‹ Histoire de la médecine arabe (volume 2)Chapitre 57 sur 239 · SAD EDDIN BEN MOUAFFEQ EDDIN ABD EL AZIZ · texte numérisé non relu

SAD EDDIN BEN MOUAFFEQ EDDIN ABD EL AZIZ

Sàd eddin Abou Isliaq Ibrahim, fils de Mouaffeq eddin Abd el Aziz Essalmy, dont nous avons parlé au siècle précédent, ' marcha sur les traces de son père et fut un homme de bien. Il naquit à Damas en 1187, et devint un médecin distingué, D’abord attaché à l’hôpital Ennoury, il servit ensuite Malek el Achraf, le suivit en Orient, puis revint en 1228 à Damas que Malek el Achraf avait reçu de son neveu Malek Ennacer. Là il fut nommé chef des médecins et continua à servir Malek el Achraf jusqu’à sa mort en 1237. Quand

SYRIE

Malek el Kamel s’empara de Damas, il prit Sâd eddin à son Bervice. A l’époque où écrivait Ebn Abi Ossaïbiahy c’est-àdire au milieu du XIIIe siècle, Sâd eddin vivait toujours à Damas et formait de nombreux élèves.

EADHY EDDIN ERRAHABY.

Aboul Hedjadj Iousef ben Heidera, fut surnommé Errahaby, de Raliaba, patrie de son père, qu’il habita aussi. 11 naquit dans le Diarbekir en 534 de l’hégire, 1139 de notre ère. C’est en raison de sa longue vie qu’il figure au XIIIe siècle. Après avoir habité Bagdad, où il étudia la médecine, il se rendit en Egypte et suivit les leçons d’Ebn Eddjami.

Il vint ensuite se fixer à Damas, à l’époque du sultan Nour eddin, et ouvrit une officine où il traitait les malades. Il se fit une réputation comme oculiste. En même temps il s’occupait de commerce. Les profits qu’il en tira, l’ordre qu’il apporta dans son existence, les présents qu’il reçut des souverains le conduisirent à l’opulence.

Quand Nour eddin fut affecté de l’angine qui l’enleva, Errahaby fut appelé en consultation. Il se prononça pour un changement de local, celui où se trouvait Nour eddiu étant trop étroit, et pour une saignée. Nour eddin refusa, alléguant ses soixante années, et se confia à d’autres médecins, qui ne purent le sauver.

Errahaby continuait à Damas l’étude de la médecine et suivait les cours de Mouhaddeb eddin ben Naqqach.

Saladin le prit à son service et lui fit une pension mensuelle de trente dinars, qui fut plus tard portée à cinquante. Outre le service du prince, il faisait celui delà citadelle et du grand hôpital. Saladin voulait l’emmener dans ses expéditions, mais Errahaby obtint de rester à Damas. Malek el Adel fit la même tentative, mais Errahaby s’obstina à rester à Damas chargé de son service d’hôpital, où il forma de nombreux élèves, dont nous aurons bientôt à parler, qui répandirent la science médicale par toute la Syrie.

Nous avons déjà cité un médecin arabe qui refusa l’entrée

de son école à Aboul Barakat, parce qu’il était juif. Errahaby nous offre le second exemple de cette intolérance. Il ne voulait pas de Zimmis pour élèves et il ne dérogea que pour , Omran el Israily et Ibrahim ben Khalef Essamiry, tous deux israélites.

Bien qu’il nous soit donné par son biographe comme un homme droit et sage, d’un esprit élevé, aimant ses malades, ; réglé dans sa conduite, réservé dans ses paroles, ne disant jamais rien de blessant, il eut cependant ses petits travers et on a conservé de lui quelques singularités. On raconte qu’il ne voulait pas aller voir les malades pour lesquels il fallait monter, disant que les escaliers étaient la scie de l’existence.

Toutes ses occupations étaient réglées minutieusement. C’est ainsi qu'il prenait des bains tous les jeudis, qu’il consacrait le vendredi à des visites, et que le samedi il cessait toute affaire et le passait à la campagne. Il s’était constitué un régime de vie qu’il suivait ponctuellement jusque dans ses derniers jours, et comme on lui faisait observer que le peu qui lui restait à vivre ne méritait pas tant de précautions, il répondit qu’il ne voulait pas quitter ce monde par sa faute. Il appliquait ces principes aux autres. Un vizir de Malek el Adel avait l’habitude de ne manger que de la chair de poulet et d’abuser des médecines: aussi était-il tombé dans une sorte d’anémie. Erraliaby lui fit voir un jour côte à côte de la chair de poulet et de la chair de mouton et lui dit que le sang fourni par chacune de ces chairs était à l’avenant. Le vizir se mit au mouton et recouvra ses forces perdues.

C’est ainsi que Erraliaby parvint à peu près à la centaine, car il mourut en 031 (1233), ayant conservé l’usage des sens, et n’ayant contracté qu’un léger affaiblissement de lamémoire relativement aux faits présents, mais la conservant toujours fraîche pour les faits du passé.

Il écrivit sur les Aphorismes d’Hippocrate et résuma les questions de Honein.

Nous allons parler de ses deux fils.

CHERF EDDIN BEN ERRAIIABY.

