ABOÜ DJAFAR AHMED BEN HASSAN
Il naquit à Grenade et mourut à Fez. C’était un médecin savant et un bon praticien. Il écrivit un traité du régime à l’état de santé dédié à Mansour.
EL MASDOÜM.
Aboul Hossein el Masdoum ben Asdoun naquit à Sqville, ' et il eut pour maître le grand Avenzoar. C’était un homme vertueux, cultivant la poésie en même temps quhl pratiquait la médecine, et médecin consultant d’El Mansour. Il mourut en 588 (1192).
ESPAGNE
ABOÜ DJAFAR EBN ER’r’aZAL.
11 naquit à Fedjira dans les environs d’Alméria, et vint étudier la médecine à Séville, où il compta parmi ses maîtres Abou Bekr ben Zolir. Il connaissait particulièrement les médicaments simples et la préparation des médicaments composés. C’était lui qui préparait les médicaments d’El Mansour, auquel il était attaché comme médecin. Nous avons déjà parlé de la réaction religieuse provoquée par les Almohades. El Mansour avait interdit le vin. Il voulut un jour qu’Abou Djafar lui préparât de la thériaque, etcomme il fallait du vin, il l’invita à s’en procurer. Les recherches d’Abou Djafar furent vaines, et Mansour avoua qu’il n’avait eu d’autre but en lui demandant de la thériaque, que de s’assurer s’il existait encore du vin.
Abou Djafar mourut sous le règne d’Ennacer.
EBN DJELA.
Il était de Murcie, et c’était un médecin renommé au service d’El Mansour.
ABOU DJAFAR EDDEHEBY.
Abou Djafar Ahmed ben Atiq Eddeheby, dit aussi El Balensy, de Valence, et Aboul Abbas, était un médecin savant et expérimenté, au service d’El Mansour et d’Ennacer. Il mourut en 600 ou 601 (1204) à Tlemcen, où il avait suivi Nacer dans une expédition, à l’âge de 47 ans.
AVERROÈS
Aboul Oualid Mohammed ben Ahmed ben Mohammed Ebn Rochd, vulgairement connu sous le nom d’Averroès, est le plus grand nom de l’Espagne musulmane, mais cette
supériorité il la doit à la philosophie plutôt qu’à la médecine. Il en fut d’Averroès comme de maint autre savant du moyen âge, tels que Gerbert et Albert le Grand : sa mémoire se produisit à travers les erreurs et les fables et on lui fit une célébrité de mauvais aloi.
Cette grande personnalité vient enfin d’être mise au grand jour. Averroès a pris définitivement sa place dans l’histoire, grâce à un travail récent de M. Renan, Averroès et l’Averroïsme. Ce livre a non-seulement dégagé la figure d'Averroès des ténèbres qui l’enveloppaient, mais il nous donne le récit aussi neuf qu’intéressant de ses doctrines à travers les siècles. En même temps qu’il nous fournira des documents sérieux et nous épargnera quelques recherches, il nous permettra de glisser sur certains points qui n’intéressent pas particulièrement l’histoire de la médecine.
Averroès naquit à Cordoue en 1126 de notre ère, d’une famille honorable de jurisconsultes. Son père et son aïeul étaient Cadhis de Cordoue.
Les biographes ne remontent pas au-delà de son aïeul, nommé comme lui Aboul Oualid, personnage éminent, qui fut chargé de plusieurs missions politiques. Nous croyons avoir rencontré les traces d’un autre de ses ascendants, peutêtre le frère de son bisaïeul. Le n° 887 de l’Escurial contient un traité de médecine clinique, pris à tort par Casiri pour un manuel d’examens. L’auteur ditavoir traité pour une ophthalmie son ami le faquih Ebn Abi Rochd, et cela se passait dans le milieu du onzième siècle. Nous relevons ce fait à propos de l’opinion qui donne à la famille ' d’Averroès une origine juive. Comme l’a déjà fait observer M. Renan, si la famille d’Averroès se convertit du Mosaïsme à l’Islamisme, ce fut à une époque reculée.
Averroès eut différents maîtres pour l’étude des sciences. Nous nous bornerons à citer celui qui lui enseigna la méde-» ciné, Abou DjafarHaroun, de Truxillo, sur le compte duquel nous savons peu de choses. Il est probable qu’il profita davantage dans la fréquentation de la famille des Avenzoar, avec laquelle la sienne était liée, comme nous aurons plus tard l’occasion de le rappeler.
