CHAPITRE V
l>*l-Iiiiiinliii(* • UlM uiiiê c&c du Pnrquot, Coiiieirnciir f»f lJ<'Bif«^nnnf-(<:oii4^ral , Eiour le liol • do U\ Slari Inique, «oum l'autorité de de Clenuont • •ou pareuC*
A peine de VaiKlrof|ïi(\s avail-iî fcl^mé les veux , 1662» que les anibi lions se réveillèrent. Il s'agissait de savoir qui le remplacerait. Les officiers et les habitans se réunirent sous la présidence de de Lou~ bières, major de l'ile, en l'absence de son frère, de (lourselas. Il fut décidé qne Ton désignerait au Roi , cinq Colons parmi lesquels il voudrait bien choisir celui qui g^ouverneraît la Martinique pendant la niinoi'ilé de son jeinie Seigneiu' et Gouverneur. De Gourselas, de Loubières, de la Forge et de Valmenière, furent désignés par l'assemblée. Ce dernier fui , de plus , député en Cour pour
ââ8 îlISToniK DU LA MAnTfMQUF..
solliciter ce choix de Ift part de Sa Majesté. 11 se 160^. rendit en France pour remplir sa mission; mais il
ne trouva pas les parents du jeune d'Enambuc , disposés à cet arrangement. De Hameaux et Miromesnîl pensèrent qu'il valait mieux continuer à placer Tautorité provisoire entre les mains des parents du jeune Gouverneur, et ils obtinrent du. Roi que de Clermont, proche parent du jeune du Parquet, continuerait le gouvernement de de Vaudroques.
En juin lOfîS, de Clermont était rendu à la 1GG3. Martinique pour exercer ses ton et ions.
Quoique le vceu des Colons de la Martinique, n'eût pas été exaucé, ils n'en reçurent pas moins bien le parent de celui dont le souvenir vivait toujours dans leur mémoire. Comme son prédécesseur, il ne révéla pas les grandes qualités qui avaient distingué le premier Gouverneur de la Martinique. Cependant, si de Clermont n'accomplit pas de grandes choses, si même on lui lit le reproche de songer plus à ses propres intérêts qu'à ceux de ses jeunes parents , il s'appliqua à opérer, dans 1 intérieur, quelques réformes que nous ne passerons pas sous silencè.
La colonie était presqu'entièrement privée de médecins et de chirurgiens , il favorisa les matrones ou sages-femmes, en faisant reconnaître leurs salaires comme privilégiés. Tous ceux qui '
voulaient défricher un terrain concédé, mettaient, 1663. ainsi que nous l'avons dit, le feu aux bois et hal-
llers, et, ne prenant aucune précaution, brûlaient souvent les lisières des voisins. Il défendit, à peine d'amende , de mettre le feu aux terrains lorsque cela pouvait occasionner du dé^at.
11 existait clans la colonie un abuâ plub ianeste encore. Aussitôt qu'un habitant mourait sans laisser d'héritier dans File, il surgissait une foule de personnes se disant cn^ineières, de telle sorte cpie les successions les plus riches , disparaissaient bientôt. 11 fit un règlement qui rejetait, dans ces cas, tout créancier dont les titres n'avaient pas été reconnus ou qui n'étaient pas clairement établis. On voit quelle étrange contusion régnait eîicore, à cette époque, relativement à l'application des lois. Aucune législation de la Métropole n'était promulguée, et les (louverneurs, à mesure que le besoin s'en faisait sentir, rendaient des règlemens et prenaient des arrêtés qui statuaient sur des matières, objet déjà des lois du royaume.
De Clertnont voulut aussi que Ton observât strictement les dimanches et fêtes, et fit défenses, sous peine de punition corporelle, à tous propriétaires d'esclaves dv les faire travailler et à toutes personnes d'acheter d'eux ces jours-là.
11 prit quelques mesures pour arrêter les mauvaises mœurs qui commençaient à se montrer parmi le peuple.
^2kO HISTOIRE DE LA MARTIMIQtîE. 1
Dcpuib iexpédilion conln* 1rs Caraïbes de la 1663. * Gapesterre et leur expulsion de i lie , toute cette partie du vent , naguère occupée par eux , avait | été concédée et distribuée à ceux qui demandèrent i des terrains. Mais les concessionnaires ne se ha- i taient pas de les défricher, et ces terrains, dont d'autres auraient pu tirer parti, étaient restés in- i cultes. Les habilans son plaignirent; les Conipa- ^ gnies firent des remontrances par Torgane de leurs députés, et il fut décidé en Conseil, que si, dans un mois, les nouvelles terres concédées n'étaient pas habitées par les nouveaux propriétaires, les concessions seraient considérées comme nulles et les terres passeraient à d'autres. Il fallait aussi pourvoir aux dépenses de la garnison cpii était dans le Fort que de Jx)ubières, qui commandait ^. l'expédition , avait fait construire. On se rappelle qu'il avait été résolu, alors, qu'il serait prélevé 50 livres de peUin , ])ar lèle de nègre, pour les munitions de guerre nécessaires à la forteresse, et que chaque soldat qui la composait, aurait 120 livres i de petun. Il parait que l'exécution de ces mesures, | avait été négligée, car il fui, déplus, arrêté, dans la décision dont nous parlons, que d(; iiuubières se transporterait chez chaque habitant possédant des nègres, ((u'il dresserait un état do . tous ceux (pii ( onseiiliraient à eontribuer à Wnitreticn de la garnison établie dans un but d intérêt
HISTOIRE DE Ll HARTINIQUfi. 2&1
public, aliii que Von réglât les forcos do celle gar- 166â. nifloii sur les ressources qu oflriraîcnl les contribuables.
La culture de la cauiie était en projjrès et la fabrication cherchait des perfectionnemcns dans ses moyens. C'est dans le courant de mars 160&, qu*un nommé François Martin , d'Amsterdam , demanda qu'on enregistrât uu brevet d invention qu'il avait obtenu et qui lui donnait le droit exclusif, pendant 25 ans, de construire une machine destinée à moudre les cannes avec deux hommes seulement et sans bestiaux. Le Gouverneur voulut que Tiuventeur fit, devant lui, rexpérience de son invention , mais elle échoua complètement.
Tandis ([ne la colonie ^onl(", sons un gouvernement paisible et sans éclat, le repos cl la paix si utiles à l'agriculture et au commerce, il se prépare et s'accomplit en France des évènemens qui vont la ramener à un ctat dont elle s'était crue sortie pour toujours. Si, depuis que la Compagnie des lies d'Amérique avait été contrainte à vendre ses colonies où elle s*était fait abhorrer, la Martini(|ue avait été un instant agitée par les prétentions qu'avaient fait naître la mort de du Parquet, et la faiblesse avec laquelle l'on avait présumé que la main d'une femme tiendrait les rênes du gouvernement , du moins, n'avait elle pas éprouvé . le manque de tout secours et la misère : le corn-
HISTOIRE DE LA HÀRm'IQrE.
mercc qu'eiilretenaient les Uollandais , la pour- i66â. voyait suffîflamment de toutes choses. En retom-r bant sous le joug d'une nouvelle Compagnie, nous allons la voir éprouver les embarras de l'isolement et les souÛ'rances de la disette, jusqu'à ce qu elle revienne à celui qui aurait dû toujours et seul en être propriétaire, l'État.
Diverses circonstances concoururent alors à rejetter les colonies françaises sous la direction d'une nouvelle Compagnie.
Le goût des établissemens lointains , se maintenait en France, et les désastres fréquents qui les accompagnaient, ne semblaient pas l'éteindre. En la colonie , conduite à Cayenne par de Bre^ tigny, avait fini par élre massacrée par les Sauvages, qui profitèrent des dissensions des Français. L'expédition malheureuse de l'abbé de Tlsle Mariveaux et de Royville , avait eu, aussi, une funeste issue. Cayenne, abandonnée par les Français, avait été occupée par les Uollandais et les Juifs chassés du Brésil. Nous avons donné, en ce qui concerne notre histoire, un récit succint de la colonisation d'Ouanaligo, conduite par de la Vigne qui se fixa à la Martinique. Un Intendant du Bourbonnais, ci-devant Maître des requêtes, de la Barre, ayant entendu dire que Cayenne prospérait depuis l'occupation des Hollandais et des Juifs, conçut le dessein de s'y aller établir.
HISTOIRE DE LA UàlITlNIQUB. 2&d
li était guidé, dans celte avantureusc conception, 1663. par Famour de la gloire, le désir de réparer les
échecs qu'avait fait essuyer au uoiii français, l'iusuccès des deux enti^eprises sur laGôtc-Ferme, et de prouver aux nations de TËurope, que les Français étaient capables de conduire les expéditions les plus diiiiciles. Gela dénotait cliez ce chef, plutôt un esprit chevaleresque, que les qualités solides et positives qu'exigeait un pareil projet De la Barre se mît promptemcnt au courant de tout ce qui concernait le pays qu'il allait coloniser, à Faide de ceux qui Tavaient déjà habité, et il rédigea un projet de compagnie, qui fut soumis a Colbert, Contrôleur-général des Finances et le protecteur déclaté du commerce. Soit que cet homme d'état n'eût pas encore entrevu la vérité, soit qu'il ne crût pas le temps encore venu, il favorisa celte entreprise particulière , au lieu d'entreprendre cette colonisation pour le compte de l'État Une ^Compagnie s*oi^;anisa, composée d'hommes de crédit et de hauts capitalistes , au nombre de vingt. Ils versèrent chacun 10,000 livres, et devaient, plus tard, en verser 20,000, si cela devenait nécessaire. Ëlle prit le nom de Compagnie de la France équinoxiale. Lés lettres patentes en furent délivrées en octobre lOGS, et de la Barre fut nommé par le Roi, Lieutenant-Général de toutesles terres de l'Amérique méridionale,
HISTOIRE DE LA HABTIKIQtE.
depuis la rivière des Imazones jusqua celle de lOôâ * rOrénoquc. D'accord avec ses Miaistres qui nour* rissaîontun projet plusétendn, le Roi nomma aussi au comuiaiHK meut de toutes les terres de son obéissance dans TÂmériquc septentrionale et mé- . ridionale, Alexandre Prouville de Tracy, qui ayait drjA servi avec distinction dans les armées. Il reçut le comuiaiàdemeut de toute la flotte et de toutes les
troupes, il était chargé de mettre de la ikurre en , possession de la colonie occupée par les Hollandais et les Juifs, et de s'acheminer ensuite vers les Antilles françaises.
