‹ Histoire de la médecine arabe (volume 2)Chapitre 53 sur 239 · SÉRAPION LE JEUNE · texte numérisé non relu

SÉRAPION LE JEUNE

Sérapion, dit le jeune, pour le distinguer de Sérapion l’ancien, qui vivait au IX8 siècle, est un être mystérieux sur lequel nous ne rencontrons aucun renseignement.On a le droit de s’en étonner quand on en a sur tant d’autres médecins qui ne valent pas mieux que lui et qui n’ont pas eu les mêmes honneurs.

On peut arriver à lui assigner approximativement une époque en cherchant dans son livre les médecins qu’il a cités. Et encore cette tâche est difficile quand on ne possède le Traité des simples que dans une traduction latine, où les noms propres aussi bien que les mots techniques sont étrangement défigurés.

Le Traité des médicaments simples est un travail de pure compilation. L’auteur met à contribution surtout Dioscori- <les et Galien, le premier pour la description des simples et le second pour leurs propriétés. Il les complète par quelques autres médecins grecs, tels que Paul d’Egine, Oribase, Rufus, et par les médecins arabes, persans et indiens ses devanciers. Une liste des auteurs est donnée en tète de l’édition des Simples de 1531, Strasbourg. On y. compte quatre-vingts noms, y compris quelques titres de livres et des doubles emplois, ce qui réduit le nombre des auteurs cités à une soixantaine.

On a déjà, essayé d’assigner une date à Sérapion par l’inspection de ces noms. On amis en avant celui d’Ebn Guéfith, que Ton a cru sans doute le plus rapproché de nous. Ebn Guéfith mourut en 1074, ce qui met Sérapion au plus tôt vers la fin du XIe siècle ou au commencement du XIIe.

Nous connaissons un autre nom cité qui rapproche davantage de nous Sérapion le jeune. Au n° 386, sous la rubrique Bèzoard, on lit : Hahamed eben ririfus. Lapis Bezahar confert veneno scorpionis , quando portatur in anulo, et inciditur in eo imago scorpionis, luna existante in signo scorpionis. Nous lisons d’autre part dans Ebn el Beithâr, à l’article Bézoar: « Ahmed ben Iousef. La pierre de Bézoar est utile contre le venin des scorpions si on la porte dans un anneau d’or sur lequel on aura gravé la figure d’un scorpion, la lune étant dans le signe du scorpion. » — Il est évident que ces deux passages sont identiques. Malgré les altérations, qu’elles soient dufait, du traducteur ou de l’imprimeur, nous n’hésitonspas à voir Ahmed ben Yousef dans Hahamed ben ririfus.

. Nous constatons, soit dans cette traduction,- soit dans d’autres, des altérations beaucoup plus étranges. Or Ahmed ben Yousef n’est pas autre que le naturaliste Tifachy, qui écrivait au beau milieu du XIII0 siècle. Ce serait donc au XIII" siècle qu’il faudrait placer Sérapion le jeune. Il est encore quelques autres noms qui pourraient fournir des indices, mais il faudrait opérer sur le texte arabe et ce texte n'existe pas, sinon peut-être à Oxford. Il y a bien encore à

Paris une version hébraïque que nous avons déterrée et sur: laquelle nous reviendrons, mais elle est incomplète. Nous avons essayé plus d’une fois de faire le dépouillement complet des auteurs cités dans Sérapion, mais nous allions toujours nous heurter contre certains noms d’une restitution impossible. La collation avec la version hébraïque nous a bien fourni quelques éléments nouveaux, mais c’est surtout à un autre point de vue qu’elle nous a présenté de l’intérêt, et puis elle s’arrête au n° 350.

Sérapion produit bien rarement quelque chose de son crû.

On ne peut lui attribuer que de courts passages d’introduction, qui ne sont pas accompagnés de noms d’auteur.

Jamais il ne prend la parole pour éclaircir des passages douteux, signaler des erreurs ou des contradictions, ainsi qu’il arrive souvent à Ebn el Beithàr.

Le livre se divise en deux parties.

La première est une sorte de thérapeutique générale, où il est question des propriétés élémentaires, secondaires et tertiaires des médicaments.

Dans la deuxième, les médicaments sont traités en particulier, divisés en trois classes, végétaux, minéraux et animaux.

