Livre des yeux
Ce livre est dédié à Jean. Constantin l'a composé parco qu'il n'avait rencontré, en latin, aucun écrit sur la matière.
Outre les ouvrages mentionnés dans la liste de Pierre Diacre, on trouve encore dans l'édition de Bâle, de 1530 :
Liber aureus, de remediorum œgrltudinum cognitione.
De victus ratione variorum morborum.
De melancolia.
De animsB et spiritus discrimine, et de incantationibus, que nous croyons traduits de Costa ben Luca.
De gradibus simplicium.
On trouve encore dans l'édition de l&ll :
De liumana natura vel de membris corporis humani.
De elcphantia.
De animalibus.
A la fin de la P* édition se trouve une lettre à Pabbé Didier^ où Constantin dit qu'après avoir parcouru les auteurs anciens et modernes, grecs et latin?, il en a extrait tout ce qui peut être utile h un médecin, les uns étant trop prolixes et les autres trop brefs. Chacun, dit-il ne peut acheter tous les livres. Il espère que personne ne pourra lui reprocher d'avoir écrit après tant d*hommes éminents. Ce n'est pas nous qui lui ferons ce reproche. Nous croyons avec Daremberg*, qu'on lui doit une grande reconnaissance pour avoir ouvert aux Latins les trésors de l'Orient et par conséquent de la Grèce, qu'il a mérité le titre de Pcstourafcur des lettres médieahf^
366 HISTOIRE D£ Ul MÉDKCINË ARABE. — UVRB HUITIÈME.
en Occident f et que ce serait justice de lui élever une statue aux environs de Salerne.
Les Traductions Latines à Tolède.
Deux ou trois siècles s'étaient écoulés depuis le merveilleux travail de traductions opéré à Bagdad, quand un travail analogue, issu du presûer, se produisit à Tolède. Ce nouveau travail devait différer sous bien des rapports de celui dont il procédait.
Cette fois c'est la science arabe elle-même qui en fera le fonds et qui enrichira la littérature latine, dont la langue était devenue la langue savante de l'Occident.
Ce ne sont pas des souverains, pas même des Espagnols qui en eurent Tinitiative, ce ne fut pas non plus l'Espagne, mais l'Europe entière qui en profita, et telle en est la raison probable.
Après la conquête musulmane, les populations chrétiennés restées avec leurs croyances au milieu des vainqueurs, en eurent bientôt appris la langue, au point qu'un évoque de Séville, Jean, crut devoir traduire la Bible en arabe. De leur côté, les Arabes avaient une certaine connaissance de la langue de ces populations. Nous en avons rencontré beaucoup de vestige» chez les Arabes Ândalous, notamment dans Ebn el Beithâr, et cette langue ils lui donnaient le nom d'Adjemya, c'est*à-dire étrangère. Les échangea d'idées se passaient donc ainsi de traductions et c'est à peine si l'on en cite deux à propos de Gerbert, qull se fit envoyer de Barcelone, avant le travail dont nous allons parler. Plus tard on n'échangea guère que des coups d'épées entre les musul* mans refoulés et les Espagnols de plus en plus envahii^ seurs.
Ce fut un Français qui provoqua les traductions latines à Tolède, où nous voyons une colonie française s'établir vers la fin du XP siècle.
