‹ Histoire de la médecine arabe (volume 2)Chapitre 127 sur 239 · CONSTANTIN L’AFRICAIN · texte numérisé non relu

CONSTANTIN L’AFRICAIN

cher une chose pour elle-même ou pour d’autres motifs. Quelques-uns pensent que la médecine doit être recherchée pour elle-même, et s’attachent à la théorie. D'autres la recherchent pour les dignités auxquelles elle conduit.

a Moi donc, Constantin, moine du Mont-Cassin, travaillant pour le bien de tous, j’ai déjà publié le Pantegni, où les uns trouveront la théorie, et les autres la théorie et la pratique. Pour les commençants, j’ai composé un ouvrage plus facile ; lac vero suggentibus formiculam (lisez : miculam), non crustam subministravimus. Que si d’aucutis portent sur mon ouvrage leur dent canine, je les enverrai sommeiller au milieu de leurs niaiseries. J’ai cru devoir signer cet écrit, parce que des hommes jaloux du travail d’autrui, quand un ouvrage étranger leur tombe entre les mains, se l’approprient frauduleusement et y mettent leur nom. Je l’ai appelé Viatique, parce que son petit volume fait qu’il n’est ni embarrassant ni gênant pour un voyageur. »

Nous avons souligné quelques lignes de cette introduction. Nous verrons plus tard des fraudes pareilles signalées par le biographe de Gérard de Crémone.

Mais d’où Constantin pouvait-il redouter ces fraudes ? Nous ne voyons que les professeurs de Salerne. Constantin luimême les rendait possibles en dissimulant la source où il puisait. Pour les prévenir, mieux valait encore que les dénoncer, l’aveu explicite de la provenance arabe.

Telle est peut-être la marche suivie par Constantin. C'est ainsi que l’on pourrait expliquer peut- être comment certains des ouvrages sont donnés franchement pour ce qu’ils sont, c’est-à-dire pour des traductions, alors que les premiers avaient paru comme pouvant être des écrits originaux.

Certains manuscrits du Viatique le donnent formellement comme une traduction de l’arabe. Ainsi on lit dans les nos 6889 et 6890 de la Bibliothèque nationale : Liber Viatici quem Constantinus ex sarraceno in latinum transtulit. D’autres, ainsi le n° 14,390, portent simplement transtulit.

Dans ses études sur le Viatique, Daremberg a produit quelques assertions que nous devons relever. Il a rencontré des expressions grecques dans le Viatique, et il a cru pouvoir

les attribuer à la persistance des études grecques en Occident.

S’il avait su comment se sont faites les traductions du grec en arabe, il ne se serait pas lancé dans des voies aventureuses.

La langue arabe ne pouvait évidemment fournir d’équivalents à toutes les expressions techniques des livres grecs. Il fallut donc se borner à en transcrire simplement uu certain^ nombre ep attendant mieux. Quelques-unes de ces expressions furent bientôt remplacées. D’autres restèrent alors même que des équivalents étaiênt connus : il suffisait que le sens de ces mots exotiques fût bien déterminé. Certains traducteurs avouent leur impuissance, et certaines traductions ont subi plusieurs révisions à nous connues ; ainsi la traduction de Dioscorides. Ces faits se produisirent non-seulement sur le terrain de la botanique et de la matière médicale, mais encore sur celui de la pathologie.

Le mot Ilaous (écrit à tort eilaous, car l’elif arabe ne sert ici que de support à la voyelle), le mot ilaous, mis en avant par Daremberg, n’accuse aucunement la connaissance dugrec chez Constantin. Il signifie simplement que les traducteurs du grec, n’ayant pas trouvé dans l’arabe d’équivalent, ont conservé ce mot. Il est employé partout, notamment dans le Continent de Razès et dans le Canon d’Avicenne, sans jamais avoir été remplacé.

Daremberg a discuté la question de savoir si la traduction du Viatique par Constantin avait pu se faire d'après le grec, car nous verrons que l’on traduisit en grec le Viatique. Il a communiqué ses doutes àM. Renan, qui lui a naturellement . répondu qu’à cette époque la connaissance de l’arabe par un chrétien n’était pas vraisemblable, et M. Renan inclinait à voir une traduction d’après le grec. Mais Daremberg avait oublié de dire à M. Renan que ce chrétien de Constantin l’Africain avait été musulman pendant un demi-siècle.

Daremberg lui-même ignorait le passé de Constantin. Le nom de Pierre Diacre n’apparaît nulle part dans sa longue dissertation. S’il a cherché quelque chose dans les Reclierches de Jourdain, ce n’est pas la biographie de Constantin. Cela semble étrange, mais cela est tel. Malgré ce lapsus,

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