RAYMOND DE MONCADE
Il en est question dans la Bibliothèque espagnole du père Antonio, qui leplace au XIIIe siècle. Il traduisit un fragment du Coran, qui se trouve au n° 3671.
Cette traduction est dédiée à Frédéric duc d’Urbin, qui la lui avait demandée, est-il dit dans le prologue, et sous la recommandation du cardinal de Melfi.
Ce qui est étrange, c’est que la sourate du pèlerinage est annoncée, Surathil Hagi Machumeti traductio, et que nous trouvons la sourate qui la précède, celle des prophètes.
Tel est un spécimen de cette traduction :
In nomine Dei démentis et misericordis.
PATAVINUS ET LE TEISSIR D’AVENZOAR. 473
Propinquum est hominibus judicium eorum. Ipsienim in iram ceciderunt. Nihil pervenit ad eos recordationis Dei eorum, etc.
Nous rencontrons ensuite: Et quod dedimus Moysi et Aaron, etc.
Moncade est qualifié de guerrier et de docteur ès-arts.
PATAVINUS ET LE TEISSIR D’AVENZOAR.
Le nom de ce traducteur n’a pas toujours été donné sous cette forme. On a écrit Patavicius et Paravicini. Selon toute probabilité, ce nom n’est qu’un surnom du traducteur, né sans doute à Padoue, qui fut un centre d’études arabes.
Comme tant d’autres de ses émules il ne nous est connu que par ses écrits. Il fut aidé dans son œuvre par un juif du nom de Jacob, nom qui fut porté par bien des juifs du moyen âge, écrivains ou traducteurs de l’arabe. Malgré que la mention n’en soit pas faite, il ressort de l’inspection de cette traduction qu’elle fut faite d’après l’bébreu. Jacob traduisait en langue vulgaire, sans doute eu italien, et Patavinus rendait en latin, collaboration dont nous avons à signaler tant d’exemples.
Tel est du reste l’explicit de l’édition donnée par les Juntes, à Venise, en 1554.
Complétas est Liber Theyscir el mudanar (1), éditas in arabico a discreto viro Abymeron..., translatus venetiis ab bebraico in latinum a Magistro Patavino pbysico, ipso sibi vulgarisante Magistro Jacob hebreo in medicina et aliis scientiis plurimum erudito, currente Anno D. J. C. 1281, 21 Augusti, Ducante Joanne Dandolo, sui ducatus anno secundo, Anno Arabum 679.
Nous avons une légère erreur dans le chiffre de l’année.
Il faut évidemment écrire 1280, année qui concorde tant avec le dogat de Dandolo, qu’avec l’année arabe. Du reste la date 1280 se produit ailleurs.
(1) Le titre donne: Liber Theizir dahalmodana va haltadabir cujus est interpretatio rectiflcatio medieationis et regiminis, editus in arabieo a perfecto viro Abimeron Abyn Zoahar.
Dans l’article Avenzoar nous avons déjà fait remarquer des inexactitudes dans cette traduction. Il lie faut pas s’en étonner, puisqu’elle n’est que de deuxième main.
On a imprimé à la suite du Teissir un traité des fièvres qui nous semble tout bonnement faire partie du Teissir luimême. 11 se peut qu’on l’ait regardé comme indépendant, le n° 1028 du fonds arabe de Paris contient le Teissir, qui se termine par les fièvres. Nous en dirons autant de l’opuscule iptitulé De curatione lapidis, que les Juntes ont cru devoir imprimer parmi les Spurii de Galien.
Quant à l’Antidotarium, il se trouve dans le texte arabe du n° 1028, après les fièvres. C’est, du reste, un usage assez répandu parmi les traités de pathologie arabe de se terminer par un formulaire.
Il est encore une traduction du Teissir, dont nous parlerons ici.
Elle est de Campanus, à qui l’on attribue à tort d’autres traductions notamment celle d’Euclide. Le n° 0948 en contient un exemplaire.