La flotte mit à la voile, le 2G février i66&. De i66/i. Tracy et de la Barre montaient le Brezé, ballant pavillon amiral, que Kui avait prêté à la Compagnie, ainsi qu'un autre vaisseau do TElat. Le 11 mai, l'expédition, après s'être arrêtée au Cap-Vert, arriva à Caycnne. Guérin Spranger, qui eonunandait les HollaucLiis (Hahlis dans Tancienne colonie française, jugeant qu il a y avait pas moyen de résister à des forces supérieures, capitula, et de la Barre prit possession du port. Ceux des Hollandais qui ut? voulurent pas coulinuer à rester, furent envoyés aux Aulilles. Le révérend père Bcaumont, dominicain, planta, avec f;rande eérémonie, la croix au lieu du «lébar- ' quemenl. Let^5 niai, de Tracy le\a l'ancre, pour se rendre aux Antilles.
HISTOIRE DE LA HAUTIlflQtlE. 2&5
Voyons ce qui se passait en France, pendant ce i66à. temps.
Le minislre Colbc rt méditait le projet de rendre la Compagnie équinoxiaie, aussi puissante que possible. G^était , en effet , par la faiblesse de leurs ressources et par la lésinerie des moyens employés , que les Compagnies avaient toujours j)éclié. H voulait réunir, sous la dépendance de celle-ci, non seulement la Terre-Ferme de toute l'Amérique, mais celle de l'Afrique, et surtout, les îles du golfe du Mexique, qui étaient les plus florissantes colonies françaises. La situation particulière de chacune de ces lies, lui offrait un prétexte pour changer le pouvoir qui les dirigeait. La Guadeloupe et ses dépendances étaient en proie à la guerre civile, que se faisaient, arec acharnement, HouC*l et ses neveux; la Grenade gémissait sous TanloriU (1« spolirpie du comle de C( t illac; Sle.- Croix , Si. -Martin, Sl.-Barthélcmy, iangnissaieul sous la direction de l'ordre de Malte qui soutenait seulement St.-Ghristophe; on reprochait à deClermont d'clrn j)lus occupé de ses propres intérêts que de ceux d<'s enfuns de du Parquet. Mais le principal motif qui poussait Je Ministre a enlever h*8 îles aux Seigneurs et Propriétaires, était qu'ils avaient abandonné enlirrement leur conunerce aux étrangers et particulièrement aux Hollandais, et son patriotisme éclairé voyait avec une peine
sensible que le commerce national, qui devait 166A. s'accroître par ces relations lointaines, n*en profilait pas du tout. C'est pour cela qu'il avait commencé par faire créer un Ijieutonanl-g^cnéral pour toutes les terres situées dans l'Amérique septentrionale et méridionale, et de Tracy avait reçu la mission secrète, en se rendant aux Antilles, revélu d'une haute autorité , de préparer ces Ues à changer d'administration.
Depuis le départ du Lieutenant-Général avec l'expédition de Caycnne , la lutte entre les co-propriétaires de la Guadeloupe avait pris un tel degré de violence à Paris même, que Tordre fut expédié, par le Roi à de Tracy, de renvoyer en France tous les Gouverneurs des îles contre lesquels il y aurait quelque reproche à élever, afin qu'ils rendissent compte de leur conduite à Sa Majesté. Mais on connaissait trop la profonde aversion que rancicnne Gompaguie avait inspirée aux Golons, pour avouer encore que Ton voulût les placèr sous la direction d'une nouvelle. Il fallait préparer les esprits et les choses, avant d'en venir à cette déclaration.
Tandis que Ton donnait Tordre à de Tracy de renvoyer les Gouverneurs pour rendre compte de leur conduite, afin d'être plus à nièmci de substituer une autre autorité à la leur, le Gonseii-d'État rendait Tarrét -suivant:
HISTOiRE DE Ik- UAATINIQUE. 2&7
« Le Eoi ayaut été informé que le peu de pro- » grès qu'ont fait les François dans les isles de » TAmérique, vient de ce que les intéressez en la » Compagnie à laquelle le feu Roy les avait con- » cédées par les lettres de sa main du mois de
• mars au lieu de s'appliquer à les peupler t d'habîtans pour les culliver et y établir un com- » merce considérable , ainsi qu'ont fait les étran- » gers , se sont contentez après en avoir jouy quel- » quelques années, de les vendre à des par- » liculiers , lesquels n'ayant p is assez de force » pour y établir de puissantes colonies et d'équi-
» per un nombre suffisant de vaisseaux, pour y '
• faire porter de France les choses dont les habi- » tans d'icelles ont besoin et rap|)ort('r en cchanp^e
> les marchandises qu'ils en tirent, ont donné » lieu mx. étrangers de s'emparer du commerce
> dudit pays, à«l*exclu8ion des sujets de Sa Ma- » jesté ; ce qui ne serait pas arrivé , si la dite Coni- » pagnie avait gardé lesdites iles et travaillé à l'esla- » blissement dudit commerce, comme c'estait l'in- » tention deSaMajesté qui nelesleur avait concédées » qu'à cette fin, estant certain qu'une Compagnie 1» composée d'ùn nombre d'intéressez puissant, tra- » vaillant au bien commun et à l'establissement » général de toutes lesdites îsles , peut bien plus » avantageusement faire ledit commerce que des » particuliers, lesquels ne s'appliquent qu'à faire
> valoir celles qui leur appartiennent; ce que Sa |66&.
» Majeslr ayant reconnu, cl le prt\jiidice notable )) que souffre l'Estat par la perle de ce commerce, » Sa Majesté pour se conformer aux iutenliojis du » feu Roy, lorsqu'il a concédé lesdites isles à ladite >• Compaguie , cl procurer à ses sujets lavantage » qu lis eu peuvent recevoir par le moyen du com- » merce, a résolu de retirer desdits particuliers, * les isles qui leur ont été vendues par ladite Gom- » pa^nie, en les dédommageant du prix de leur K acquisition , ])our les mettre entre les mains » d'une Compagnie puissante qui soit en estât d'ara mer et d'équipper nombre de vaisseaux , » pour envoyer habiter ledit pays, y porter tou- » tes les marcliaudises dont les habitans ont be- » soin y et que les étrangers tirent tous les ans du » royaume, et décharger ses sujets habitans desdi" » tes îsles des grandes redevances^qu'ils payent par •) capitulation aux proprié tailles desdiles isles. •* Pour à quoy parvenir. Sa Majesté estant en son » Conseil , a ordonné et ordonne que les intéres- <: sez en ladite Conipai^nie des îsles d'Amérique » rapporteront dans quinze jours par-devanl les » sieurs d'Àligre, de Sève, Golbert, conseillers » au Conseil royal , Marin , Intendant des Finan* ; ces et Coll)erl Maîslre des Uequèsles, que Sa Ma- » jeslé a commis pour cet eilet, leurs lettres de » concession et contracts de vente qu'ils ont fi^ils
» dcsdils pays a eux concédés, cl: que los sicnrs |GG4- » Hoiiol ol Boisscret proprictairrs dv Tislo de la » Guadeloupe et Marie-Galande , les liériliers du » sieur du Parquet , propriétaires de Tisle de la > Martinique et Sainte-Alousle et de Cérillac, pro- » prîétaire des îsles de Grenade et (li m uadines . et » autres qui ont acquis des îsles de ladite Compa- » gnie, rapporteront pareillement leurs titres et » contracts d'acquisition , avec Testât des habitans » qui sont (Ml chacune desdites îsles, et des droits » qu'ils lèvent sur eux , pour estre suy ce pouveu, A ainsi qu'il appartiendra : à quoy la dame de » Ghampigny comme tutrice des sieurs de Boisse- " ret ses eufans , les tuteurs desdils du Parquet, » qui ont lesdits titres et contracts par-devers eux » et la dame Houêl, et ledit sieur de Gérillac, » qui sont présentement en celte ville de Paris, " scioijt tenus de satisfaire dans ledit temps, du » jour de la signification qui leur sera faite du » présent arrest. Fait au Gonscil-d'Estat du Roy, » Sa Majesté y estant , tenu à Paris , le 1 7 avril 1664. » Signé do Lioaiie.
£n conséquence de cet arrêt, la Compagnie des Indes Occidentales se forma en mai suivant. Les articles en riircnl présentés au Roi (\iù les ngr( a ci les renvoya au Parlement. Les co-proj)rietaircs de la Guadeloupe et dépendances, de Gérillac propriétaire de la Grenade et dépendances, formèrent
250 IlISTOIltE DE LA MARTINIQUE.
Opposition a l'enregistrement de i'édit portant éta- 166&. blîssement de la Compagnie. Des Hameaux , tuteur (U s eiifans de du Parqurt, ne crut pas de- Toir les imiter, il iut passé outre, et ledit enre*< gistré^ à la condition que les Seigneurs et propriétaires ne seraient dépossédés qu'après avoir été entièrement lemboui'sés, tant de leur prix d'acquisition, que des améliorations et augmentations faites, et que la jouissance de leurs habitations particulières leur serait laissée.
Cette Compagnie des Indes-Occidentales se com. posait de tous- ceux déjà intéressés dans la Compagnie de la France équinoxiale, laquelle disparaissait ainsi , et de quiconque voulait y entrer, regnicole ou étranger. On avait, à partir du i" juin i66& , trois mois pour y prendre des actions. La somme à verser ne pouvait être moindre de 3,000 livres. Tout clran|^er qui y entrait pour 20,000 livres , était réputé français et regnicole au bout de vingt ans, et ses parens étrangers étaient aptes à lui succéder dans ses biens situés en I l auce*, A l'égarci ciescpu'ls le Roi renonçait à son droit d'aubaine. Tout ce qui appartenait à la Compagnie était à l'abri de saisie de la part de l'Etat et pour les dettes particulières des associés.
La première défense faite à la Compagnie, fut de transporter aux iles, toute personne ne professant pas la religion catholique, apostolique et romaine.
