‹ Histoire de la médecine arabe (volume 2)Chapitre 77 sur 239 · ABOU BEER BEN BEDR · texte numérisé non relu

ABOU BEER BEN BEDR

A côté des médecins de l’Égypte nous placerons ici un vétérinaire qui nous a laissé un travail remarquable d’hippologie et d’hippiatrique, récemment traduit et publié par M. Perron.

Abou Bekr était écuyer et vétérinaire du sultan Ennassejj fils de Kalaoun, qui acheva le Moristan, commencé par son père, et qui joigmaitau goûtdes constructions celui des chevaux. C’est à son intention qu’Abou Bekr composa son ouvrage auquel il donna le nom de Nacery, du nom du sultan, et qui porte en sous-titre celui de Perfection des deux arts, c est-a-dire de l’hippologie et de l’hippiatrique. C’est d’après M. Perron le traité le plus complet sur la matière que nous aient laissé les Arabes.

La traduction ne comprend pas moins de trois volumes. 11. est vrai quelepremiern’estqu’une introduction, très curieuse du reste et attestant une grande érudition et une grande connaissance des chemins non battus par le vulgaire. On pourrait cependant regretter que M. Perron, pour les notes qui accompagnent les deux derniers volumes, n’ait pas pu recourir aux sources classiques, en ce qui concerne la matière médicale, au lieu de s’adresser à des écrivains de seconde

3N EL BEITHAR.

Ebn el Beithâr est le plus grand botaniste de l’Orient. Parmi les médecins arabes trois ou quatre seulement pourraient lui être comparés, Errafequy, le chérif El Edrissy, Aboul Abbas Ennabaty et Racliid eddin Essoury. Tous étudièrent la nature et agrandirent son domaine, les deux premiers en Espagne et dans le Magreb, les deux autres en Orient surtout. Aboul Abbas fit un pèlerinage scientifique en même temps que religieux. Racliid eddin parcourait les montagnes de la Syrie en compagnie d’un peintre qui lui dessinait les plantes : malheureusement ses écrits ne nous sont pas parvenus. Ebn el Beithâr joint à leur mérite celui de l’érudition. Il profita de leurs travaux et de ceux de tous ses devanciers. Il nous a laissé le plus riche répertoire de l’histoire naturelle médicale chez les Arabes.

Dhya eddin Abou Mohammed Abdallah ben Ahmed surnommé Ennabaty, le botaniste, el Malaky, de Malaga, sa patrie, mais plus connu sous le nom d’Ebn el Beithâr, ou le fils du vétérinaire, naquit dans les dernières années du XII0 siècle de notre ère. C’est par suite d’une lecture fautive, par la confusion de Nabaty avec Benany, confusion facile en arabe, qu’on l’a fait naître dans une localité fabuleuse de Benana, aux environs de Malaga.

Outre le témoignage des historiens et son surnom, nous avons le témoignage d’Ebn el Beithâr lui-même, qui parle plus d’une fois dans ses ouvrages de Malaga comme étant sa patrie. C’est ainsi que dans le Mor’ny, à propos de l’os de sèche, il dit l’avoir recueilli sur la plage de Malaga sa patrie.

Nous ignorons l’année de sa naissance. On pourrait peutêtre admettre l’année 1197 que Léon l’Africain, bien souvent à côté de la vérité, nous donne comme celle de son décès.

Fils de vétérinaire, il puisa peut-être à la maison paternelle le goût de la botanique et de l’histoire naturelle.

En tout cas il rencontra des maîtres pour seconder ses

goûts et diriger ses études. Nous en connaissons trois : Abou]| Abbas Ennabaty, Abdallali ben Saleb et Ebn el Hadjadj de] Séville. C’est au premier qu’il doit le plus ; c’est de lui qu’il parle le plus souvent et avec un sentiment de reconnaissance! et de vénération.

Ebn el Beithâr habita probablement Séville, où nougl savons que résidaient Aboul Abbas et Ebn el Hedjadj.

Il fit avec Aboul Abbas des herborisations dont il nous a j conservé le souvenir. C’est ainsi qu’il nous dit avoir rencon- ] tré dans telle et telle localité, telle et telle plante, ainsi le { houx frélon, le romarin, l’asperge, etc. Il nous donne aussi le nom des plantes dans la langue du pays, qu’il appelle! généralement Adjemia, et qu’il dit quelquefois être la langue latine, ce qui veut dire la langue espagnole en voie de formation.