On lit dans l'Histoire littéraire de la France, tome VU :
c Bernard, moine de Cluny, qui devint archevêque do To-
TUADU0T1ON8 LATINB8 A TOUOB. ^^07
lède, emmena à différentes fois de France en Espagne plusieurs sujets de mérite: Maurice Bourdin, moine d*Uzerclie, archidiacre deTolède, antipape et évoque deBrague ; Géraud de Moissac, chantre de Tolède et évdque de Brague ; Pierre de Bourges, archidiacre de Tolède et évéque d*Osma ; deux autres Pierre, d'Agen, Tun évèque de Ségovie et l'autre de Palencia ; Bernard, chantre de Tolède et évèque de Compostelle; Bernard et Jérôme du Périgord, évèquesde Valence et de Zamora ; enfin liaymond, compatriote de Tarchevèque Bernard de Tolède, auquel il succéda. »
liaymond, natif d'Agen, occupa le siège deTolède, de Tannée 1130 à Tannée 1150. C'est à lui que revient Thonneur d'avoir provoqué les traductions de l'arabe en latin dans sa ville archiépiscopale, et cette initiative, qui fut plus ou moins tôt connue de l'Europe, peut être considérée comme le phare qui fit accourir à Tolède des savants de tous les points de l'horizon, non-seulement au XII% mais encore au XIII' siècle, qui frappa Alphonse X et lui fit oublier la couronne impériale au milieu des savants arabes.
Mais Tolède n'avait pas les ressources de Bagdad. On n'y avait pas sous la main des hommes préparés au rôle de tra^ ducteur, également instruits dans les deux langues. On imagina un expédient, qui dans la suite trouva des imitateurs.
Raymond confia Texécution de son idée à deux hommes, dont Tun connaissait l'arabe et la langue vulgaire, et l'autre le latin. La première traduction arabe latine née à Tolède fut le produit de leur union. Plus tard ces deux hommes se complétèrent, et chacun produisit isolément. Ceux qui vinrent après eux commencèrent par Tétude préalable de la langue arabe. Quelques-uns seulement adoptèrent le procédé primitif.
LfCs premiers travaux exécutés sous l'inspiration de Raymond s'adressèrent à la philosophie. De ses deux traducteurs, Tun resta sur ce terrain, et l'autre passa sur celui des mathématiques, de l'astronomie et de l'astrologie.
Les hommes que le besoin de savoir, besoin qu'ils ne pouvaient trouver à satisfaire dans leur pays, imtraîna vers To-
368 HISTOIRE DB LA. MÉDEGINB ARABE. «— LITRE HDITiÉME.
lède de tous les poiuta de l'Europe, n'eurent d'autres préoccupations que d'étendre le domaine de la science. Il y eut cependant une exception.
Alors que saint Bernard provoquait la 2* croisade, son ami Pierre le vénérable, abbé de Gluny^ en méditait une autre sur le terrain de la polémique. Afin de pouvoir le combattre en connaissance de cause, il fît traduire le Coran par deux savants que d'autres motifs avaient conduits en Espagne, Hermann et Robert de Rétines.
C'est ainsi que se rencontraient à Tolède les deux grands courants qui traversaient alors la chrétienté. *
Les historiens ont l'habitude de mentionner parmi les résultats des croisades l'initiation de l'Occident à la science arabe. C'est là une erreur. La science ne doit rien aux Croisés, qui avaientd'autres préoccupations (1). Parmi cette masse innombrable de traductions, dont nous essayerons de dres* ser l'inventaire, on n'en compte que deux opérées en Orient : l'une faîte par Philippe de Tripoli a trait à un écrit apocryphe d'Aristote, le Secret des secrets , et l'autre par Etienne d'Antioche a trait au Maleky. Et encore cette dernière traduction est un double emploi, que rendait à peu près inutile le Pantegni de Constantin.
C'est à l'Espagne que se rattachent les noms de Platon de Tibur, d'Adelard de Bath, de Jean de Séville, de Gondisalvl, d'Hermann Dalmate, d'Hermann TAUemand, d'Alfred, de Daniel deMorlay, de Robertde Rétines, de Marcus de Tolède, de Michel Scot, etc. C'est enfin & Tolède que Gérard de Crémone opéra ses soixante-seize traductions, qui embrassaient l'encyclopédie de la science. C'est encore naturellement à l'Espagne et même à Tolède que se rattachent les travaux provoqués par Alphonse dit le savant.