ESPAGNE
On a prétendu qu’il eut pour maître EbnBadja, l’Avenpace des scolastiques, mais il est probable qu’il ne s’inspira de sa doctrine que par ses livres, étant trop jeune à, la mort d’Ebn Badja.
Ebn Tophaïl fut mieux que le maître d’Averroès : il lui concilia la faveur des souverains et le poussa dans cette voie de la philosophie où il devait acquérir tant de renommée. L’Almohade Iousef fils d’Abd el Moumen était ami de la littérature et versé dans la connaissance de la philosophie grecque, mais il sé plaignait de l’obscurité des traductions d’Aristote et désiraît qu’un homme compétent en fit le commentaire. Averroès fut instruit de ce désir par Ebn Tophaïl qui le jugea 'digne d’entreprendre cette tâche. Il obéit et c’est à ce labeur qu’il doit d’avoir partagé l’influence d’Aristote sur le moyen âge et de porter le surnom de commentateur par excellence, Echcharih.
Iousef le nomma son premier médecin en remplacement d’Ebn Tophaïl. Iakoub el Mansour ne fit pas moins pour Averroès que son prédécesseur, et il se complaisait à parler de science avec lui.
Averroès n’était pas occupé seulement par la philosophie et la méàecine. D’abord Cadhi de Séville, il fut plus tard nommé grand Cadhi de Cordoue.
Tant de prospérité lui suscita des envieux, et les dernières années de son existence il les passa dans les persécutions et, l’amertume.
D’une part on l’accusa d’irréligion, de l’autre d’avoir manqué de respect au souverain.
On lui fit un crime d’avoir cité dans ses écrits un ancien qui disait que la planète Vénus était une Déesse.
Dans son commentaire sur le livre des animaux d’Aristote, parlant de la girafe, il disait en avoir vu une à la cour du roi des Berbères Iakoub. La qualification fut trouvée malséante. Averroès l’imputa à Une erreur de copiste et dit avoir écrit souverain des deux continents (le Magreb et l’Espagne), ce qui, en arabe, s’écrit à peu de chose près de la même manière.
Averroès fut exilé à Lucena, près de Cordoue» et ses biens
confisqués. S’il faut en croire Léon l’Africain, il subit de dures humiliations. Placé à la porte de la mosquée de Fez, les passants lui crachaient à la face.
En même temps qu’ Averroès, la philosophie fut persécutée-
Cependant une réaction survint, et Averroès rentra en faveur auprès d’Iakoub el Mansour. Mais il en jouit peu de temps et mourut à Maroc, suivant l’opinion la plus commune en l’année 1198.
Ici nous relèverons un lapsus de M. Renan : « Ebn Beithar et Ebn Zolir moururent presque la même année. » Cette année 1198 serait plutôt celle de la naissance d’Ebn Beithar dont la date ne nous est pas donnée, mais qui mourut en 1248. M. Renan a pris sa date chez Léon l’Africain, mauvais guide comme le sait du reste M. Renan. Si nous relevons cette erreur c’est qu’elle est couverte par un nom considérable et qu’elle a été déjà reproduite à l’article Averroès dans la biographie générale de Didot, avec les réflexions qui l’accompagnent.
Parmi les fables débitées sur le compte d’Averroès nous citerons sa rencontre avec Avicenne, sa traduction d’après le grec des œuvres d’Aristote, sa mort tragique, enfin le portrait odieux que le fanatisme en fit au moyen âge.
Les biographes d’Averroès s’accordent à le donner comme le modèle de toutes les vertus et plus remarquable encore par son caractère que par son intelligence. Celui dont on fit une sorte d’Antéchrist ou de réprouvé, après une vie bien remplie, subit l’infortune avec la patience de Job.
Écrits d’Averroès.
La carrière d’Averroès fut longue et laborieuse. Malgré ses fonctions de Cadhi, l’étude et la composition l’occupèrent constamment. Il ne passa, dit-on, que deux nuits sans travailler, celle de son mariage et celle de la mort de son père.
Nous donnerons la liste de ses écrits d’après M. Renan, tout en l’abrégeant un peu en certains points.