En l’année 1216 ou 1217, Aboul Abbas partit pour l'Orient J Quelques années après, en 1219 ou 1220, Ebn el Beithâr prit la même route. Il passa par le Magreb et dut y voyager ] à petites journées, vu le grand nombre d’observations qu’il j y a faites. Non-seulement il relate les plantes qu’il y a récoltées, mais il nous a conservé beaucoup de noms berbères,] qui furent introduits par lui dans la nomenclature et figurent même depuis dans les dictionnaires arabes. Son séjour dans le Maroc est accusé par la mention de l’Arganier. Il a dû s’arrêter quelque temps à Bougie, où il se trouvait en I l’année 1220, ainsi qu’il le rapporte dans le Mor’ny, à propos de la clématite, (n° 1029, s. Ar. P 235). Bougie était alors un petit foyer de lumières, dont M. Cherbonneau nous a révélé l’existence. Ebn el Beithâr parle longuement de l’Àthrilal, Ptychotis verticillata, dont une tribu des environs, les BeniOudjehen, faisait le commerce comme spécifique de la lèpre. Il s’arrêta à Constantine, et c’est dans les environs, autour du monument dit le Souma, qu’il récolta pour la première fois la pyrêthre. A Tunis, il récolta le Tafraît, Cynara acaulis. Nous le trouvons ensuite à Tripoli où il observe pour la première fois Y Ouchchar, Asclepias procera. Nous le voyons encore herboriser à Barca.

Ici nous le perdons de vue et nous serions tenté de croire

ÉGYPTE

qu’il s’embarqua et fut jeté sur les côtes de l’Asie mineure, t Telles sont les raisons qui nous font croire à. cette aventure.

Nous lisons dans le Mor’ny qu’en l’année 1224 il récolta aux [ environs d’Adalia, à Kala Hissarsily, un Teucrium qu’il rapporta à Alexandrie. D’autre part, si nous recherchons dans ses écrits la mention des localités qu’il visita dans cette direction, nous nous arrêtons à Antioche. Nous ne pouvons donc admettre que sa présence à Adalia fut la conséquence d’un voyage qu’il aurait poussé de la Syrie vers l’Asie mineure. Quoi qu’il en soit, il est positif qu’il toucha les côtes de l’Asie mineure et nous croyons que dans ce fait il faut voir ce que l’on nous a raconté de lui, qu’il voyagea dans le pays de Roum. C’est à tort qu’on a vu là le pays des Grecs, nous croyons qu’il faut y voir le pays des Seldjoucides. S’il avait pénétré dans ces contrées, il nous en aurait évidemment cité quelque localité, ainsi qu’il se plaît à le faire, et nous avons vu que nous ne pouvons le suivre au-delà d’Antioche.

A l’arrivée d’Ebn el Beithâr en Egypte, régnait Malek el Adel, qui l’accueillit, le prit à son service et le nomma inspecteur des herboristes du Caire, et suivant une autre version chef des médecins d’Egypte, dignité dont nous connaissons plusieurs titulaires. Ebn el Beithâr suivit Malek el Kamel, et il se trouvait à Damas quand ce prince y mourut en 1237.

Malek el Kamel laissa deux fils, Malek el Adel et Malek Essaleh Nedjem eddin. Le premier eut l’Égypte et le second la Syrie, mais au bout de deux ans Malek Essaleh supplanta son frère et réunit les deux états. Ebn el Beithâr le suivit et revint en Égypte,

C’est alors qu’il se mit à composer ses ouvrages, qui attestent qu’il avait déjà fait de nombreuses excursions sous le règne de Malek el Kamel. Le Traité des simples et le Mor’ny furent composés sous le règne de Malek Essaleh et sur son invitation. Ils lui furent dédiés.

Nous avons déjà vu ce qu’il fallait penser des voyages qu’aurait faits Ebn el Beithâr dans la Grèce. On a dit pareillement à tort qu’il avait voyagé jusque dans l’Inde. A propos

de ces voyages, Aboulféda s’est avisé de les comparer à ceux ; des anciens philosophes et notamment de Balinas. D’Herbelot, Casiri, Rossi, Sontheimer, etc., ont vu, dans ce Balinas, 1 Pline le naturaliste. Nous avons démontré, dans le Journal Asiatique de 1869, que Balinas n’était autre qu’Apollonius de Tyane.