Pendant deux siècles Tolède fut un atelier de traductions*
Il nous en est arrivé un assez grand nombre d'anonjTnes, dont quelques-unes portent le cachet de l'Espagne. Parmi celles dont l'attribution est douteuse, on compte l'une des
(l)On sait comment les Croisés traitaient les bibliothèques. V« *Quat remère.
plu4 iiO[Kirtuiites, celle du célèbre traité du la perspective d'El Httzeii (1).
Sttu.s doute les travaux exécuté;^ à Tolède n'eurent ni la si^reté ni l'ampleur de ceux de Uag'dad, nous en avons déjà fait comprendre la raison. Leur importance n'en fut pas moins grande : ou sait avec quelle avidité la science arabe fut lonf^tempâ recherchée. On sait de quel crédit jouirent Avîcenne et Averroès, combien de lacunes les Arabes remplirent alors. Sans eux, le moyen agfe eut défailli sur la route de la Ucnaissance (Cosmos).
Nous allons entrer dans quelques détails sur l'œuvre entreprise par Tarchevéque de Tolède.
C'est donc à l'archevêque de Tolède, Raj'mond, nous en avons la ])reuve dans une dédicace qui lui est adressée, que reviendrait l'honneur d'avoir provoqué les traductions de l'arabe en latin. Dans cette œuvre il fut secondé par deux hommes» (Uiudisalvi, archidiacre de Ségovie, et un juif converti, connu :;ous la double dénomination iVAvemtaut (Aven Daoud, ou fils de David) et de Jean de Séville ou Jean d'Espagne. Ces faits se passsiient dans le commencement du XII* siècle de notre ère, une traduction faite par ce dernier, portant la date de Tannée .V^J des Arabes, qui équivaut a l'année IVM.
Il serait intéressant de savoir si ces travaux furent connus des traducteu rscoutemporainstels que Platon de Tibur, Adhélard de Dath et (iérard de Crémone. Nous savons que le pre* mier traduisit à Harcelonc et que le second voyagea en Espagne, mais & cela se bornent nos renseignements. Quant ti Cférard, nous i*avous positivement que ses travaux s'accomplirent à Tolède, où il se rendit jiour y trouver ce qu'il cherchait eu vain dans son pays; mais nous iguorons la date de son arrivée. Comme il ne mourut qu'en 11H7, ou peut croire qu'à son arrivée à Tolède le travail des traductions était déjà commencé et que ce fut peut-être la connaissance qu'il ou eut qui détermina son départ et fixa son itinéraire.
,1 Oa ettt tenté dclattribuor nUërurd, qui tnidui^it les Crépuscule».
TtfMlt II 2^
370 niSTUllŒ DE LA MÉDECINE ARABE. *« LIVUE HUITIÈME.
JEAX DE SEVILLE.
Nous commencerons par Jean de Séville, qui fut probablement le maître de Gundisalvi dans la connaissance de IV rabe.
Il ne nous estconnu que par ses écrits, et son nom même soulève des discussions. C'était un juif converti, et son père devait s'appeler David, vu le nom d'Avendaut (Abea Daoud, fils de David), sous lequel il est souvent dési^n^é. Comme chrétien il porta le nom de Jean. Ou l'appelle généralement Jean de Séville ou Jean d*£spagfnc, les Mss. donnant tantôt Joanncs hispaleiisis^ et tantôt Joannes liispanicnsiSf hispa-mis, hispanensis^ etc. La première qualification est la plua commune, ce qui est déjà pour nous une raison de l'adopter; mais nous en avons une autre. Nous le trouvons parfois ainsi qualifié: Joaiincs hispalensis atque Lunensis. Noufl croyons qu'il faut chercher un nom de ville dans la première qualification tout aussi bien que dans la seconde (1). Jeaa serait donc probablement origpinaire de Séville, et il aurait pris plus tard un nouveau surnom celui de Lunensis, pour avoir habité Lùna. Quelques-uns de ses écrits en sont datés, ainsi qu'on le voit dans les Mss. de Paris n"' 7282, 7292, 7377 6. Nous ignorons les dates de sa naissance et de sa mort, mais nous savous positivement qu'il écrivait dans la première moitié du XIP siècle, une de ses traductions, celle d'Alfergan, étant datée de l'année des Arabes 529, qui correspond & nos années 1134 et 1135. Déjà M. Chasiea avait relevé Terreur de Libri qui avait donné comme incertaine Tépoque de Jean de Séville. Jourdain avait signalé cette date et Woepcke en a rectifié les erreurs de détails,
Jcîin de Séville est, après Gérard de Crémone, le traducteur qui a le plus produit, mais ses traductions sont loin d'avoir l'importance de celles do Gérard. Il en est qui portent sur
(1) On voit que nous tirons d'un même fait une conclusion coutniire à celle de Jourdain. Ces doubles surnoms, tires do localttéâ, eont très conunuus chez les Arnbcs.