Traités philosophiques, 28.
Commentaires sur Aristote. Dans l’édition des œuvres d’Averroès en onze volumes in-folio, ils en occupent huit.
ESPAGNE
Averroès avait pour Aristote une admiration superstitieuse.
Destruction de la destruction, en réponse à l’ouvrage de Gazzali : Destruction des philosophes.
De la substance de l’univers.
De l’union de l’intellect séparé avec l’homme.
Questions sur les diverses parties de l’Organon.
Du syllogisme conditionnel.
Abrégé de logique.
Prolégomènes à la philosophie.
Commentaires sur la République de Platon.
Commentaires sur Alfaraby.
Réfutation de la classification des êtres par Avicenne.
Commentaire sur la métaphysique de Nicolas.
Si Dieu connaît les choses particulières.
Sur l’existence éternelle et sur l’existence temporaire.
Question sur le livre du ciel et du monde, etc.
Les commentaires d’Aristote sont l’œuvre principale d’Averroès. Ils furent traduits de bonne heure, au commencement du XIIIe siècle par Michel Scot, et peu après cette œuvre fut reprise par Hermann l’Allemand.
Déjà Guillaume d’Auvergne, mort en 1248. cite Averroès comme un illustre philosophe (Jourdain, 299).
Albert le Grand et Bacon en parlent en bons termes.
Saint Thomas d’Aquin, tout en le combattant vivement, se laissa imprégner de sa méthode.
Un autre violent adversaire d’Averroès fut Raymond de Lulle.
Tout en restant le grand commentateur, Averroès devint le blasphémateur de toute religion, une sorte d’ Antéchrist, et les beaux-arts eux-mêmes le prirent souvent à partie.
Cependant à Padoue se constituait une école, où les doctrines d’Averroès faisaient le fonds de l’enseignement, et ce fait curieux se prolongea jusqu’au milieu du XVIIe siècle.
Niphus fut le dernier adepte et l'éditeur d’Averroès, et Vivès, le précepteur de Charles-Quint, son dernier adversaire.
Au commencement du XVIe siècle on se remit à faire de nouvelles traductions d’Averroès d’après l’hébreu. C’était
trop tard. On était en pleine Renaissance, et la connaissance du grec allait faire oublier la philosophie et la médecine arabes.
Il nous semble que M. Renan a trop insisté sur ce fait qu’ Averroès, qui fit tant de bruit en Occident, en fit si peu en Orient. Cela nous paraît tout naturel. Au XIIIe siècle, il restait peu de place en Orient pour la philosophie entre les croisades et l’invasion mongole, tandis qu’alors la scolastitique était dans toute sa ferveur et sa fécondité. La médecine florissait bien encore et jetait son chant du cygne à Damas et au Caire, mais l’importance médicale d’Averroès était trop faible pour faire impression. Cependant il ne passa pas inaperçu. Ebn el Beithar le cite quelquefois dans ses Mouf ridât, et plus souvent dans le Morny. Nous avons aussi trouvé des citations d’Averroès dans Ebn el Koff et dans Soueydy, etc. Au XIV0 siècle, un médecin commenta, lui aussi, l’Ardjouza d’Avicenne, et il cite Averroès parmi ses dèvanciers. Ce travail existe à la Bibliothèque de Paris sous le n° 1022 du supplément, et c’est à tort que M. Renan l’a mis au compte d’Averroès. L’auteur de ce commentaire, Mohammed ben Ismaïl, donne à la fin une courte notice sur chacun des auteurs qu’il a cités. Celle d’Averroès se borne à trois lignes et la date de sa mort est portée à l’année 599 de l’hégire.
Enfin le Koullyat, qui a échappé à M. Renan, est mentionné dans Hadji Khalfa au n° 10,849 de l’édition allemande (1).
A propos des traductions d’Aristote nous avons déjà fait allusion à une assertion de M. Renan sur laquelle c’est ici le moment de revenir.
M. Renan dit à la page 52 : « Ses œuvres n’offrent qu’une traduction latine d’une traduction hébraïque d’un commentaire fait sur une traduction arabe d’une traduction syriaque d’un texte grec. »
(1) Fluegel a commis une erreur, assez commune du reste, en traduisant le mot Koullyat par : Opéra omnia medica. La traduction de M. Renan page 76 est bonne ; à la page 14 il faut supprimer ces mots : Du corps humain , et les remplacer par : De la médecine.