Nous avons du reste un moyen de constater les courses ] d’Ebn el Beithâr par la mention qu’il fait constamment des ! localités oh il a récolté des plantes nouvelles ou mal connues. Nous allons les passer en revue.

Sans parler de l’Égypte et des environs de Damas, où il | résidait le plus souvent, nous lui voyons récolter le Solanim i cordatum dans le Hedjaz, la Passerine à Gaza, le Co'ix lacryma job à Jérusalem où l’on en faisait des chapelets, lii pierre judaïque à Beyrouth, le Daphnoïdes de Dioscoridesj dans le Liban, VHippophaë à Antioche, l’Alkelcenge à] Edesse, la Matricaire à Mossoul, la Ghausse-trappe dans le Diarbékir, etc. Telles sont à peu près les limites extrêmes i de ses excursions.

Dans ses voyages, Ebn el Beithâr se mettait en relations ] avec les savants du pays qui pouvaient lui donner des renseignements sur les plantes. C’est ainsi qu’il nous parle de J ses rapports avec Nefis eddin, Tadj eddin el Bulgary, Saad eddin, Cherf eddin et Abdellatif.

Il est un homme que nous sommes étonné de ne pas rencontrer parmi les connaissances d’Ebn el Beithâr, c’est J Rachid eddin ebn Essoury, cet autre amateur passionné de la botanique, qui faisait peindre les plantes et qui dut parfois se trouver à Damas en même temps qu’Ebn el Beithâr.

Un de ses amis et son disciple fut Ebn Abi Ossaïbiah, qui ! nous a conservé sa biographie à laquelle on peut reprocher] un peu trop de brièveté. Du reste il en fait le plus grand] éloge. « La première fois que je le vis, dit-il, ce fut à Damas, et je pus apprécier ses qualités et sa profonde connaissance i des plantes. J’explorai avec lui les environs de Damas, et j’yj reconnus beaucoup de plantes nouvelles. Nous avions avec nous les écrits de Dioscorides, de Galien, d’Errafequy et d’autres du môme genre. Il me citait d’abord les noms grecs, j

ÉGYPTE

tels qu’ils se trouvent dans Dioscorides, puis ce qu il dit des plantes, de leurs caractères extérieurs et de leurs propriétés.

Il en faisait autant de Galien et des écrivains postérieurs, signalant leurs contradictions et leurs erreurs. Je pus ainsi constater et admirer sa profonde connaissance des plantes et comme il possédait le sens des écrits de Dioscorides et do Galien. »

Ebn el Beithâr était à Damas quand la mort le surprit en 1248. Ce que nous avons dit jusqu’à présent prouve combien est erronée l’assertion de Léon l’Africain qui le fait arriver en Égypte du temps de Saladin et s’en retourner mourir en Espagne. On ne s’explique pas comment M. Renan, dans son Averroès, a pu s’en rapporter à une autorité d’un aussi mauvais aloi que Léon l’Africain. Nous relevons ce lapsus parce qu’il vient d’un écrivain qui fait autorité.

Le plus important ouvrage d’Ebn el Beithâr, celui qui lui a fait une réputation justement méritée, est le Djami el Moufridat, Collection des simples, où il traite sous forme alphabétique des aliments et des médicaments simples tirés des trois règnes. C’est le plus sérieux, le plus complet et de beaucoup le plus étendu que les Arabes nous aient laissé sur la matière médicale. A ce titre, il mérite une attention particulière. D’autre part, nous l’avons traduit en français, et nous sommes dans les meilleures conditions pour en parler pertinemment.

C’est une compilation, mais une compilation méthodique et critique, où non-seulement il met à contribution les anciens et les modernes, mais où il apporte aussi son contingent personnel, et prend souvent la parole pour contrôler les documents produits et les compléter. Pour donner une idée de ce grand travail, nous dirons que les Grecs y comptent pour environ la moitié et que la meilleure partie de leur apport appartient à Dioscorides et à Galien, dont les Traités des simples sont intégralement donnés.