HISTOIRE DE LA MARTINIQUE. 'loi
I^e commerce de cette vaste association embras- lG6ii.
sait, (l('|)iiis la rivière des Amazones jusqu'à n lie de lOréiioque, les Antilles, le Canada, l'Acadie, les lies de Terre-Neuve, la Virginie, la Floride, la côte d'Afrique, depuis le Gap-Yerd jusqu'au Cap de Bonne-Espérance, soit que ces contrées appartinssent à la France pour être ou avoir été habitées par les Français, soit que la Compagnie s'y établit en chassant les Sauvages ou les autres nations non alliées de la France. Tous ces pays étaient, d'avance, concédés à la Compagnie, en toute Seigneurerie , propriété et justice.
La Compagnie des Indes-Occidentales jouissait du privilège exclusif de faire le commerce et la navigation dans toute l'étendue que nous venons de décrire, pendant 40 années, et il était défendu à tous autres Français de les imiter, à peine de confiscation de leurs vaisseaux et marchandises. C'était là, à peu près, l'abolition entière du commerce pour le resté du royaume.
La pèche seule restait libre pour tout le monde.
Ainsi, chose singulière, les premières entreprises considérables qui dénotaient que l'esprit- du Gouvernement s'ouvrait enfin à la marine et au commerce loiniain, devaient anéantir leur essor. C'est que, excepté Colbert qui y voyait un acheminement à l'accroissement de la puissance nationale, les autres n'y cherchaient que leurs intérêts individuels. 18
:i52 HISTOIRE DJi LA MAUTINigtli.
Pour aider la ^Compagnie dans les immenses 1664.
frais que lui occasionnerait l'équipement des vaisseaux à expédier pour ces divers poiuls , 1 Etat s'obligeait à payer, par chaque navire équipé et chargé en France pour les colonies françaises, SO livres, le tonneau de marchandises exportées, et liO , le tonneau de celles importées de ces con trées*
Les marchandises coloniales importées en France
par les vaisseaux de la Compagnie pour être exportées à l'étranger, ne payaient aucun droit d'enr trée et de sortie, et étaient entreposées jusqu'à ce qu'elles fussent enlevées.
Les marchandises mêmes destinées à la consommation de la France et que la Compagnie voudrait ensuite faire passer à l'étranger, étaient exemptes fin droit de sortie. Il en était de même des sucres rafiués en l^'rance dans les établissemens de la Compagnie, ils étaient libérés de tout droit de sortie, pourvu qu'ils fussent chargés sur navires naliunaux.
La Compagnie jouissait des mêmes droits seigneuriaux dont avaient joui précédemment les Sei*< gneurs et la Compagnie des Iles d'Amérique : elle avait la faculté de les commuer en d'autres pour le soulagement des peuples.
Elle avait le droit de lever des gens de guerre, en France, pour les faire passer dans ses établissemcns.
lIlSTOlUiî Uli LA MAIlllMQL»'* -«>'V
La Compagnie désignait les Gouverneurs qui 1664. claieiilcommissionnés par le Roi; elle les deslituail et les remplaçait à son gré. ËUe pouvait armer et équiper, en guerre le nombre devaisseauxnécessaires à la défense des colonies et à la sûreté de son coinmeixe. Elle avait même la puissance de traiter, au nom du Roi, de la paix, et de faire alliance avec les Rois et Princes des pays où elle voulait s'établir, de leur déclarer la guerre, en cas d'insulte. Si les ennemis de l'Etat venaient à troubler la Compagnie dans la paisible possession de ses terres, le Roi promettadt de la défendre de ses ar^ mes et vaisseaux.
Comme les Seigneurs hauts justiciers, ellepossédait le droit d'établir des juges partout où elle le croirait convenable , les(iuels devaient connaître de toutes aliaircs de Justice, police, romnterce et navigation, tant civiles que criminelles. Lorsqu'elle penserait utile d'établir des Conseils souverains, les membres devaient en être présentés au Roi qui les pourvoirait de commissions.
Les juges devaient a impliquer la coutume de la prévÀté et vicomté de Paris, sans pouvoir en introduire aucune autre pour éviter la confusion.
Toute personne se fixant dans les colonies françaises, jouissait des mêmes franchises et libertés que si [elle, était regnicolc et n'avait nui besoin de lettres de naturalité.
HISTOIHE DE LA IIABTINIQUE.
Enfin, pour contribuer à la prospérité de la 166â. Compagnie, l'Ëlat s'obligeait à fournir le dixième de tous les fonds qui seraient faits, et ce, pendant quatre années, après lesquelles la Compagnie les restituerait sans intérêts , et si elle Tenait à souffrir quelque perte dans cet intervalle, TEtat consentait à ce qu'elle lût réparée au moyen de ses deniers prétéd.
Le ministre n*avait donc rien négligé pour accroître les forces de cette association, puisqu'il mettait à sa disposition unv. partie de la puissance publique ; cependant, cette Compagnie échouera comme les autres, et ses forces seront insuffisantes, eu égard à l'ctcnduc des pays dont elle veut monopoliser le commerce»
Pendant qu'en France les intentions du Roi touchant les colonies françaises, et celles de Colbert, auquel de Lionne, quoique chargé de la Marine, renvoyait tout ce qui concernait cette partie , ne sont plus un mystère, revenons à la Martinique où elles sont encore enveloppées d'ombre pour ceux nu'iiies qu'ils y ont envoyés.
Huit jours après avoir quitté Cayenne , c'est-àdire le 2 juin i66A , de Tracy arriva en vue de la Martinique. Quelques habitains et officiers de la Case-Pilote, qui avaient essuyé de mauvais traitement du Gouverneur, allèrent à son bord lui porter leurs plaintes, et lui faire leur cour. Ils
HISTOIRE Dt LA MAKTINIQI K. - ^^55
îiii*enl si charmés de son entretien, qu'ils porté- 1664. reiit à terre des aouvclK-s qui eoiilribuèrent à rendre sa réception plus paisible et plus brillante qu*oQ ne devait le présumer. Il mouilla entre le Garbet et Saint-Pierre, à l'endroit où les vaisseaux de guerre ont conliiiué, de nos jours, à jeter Tancre. De Tracy envoya auprès du Gouyerneur de la Martinique , le chevalier de Rivaude, pour lui faire connaître les ordres du Roi et s'entendre sur sa descente. Ce chevalier rapporta au Lieutenant-général que le Gouverneur, les officiers , les habitans Fattendaientavec impatience. Gomme ce jour clail celui de hi PcMilccôte, il renvoya son débarquement au lendemain, pour ne pas troubler la dévotion du peuple. 11 se fit précéder de ses gardes portant les casaques de mousquetaires de Sa Majr sU', el de ses oflTiciers qui CiaieiiL dans une seconde chaloupe. 11 suivit , dans une petite chaloupe , escorté du capitaine de ses gardes et de quelques gentilshommes. Il atteignit, au bruit de la canonnade du Fort et des vaisseaux en rade, le rivage où l'attendaient de Ciermont et les principaux de nie. 11 fut conduit sur la Place d'Armes, et les compagnies, sous les armes, le saluèrent d'une décharge de inousquelerie. De là, il se rendit à 1 église du Fort où l'on chanta , en actions de grâces, un Te Dcum au milieu des salves de l'arlillerie du Fort et des vaisseaux.
250 lUSTOlltE DE LA MJiRTlNIQVB.
De Clermont lui oûrit pour demeure la maison i66&. de du Parquet, située sur la Montagne. Mais le
LieiUonanl-gcncral, qui voulait s'isoler de toute înflucucc, en aiémc temps se trouver au milieu de la population qu'il Tenait gouverner, et être à portée de voir et d'écouter chacun , n'accepta pas cette ofFrc, et choisit une uiaisoii situco dans le bourg ou la ville même.
Immédiatement après, il fit enregistrer sa commission et se fit reconnaître. Cette commission qui a servi de modèle à l ouïes celles qui ont ('lé délivrées, plus tard, aux Gouverneurs-généraux jusqu'en i76&, quoique cependant les circonstances ne fussent plus les mêmes , mérite d'être rapportée en son entier.
« Louis , etc. Ayant considéré que-, pendant que » le sieur comte d'Estrade ,< vice-roi et notre Lieu- » tenant-général en Amérique, est en Hollande » en qualité de notre ambassadeur, occupé pour
* nos affaires en ce pays , pour satisfaire au désir « que nous avons de veiller à la conservation des
lieux qui sont sous notre obéissance en Améri- » que, mais d'y iairc de nouvelles découvertes et » de nouvelles colonies , il est nécessaire d'y établir » quelque personne d'autorité qui, en l'absence » du si(Mn^ comte d'Estrade, puisse régir, augmen-
• ter et conserver lesdits lieux, et puisse, en éten- » dant notre domination dans le pays, y servir
» pliucipalemeiit à l'accroissement du chrislia- 1604* » nisme et à l'amélioration du commerce , et sa- » chant que ledit sieur de Prouvîlle de Tracy, » coiisriller en nos Conseils d'Etat et privé, ci-de- » vant Commissaire-gcnéral de notre armée d'Aile- > magne et Lieutenant-général de nos armées, a » toutes les qualités propres pour s'acquitter di-
• gnciiient du cet emploi; et qu'après les preuves » qu'il a données de sa valeur dans les comman-*
• démens qu'il a eu sur nos troupes en Allemagne ■ et ailleurs , de sa prudence dans les négociations » qui lui ont été commises, nous avons jtous sujet » de croire que nous ne pouvons faire un meilleur
• choix que de lui pour commander audit pays : » à ces causes nous avons ledit sieur Prouvillc de
• Tracy, constitué et établi notre Lieutenaut- » général dans toute l'étendue des terres de notre » obéissance, situées en l'Amérique méridionale et » septentrionale de Terre-Ferme, et des îles, ri- » vières, poris, havres et côtes, découvertes et à
• découvrir par nosdits sujets; pour et en l'absence
• dudit sieur comte d'Ëstrade, vice-roi, avoir » commandement sur tous les Gouverneurs par » nous établis dans toutes les lies et autres, comme n aussi sur tous les officiers des Conseils sonve- » raîns établis dans toutes lesdites îles et snr tous » les vaisseaux français qui naviguent audit pays , » soit de guerre , soit marchands, faire prêter nou-
258 aiSTOIBE DE LA HARTINIOUC*
». veau serment de fidélité , tant aux Gouverneurs 166&. » et Goiueils souteraius, qu'aux trois ordres des* » dites fies. Enjoignons aux dits Gouverneurs, » oiliciers des Conseils souvtMwiiis et au lies, de » reconnaître ledit sieur de ïracy et de lui obéir » en tout ce qu'il leuf ordonnera; assembler 1» quand besoin sera les Communautés, leur faire » prendre les armes, preiiilre connaissance, coin- » poser et accommoder tous différents , nés et à
* naître, dans lesdits pays , soit entre les Sdgneurs 9 et principaux d'iceux, soit entre les habi-
* tans ; assiéger et prendre les places et châteaux,
* selon la nécessité qu'il y aura de le faire , y faire » conduire des pièces d'artillerie et les exploiter; » établir des garnisons où l'imporlancc dos lieux » le (ieniaudera; faire selon les occurences, paix » ou trêve, soit avec les autres nations de TËu- » rope, établies dans ledit pays, smt avec les Bar- » bares; faire descente, soit en Terre-rerme , soit » dans les isles , pour s'emparer de nouveaux » pays, et pour cet effet donner combats, et se
* servir des autres moyens quil jnger^ à propos » pour de telles entreprises; coiiiinaiuler tant » aux peuples dudit pays, qua tous nos autres suit jets, ecclésiastiques, nobles, gens de guerre et » autres de quelque condition qu'ils soient, y » demeurant, tout et si avant qui! pourra faire » étendre nos limites, et notre nom, avec plein
HISTOIRE D£ LA IIARTINIQUE. 259
» pouvoir d'y entretenir, d'assujellir, soumtrllre et 1664. » faire obéir tous les peuples desdites terres , les. • appelant par toutes les voies les plus douces » qu'il se pourra à la connaissance du vrai Dieu el » à en établir le culte à Texclusion de tout au- » tre,etc*... Donné à Paris, le 19 novembre 1663. » Signé , Louis, el plus bas par le Roi : de Lionne.