JICAN DS feÉVlLLE. 371
la pliilusopliie, mai:^ la j^raodo majorité porte sur Tastronomie et rastrolog'ie. 11 laissa aussi quelques ouvragées orig'iuaux.
Son début dans la carrière parait avoir été une traduction fuite de concert avec (lundisalvi. On pourrait même supposer qu'alors il n'était encore que^catéchumène, car elle porte le nom d'Avendautli, taudis que les autres portent le nom do Jean (de Sévillo ou d'Espagne), qu'il dut recevoir à son baptême.
Nous allons donner la nomenclature de ces traductions.
1** Traité de4'àme, d'Avicenne.
Cette traduction, faite en commun avec (lundisalvi, porte quelquefois le nom d*un seul des deux collaborateurs, cependant elle est toujours précédée d'une épître dédicatoire où Avendautli prend la parole.
Uien que cette épitre ait été publiée par Jourdain, nous ne ])OUvons cependant la passer entièrement sous silence, attendu qu'elle a une importance liistorique*
Généralement elle porte en tète: Prologus ejusdem (Do-* minici) ad archiepiscopumToletauum Uemundum.
Dans le n"* 280 de la Bibliothèque Mazarine, nous lisons au contraire : Incipit epistola Avendautli philosoplii, etc.
Suit : c Ueverendissimo toletanie sedisarchiepiscoi>oetUispaniarumprimati, Johannes Avendeut Israelita, philosophus, ipratum debitae servitudinis obscquium.
Cum omnesconstent ex anima ctcorpore, non omnessic certi suntdeanima sicutdccorpore.Quippecum illud sensu subjaceat, lul banc vero non nisiintellectusattingfat, undehomincs scnsibus dediti aut animam niokil credunt, aut si forte ex motu corporis eam CAse conjiciuut, qnid est, vel qualis est plerlque fide tenent, scd pauci ratione ronvincuntur...
Quapropter ju^âumiv^trum. Domino, dctransferendoAviconnn; philosophi libro de anima eflectui mancipare curas quatenus vestro munere et nostro labore latinis (Jourdain : latinus) fieret certum quod hactenus extitit inco^rnitum; scilicet an sit anima, et quid, et qualis si t, secundum esseutiam et effectum, rationibus verissimis comprobatur. Uunc ig'itur librum vobis prœcipiente 'Jourdain : prœcipientibus;, et me
372 HISIOIHE DE LA MJ&DECIN'Ë ARABE. — L1VR£ HUITIÈMB.
siugula verba vulg'ariter profereute, et Dominico archidiacono singfula in latinum convertente, ex arabico translatum in quo quidquid Aristoteles dixit libro suo de anima, et de sensu et sensato^ et de intellectuet intellecto, ab autore libri scias esse coUectum. »
Bien que Tauteur de cette dédicace parle en latin, il semble qu'au moment d'entreprendre cette traduction il doutait encore de lui-même, puisque sou rôle se borna à traduire Tarabe en langue vulgaire^ sans doute en espagnol, de même que Dominique Gundisalvi, qui devait plus tard jouer il lui seul le rôle de traducteur, ne connaissait pas encore assez Tarabe.