Le chiffre total est de 462.

Chaque article est une série de citations où les parties descriptive et thérapeutique ne sont pas nettement séparées comme dans Ebn el Beithàr. Une autre différence qui semblerait indiquer une époque plus reculée que le XIIIe siècle, c’est que le chiffre des médecins arabes est relativement restreint dans Sérapion : Dioscorides et Galien en font presque tous les frais. Ce sont, du reste, des noms qui se retrouvent chez Ebn el Beithàr. Le Traité des simples de ce dernier rend presque insignifiante l’importance historique des simples de Sérapion, qui restent simplement un jalon, comme tant d’autres ouvrages qui n’ont pas eu l’avantage d’une traduction latine.

Sérapion fut traduit en latin vers la fin du XIIIe siècle par le juif Abraham et Simon de Gênes, qui était médecin du pape Nicolas IV en 1288. La barbarie de cette traduction

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s’explique d’abord par sou procédé d’exécution à deux, procédé qui était fréquent à cette époque en Espagne. Un juif ou uu musulman traduisait en langue vulgaire et un lettré reproduisait en latin. On sent dans les transcriptions l’influence de l’espagnol, ainsi : Xambar pour Chambar, Xaham pour Chàham, Bedegnard pour Badaouard, Guasima pour Quasima, etc.

Quant aux énormités de transcriptions, que l’on ne saurait toutes mettre sur le compte des copistes ou des imprimeurs, nous croyons en trouver une autre raison, c’est que cette traduction latine dérive peut-être d’une traduction hébraïque.

Il existe au fonds hébreu de Paris une traduction hébraïque de Sérapion parfaitement méconnue. Le catalogue se contente de dire que c’est un Traité des Drogues, et que chaque article renferme des extraits de Dioscorides, de Galien, etc.

Le n° 1187 est tout simplement une traduction de Sérapion, dont il manque le commencement et la fin. Le manuscrit commence à la Garance, Foua, n° 60 de la traduction latine, et finit au Mezerion, n° 353. Nous avons lu attentivement ce manuscrit, et nous l’avons trouvé en tout conforme à la traduction latine tant dans son ordonnance générale que dans ses détails. Il peut servir à redresser bien des transcriptions vicieuses.

Dans la traduction latine un fait nous avait frappé, dont nous avions vainement cherché l’explication : nous l’avons trouvée dans la traduction hébraïque. Ce fait, ce sont des synonymies en langue latine ou vulgaire. Nous les avons retrouvées dans la traduction hébraïque. Elles semblent donc prouver que la traduction latine ne procède pas de l’arabe, mais de l’hébreu. Quelques-unes de ces synonymies sœt dites appartenir h la langue latine et le plus grand nombre à la langue vulgaire, asz. Cedernier mot correspond à 1 ’Adjemya d’Ebn el Beithâr. Citoçs-en quelques exemples :

Sousen c’est le Lilium, dit le latin. En vulgaire Lïliou, dit ■ l’hébreu.

Kerua c’est le Pentedactylus, dit le latin. En vulgaire Fintidaktili, dit l’hébreu.

Seliklia c’est le Cassia lignect, dit le latin. En vulgaire Kasia ligmah, dit. l’hébreu.

Caphor c’est le Ccimphora, dit le latin. Eu vulgaire Kamfoura, dit l’hébreu.

Iln y a pas jusqu’aux fautes qui ne soient reproduites. Ainsi au lieu de Mougats, racine de grenadier sauvage, l’hébreu donne Maad, et le latin Mihad. A propos du Raphanus, l’hébreu donne Acsakous au lieu de Costa® et le latin! donne Ascèos.

Nous croyons donc la version latine faite en regard, sinon d’après l’hébreu, ce qui a dû nécessairement apporter le trouble dans les transcriptions, indépendamment de l’ignorance de la langue originale par l’auteur de la rédaction latine. Quelques exemples de noms propres. Maçoudi est \ souvent cité, parfois correctement mais aussi sous cette forme : Almasaherodi. lounious est transformé en Barbios, Costus en Constantimis. (Ab ou Hanifa) Ahmed ben Daoud J eddinouri, en Ahamet eben David Iumar. Au lieu de Damascus ou Damascenus, on lit Damaschut, etc.

La traduction n’en est pas moins donnée comme faite d’après l’arabe.

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