ESPAGNE
Ceci est très inexact et des cinq termes on peut généralement en supprimer deux, le syriaque et l’hébreu.
Quant au syriaque nous avons prouvé, à propos des traductions d’Aristote, que celles qui sont le fait de traducteurs ignorant le grec ne comptent que pour un quart.
Quant à l’hébreu, les commentaires d’Averroès furent traduits de bonne heure et à Tolède par Michel Scot et Hermann l’allemand, double raison pour qu’ils aient été traduits d’après l’arabe et non d’après l’hébreu. D’ailleurs M. Renan nous apprend que ce fut seulement au XVI8 siècle que l’on révisa les traductions latines d’après les traductions hébraïques. Le moyen âge ne connut donc que des traductions faites d’après l’arabe.
En somme l’immense majorité des traductions en arabe et ensuite en latin sont de première main.
Nous avons insisté sur le caractère des traductions parce que l’on ne s’est pas contenté d’admettre sans contrôle l’assertion de M. Renan, mais d’aucuns sont allés jusqu’à l’appliquer à la généralité des traductions arabes.
Ouvrages de théologie.
M. Renan en cite cinq dont un intitulé : Critique des diverses opinions sur l’accord de la philosophie et de la théologie.
Jurisprudence.
Huit ouvrages, dont un cours complet de jurisprudence existant à l’Escurial, d’après Casiri. Toutefois M. Renan n’admet l’authenticité que pour deux, les autres n’étant pas indiqués dans les catalogues.
Astronomie.
Quatre ouvrages dont un abrégé de l’Almageste.
Grammaire.
Deux ouvrages.
Œuvres médicales.
Le Koullyat ou Colliget.
Ce livre, qui est la principale œuvre médicale d’Averroès, porte en arabe le nom de Koullyat Fitthobb, qui veut dire Généralités de médecine. On peut s’étonner que le mot Koullyat ait été si peu compris même par les orientalistes.
On y a vu des généralités sur le corps humain (Averroès et l’Averroïsme, page 14), un traité complet ou général de médecine (Fluegel et Wttstenfeld), enfin un livre du Tout (Hoœfer), etc.
Il suffisait pourtant de lire le préambule du livre pour comprendre le sens du titre : Incœpi in eo ordinem doctrinæ a rébus universalibus, consideravi comprehendere universa les régulas hujus scientiæ, et postea intendi ire ab illis ad membra sua et ad partes suas eis alio libro quem componam si placuerit Deus : ideo vocavi ipsum Colliget.
Disons de suite que du mot Koullyat on a fait Colliget par l’intercalation d’un g, comme il arrive toujours dans les traductions faites en Espagne avant une diphthongue ou entre deux voyelles.
Averroès s’est donc proposé de traiter dans le Colliget des généralités de la médecine, réservant pour un autre livre ses particularités ou autrement l’histoire de chaque maladie en particulier. Le Colliget répond au premier livre du Canon d’Avicenne, qui a été l’objet de nombreux commentaires sous le titre de commentaires des généralités du Canon d’Avicenne, Koullyat el Kanoun Ebn Sina.
Chemin faisant Averroès changea d’avis, et, nous devons franchement l’en féliciter. C’est lui-même qui nous l’apprend à la fin de son livre. Il lui resterait, nous dit-il, après ces généralités, à donner l’histoire de chaque maladie afférente à chaque organe en particulier, ainsi que le font les compendiums de médecine ; mais il en est un, le plus éminent de tous, dont il a lui-même sollicité et provoqué la composition et qui n’est autre que le Teissir d’Abou Merouan Ebn Zohr. C’est donc à l’intervention d’Averroès que nous devons le Teissir, le meilleur ouvrage de médecine pratique composé par les Arabes, ouvrage dégagé de toute préoccupation théorique, frappé au coin de l’originalité et de l’expérience. Assurément Averroès était moins capable qu’Avenzoar de composer le Teissir.
Mais revenons au Colliget.
On y reconnaît un disciple d’Aristote. Pour comprendre
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son livre, Averroès dit qu’il faut la connaissance de la logique et des sciences naturelles.
Telle en est l’ordonnance.