Le Lieutenant-général reçut le serment de fidélité des ecclésiastiques, du Gouverneur, du Conseil souverain, des nobles et de tout le peuple. Le 7 juin, il avait terminé ces fonualiit s préalables. Il ne lui fallut pas un long séjour à la Martinique pour se mettre au courant de Tétat du paiys. Ce qui le frappa d'abord, et attira particulièrement son attention, fut le nombre considérable de difTérends auxquels avaient donné naissance les dettes énormes contractées par les habitans envers les Hollandais el entre eux. 11 -se mît donc, tout de suite, à administrer la justice. Ouoiqu'elle n'eût pas été fort régulièrement rendue jusque là, il ne voulut apporter aucun changement dans le personnel du Conseil souverain. 11 laissa aussi de Clermont dans ses fonctions de Gouverneur pour le jeune du^ Parquet, et évita, de cette façon, des mécontentemens qu'auraient inévitablement produits ces actes d'aulurilé. 11 fiva trois audiences par semaine. A la première, il recevait les requêtes du demandeur; la partie défenderesse était assignée à la
UmOittK Ùh LA MAAillSlQUE.
seconde pour prc'^sonter ses moyens, cl, à la Iroi- j.ô64. sièiue, il prononçait son jugement. Chose rai^e y il fut assez heureux, quelqueiois, pour renvoyer contens, ceux-là même qu'il condamnait. Pour empèclicr la confusion qu'aiiiail appoi Ice dans le prétoire le grand noai1)rc de plaideurs, ^la salle d'audience était percée de deux portes: les parties entraient par l'une, et, après avoir été jugées, sortaient par l'autre. 11 était d'une intégrité à toute épreuve y et rejeta, non-seulement les présents considérables qui lui furent proposés par les riches . mais refusa les plus humbles cadeaux qu(», lui otirircnt les pauvres. 11 était inllexible, toutes les fois qu'il s'agissait de l'intérêt du Roi, et faisait du bien avec désintéressement. Ces qualités lui valurent l'amour et le respect des po])\ilaUons.
Dès le 19 juin, il rendit plusieurs ordonnances qui attestent la prompte connaissance qu'il avait acquise des besoins de la Colonie, et du redressement qu'il laiiait apporter aux abus qui y régnaient.
Il, commença par défendre de blasphémer le saint nom de Dieu et de parler contre les articles
delà foi catholique , apostolique et romaine. Il défendit aussi aux maîtres de cases , de quelque ^ religion qu'ils fussent, d'empêcher leurs engagés et esclaves d'aller à la messe, les dimanches et fêtes, et leur enjoignit même , sous peine d'amende,
de les ciivover au service divin et au catéchisme, IGG/l. de faire baptiser les nè^es nouTeliement débarqués, et de les exhorter au mariage.
Ces prohibitions dénotent qu'il y avait des protestans établis dans l île.
Tout habitant qui voulait quitter lile pour passer avec ses meubles et ses esclaves dans quelque autre lie hauçaise, ou dans quelque (•lahlissoment français de la Terrc-Fcrme , car il lui était iuLerdit de se réfugiera Tétranger, ne pouvait le faire qu'un mois après sa déclaration qu'il ne devait pas, ou sa juslificalion qu'il a>ail payé ce qu'il devait.
Pour réprimer, autant que possible, la facilité à isontracter de nouvelles dettes et le penchant aux procès , il {permit de saisir les meubles et nègres des débiteurs , et enleva le droit d'appeler d'une sentence du Sénéchal prononçant aurdcssous de mille livres de petun.
Il maintint la confiscation des pctuns qui n'étaient pas portés au poids royal.
Tout engagé qui était battu ou astreint à un travail excédant ses forces , recouvrait sa libert|6 et recevait ses gages jusqu'au jour où il quittait le maître.
11 ordonna que les feuilles du registre dont se servait le greffier, fussent paraphées par le Gouverneur. Le poids (*) et la mesure dt^ Paris lurent •
(*} Le poids de Paris ▼alail 'IG «or-es.
â6â HtôTOIKE DE m UàRTlNlQl'E.
seuls atliiiis, et loules les monnaies ayaul cours eu i66A • France , passaient dans la colonie avec la même valeur.
Tout nogre allant vcnidrc au m.'irché, devait être muai d un billet de sou maitre. Le nègre, convaincu d'avoir volé du pet un ou des cannes , recevait 50 coups de liane, en place publique, de la main du bourreau, et l'acheteur était tenu de restituer.
U défendit expressément à toutes personnes,' de quelques qualité et condition qu'elles ftissont, de mettre aucuiic iiupositioii, ni lever aucun droit, sur les sujets du Roi dans cette iie , outre ceux qui ' existaient du temps de du Parquet. Par là, il réprima un abus dont de Clcrmont et celui qui l'avait précédé, auraient lait usage, car il parait qu'outre le droit annuel de 50 livres de petun qu'ils levaient pour les jeunes Seigneurs et pt opriétaires qu'ils représentaient, celui tic 30 livres (ju'ils avaient comme Gouverneurs, et un et demi sur le poids des denrées, ils en auraient établi d'autres ou augmenté ceux établis.
Défenses furent faites à touks persoimes sans aven , de porter épée ou armes à feu , à moins qu'elles ne fussent commandées pour le service du Roi, et à tous capitaines de prendre un passager, si celui-ci n'était muni d'un congé par éerit du Gouverneur.
HISTOIHE DE LA MARTINIQLi:. 203
Telles furent les principales mesures qui signa- 16G/i. lorent la veiuic du Lieiilonanl-^ViK ral à la Martinique. Il quitta cette ile, le 2b juin^ pour se rendre à la Guadeloupe.
Si, à la Martinique, il n'avait pas craint délaisser de Clci mont conlinuer à gouvonior pour le jeune du Parquet, parce qu'il ny avait pas vu d'inconvénients pour les projets ultérieurs du Roi, il n'en fut pas de même à la Guadeloupe , où il amena llouël , d'Herblay et Thcnicricour, co-propriétaires et sans cesse en lutte, a s embarquer pour aller se justifier à la Cour. Le navire qui devait transporter ces trois personnages, et qui était en rade do la Basse-Terre, était près de uieUre à la voile, lorsque le Lieutenant-général, reçut du Gouverneur de la Martinique , la nouvelle que les Anglais av.iii iii aiiixjiu , à 1 improviste, cl avee des forces supérieures, Sainte-Lucie où commandait Bonnard, un parent de Madame du Parquet, que de Glermont y avait envoyé pour gouverner; que Bonnard n'ayaiiUjm 14 soldais renfermés dans une forteresse qui était une chaumière garnie d'une simple palissade, avait capitulé à condition d'être transporté avec ses soldats, canons, armes et bagages; quc^ les An(j;lais n'avaient exécuté la capilulation qu'en partie, en retenant les canons et le ba-
Le Lieutenant-général répondit au Gouverneur
^HMl HISTOIRE, DE LA MARTI.MQLE.
' de la Martinique que Boonard n'aurait pas dû ca- 166&.
piliiler, sans s olrc assuré de la qualité en laquelle a|>iââait l'Anglais, et si c'était par les ordres de son gouyemement qu'il avait attaqué, sans, surtout, s'être fait tirer un seul coup de mousquet; que puisque c'était par la volonté du (louverneur de la Martinique que Bounard commandait à bainle- Lucie, il lui donnait Tordre de le faire arrêter, de le tenir en prison dans sa maison , à ses risques et périls, jusqu'à ce qu'il rerùl des ordres de Sa Majesté qu'il informait de ce qui s'était passé. 11 ajoutait qu'il fallait , sur-le-champ , réclamer le canon et le bagage retenus contre les termes de la capitu. lalion,
De Glcnnont. dépécha donc une barque à Sainte- Lucie pour sommer le commandant anglais' de lui déiclarer au nom de qui il avait attaqué l'ilc occupée par les Français, et de restituer, sans retard, le canon et le bagage, aux termes de la capitulation.
L'Anglais, craignant que le Lieutenant-général des colonies françaises ne vînt le châtier de son audace, s'empressa de répondre que c'était par les ordres du roi d'Angleterre qu'il s'était emparé de Sainte-Lucie, et renvoya le canon et une partie seulement du bagage.