On a beaucoup exagéré le nombre des médicaments traites et des médicaments nouveaux. Il faut dire préalablement qu’il est question des aliments aussibien que des médicaments, ce que l’on a oublié. Hottinger est allé jusqu’à dire qu’il y

230 HISTOIRE DE LA. MÉDECINE ARABE. — LIVRE SIXIÈME. fl

en avait plus de 2,000 inconnus à Dioscorides, et cette] hyperbole s’est répétée. Nous allons dire la vérité en chiffres.; ronds.

Sur 2330 paragraphes, il y en a plus du tiers pour les synonymies. Sur environ 1400 numéros restants, on peut estimer au quart le chiffre des nouveautés. En évaluant à un millier environ les médicaments et les aliments empruntés aux Grecs, il resterait donc environ trois cents médicaments ou aliments nouveaux dans Ebn el Beithâr. G’est ce qui résulte d’un dépouillement que nous avons fait de notre Index. En défalquant de ce chiffre les aliments et les médicaments des deux autres règnes, il ne resterait plus guère que deux cents plantes nouvelles. On voit que nous sommes bien loin des chiffres fabuleux que l’on a mis en avant, faute d’avoir fait les éliminations nécessaires. Ce n’en est pas moins un progrès.

Telle est la marche suivie par l’auteur. Il y â deux séries de citations. La première a trait à la description, la seconde aux propriétés et à l’emploi. En première ligne viennent les Grecs, Dioscorides en tète, puis les Orientaux. S’il y a lieu, l’auteur débute par une discussion de synonymie. La longue dissertation sur les végétaux qui portent le nom de Lotus est un bon morceau de critique. Il relève aussi les opinions erronées et c’est ainsi qu’il nie l’identité du succin et des larmes du peuplier.

Beaucoup de paragraphes appartiennent en propre à Ebn el Beithâr. Nous citerons ceux de l’Athrilal Ptychotis verticillata, de l’Amliles, Rliamnus alaternus, de l’Aakoutsar, Bunium bulbocastanumiu Boull, Œgle marmelos, de l’Arganier, etc.

On sait combien de commentateurs, depuis la Renaissance jusqu’à nos jours, se sont escrimés sur Dioscorides et les Arabes. Une traduction d’Ebn el Beithâr eût épargné bien des dissertations laborieuses et stériles pour mettre les Grecs d’accord avec les Arabes, en même temps qu’elle eût relevé ces derniers de reproches immérités, qui doivent retomber en partie sur les traductions latines.

Ebn el Beithâr relève aussi les acceptions diverses des

ÉGYPTE

termes techniques suivant les pays: ainsi à propos dnRihan, du Dardar, etc.

Il donne une soixantaine de noms berbères introduits par lui ou déjà, connus des botanistes espagnols, soit par le fait de l’invasion, soit par l’observation directe dans le Magreb.

Une série curieuse de synonymies est celle empruntée à la langue des chrétiens espagnols qu’il appelle barbare ou étrangère, adjemya, et qu’il dit être la langue latine. Quelques-uns de ces mots se sont conservés jusqu’à nos jours, Salbya la sauge, Chebouka le sureau, Mather chelba le chèvrefeuille, Yazgou l’hièble, etc.

La langue persane est représentée par une centaine d’expressions. On sait que les Arabes doivent aux Persans leurs premières notions scientifiques et qu’ils leur empruntèrent aussi bien des expressions techniques. La Perse était la voie par laquelle bien des produits de l’extrême orient arrivaient en Arabie, qui n’en était que l’entrepôt, d’où lui vint une réputation de richesse exagérée.

A la fin des paragraphes, Ebn el Beithâr prend souvent la parole pour signaler des contradictions ou des erreurs.

On compte environ 150 auteurs mis à contribution, et c'est un des mérites de cet ouvrage de nous avoir conservé d’aussi nombreux fragments d’écrits en partie perdus. Sur ce nombre les Grecs comptent pour une vingtaine. Les autres sont non-seulement des médecins arabes, mais ainsi des médecins persans, syriaques, indiens et chaldéens, dont les écrits furent traduits.

Nous allons donner en chiffres ronds le nombre des principales citations. Razès est cité environ 400 fois, Avicenne 300, Errafequy et le Chérif200, EbnBedja, Ishaqben Amran, Ebn Massouih 160, Ebn Massa et Abou Hanifa Eddinoury 130, Massih ben Hakam et Aboul Abbas Ennabaty 100 fois. Yoilà pour les Orientaux. Quant aux Grecs nous avons déjà dit que Dioscorides et Galien y étaient intégralement représentés. Parmi les autres, nous nous bornerons à citer Aristote, Rufus et Paul d’Egine, cités chacun une trentaine de fois.