[' Cherf eddin Aboul Hassan Ali ben Yousef Errahaby marcha sur les traces de son père, et en même temps qu’un bon médecin il fut un homme de bien. Il étudia la méddcine nonseulement sous son. père, mais aussi à l’école d’Abdellatif. Alem eddin Essakliàouy et d’autres professeurs lui enseignèrent les humanités, où il excella. C’était aussi un poète.

Il resta longtemps attaché à l’hôpital Ennoury.

Quand Mohaddeb eddin Abderrahim, autrement dit Eddakhouar, donna sa maison pour y établir une école de médecine, ce fut à la condition que Cherf eddin y professerait, -tanill avait d’estime et de confiance en sonsavoir. A l’époque où écrivait Ebn Abi Ossaïbiah, c’est-à-dire vers le milieu du XIII" siècle, il occupait encore cette position. Il écrivit plusieurs ouvrages.

Traité de l’organisation de l’homme et des fonctions de ses organes.

Notes sur Canon d’Avicenne.

Commentaire sur celui qu’Ebn Abi Sadeq avait fait des 'questions de Honein.

DJEMAL EDDIN BEN RAHABY.

Djemal eddin benErrahaby s’adonna tout particulièrement à la pratique de la médecine, et se fit un renom pour son habileté. Il fut attaché comme médecin à l’hôpital Ennoury. Aboulfarage, l’auteur des Dynasties, qui étudia la médecine à cet hôpital et qui y fit aussi un service, nous raconte qu’il s’y trouvait en même temps que Djemal eddin. C’était, dit-il, un homme d’un commerce agréable et d’excellentes manières. De tous les médecins qu’il vit, aucun n’avait une aussi bonne tenue.

L’invasion des Tartares le poussa en Egypte où il mourut en l’année 658 de l’hégire, 1259 de notre ère.

ABOUL IIEMADJ IOUSEF BEN IEHOUDA.

Aboul Hedjadj Iousef ben Iahya (en hébreu ïehouda), dit aussi Essebty el Magreby, de son séjour à Fez dans le Magreb, fut un esprit éminent, moins intéressant cependant comme médecin que comme l’ami de Djemal eddin et de Maimonides. Le premier nous a conservé sa biographie dans le Kitab el hokama. Le deuxième était en relations intimes avec lui, le considérait comme son plus cher disciple, et ce fut pour lui qu’il composa le Guide des égarés. Munk lui a consacré, dans le Journal asiatique de 1842, une assez Ion-, gue notice qui complétera nos renseignements.

Joseph naquit soit à Cadix en Espagne, soit à Ceuta dans le Magreb, vers la fin du règne d’ Abdel Moumen. Comme beaucoup d’autres juifs, il dut professer l’Islamisme, du moins extérieurement. Vers 1185 il rej oignit Maimonides en Egypte, après avoir étudié la philosophie, les mathématiques et la médecine.

Il apportait avec lui le traité d’astronomie de Géber ben Aflah, qu’il corrigea plus tard avec Maimonides. Il se fixa ensuite à Alep, fit le commerce, pénétra jusque dans l’Inde, revint jouir d’une fortune acquise, et compta parmi les médecins de Daher fils de Saladin. Il fut aussi le médecin de l’émir Faris eddin Meimoun el Casry, ami de Djemal eddin. Cependant il continuait à exercer et même à enseigner la médecine, toujours en correspondance avec son illustre ami Maimonides. Joseph se trouvait à Bagdad lors de l’auto-da-fé des écrits d’Abd Essalem, et c’est d’après son témoignage que Djemal eddin nous en a conservé le récit.

Il mourut en 1226, laissant un traité sur l’emploi des aliments légers et des aliments lourds.

Nous devons à l’amitié qui régna entre Joseph et Djemal eddin une anecdote que ce dernier nous a conservée dans le Kitab el hokama, et que nous croyons devoir rapporter ici. 1

« Il exista entre moi et lui une amitié qui dura longtemps.

SYRIE

Un jour je lui dis: Si l’âme est immortelle, et que par là elle connaisse, après la mort, l’état de tout ce qui existe en dehors d’elle, fais un pacte avec moi que tu m’apparaîtras si tu meurs avant moi, et que je t’apparaîtrai si je meurs avant toi. — Je le veux bien, me dit-il; et je lui recommandai de ne pas négliger sa promesse. — Mais étant mort, il se fit attendre quelques années. Enfin je le vis pendant le sommeil : Il était assis dans la cour d'une Mosquée, au dehors du temple, dans une enceinte à lui, et il portait de nouveaux vêtement blancs d’étoffe de Nassaf. — Docteur, lui dis-je, ne sommes-nous pas convenus que tu viendrais auprès de moi •pour me faire connaître ce qui t’est arrivé? — Il détourna son visage en riant, je le saisis par la main et lui dis: Il faut absolument que tu me dises ce qui t’est arrivé, et comment on se trouve après la mort. — L’universel, me répondit-il, s’est attaché à l’univers, et le partiel est resté dans la ■partie. — Je compris aussitôt ce qu’il voulait dire, savoir que l’âme qui est universelle était retournée au monde universel, tandis que le corps, qui est partiel, était resté dans la partie, qui est le centre de la terre.

Après m’être réveillé, je fus étonné de cette indication ingénieuse. » (Traduction de Munk.)

Page 1