De Tracy reçut, en même temps, une lettre de lord Willougby, gouverneur de la Barbade et de
IlISTOlUli DE LA MARTliMQUE. î265
' plusieurs autres îles anglaises , qui essayait de l'ap- 166ft.
paiser et semblait rejeter l'ai Laque de Saiiile-Liicie sur le compte d'aventuriers de la Barbade, qui auraient agi à son însçu. Mais de Tracy avait tout lieu de soupçonner que cette irruption avait été eiséculéeà riiistigatioii secrète de ce lord Willougby, qui s'était servi, pour cela, d'un nommé Warner, cufaut naturel de ce premier chef anglais de Saint-Chris» tophe , contemporain de d'Enambuc , et d'une iemuie Caraïbe , à qui il avait même délivré une commission pour commander la Dominique, quoique d'après le traité d'union offensive et défensive eulre les deux nations frauraise et anglaise, la Dominique et Saint- Vincent dussent rester en possession des Caraïbes, les deux peuples s'interdisant de les occuper. Aussi, de Tracy répondit-il à ce lord en termes fori |)nlis, mais (pii ne lui laissaient pas ignorer qu'il n élait pas dupe de sa duplicité. Tout cette conduite de lord Willougby, capitainegénéral et Gouverneur en chef de la Barbade, de Saint-Christophe, Nièvre, Monserrat, Antigiies, et qui ajoutait aussi de la Dominique et de Saint- Vincent , SainterAlousie et Iles Careubes , était principalement dictée par la nouvelle qu'il avatî reçhe d'Europe que la guerre ne tarderait pas à éclater entre l'AngletexTe et la France qui allait joindre ses forces navales à celles de la Hollande , et elle ne sera, par suite , qu'un tissu de dissimulation et
•2G0 • HISTOIRE DE LA MAnTlNlQUE.
de perfidies indignes d'un chef, mais conformes 166&.
aux i fit' es que sa nation avait inspirées d'elle, dès ses premiers actes dans ces nouveaux pays.
Si , depuis avril et mai , l'intention du Roi et de son ministre de faire passer toutes les colonies sons la direction d'une seule et puissante Compagnie , était indubitable en France , en juin , c\ tait encore, aux colonies, une chose problématique, malgré les avis secrets qu'en transmettaient les Hollandais menacés de perdre un commerce d'environ â millions de livres. De Tracy, lui-même, n était pas complètement fixé sur ce point, et il ne savait encore bien positivement si les possessions d'outre-mer tomber ui lit dans le domaine exclusif de l'Etat, ou seraient concédées à une Compagnie. Il manifesta plusieurs fois son incertitude à cet égard , car il avait à peu près rempli sa mission à lui , qui avait été d'annihiler l'influence dés Seigneurs et propriétaires, et de disposer le pays à recevoir une autre autorité , quelle quelle fût. Mais, pour le cas où les lies seraient abandonnées à une Compagnie, il écrivait qu'il fallait que l'Etat se réservât a lui seul le droit de mettre des troupes dans les Forts, et défendiit aux associés de lever plus de 50 livres de petun et de sucre pour leurs droits annuels. 11 pensait que la puissance militaire devait toujours être placée dans les mains du gouvernement, et que l'exorbitance des droits, loin d'enri-
UISTOIRt l>i. L\ MAFiTINIQUE. 267
chir les propriétaires ou les Compagnies , détnii- 1GC4 saient leurs espérances en ap])auvrissaMt les Colons. Celait là un pas vers cette doctrine que l'histoire des co^lonies françaises force de proclamer, que, pour qu'elfes prospèrent tout-'à-'faît, il iaul qu'elles soient la propriété de l'Etal ou qu'elles soient entièrement libres et indép(^ndanlcsi
Le Lientenant-jgfénéral était dans cet état de doute, lorsqu'il reçut ^ au mois de juin, Farrëfté du Conseil d'Etat (pii, saisissant l'orrasion de; la peste qui ravageait Amsterdam et i'iessingue, et n'osant pas encore proclamer ouvertement les vues du ministre , défendait lotit conAnerce erttre les Iles et les états de Hollande. Cet arrêt fut lu et enregistré à la Martinique,- et, s'il n'etcita d'abord aucun murmure, c'est que le motif apparent semblait raisonnable, quoique au fond l'on nourrît de la méfiance et conçût des alarmes. Cependant, il est difficile de ne pas être porté à croire que ce iléaïi^ qui désolait les deux ports faisant le plus de commerce avec les colonies, hâta l'applicalion d'une proâiibition décidée dans les volontés supérieures, car, en juin i66&, la Compagnie des Indes-Occidèntales nétait pas encore prête à en-ivoyer des secours à ses nouvelles possessions que la cessation du commerce étranger allait, pourtant, livrer à elles-mêmes, c'est-à-dire à la famine.
En efiêt , à peine le commerce avec l'étrangler
268 HISTOIRE DE LA HABTINIQtlE.
avait-il cessé, que la géneet les souffrances com- 160&. mencèrent, et plus sensibles qu'elles ne le furent à 1 origiue de la coionisalion. Dans ces premiers temps, non-seulement la population était moindre , mais les choses de première nécessité se trouvaient en abondance. La pêche et la chasse fouriiissciient sûrement et amplement à la vie matérielle.
Mais, depuis près de trente ans que les Colons,
croissant sans cesse, se livraient à la chasse el à la pêche, les bois, les rivières et les eûtes se dépeuplaient. Les tortues et les lamentins, les porcs, jetés par les Espagnols, depuis plus de cent ans, dans l'île on ils avaient prodigieusement multiplié, les agoutis, les perroquets, les ramiers, les crabes mêmes diminuaient ou avaient entièrement disparu. De plus, les soixante ou quatre-vingts vaisseaux hollandais qui venaient, chaque année , approvisionner les iles, non-seulement d'objets de nécessité , mais aussi d'objets de luxe, les navires français de la Rochelle, de Diepjjc de Saint-Malo, de ISanLes et du HàvrQ qui y apportaient les marchandises de France, avaient déjà habitué les Colons â l'aisance et aux douceurs de la vie. Nos Créoles de IGG/i commençaient déjà à n'être plus les chasseurs et boucaniers de i6âô. Lors donc que tout cela vint à manquer presque subitement, Ton conçoit la désolation
UlSTOiRE DE LA MARTINIQUE
daiis laquelle louibcrcnl ces malheureuses con- 1664. trées , désolation qui devait bientôt engendrer les murmures, les plaintes , Finsubordination et les
révoltes.
De Tracy, témoin de cette c^amité croissant de Jour en jour, en écrÎTÎt à Golbert , réclamant avec
instance Icnvoi tics navires de la Compagnie.
On était en octobre et rien ne paraissait encore.
Cependant, les Hollandais ne se souciaient pas de perdre des relations commerciales si lucratives, sans tenter de derniers efforts. La cause qui leur enlevait le commerce des îles, étant la même qui dépouillait les jeunes du Parquet de la propriété de la Martinique, ils s'abouchèrent avec des Hameaux, le défenseur, à la Cour, des droits de ses jeunes parens. Ils s'unirent pour représenter et faire représenter l'état misérable dans lequel allait se trouver plongée la Martinique , si ou la ravissait aux enfaus de celui qui l'avait presque créée et qui était encore si regretté des habitans, et si on la privait d'un commerce qui la faisait prospérer et que ne pouvait entièrement remplacer le commerce national, à plus lorte raison celui d'une Compagnie seulement , quelque vaste qu'elle fut Le Gouverneur deJa Martinique, de Clermont, fut mis dans la coiilidence, et reçut la recommandation d'agir de son côté. 11 jugea (fue, pour réussir, il était nécessaire de mettre le Lieutenant-gé-
UlâT01U£ l>i: LA UARTINIQUE.
néral clans leurs intérêts, ou, du moins, delamcner iGG4. à appuyer lui-même, en Cour, la demande de la GCMiUmiation de rancien état de choses et le rétablissement du commerce libre. Pour cela, il lui fit parvenir secrètement certains bruits sur le méeonteutement des habitans qui avaient appris le projet de les mettre sous le joug d'une nouvelle Compagnie; il alla même jusqu'à en écrire au Lieutenant-général pour le prévenir de ces sourdes rumeurs et lui insinuer le conseil d envoyer des députés auprès du Roi pour exposer leurs misères , demander humblement qu'on revînt au passé et qu'on enlevât toute inquiétude pour l'avenir. Le Lieutenant-Général , pénétrant le fond de sa pensée, lui répondit qu'il ne pouvait, quant à lui 9 seconder une pareille démarche; que, suggérée par le Gouverneur de la Martinique, elle donnerait infailliblement à soupçonner que celui-ci songeait toujours plus à ses intérêts propres qu'à ceux de ses parens auxquels elle pourrait nuire. De Ckrmont ayant ainsi échoué auprès du Licuteuant-général, et craignant pour lui-même le fâcheux effet de cette tentative avortée, ne manqua pas, quelque temps après , de fairti savoir à de Traey que ces murmures et ces méconteutemcns, dont il lui avait parlé , étaient entièrement apaisés.
Le Lieutenant-général qui avait fait publier l'arrêt du Conseil d'Etat interdisant toulconmK rce
UlSXOlIUi U£ Là MARTINIQUE
avec les clrangc^rs , icnioin clos besoins des Colons , 16G/i. fut le premier à le violer pour venir à leur aide. Dans le mois d'octobre, il arriva à la Martinique deux navires Hollandais , Tun, ayant â son bord trois cents iK'grcs africains, l'autre, charge de chevaux venant de Gorosol. De ïracy en permit la vente aux habitans. Il taxa les nègres à deux mille livres de sucre, et les chevaux à dix-huit cents livres, tandis qu auparavaiil les premiers sevendaient trois mille livres, et les seconds deux mille cinq cents. Il diminua la valeur des denrées, en général, de vingt pour cent.
Ces salisfaclions que ce chef essayait de donner aux Colons pour leur soulagement et les porter à la patience, ne faisaient que rendre plus regrettable le temps oû le commerce était libre, et, si les houclics ne murmuraient pas encore hautement, l'irritation se nourrissait toujours au fond des cœurs.
L'absence du lieutenant-général, qui avait à visiter toutes les îles , ne contribua pas à calmer la population de la Martinique, qui ne pouvait se persuader des bons effets de l'administration d'une nouvelle Compagnie, administration qu'inauguraient les soiiiirances et les besoins dans lesquels la colonie était drjà laissée.