?]ous lisons dans les Mss. 56 de l'Arsenal et 286 de la U. Mazarine: Incipit, ou complétas est liber de anima> qui est YI liber de naturalibus, on naturalium Avicenie.
2"* De la conservation de la santé, ou extrait du livre des Secrets des secrets, attribué à Aristote. Tel est le titre :
Epistola Aristotelis régi magno Alexandro, de conservatione humani corporis, quam Johanuesliispaniensis T. (Theophinse) hispaniarum regin» transmis! t.
Jean rapporte ainsi dans sa dédicace comment il en vint a faire cettre traduction : « Gum de utilitato corporum olim tractaremus, et a me, ac si essemmedicus, vestra nobilitas quœreret breveni libellum de observatione dietarum, vel de continentia corporis, accidit ut, dum cogitarem vestne jussioni obedire, liujus rei exemplar ab Aristotele pliilosopho editum repente mente occurreret quod extraxi de libro qui dicitur cyr oserar (Sir el asrar) id est Secretum secrctorum, quem fecit Aristoteles Alexandro régi magistro (1). >
Nous reviendrons plus tard sur cet écrit d' Aristote, qui fut traduit intégralement par Philippe de Tripoli.
3" Traité de Costa ben Luca sur les différences entre Tàme et l'esprit. Tel est Tincipit :
Liber de diffcrentia inter animam et spiritum, quem Cos^ta ben Lucse cuidam amico scriptori cujusdam régis edidit,
(1) Oa voit que lo nom d'Avendauth a fait pluco à celui de Jean. Il eu làiiVix do mciuc pour toutes les traductiou:! qui vout suivre.
JFAN DR aAvHXK. Î^7Î\
etJohannoB hiHpalenaisex arabico in latinum Ramundo (var.: Remundo, venerando) Tolletano arcliiepiscopo transtulit.
Uemarquonii encore ici le nom de Raymond» promoteur do.H traductions.
Les manuscrits de cette traduction sont commune, et Tonvmge. jouit d'une certaine voflrue au moyen ngre.
4"* Eléments d*astronomie d'Alfergtin.
Le titre de Torifirinal peut se traduire ainBi : Traite^ des groupes désastres, et éléments ou principes des mouvements célestes (1).
M. Woepcke a reconnu que cette traduction se trouvait au fonds latin de Paris dans les n<^ 650(1, 7377 6, 14'M, et K48 et 900 de l'ancien fonds St-Victor.
Tel est rincipit du n** 6500 : Liber Alfragani in quibusdam collectis seientim astrorum et radicum motus planetanim, et est XXX differentianim (S), interpretatus a'Johanne byspanensi atque luuensi.
Tel est le curieux explicit du n" 848, qui se rencontre ailleurs }ivcc quelques variantes: Perfectus est liber alphar^ni in scientia astrorum et radicibus motuum cœlestium, interpretatus in Luna aJobanneyspanensi atque lunenai, et expietus est die vicesimo quarto die quinta mensis lunaris anui arabum quing'entesimi XXVIII * exi.stente XI die mensis mai-cii CLXXIII, sub lande Dei et auxilio.
Woepcke pense qu*il faut restituer ainsi la fin: expletus est die vicesimo quarto quinti mensis lunaris anni arabum quinfrontesimi XXVIIII. Il conclut ainsi : C*est donc le 24 djoumada 1" de Tannée 5*i9 de Théi^ire, ou le 11 mars liar> de notre ère, que Jean de Séville acheva sa traduction d'AU fraffau.
La traduction do Jean de Séville a été imprimée sous ce titre : Brevisac per utiliscompilatio Alfragani, Norimbergo^
ir>:n.
Plusieurs Mss. de Paris, dont Woepcke a fuit le recense-
(1) Le mot djouami de Tarabe a été compris par Jean dans le sons de reeutiL On lit aussi : Liber complétas in bcientia astrorum.