1 Nous avons dit qu’Ebn el Beithâr s’occupait des synony-

mies. C’était une des difficultés et c’est un des mérites de son ouvrage. Les interprètes avaient naturellement rencontré bien des mots grecs pour lesquels les Arabes n’avaient pas d’équivalent, ou dont les équivalents n’étaient pas alors connus : nous voulons parler des termes techniques. Provisoirement bien des mots grecs furent conservés, en attendant. De là des incertitudes et des erreurs. On sait qu’un grand travail de révision de la traduction de Dioscorides se fit en Espagne. Lbn el Beitliâr profita de ces travaux et y ajouta ses observations. C’est ainsi qu’il reproche à Stephan, ou Etienne fils de Basile, d’avoir pris le Gingidium de Dioscorides pour le fumeterre, qu’il signale les confusions que l’on a faites du Chamelea et du Chameleon.

En somme le Traité des simples se distingue par un cachet de supériorité sur tous les ouvrages du même genre que nous ont laissés les Arabes. Il laisse bien loin derrière lui le II lh re du Canon d’Avicenne et le Traité des simples de Sérapion. Avicenne, qui ne compte guère qu’environ 800 paragraphes, n’a guère fait que mettre en pièces les Anciens pour les faire entrer ainsi morcelés dans ses casiers. Sérapion, s’il a plus de neuf, parce qu’il vint plus tard, estabsolument sans originalité et sans critique.

Le Mala lésa d’Ebn Djouiny, qui n’est que le Traité des simples d’Ebn el Beitliâr dépouillé de quelques longueurs et incorrections, n'a jamais fait oublier l’original. De l’aveu de tous les écrivains arabes, le Traité des simples est le plus complet et le plus parfait dans son genre. Nous n’avons pas à faire la comparaison d’Ebn el Beithâr avec Erraféquÿ et Aboul Abbas, que nous ne connaissons du reste que par des citations : leurs travaux très recommandables, en ce qu’ils ont enrichi le domaine de la matière médicale, n’ont pas l’érudition et l’universalité qui caractérisent l’ouvrao-e d’Ebn el Beithâr.

Cela étant, nous croyons à propos de donner ici la liste des principales substances introduites par les Arabes dans la matière médicale.

Autliora. Anacarde. Arganier

Ambre gris. Arec Àaédérach

Bellivic.

Guilandina bonduc.

Poivre.

’Berberis.

Jasmin.

Rhubarbe.

Bétel.

Jujube.

Salvadora persica.

Bézoard.

Limon,

Sandal .

Cadliy.

Malialeb.

Sang dragon.

Camphre.

Manne

Séné.

Cassia fistula.

Maniguette.

Siraeost.

Citïon.

Musc.

Sebeste .

Civette.

Muscade.

Seigle ergoté.

Convolvulus nil.

Myrobolans.

Sucre.

Croton.

Noix el Kaïa.

Tamarin.

Curcuma.

— me tel.

Tliabachir.

Emblie.

— vomique.

Turbith.

Galanga.

(Egle Marmelos.

Zédoaire.

Girofle.

Orange.

Zérumbeth .

Globulaire .

Pignon d’Inde.

Le Traité des simples, connu trop tard en Europe, ne fut malheureusement pas traduit à temps. Alpagus le connut, mais ne s’en servit que pour enrichir son glossaire d’Avicenne. IL traduisit l'article Limon, qui n’est pas d’Ebn el Beithâr mais un emprunt à Ebn el Djami. Guillaume Postel le signala au monde savant. Hottinger exagéra le nombre des articles originaux. Saumaise en usa h peine pour ses homonymies, dont Ebn el Beithâr lui eût fourni la matière complète. Golius et Bochart y puisèrent largement. D’Herbelot en fait l’éloge dans sa Bibliothèque orientale. Galand en fit une traduction réduite. Schultens revint encore sur Ebn el Beithâr, et Gasiri en fit un éloge pompeux.