De la Guadeloupe , où était alors de Tracy, il se rendit â la Grenade en passant par la Martinique où il s'appliqua à rendre la justice pendant les
quelques jours qu*îl y resta. Il y recruta aussi que]- 1GG4. ques Colons et planteurs pour la malheureuse colonie de la Grenade. Il ne manqua pas de s'efforcer de calmer^ autant que possible, les esprits viTement préoccupés des changcmens qui se préparaient , (1 assurer les habitans des bonnes intentions du Hoi et des puissantes ressources de la 'Compagnie, qui ne les laisserait manquer de
rien aussitôt qu'elle aurait commencé de les secourir.
Avant de quitter la Martinique , il voulut aussi pourvoir au sort des Caraïbes qui Thabitaient et auxquels des terres avaient été concédées. Le 19 novembre , il rendit une ordonnance par laquelle il déiendit à ces Sauvages de s'outrager et tuer entre eux, à peine de bannissement perpétuel. Il voulut qu'en cas de différend , ils s'adressassent
au Gouverneur ou au juge pour être jugés comme les Français.
' FIN I>fi LA â* rARTlE.JiT DU lOME 1".
HISTOIHt Di: LA MARTlMiïLH-
(1) PAGJi V\
f Le l^'oclubrc, selon l'estime du pilote
du bàliment-amiral, on était parvenu à cinq cent quatre-TÎngts-lieues dans l'ouest depuis le départ des îles Canaries. L'eslimc que CuKiiiil> (it voir à 1 équipage portait cinq cent qiialrcvingt-quatre ; mais la véritable estime,- qu*il tint secrète, était de sept cent sept lîeues. Le lendemain, les herbes marines flottaient dans la direction de l'Ëst à l'Ouest, et le troisième jour, il n'y eut aucun oiseau en vue.
» Les équipages commencèrent alors à appréhender qu ils ne fussent passés entre des îles, de Tune à Fautre desquelles s'envolaient les oiseauii qui avaient été vus. Colomb conçut aussi certains doutes de ce genre , mais il relusu de chan-
lusToiiqî m lk màrjimque.
» gcr sa route à l'ouest. On se mit de rcchef à » proférer des murmures et (lesmpnaces; mais^ie » jour suivant, on fut tellement entouré de ban- » des d'oiseaux, et les divers signes indicatifs de ^ la terre devinrent si multipliés , que, d'un état >, de découragement, chacun passà à un sentiment
> d'espérance certaine.
» Avides d'obtenir la pension qui avait été pro- 9 mise y les marins , sur la moindre apparence, » poussaient continuellement le cri de terre.
> Pour mettre une fin à ces fausses alertes , qui ? produisaient d'incessantes déceptiQns, Colomb » déclara que si quelqu'un donnait ce signal, et f que la terre ne fût pas découTcrte dans les trois ^ jours qui succéderaient, celui-là serait dès-lors » déchu de tout droit à sa récompense.
» Dans la soirée du 6 octobre , Martin Alonzo » Pinzon commença à perdre confiance dans la 9 route que l'on suivait, et proposa de se |)oil( r » plus au sud. Colomb cependant reliisa cucorc ci 9 continua vers rOuest. Attentif à cette différence » d^opinîon de la part d'un personnage aussi im« » portant dans son escadre que Alonzo Pinzon , et » redoutant que f par apcidcnt ou à dessein , les a bàtimei|B ne vii^ssent à se disperser^ il ordonna » que, dans le cas qu*uqe des caravelles se séparât » de lui, elle eût à faire route à 1 ouest, et à s'ef- » forcer de so rallier le plus tôt possible : il corn-
HI8T0IRB D£ LA MAftTlNIQl'E.
» manda aussi que les bâtimens se tinssent dans » «es eaux au lever et au coucher du -soleil, parce
» que, dans ces inomens , l'état de l'atmosplièrc » prête le plus favorablemeat à la déqouvertc de » la terre à une grande distance^
» Le 7 Dptobre, au matin, au leverdu soleil, pluj» sieursgens de l équipage de l'Amiral crureiiL voir la
> terre dans l'Ouest, mais d'une ntanière si peudis- » tincte qu'aucun d'eux ne se hasarda à en pousser le
• cri, de crainte que s'il venait à se tromper, il ne » perdît toute eiiancc à la récompense; iiéaamoins » la Nina^ comme fine voilière, se porta en avant 9 pour vérifier le fait. Peu de temps après, un pa«
> villon fut hissé à la tête de son mât et un coup » de canon partit : c étaient les signaux convenus » pour annoncer la terre. Une nouvelle allégresse » se réveilla dans toute la petite escadre , et tous » les yeux s'étaient tournés vers l'Ouest. A mesure » qu'on avançait 9 cependant, ces espérances fon- » dées sur des nuages se dissipèrent, et, avant le B soir, la terre que l'on avait rêvée s'était de 9 nouveau évanouie dans les airs.
» Les équipages tombèrent alors dans un degré
> d'abattement proportionné à leur récei^te exal-* 9 tation; mais survinrent de nouveaux încidens » qui relevèrent les (esprits. Coiomh ayant reniar-
• que des volées considérables de petits oiseaux de ^ terre se dirigeant du côté du sud-ouest, ]en coiï-
â76 HISTOIRE DE m uartiniqvr.
» dut qu'ils devaient être assurés du voisinage de » quelque terre, où ils trouvaient de la nourri-*
» liir(; et un ahi i. H ^ l^ ;ul l'im [)(h t uicl; (juo les
> voyageurs portugais attachaicut aux. volées d oi- » seaux, et que c'était en les suivant que ceux-ci » avaient découvert plus d'une de leurs fies. En ce » moment, il avait fait sept ront-cinqnanto lieues,
* distance à laquelle, d'après ses calculs, il devait » trouver l'île de Gipango; et comme il n'y avait » encore nulle apparence, il pouvait l'avoir man- » quée par quelque erreur de latitude. Il se déter. » mina, en conséquence, vers le soir du 7 octo- » bre, à porter sa route à FOuest-Sud-Ouest, dircc-' » tîon dans laquelle les oiseaux tiraient générale- » ment leur vol ; et il continua ainsi pendant deux » jours au moins. Après tout sans que cela fût
• une grande déviation à la route qu'il avait arrêtée, » c'était se rendre aux vœux des Pinzons, comme » aussi il réveillait par là le courage de ses corn-
> pagnons.
» Pendant trois jours, ils gardèrent^cette direc-
» tion, et plus ils allaient, i)lus se monlraienL Ir* -
> queas et encourageans les indices de terre. Des » bandes de petits oiseaux de diverses couleurs, » quelques uns tels que ceux qui font entendre » leurs chaiilb flans les campagnes, s'en vinrent » voltiger autour des bàlimcus, puis reprirent " leur vol vers le Sud-Ouest; on on entendit aussi » d'autres voler pendant la nuit. Des thons jouaient
HISTOIRE DE LA jaAiM ICSigtE. ^11
» au milieu des eaux calmes, et Ton aperçut un » héron, un pciican et un canard se dirigeant » tous du même côté. Les herbes qui flottaient le » long des bàtimens étaient fraîches et vertes, » comme venant tout récemment de terre; et » l'air, observe Colomb, était aussi suave et aussi » embaumé que les brises d avril à Séville.
M Quoiqu'il en soit, toutes ces choses furent » considérées par les équipages comme autant d'il- » lusions qui les attiraient à la destruction; et » lorsque dans la soirée du troisième jour, ils vi- » rent le soleil descendre sur un horizon sans » rivages , ils éclalèreat en turbulentes clameurs. » llâ se récriaient sur cette obstination à défier le sort ,
• en persistant à naviguer sur une mer qui n'offrait » aucunes limites. Ils insistaient pour s'en retour^ » ner et al)an(lonner l'expédition comme dcsespé- » rée. Colomb s'efforça de les apaiser par des pa- « rôles de douceur et des promesses de fortes ré- > compenses ; mais voyant qu'Os ne faisaient que » redoubler de cris, il prit un Ion décidé. Il leur » dit qu'il était inutile de murmurer, que Texpédi-
• tien avait été envoyée par ses souverains à la re- » cherche des Indes, et que, quoiqu'il pût arriver, » il était déterminé ù persévérer, jusqu'à ce que, » par la grâce de Dieu , il accomplit l'objet de l'en- » treprise.
Colomb se trouvait alors en lutte ouverte avec
278 HISTOIRE DB LA UilITINlQDE,
» ses compagnons, et sa situation devenait déses- » pérée. Heureusement , cependant , que les mani-
» lestations du xiisiiiagcde la terre furent telles, le » jour suivant 9 qu'il n'y eut plus à admettre de
> doute. Outre une quantité d'herbes fraîches, » comme il en vient dans les rivières , on vit un » poisson de couleurs \ cries , d'une espèce qui se » Ueut parmi les rochers; puis une branche d'épi- » neSy portant des baies» et récemment séparée de » Tarbre , vint flotter près des batimens ; ensuite,
• on pécha un roseau , une petite planche , et, ce » qui était plus que tout le reste, un bâton artis- » tement travaillé. Toute idée sombre comme » toute insubordination firent inalnli nanL place à » une vive attente, et, durant le cours de la jour- » née, chacun se mit avec ardeur en vigie, dans » l'espoir d'être le premier à découvrir cette terre » si lon^^emps cherchée.
» Le soir, alors que, selon la constante coutume » établie à bord de ÏÂtniml^ les marins de son » équipage eurent chanté le Snh*e Bcgina , ou » rhymnc du soir, adressée à la Vierge, il leur fil » une vive allocution. Il montra que c'était la
> bonté de Dieu qui les conduisait ainsi par des » brises légères et favorables à travers une mer » calme, ranimant sans cesse leurs espérances par » des nouveaux indices de terre , multipliant les
• indices, à mesure que s'augmentaient leurs ap-
UISTOinE DR LA MARTINIQUE.
