‹ Histoire de la médecine arabe (volume 2)Chapitre 4 sur 239 · DOUZIÈME SIÈCLE · texte numérisé non relu

DOUZIÈME SIÈCLE

mençaient à prendre une large part dans le mouvement scientifique, durent émigrer, les uns dans le Languedoc, les autres en Égypte avec Maimonide.

Jamais, cependant, en dépit de ces entraves, la pensée ne prit un aussi libre essor et n’eut de pareilles audaces, témoins EbnTophaïl, Ebn Badja et surtout Averroès, le plus grand philosophe de l’Espagne et l’un des plus grands noms de l’Islamisme. Par ses travaux philosophiques et ses commentaires sur Aristote, il exerça la plus haute influence sur la marche des idées au moyeu âge et devint aux yeux de la théologie scolastique la personnification de la libre pensée. Eben Tophaïl et Eben Badja, vulgairement dit Avempace, furent aussi connus des scolastiques, le dernier surtout, Nous rappellerons du premier le Hay ben Iakdan, traduit par Pococke sous le titre de Philosophus autodidactus, où il présente les évolutions successives de la pensée d’un homme isolé dès sa naissance et arrivant par l’observation et le raisonnement aux plus hautes vérités philosophiques et religieuses. Le Régime du solitaire du second est conçu dans le même sens.

La médecine qui les revendique aussi bien qu’ Averroès, compta d’illustres représentants dans la famille des Avenzoar, qui fournit des médecins pendant trois siècles. Abou Merouan ben Abd el Malek, le plus grand de la famille, est l’auteur du Teissir, un des meilleurs ouvrages sortis de l’école arabe, où l’on voit se produire une expérience riche et indépendante des traditions antiques. Avenzoar est tenu par certains historiens comme le plus grand praticien qu’aient produit les Arabes.

A. côté de ces noms, il faut citer ceux d’Errafequy et d'Aboussalt Ommeya, qui publièrent des travaux d’histoire naturelle médicale, et d’Ebn el Aouam auteur de l’Agriculture, récemment traduite en français par M. Clément Mullet, ouvrage remarquable par une vaste érudition non moins que par la pratique, et dont la médecine peut encore faire son profit.

Il faut remonter aux temps de la première ferveur pour rencontrer autant de noms éminents dans un aussi étroit espace.

Rappelons enfin que l’Espagne tient, une large place dans l’histoire des sciences par les traductions qui s’y firent alors des ouvrages arabes, traductions qui élargirent le champ des études chez les chrétiens.

Si nous sortons du domaine de la médecine, nous verrons que sans jeter partout un vif éclat, les sciences ne furent pas moins cultivées dans la société musulmane si profondément agitée tant en Orient qu’en Occident.

Malgré les troubles politiques et religieux, malgré les difficultés qui en étaient ia conséquence inévitable, la géographie n’en continua pas moins ses progrès. En même temps qu’apparaît un traité général d’un mérite supérieur h ce qui avait paru jusqu’alors, celui d’Édrissy, des voyages lointains s’accomplissent, dont les relations nous ont été conservées.

Ce fut aussi l’Occident, que nous avons déjà vu au premier rang sur le terrain de la médecine, qui mérita le plus de la géographie. Plusieurs Andalous quittèrent leur pays et voyagèrent à travers l’Orient.

Àbou Hamid, qui mourut à Damas en 1170, après avoir voyagé depuis l’intérieur de l’Afrique jusqu’aux embouchures de l’Oxus, publiait une relation qui fut mise à contribution par Kazouiny.

Un autre espagnol, Ebn Djobaïr, publiait aussi la relation d’un voyage en Orient, avec passage, à son retour, à travers la Sicile.

L’œuvre la plus importante du siècle et jusqu’alors de la géographie arabe fut le livre d’Édrissy vulgairement et vicieusement connu sous le nom de Géographie nubienne, œuvra riche d’observations ayant trait particulièrement à l’histoire naturelle et qui ne fut surpassée que par Aboulféda.

Zamakhchary, savant polygraphe, qui avait- étudié à Boukhara, nous a laissé une sorte de dictionnaire géographique.

C’est à l’Espagne aussi que nous devons le traité d’agriculture d’Ebn el Aouam, qui n’a pas d’égal dans la littérature arabe, vaste répertoire où Ton voit à côté de connais-

sances pratiques une riche érudition, qui nous a conservé de précieux documents des littératures antérieures.

La culture des mathématiques et de l’astronomie était toujours vivace en Espagne. C’était l’époque de deux hommes dont les noms sont connus des savants européens. L’un d’eux est Albitroudji, vulgairement Alpetragius, dont on a traduit les traités de la sphère et de l’optique. L’autre, qui eut aussi les honneurs de la traduction latine, est Djaber ben Aflah, que l’on a confondu avec le célèbre alchimiste Géber.

Averroès composa aussi plusieurs écrits sur l’astronomie, et Maimonide corrigea un traité de Djaber ben Aflah.

C’était encore un espagnol que Samuel ben Iehouda, qui s’en alla mourir en Orient, h Méraga, ville d’observations astronomiques, et qui déjà, dans son pays natal, avait mérité le surnom d’ Astronome.

Dans l’Irak, Hibat Allah, versé dans les mathématiques, appliquait ses connaissances à la confection d’instruments astronomiques d’une perfection qn’on ne sut plus égaler.

A Bagdad, Mobacher ben Ahmed, mathématicien et astronome, était chargé parleKhalife du choix des livres destinés à la Bibliothèque de la Medersa Nidhamya et à celle du palais.

En Perse, El Madany écrivait sur les mathématiques et l’astronomie.

La philosophie peut citer, au XIIe siècle, des noms glorieux.

En Orient, nous ne relèverons que celui de Fakhr eddin Errazy ; mais en Espagne nous pouvons citer ceux d’Eben Tophaïl, d’Eben Badja, de Maimonide, car c’est là qu’il se fit, enfin le plus grand de tous, Av.erroès.

En somme, le XIIe siècle ne fut inférieur à aucun de ceux qui l’avaient précédé, et c’est à l’Espagne qu’il doit cet équilibre. Si l’Orient fléchit, il faut porter à son actif des encouragements et des institutions fondées par Nour eddin et Salah eddin (Saladin) qui ne portèrent leurs fruits qu’au siècle suivant.

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