Au commencement du XIXe siècle, Amon en entreprit une traduction espagnole, qui ne fut pas achevée. A la même époque Sprengel, écrivant l’histoire de la botanique, exprimait le vif regret de ne pouvoir y recourir, alors que de Sacy en utilisaitles richesses pour son Abdellatif. Toutrécemment un autre historien de la botanique, Meyer, consacrait un long article à l’auteur du Traité des simples ; mais pour n’avoir pas fait la distinction des aliments et des médicaments, exagérait le chiffre des acquisitions faites par Ebn el Beithâr. Ce n’en était pas moins la première étude sérieuse où la valeur d’Ebn el Beithâr était appréciée.

En 1833, Diète publiait une traduction latine sommaire des-

234 HISTOIRE DE la' MÉDECINE ARABE, — LIVRE SIXIÈME. |

deux premières lettres, et, en 1840, Sontheimer en publiait une traduction complète en allemand.

Nous dirons un mot de chacune de ces traductions. a

La traduction de Galand passa longtemps pour un mythe. On ne s’avisait pas d’aller la chercher au n° 11,221 du fonds latin. Galand passe par dessus les Grecs et les grands écrivains arabes, jugeant sans doute inutile de les reproduire, fie sorte que l’on n’y trouve tout au plus que la moitié de l’original. Malgré les défauts de cette traduction, c’est encore la meilleure de toutes celles dont nous avons à parler. Cependant on voit que Galand n’était pas sur son terrain. Bien des mots techniques sont mal rendus et bien des synonymies font défaut. Il en est même ainsi des noms d’histoire et de géographie : l’Orient n’était pas encore suffisamment connu. On dirait aussi que Galand écrivait au courant de la plume et ne s’est pas relu.

Le travail de Dietz a plus que le défaut de n’êtoe qu’un abrégé. Dietz ne connaissait pas assez la botanique, et ne connaissait pas du tout le Magreb, d’où l’absence fréquente de synonymies et des noms propres défigurés ou méconnus. On peut lui reprocher aussi son jugement sévère sur Ebn el Beithâr, qu’il ne connaissait pas assez et qu’il a jugé d’après le Malaiesa.

En 1840 parut la traduction complète en allemand, par Sontheimer. C’est la plus faible de toutes. Il faut avoir fait une traduction du Traité des simples, celle de Sontheimer en regard, pour croire à la prodigieuse quantité d’incorrections, de fautes, de méprises, de contradictions et d’étourderies qu’elle contient. Nous en avons compté plus de deux mille. Nous ne voulons pas en reproduire le détail, l’ayant fait en partie dans le Journal asiatique de 1867. Nous en dirons seulement quelques mots. A part une connaissance à peu près suffisante de l’arabe, Sontheimer n’avait pas ce qui fait un bon traducteur, en matière scientifique. Son livre est un guide infidèle, qui a déjà trompé M. de Candolle et Meyer, le premier à propos de la Mangue méconnue, et le second à propos d’un Traité d’agriculture attribué à Edrissy et à Errafequy, etc. Ce qu’on pe.ut dire à sa décharge, c’est

ÉGYPTE. 235

qu’il opérait sur un seul manuscrit : mais il devait opérer vite et probablement sans se relire. Ces défauts ont été aussi signalés par M. Dozy dans le Journal asiatique allemand.

La traduction des simples restait donc encore à faire pour répondre à un vœu si souvent exprimé, et c’est la tâche que nous avons entreprise. Préparé par les traductions de Daoud el Antaky et d’Avicenne, sans compter cinq ou six autres traductions d’ouvrages moins étendus, accompagnées toutes de notes critiques, nous avions l’avantage déposséder un bon manuscrit. Nous avons en outre consulté ceux de Paris et même de l’Escurial. De plus, nous nous sommes mis au courant de tout ce qu’avaient écrit les commentateurs, les botanistes et les voyageurs en Orient. Notre séjour en Algérie nous avait familiarisé avec les expressions berbères qui se produisent dans Ebn el Beitbâr. L’impression de cette traduction a été commencée sous les auspices de l’Académie des inscriptions.

Un autre ouvrage important d’Ebn el Beitbâr est le Morny, OU le Livre suffisant. Il s’agit encore ici des simples, non plus au point de vue de l’histoire naturelle, mais au point de vue de la thérapeutique seulement. C’est par exception et comme complément que l’auteur s’écarte de cette voie et donne des renseignements descriptifs. On pourrait dire que le Mor’ny est le Traité des simples retourné.