» préhensions, cl tic oclte manière les condiiisaul » et les guidant vers une terre promise. 11 leur » rappela alors Tordre -qu'il avait donné en quit- » tant les Canaries, qui ('lait, après avoir navi- » gué dans l'Ouest pentlant s(*pt cents lieues, de • ne plus faire voile après minuit. Les indication^
> qui se présentaient autorisaient une telle pré- » eauticm. Dans sa pensée il était probable qu'il » ferait terre cette nuit même ; il ordonna, en cou* » séquence 9 de faire une veille attentive sur le » gaillard d'avant , et promît à quiconque ferait la » découverte un pourpoint de velours à ajoutera la » pension qui devait être accordée par les Souve- » rains.
» La brise avait fraîchi pendant toute la journée; » la mer avait été plus forte que de coutume, et il n avait été fait beaucoup de route* Au coucher du » soleil, on avait mis, de nouveau, le cap à l'Ouest, » et l'on sillonnait les vagues avec rapidité ; la Piiiiu^ ») par sa marche supérieure , tenait la tête. La plus » grande animation régnait sur la flotte ; personne » ne ferma les yeux cette nuit. Quand Tobscurité » survint, Colomb j)rit sou poste au haut du clia-
> teau ou gaillard, placé tout-à-fait à l'aiTière du » bâtiment. Bien que, pendant le jour, il eût gardé » une contenance pleine de sérénité et d'assu- » rance, ce fut pourtant pour lui uti moment » rempli de la plus pénible anxiété; et quand, en-
» veloppc des ombres de la nuit, il lut hors de D tous les regards , il se mit à exercer une attentive » et iuceâàantc surveillance , parcourant des yeux » rhorîzon obscure, et cherchant les plus vagues » indicalions de la terre. Tout à coup, vers dix » heures , il crut apercevoir une lumière poindre » dans le lointain. Craignant d'être, peut-être, « trompé par son ardent espoir, il appela Pedro » GuLierrez, gentilhomme de la chambre du Roi, » et lui demanda s'il voyait une lumière dans cette » dfrection ; celui-ci répondit affirmativement Go- * lomb doutant encore si ce ne pouvait pas être » quelque illusion de l'imaginaLion , fit venir Ro- .» drigo Sanchcz, de S^ovie , et lui lit la même » question. Mais, pendant le temps que ce dernier » mit à inoâtler sur le gaiiiard, la lumière avait » disparu. Ils la virent ensuite, une ou deux fois, » briller soudainement et par intervalle , comme » si c'était une torche, soit placée sur la barque » d'un pêcheur, suivant le mouvement des vagues, » soit portée par uue personne sur le rivage et s'éle- » vaut ou s*abaissant selon que l'on se rendait d'une » maison à une autre. Mais si fugitives et si incertain j» nés étaient ces lueurs, que peu y attachèrent de » rimportance. Néanmoins Colomb les considéra » comme des signes assurés de la présence de la » terre, et de plus, que cette terre était habitée. » On continua à faire route jusqu'à deux heures
» du malin y lorsqu'un coup de canon tiré de la » Pinla donna le joyeux signal de terre. £Ue fut si- » gnalée , en premier, par un marin , nommé Ro~ » drigo de Triana, mais la i ncompensé fut. par la » suite, allouée à l'Amiral pour avoir aperçu aupa- » ravant la lumière. La terre fut alors vue à clair * à deux lieues environ de distance ; en consé- ►» queuco, on serra les voiles et mit en panne, allen- » dant impatiemment Taurore.
» Les pensées et les sentimens de GolomJ), dans » ce court espace de temps, durent être tiimid- » lueux et violens. A la fin, ca dépit de toute dif- » iiculté et de tout danger, il avait atteint son but ! » Le grand mystère de l'océan était révélé! Son » système, qui .ivail été la di;risiou di s s i\;iiis eux- » iiu mes, était établi d une manière triompiiaiite;
> il s'était assuré une gloire qui devait être aussi » durable que le monde lui-même!
» Il est diflficile. luéme à l'imagination, de conco- I» voir les sensations d'un tel homme , à Finstant » d'une si sublime découverte, quelle foule con* » fiise de conjectures durent se presser dans son » esprit au sujet de celte terre qui se tenait devant ».lui, couverte par les ténèbres! Sa fertilité était » attestée par la végétation qui flottait près de ses » côtes. Il crevait aussi trouver dans Tair balsamî- « que le parfum de bosquets d'aromates. Le feu
> mobile qu'il avait aperçu , avait prouvé que cette
28S mSTOlBE DE LA MARTINIQUE.
» plage servait dé résidence à rhommc. Mais, quels » étaient ses habitansi^ Ëtaient-îls semblables à ceux
» des autres parties du globe, o\i bien serait-ce » quelque race étrange et monstrueuse, telle que » rimagination, à ce» époque»^ était portée à at-
> tribuer à tontes les régions lointaines et incon-
» nues? Klait-il venu sur quelque Sle sauvage au » fond de l océan indien ; ou serait-ce le fameux » Cipango, lui même, Tobjet de ses rêves dorés?
> Mille suppositions de dette nature durent Vassail- » lir, alors que, avec s(^s compagnons impatiens, >• il attendait que la nuit se dissipât , s émerveillant » de savoir si Téclat du matin révélerait un sauvage » désert, où éclairerait des vergers odoriférants, » des temples resplendissans, des cités éclatantes ». d or, eniin toutes les splendeurs de la civilisation
orientale.
» Le jour se leva, enfin,' sur ce qui devait donner
» à Colomb la première vue du i\ou veau-Monde. » A mesure que, insensiblement, les objets deve-^ » naient visibles, i! voyait devant lui une belle Ile » plate, de plusieurs lieues d'étendue, couverte » d'une fraîche verdure et d'arbres qui formaient » en quelque sorte un boca|[e non interrompu. » Quoique chaque chose apparût dans la sauvage » exubérance d'une nature primilive, c(»pendant » l'île était évidemment populeuse, car on voyait » les habitans sortir des bois, et accourir de tou-
i» tos parts sur le rivage, où ils se tenaient, regaiv
* daiit les biiiimens. Ils étaient tous coinplctciiKMit » nus, ol d'après luiirs attitudes et leurs gestes, » semblaient plqngés dans rétonneinent|. Colomb » fit signal aux bâtimens de Jeter lancre, puis d'é- » quiper et d'armer les canols. 11 se nùt dans le » sien, revêtu d'un riche costume de velours et
* portant Tétendard royal ; en même temps , Mar- » tin Âlonzo Pinzon et Vincent Yanez , son frère ^
* débordèrent ensemble dans leurs embareatîons, » chacun portant la bannière de rcxpédition , ban- « hière armoriée d'une croix verte et portant des M deux c6xé% les lettres F et Y surmontées chacune » d'une couronne, lescpielles représentaient les ini-
* Il aies des Monarques de Castille, Ferdinand et » Ysabellë.
« Gomme ils approchaient du rivage , ils lurent » agréal)lenient récréés par l'aspert de vastes fo- > réts , qui , dans ces climats , sont d'une beauté » ' extraordinaire de végétation. Ils apercevaient des » fruîtîj d'une attrayante couleur, mais d'espèce ■ inçonnuc, qui pendaient aux arbres qui ombra-
* geaient le rivage* La pureté et la douceur dé « l'atmosphère^ la transparence cristalline des » eaux qui baignent ces îles, leur prêtent une mer- » veilleuse beauté, et durent produire leur eftet w sur l'esprit impressionnable de. Colomb. 11 ne » M pas plutôt débarqué qu'il se jeta à genoux ,
2H4 HlSTOllit Dli LA MAUJIMQrC.
» ombrassa la terre , cl rendit f^ràcm à Dieu , avec I» des larmos do joie. Sou exemple lut suivi par le » i^ste de ses compagnons, dont les cœurs aussi j» étaient pleins des mêmes sentimens de gratitude. «^Colomb, se relevant ensuite, tira son épée, dé- » ploya l'étendard royal, et rcunissaiit autour de » lui les deux capitaines, avec Rodrigo de E&co- » bedo, notaire de l'armement, Rodrigo Sancbez, » et le reste de ceux qui avaient gagné la terre , il • prit solennellement possession de l'île , au nom » des souverains de GastiUe, lui donnant le nom de » San-Salvador. Ce fut dans la matinée du vendré- » di ['2 octobre 1492, que se passa ce mémorable » événement. »
Hislory of ike tifs ami voyages of ChrUiopher Colonibus fy ^ashingion Innng, — Vol.l!% page 96.
LVtttcnr qui traduit tm lignes du biographe «m^rieain, a eu k bonheur d« le iroiiTer & peu prit doni 1c mdnie sitlogc que celui du navire de rilluntr» Génois cherchant un Noaveau-Mood#. Le louvniir des émotions qui assaillirent w (p«nd homme , à ce suprême mometil, n*cst pas Tune des moindres sensations qui agitent h son lour robscur voyageur cheivhanl aussi eelto terre qui combla do ]oie et de gloire Christophe Colomb. Du lUIe do la Providence qui se trouve i quelques lieues N.-O. de^ San-Salvador, Vautrar se rendit à la Havane et parcourut eneoro le même ebemio que prit Colomb lonqo*il alla découvrir Cuba. En arrivant, Tun des premiers objets qui attirèrent son attention et le remplirent d^attendrissement, fut la colonne élevée sur IVndroit mémo où rinmtorlel navigateur avait mis pied à terre.
De semblables éinotions et celles, que fait naître la « vue de la chûb» si faorriUemeni majestueuse du Niagara, sont les plus vives el les plus nobles que rhommc puisse ressentir eh parconranl TAniériiiue du Nord,
< L'ilgc faisait de rapides progrès sur Go-
» lonih, lorsqu'il entreprit sou quatrième et der- » nier voyage de découvertes. Il comptait déjà » soixante-six ans, et ce furent <ies années rem-* • plies de soucis et de peines, dans lescpielles Tâge
» avait devancé la marche du temps.
