceux de cetlo nation, qui leur eu l'out présent, en reconnaissance de ceux qu'ils reçoivent réciproquement d'eux. De sçavoir d'oà ces AHoûagues les prennent, c'est la difTiculté; car ils disent que les Dieux qu'ils adorent, lesquels font leur retraite dans des roehers sourcilleux y et dans des montagnes inaccessibles , leur donnent pour les obliger à porter plus d'honeur, el une j>lus grande révérence à leur souvc^rainelé. S'il est vray, ie m'en rapporte, il se peut

Mh HIST01BE DE LA MiRTINIQUE.

' faire pour lanL que le ctiaMo abuse les iuibles e&pi ils de cci ignorana par céi artifice. Quoy qu*îl en soit, CCS Caracolis soiit tres-o^res pamiy. eux , et ils les apportent cUi la ivivc Ibrine.

> Usportçntclesbraâscletsdcrassadeblanchc,

toges comme la main, non pas au poignet , mais au gros du bras^ proc^he Fespaule } ils en ont autant aux jaail)os au lieu de jarretières.

» La coifture des femmes est semblable à celles des hommes^ hormis «qu'elles n'y fichent point de phimes, et ne portent iamais dé couronne : mais elles fichent les plus beaux peignes qu'elles ont dans leurs cheveux , et il semble que ce soit une huppe. Elles se peignent de roûcou comme les hommes, et portent aussi des brasseîcts comme eux, non pas au gros du bras, mais au poignet. Elles portent des coliers de diverses pierreries , comme de pierre verte, d'ambre, de cristal, et de rassade. Ten ay vcu qui en avoient plus de six livres pesant pendus au coL

» Quand elles doivent paroistre dans leursgrandes assemblées, elles se font dés ceintures tressées de fil de coton, et de chaiues de rassade blanche où elles pendent eu diuers endroits de petites trousses de six ou sept chaisnons de rassade, longs Comme le doigt, et grand nombre de petites sonnetcs, afin fl<' Çmiv plus de bruit en dansant.

.«..4» Le Pere Uaymond asseure, queu dix ou

ans il n'en a haplisé que quatre, et encore que c'estoient des gens tout proches de la mort, le seay de science certaine, que les RR. Pères lesuites qui 8*yemployent maintenant, plus que les autres Missionaires , vu usent de la sorte.

» Ce pauvre Sauvage estant doiic venu eu

France , après s'estre sauvé du naufrage que fit le ▼aisseau , où estoit le Pere Goliard , qui amenoit ce jeune garcoi], il Tut conduit à i'aiis, v\ reçu dans le Couvent des RR. Pères lacobins de la ruë neuve saint Honoré , où durant près de dix mois on travailla à Pinstruire des mystères de nostre sainte Religion . après quov estant tombé malade, comme il lut abandonne des médecins» et à l'extrémité , l'on crust qu'il falloit luy donner le S. Sacrement de Baptesme : c'est pourquoy on lui demanda s'il ne vuuloiL pas bien le recevoir et mourir Chrestien ; ayant répondu qu'oûy , comme l'on se mettoit en devoir de le baptiser, il montra bien qu'il n'estoit pas si peu instruit que le sieur de Roche iurt veut dire , el qiCil auoit bien compris le Mystère de la Religion Chresiienne : car il fit connoistre qu'il sçavoit bien que ce Sacrement ne se réïterôît pas , disant qu'il croyoît que le Pere Goliard l'avoit baptisé dans le naufrage , et qu'il lui avoit jetté de Peau sur la teste : mais que cela s'estoit fait si viste, qu'il ne s'en douvenoit pas parfaitement, mais pourtant qu'il vouloît mourir Chrestien

310 illSTOlHJî DE LA ilAKnMQLJÎ,

c'est ce qui ol)lig('a le feu R. P. Joseph Roussel, Religieux d'une probité et d'une prudence assez connues dans Paris , pour ne faire pas les choses à la légère , de ne le baptiser que sous condition. Voilà simplement comme la chose se passa , en présence de trois ou quatre Religieux , dans l'une des chambres du Couvent « où MaraùoUis estoit malade , et â quoy se réduit la grande solennité y dont parle le sieur de Rochefort , qui n'a pas esté mieux informe du retour de ce ieune homme aux Isles : car il n'est point vray , quli n'eut pas si-tost mis pied à terre . qu'il se mr>qua de tout ce qu'il avoit Yen coiuuh' dune farce, disant que les Chresliens ne se repaissoient que de folie, bien au contraire j'ay apris des Religieux qui le recondui* sirent aux Isles , qu'estant arrivé à la Martinique , ils l avoieiil veu souvent soiispirer, pleurer, et regreter l'aveuglement des Sauvages disant qu'ils vivoient comme des bestes, et qu'il disoit souvent pendant la traversée qu'un Sauvage qui étoit mort chez les Capucins , estoit mort bon Chrestien , et qu'il eut bien voulu mourir de mesme.

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