L’un part de l’histoire naturelle, et l’autre de la thérapeutique. Il faut dire cependant que le Mor’ny, d’une rédaction postérieure à celle du Traité des simples, contient un bon nombre de documents nouveaux.

Le Mor’ny existe dans plusieurs de nos collections, notamment à Paris, n° 1008 de l’ancien fonds et n° 1029 du supplément arabe. Après avoir rappelé le défunt roi Malek el Kamel, l’auteur dédie son livre à Malek Essalek Nedjémeddin, son successeur. L’ouvrage se divise en 20 chapitres, dont nous donnerons les premiers et les derniers.

1° Des simples qui conviennent au traitement des maladies de la tête.

2° Des simples employés pour les maladies d’oreille.

3“ Des simples employés pour les maladies des yeux.

UISTOIRE

17° Des simples employés pour la cosmétique.

18° Des simples employés contre les fièvres et les altérations de l'athmosplière.

19° Des simples qui sont des contre-poisons.

20° Des médicaments les plus employés en médecine.

Le Mor’ny n’est autre chose qu’un mémorial de thérapeutique. Les autorités y sont pareillement citées.

C’est ainsi que nous voyons plus fréquemment apparaître que dans le Traité des simples, Aboul Cassem Khalaf ben Abbas Ezzahraouy, vulgairement Abulcasis.

L’auteur y prend aussi la parole et nous donne parfois des renseignements sommaires sur des médicaments qu’il a particulièrement observés. Nous citerons une de ses observations sur la variole. » Dès que les boutons apparaissent chez un eufant, il faut lui faire des embrocations à la plante des pieds avec du henné : on est sûr dès lors qu’il n’en sortira pas aux yeux, ainsi que je l’ai plusieurs fois constaté. »

Le Mor’ny est aussi sobre de détails pathologiques que de détails relatifs à l’histoire naturelle. Sur ce dernier terrain cependant on trouve plusieurs faits qui ne se rencontrent pas dans le Traité des simples, et c’est dans le Mor’ny que nous avons pris les dates qui nous ont servi à reconstituer la vie d’Ebn el Reithâr.

Un autre ouvrage d’Ebn el Beithâr est l’Exposition des erreurs contenues dans le Menhadj d’Ebn ed Djezla.

Le Menhadj est un ouvrage dans le genre de celui d’Ebn el Beithâr, excepté qu’il y est aussi question des médicaments et aliments composés. Nous en avons parlé en son lieu.

Ebn el Beithâr composa des commentaires sur les simples contenus dans Dioscorides.

Son biographe cite aussi un livre des propriétés rares et extraordinaires.

On ne trouve mentionnés que ces cinq ouvrages dans lanotice de Makkary, empruntée tant à Ebn Essaïd qu’à Ebn Abi Ossaïbiah.

On lit dans Ebn Abi Ossaïbiah que le Traité des simples est un livre excellent, Kitab Adjel, qui n est inférieur à aucun ' autre. Dietz a vu malencontreusement dans ces mots Kitab

Adjel, le titre d’un autre livre qu’il appelle le Livre des Causes. Il s’est encore mépris en désignait ainsi le Mor ny . De usu medicamentorum simplicium.

Hadji Khalfa, sous le n" 2779, cite aussi d’Ebn el Beithâr un Tedkirat ou Mémorial de thérapeutique.

On lui attribue un Traité des poids et mesures, qui existerait à Leyde et à Madrid.

Dietz assure qu’il existe aussi à Madrid un Traité de mô deeine vétérinaire (1).

Le catalogue de Paris, n» 1027, ancien fonds, donne comme d’Ebn el Beithâr une pratique des officines. Or, cette pratique des officines n’est autre chose que le Menliadj Eddoickan de Cohen el Atthar.

11 existe, au n° 1056 du supplément, un volume contenant plusieurs ouvrages. Le premier, qui porte le titre de Tohfat el Arib, présent à l'homme intelligent, nous est donne comme d’Ebn el Beithâr. Cet opuscule de 80 feuilles serait en quelque sorte le complément du Mor’ny, en ce sens qu il est aussi un mémorial de thérapeutique, mais où les maladies sont traitées par des médicaments composés. Ce qui nous rend cette attribution suspecte, ce sont d’abord les proportions exiguës de l’ouvrage, puis une notice d’un caractère étrange, placée en tête. On y lit que Ebn el Beithâr composa environ cinquante ouvrages et qu’il mourut a l’age de 114 ou 130 ans.