« Pour ic voyage actuel, son escadre était coin** » posée de quatre caravelles , dont la plus petite
»> niL'.suraît ciurpiautc tonneaux et la plus grande » n'excédait pas soixante-dix; le total des équipa- » ges montait à cent cinquante hommes. C'est avec » ce petit armement et ces barques légères , que le » vénérable navigateur eulreprit la recliercUe d'un » passage qui, une fois trouvé ,. devait le conduire » dans les mers les plus reculées et le mettre à même » de compléter la circum-aavigation du globe» • «
« Le 20 mai 1502 , il arriva aux Grandes Gana- » ries et y séjourna, ainsi que dans les îles adja- » rentes, pondant quelques jours. Le soir du 25, il » fit voile pour le Nouveau-Monde. Les vents alizés I» furént si favorables que la petite flotte fut douce- » ment emportée dans sa marche, sans changer » les voiles, et arriva, le 15 juin, à l'une des îles ries » Caraïbes, appelée par les naturels, Mnntinino, » Après y être resté trois jours , pour faire de l'eau « et du bois, et pour donner aux marins le temps
HISTOIRE LA MARTIHIQUX.
w de laver leur linge , l'encadre passa dans l'ouest • de rtle , et ûi route pour la Dominique , qui se » trouve à dix lieues environ de là (") <
(Mtoe ouvrage , vol. 2*^ page 81 .)
(*) Nmrreto tvppoM que celte Ile ni la même <|ne eelle appelcQ fnaraleBtiitSaijtte-Liicie. Muis trapios la distuncc eiilre clic et laVomiiii- (|UP, mentionnée par Fernando Colomb, il est plua probable (|uc c'est la Blartiniqtte aclnalie.
IliSÏUlRË D£ Ik MAaTlNlQtE.
(-2) Page'7.
Extmil iUi Père du Tertre , iome l**, pages \ I et
suivantes*
commtoaion de Hoiiaieiir le GardlMl de jBlelM»'* lieu nm%. Mlenni d*Bi|aiiUliic el du Beeeey, €3»piUiIiiMi de Roy dune lee Mere dd 0eneii<« l^ar ««leMlr me coleale VwmmfoÊmb &mmm lee Aniplelee de rjUnertaMe.
» Armand Iëam dv Plsssis de BicuEUEv Cardinal, Conseiller du Koy en ses Conseils, Chef, Grand Maistre , et Sur-Intendanl du Commerce de France; à tous ceux qui ces présentes verront, salut. Sravoir faisons que les sieurs d'Enambuc c^jL du llossey. Capitaines, entretenus de la Marine du Ponant, Nous ayant fait entendre que depuis quinze ans sous les conv^vi. du Roy et susdit Amiral de France, ils auroicnt fait de grandes dépenses en équipages et armures de Navires et Vaisseaux, pour la recherche de quelques terres fertiles et en hou climat, capables d'estre possédées cl hahilccs par les François, et ont fait telle diligence que depuis quelque temps ils ont découvert les Isles
288 iiisroxR£ la martiniqub,
de Saint-Christophe çt de la Barbade, 4'vne de tpenle-cînq , et Faiitre de qnarante-cînq Menés de tour et autres Isles voisines toutes situées à rentrée du Pérou, depuis Fouzième jusqu'au dix-huisttèmc degré du Nord de la ligne Equinoxîale, laisaiil partie des Indes Occidenlales, qui ne sont possédées par aucun Roy ny Prince Chresticn, ausquclles ayant pris terre et séjourné l'espace d'un an pour en avoir ] î i parfaite et particulière eonnoissance, ils onl veu et reeonnu par efTesl l'air y estre tres-doux et tempéré , et lesdites terres fertiles et de grand rapport, desquelles il se peut tirer quantité de conoinoditez utiles pour l'entretien de la vie des ho. unies , niesnie ont advis des Indiens qui habitent lesdiles Isles, qu'il y a des mines d'or et d'argent en icelles , ce qui leur auroit donné sujet de faire habiter lesdites Isles par qaantité de Franrois pour instruire les habitans ea«iceUes eu la Religion Catholique, Apostolique, et Romaine, et y planter la Foy Ghrestiênne à la gloire de Dieu et l'honneur du Roy, sous l'aulhorité et puissance duquel ils de- ' sireraient lesdits habitans vivre et conserver lesdites Isles en l'obéissance de sa Majesté. Pour cét effet, en attendant qu'il pliit à sa Majesté en ordonner; lesdits Sieurs d Enanibuc et du Kossey auroient fait construire et bastir deux Forts et Havres en l'Isle de Saint Christophe, et laissé
HISTOIRE ]>K LA MARTlfiXQUB. ^9
quatre-vingts hommes avec un Chapolain pour célébrer le 'Service Divin , et leur administrer les
Saoremens, et des Canons et autres munitions de j^uerre pour leur dcffense et conservation, tant contre les indiens habitans desdites Isles, que tous antres qui voudroient entreprendre sur eux pour les chasser d icclh», et promis qu'ils y retourneroicMt promplenitMil pour y conduire Je secour» et les cboses dont ils auroient besoin , ou pour les retirer selon le bon plaisir de sa Majesté, Nous rcîquerant qu'il nous pkil sur ce les pourvoir, attendu la charge de Chef et Sur-Intendant du Commerce , dont il a plù à sa Majesté nous honorer. Pour ce est-il que nous désirant l'augmentation de la Relij^^inu et Foy Calliolitpic . ol l'establissement.du négoce et commerce aulaut que faire st; pourra , et attendu que lesdites Isles sont au delà des amiticcs ; Nous avons donné et donnons congé et pouvoir ausdils (rj']iiainhucet du Rosscv , d'aller peupler privalivemeat à tous autres, Ic&dites Islcs de Saint Gliristophe et de la Barbade, et autres circonvoisines, icelle fortifier, y mener et conduire nombre de Prcstres et de Religieux , pour instruire les Indiens et habitans d'icelles, et tous autres, en la Religion Catholique, Apostolique, et Romaine, y célébrer le Service Divin, et administrer les Sacrcmcns, y faire cultiver les terres, et faire travailler à toute force de mines et de métaux,
moyciuuuit les tiroUs de dùicnie de toui ce qui prwiendra et se retirera dlceikSf quUls set ont term^ rendre att Roy, franc et quitte ^ et dont ils rapporleroal bous certificals, le tout pendant le temps et espace de vingt années , et à la charge de tenir lesdites Isles sous l'authorité et puissance du Roy, et réduire les habitans en Tobeissance de sa Majesté ; et pour cet ciilst tenir en estât et apprêt de deâease tel nombre de Vaisseaux, Navires, et Pataches que besoin sera, les armes et équiper d'hommes, canons, vivres et munitions requises et nécessaires pour faire lesdit3 voyages, et se pourvoir contre tous dangers, efforts, et incur-^ sions des Pirates qui infestent la Mer et déprédent les Navires Marchands, ausqucls en quelque lieu, qu'ils se rencontreront, ils paurront faire la guerre. Ënsemble à tous ceux qui empesoheront le trafic et la liberté du commerce aux Navires Marchands François cl alliez; feront leurs clforls cl diligence de les combattre , poursuivre , aborder , et attaquer, vaincre, saisir, et prendre par toute voye d'armes et d'hostilité; lesquels Vaisseaux partiront du Havre de Grâce et Port S. Louys en Bretagne , où ils seront tenus faire leur déclaration du nombre des Vaisseaux <{u'ils mettent en Mer pour lesdits voyages, et de tout ce qui serd dedans; de garder et faire gai tler par ceux de \v\\y équipage durant leur voyage , les Ordonnances de la Marine,
HISTOIRE DE r.A MARTINIQUE. S91
et de faire leur retours avec leurs Navires auUit. Havre de Grâce : et rapporteront ce qu'ils auront
pris vl recouvert sur les Pirates et gens sans aveu, et sur ceux qui empeschenl aux Marchands François et alliez la navigation du costé du Sud au delà du Tropique de Cancer , et premier Méridien des Essores du costé de î'Oûest. Et avanl le déchargement des Navires qu'ils auront amenez , ils nous feront rapport de tout ce qui sera.^ait et passé, pour sur ce en ordonner ce que nous, jugerons ulile et nécessaire au service du Roy et à l'avantage de ses sujets et de la chose puljlique. Si Prions et Requérons les Roys et Princes, Potentats , Seigneurs , et Republiques , leurs Lieutonans Généraux , Ailuuraux , et Vîce-Admiraux. Gouverneurs de leurs Provinces , Chefs qt Conducteurs des Geos de guerre, tant par liler que par tçrre, Capitaines, Gardes des Ports et Havres, Vaisseaux, Costes et passages maritimes, et autres leurs OHiciers et sujets. Mandons et ordonnons aux Intendans , LIeutenans Généraux et Particulier* des Sièges de rAmirauté, et autres Capitaines et Garde-Cosles , Commissaires , et autres Officiers de la Marine estant sous.nostre pouvoir et en Testendué de nostre chai^ et jurisdiction, laisser librement passer, aller, venir, descendre et séjourner lesdils d'Enambuc et du Rossey, avec leurs Vaisseaux, Navires, etPataçlies,
kîurs hômmcs , armes , munitions , vivres et marchandises, et tout ce quils auront pû gagner
et conquérir sur les Pirates , Corsaires, et ennemis • du public et de la France, avec leurs prisonniers, s*il y en a, sans leur faire empeschement ny soTiffrir leur estre fait , mis et donné , ny à ceux de leur cfjiiipnî^e, aucun trouble, ennuy, délourbier . ny empèse iieineat , avec loute faveur, rcïtraite et ' assistance. Gomme aussi nous mandons et ett«j oignons aux Lieutenans , Gens de commandement, el tous soldais et matelots qui voudront aller audit voyage sous la charge desdits Sieurs d'Ënambuc et dù Rossey , de leur prester et rendre tout respect et obéissance comme à leurs Chefs et Capitaines, sous les peines portï^es ]>cir les Ordonnances; et que lud ne soit reçu pour aller à ladite entreprise, qu'il ne s'oblige pardevant lesdits Lieutenans de l'Amirauté, ou autres luges en leur absence, des . lieux où se feront lesdits embarquemens , de <le^ meurer trois ans avec eux ou ceux qui auront charge et pouvoir d'eux pour senùr sous le commandement, le tout en vertu des présentes ou vtdimus d'icelles , que nous avons signé de noslre main fait contresigner par Tvn de nos Secrétaires , et fait nÀettre et apposer le' scel dé nos Armes. Donné à Paris le trente el unième Octobre 162G. Signé Annaiùl Cwdinal de Richelieu^ et sur le replis, par mondit Seigneur Martin ^ et scellé en double queud de cîre rouge. . »
JJlSTOlIUi DE U MARTiNIQti:. ÎÎOS