Dans son prologue le traducteur expose comment il quitta les ténèbres du judaïsme pour les splendeurs sereines du catholicisme, comment il se livra à l'étude des littératures hébraïque et latine, et comment il s’est décidé à traduire le Taysir, d’après la recommandation d’un archevêque dont nous n’avons pu restituer le nom (Bruchahcuûs). Nous lisons à la fin : Explicit liber taysir inedicinarum sapientis Habenzoar, translatas ex lingua hebraica in latinam, ad honorem catholice fidei et ad vite augmentum honorabilis patris et archiepiscopis brachancuûs (suit un mot obscur) Johannes humilis servus christi de campana, qui per Dei gratiam in utraque lingua peritus exstitit.
JAMBOLINDS DE CRÉMONE.
Il ne nous est connu que par une traduction donnée sous son nom au n° 9328. Tel en est l’explicit :
Explicit liber de ferculis et condimentis, translatus in venetiis a Magistro Jambolino (ou Jambobino) cremonensi ex
JAMBOLINÜS DE CRÉMONE. 475
arabico in latinum, extractus ex libro Gegefilii Algazael, intitulato de cibis et medicinis simplicités et de potibus.
Nous n’avons pu jusqu’à présent reconstituer le nom de l’auteur arabe. Dans Gege on pourrait bien voir Ialiya, si toutefois ce nom n’est pas autrement altéré que par l’intercalation du g qui, dans toutes les traductions faites sous l'influence espagnole, s’interpose entre deux voyelles. Quant à Gazaelnous l’ignorons complètement. Ce travail est cependant curieux, d'autaut plus que c’est le seul de ce genre que nous connaissions. Il y a bien le livre des Correctifs de Razès, mais il traite la question des aliments en général et ne donne que rarement des renseignements sommaires sur les préparations alimentaires. On trouve encore dans le Mala iesa, le Menhadj eddokkan, etc, quelques détails mais seulement sur certains aliments et condiments.
Il est à regretter que le traducteur n’ait pas transcrit bien correctement le nom des préparations. Quelques-uns de ces noms sont très difficiles à restituer.
Nous donnerons quelques-unes de ces recettes.
Maginoma? Incide carnes in frusta, et incide melongias et accipe de adipe caudæ arietis, et pone in ollam de super modicum aceticum mûri et coque et misce cum eis modicum de croco dissoluto cum brodio ejus, deinde obtura orificium ollæ cum pasta et permitte coqui, et propina.
Rotamia (Hachis) sic fit : fac farinam de rizo et super illam in olla projice tune de lacté quantum sufficitde carnibus gallium minutissime incisis, et modico olei amydalarum vel nucis et coque et propina.
Sihene (sihna) Melius ex eo est qui magis redolet, et fit sic. Incide pingues pisces in partes minutas, et omitte eas sic tribus diebus sine sale et aliis rebus, deinde pone eas in catino et sallias eos, et cum pistillo misceantur singulis diebus et contundantur et quousque spinæ a carne perfecte separatæ sint, deinde fortiter exprimendo permitte liumiditatem aggregari in fundo catini, quam in vase mundo repone et usu réserva. Générât autem malas humores et scabiem et sitim, et ejus nocumentum removet lac lactuce.
M. de Sacy, dans Abdellatif, s’était occupé de la sihna,
mais n’en avait pas recueilli une description aussi complète.
On voit que l’auteur a soin de relater les inconvénients et les correctifs des diverses préparations. C’est ainsi qu’à propos de la chair salée et séchée, nemchesuth, il dit qu’elle ne convient qu’aux individus robustes, qu’elle nourrit peu, qu’elle engendre la colique et qu’on la corrige par l’huile de Sésame.
Sirona? (boulettes) sic fit : Accipe carnes et incide eas mimitissime et pasta eas cum farina et fac inde magaleones et frige eos, et propina.
Parmi les autres préparations nous citerons les cataïf, nouilles, la keskasia (Khechkhechya) préparation de pavot ; les noix confites, le riz au lait, la rommanya, préparation de grenades, la s umachia, préparation de sumac, la bière foca, la berberisia , préparation de berberis.
Une note finale annonce que ce livre contient 83 chapitres, dont 78 consacrés aux préparations alimentaires, trois aux condiments, et deux à des doubles emplois.
Nous ne désespérons pas de découvrir l’auteur de cet écrit.