Les catalogues des Bibliothèques de l’Orient donnés par Fluëgel, dans son édition de Hadji Khalfa, citent encore de notre auteur un ouvrage intitulé Moualdjat ebn el Beithàr, les traitements d’Ebn el Beithâr. Il est cité deux fois.

TIKACHY.

Aboul Abbas Ahmed ben Yousef ben Mohammed Ettifachy, el Quissy (2), est l'auteur d’un Traité des pierres pre-

(1) Il est probable que Dietz aura vu, dans un ouvrage de vétérinaire, le nom de notre auteur.

(2) Il porte aussi le surnom d’El Àbtindjy .

238 HISTOIRE DE LA MÉDECINE ARABE. — LIVRE SIXIÈME. ' cieuses intitulé Kitab el Azhar fi marfet el A/iadjar, c’està-dire Livre de fleurs sur la connaissance des pierres.

Nous ne connaissons ni la date de sa naissance ni celle de sa mort. Ce qui ressort de ses écrits, c’est qu’il habita l’Eg-ypte, et vivait encore vers le milieu du troisième siècle de l’ère chrétienne (1). Au chapitre de la Topaze, Zeberdjed, il nous apprend qu’il écrivait en l’année 646 de l’hégire, qui correspond à l’année 1248 de notre ère.

Dans la préface de son livre il nous dit qu’il a pour but d exposer 1 état natif des pierres, leur gisement, leur appréciation en tant que bonnes, mauvaises, naturelles ou sophistiquées, leurs propriétés et leur valeur. Il indique aussi leur emploi dans la médecine.

A côté des faits d’expérience'et de pratique, on trouve dans le livre de Tifachy quelques idées théoriques touchant à 1 alchimie, à savoir les états divers que subissent les métaux, passant à l’état d’or dans la série de leurs évolutions avant de revêtir leur état définitif. Ces idées qui reviennent assez souvent sont empruntées au mystérieux Balinous, que l’on retrouve autre part sous la forme Balinas et particulièrement dans Kazouiny, et dont nous avons démontré l’identité avec Apollonius de Tyane.

Plusieurs autres auteurs sont encore mis à contribution, ainsi Aristote pour son livre des Pierres, Ebn Eddjezzar pour un livre touchant le même sujet, El Kendy, Mésué, etc. Nous n’avons rencontré qu’une seule fois le nom de Théophraste, et encore est-il un peu mutilé. C’est à propos du crystal, mais nous avons en vain cherché le passage en question dans l’original grec.

Tifachy traite de vingt-cinq pierres précieuses, et il remplit assez bien le programme qu’il s’est tracé dans sa préface.

A propos du corail, il nous dit qu’on le trouve à Merz el Khares, qui répond à La Calle de nos jours, et que la livre du Magreb se vend de cinq à sept dinars, le dinar valant dix drachmes.

(1) Il dit avoir vu, sur le marché du Cairej des Rubis colorés artificiellement.

ÉGYPTE

Il est cité trois fois dans Ebn el Beithâr. La première fois c’est à propos du gainier, et ce passage serait tiré d’un autre •ouvrage de Tifachy sur l’excellence des bois. Les deux autres citations ont trait à la turquoise et au bézoard. Cette .•dernière se retrouve dans Sérapion, mais le nom de l’auteur y a été singulièrement défiguré sous la forme Hahamed ebn Ririfus, où nous reconnaissons Ahmed ben Yousef.

En 1784, Ravius a publié un travail sur Tifachy, travail assez étendu et diffus, où il donne par extraits le sommaire des sept premiers chapitres. Nous relèverons en passant une erreur de Ravius, qui a vu Pline dans Balinous.

• En 1818, une édition complète de Tifachy a été donnée par Raineri.

Nous citerons encore le mémoire de M. Clément Mullet sur les pierres chez les Orientaux, mémoire où nécessairement il est fréquemment question de Tifachy.

Nous signalerons aussi une méprise de Rossi, qui dans son dictionnaire biographique, a donné deux articles écourtés sur Tifachy, sans se douter qu’il s’agissait du même auteur.

Page 1