(3^ Ce mot rfi//eriiirfa équivaut à division, section, chapitra.
374 lUSTOIRR DE L\ MÊDKCIKE ARABE. — LIVRE HUITIÈME.
mont, contiennent une traduction d'Âlfargfan par Gérard de Crémone. Nous en parlerons ailleurs. Tel en est le titre : Lîher de a^g^^egationibus scientise stellarum et principiis cœlestium motuum, etc. On voit qu'ici le moiOussoul aété rendu par principiis au lieu de radicibua de Jean de Séville.
Woepcke fait observer que le catalogue imprimé de Paris s'est trompé en dédoublant la traduction d'Alfergan sous ces deux titres : Liber de aggregationibus, et Rudimenta astronomica. En 1500, Christmann publia une traduction libre d'Alfergan accompagnée de commentaires. D'autres éditions avaient déjèi paru. En 1060, Golius en publia une édition arabe latine.
5" Quadriparti de Ptolémée.
Nous le trouvons au n** 7306 sous cette simple indication : Quadri partit us Johannis liyspalensis.
6' Centiloquium de Ptolémée. Bien que nous n'ayons pas rencontré cette traduction accompagnée du nom de Jean, nous croyons devoir la lui attribuer pour la raison suivante:
On lit cet explicit dans le n' 7316 : Perfecta est hujus librî translatio anno Arabum 530. Nous ne voyons guère h cette date que Jean d'Espagne pour avoir exécuté cette traduction.
Il y a plus. Au n' 7307, on lit, au début d'une traduction du Centiloquium : Dixit Magister Abraamus ben Deut. Ne seraît-no pas là le nom primitif de Jean?
7** Des figures, par Tsabet ben Cora.
Cet opuscule se trouve aux n"'7282, 7337 et 16,204. 11 s'agit de l'emploi des figures comme amulettes. Nous trouvons même la recette de la confection d'un moule. Ou a peine à croire que cet écrit soit réellement de T.sabet ben Cora. Quoi qu'il en soit, tel est l'incipit du n" 7282: Liber yroaginum Thcbit ben Cora, a Jolianne hyspaleusi atque lunensi in luna ex arabico in latinum translatus. On trouve dans le n* 10,204 un explicit identique.
8** Introduction à l'astrologie, par Albumazar.
Elle se trouve aux u«' 7315, 7310, 10,203 et 10,204.
Lp n" 16,203 débute ainsi: In nomine Dei pii et misericor-
JE\N DB :ifiVILLB. 375
dis. IwBLgoge majores Alburoasaris in scientia judicioram astrorum translata* à Jolianne hyspauiensi de arabico in latinum.
Dans les autres on lit: Liber qui est major introductorius Albomasaris astrologi in scientia judiciorum astrorum» etc., et en tète : In nomine domini nostri Jesu-Cliristi.
On lit à l'explicit: Translatas a Johanne liispalensi.
On sait qu'Albumasar est le nom altéré d'Ahou Macliar Djafar ben Mohammed ben Omar el Kalkhy. Dans la liste de ses œuvres, donnée par Djemnl eddin, nous trouvons citée la grande Introduction,
O* Introduction à l'astrolog*!!», par Alchabitiui<.
Tel est le titre : Introductorius ad maf2ridterium judiciorum astrorum Abd el Aziz qui dicitur Alchabitius.
Nous avons en vain cherché le nom de cet autear dans nos historiens, mais sa dédicace au sultan Seyf eddoula, prince Hamdanide d*Alep, nous apprend qu*il vivait au XII* siècle. On s'étonne que Jourdain, dans la Biographie Michaud, ait avancé que cette traduction s'était faite au XII' ou au XIII' siècle. Sans doute cet article a précédé ses Recherches. La Biographie Didot s'est rabattue sur le XIII* siècle. Cette traduction existe dans les n** 7282, 7321, 7321 a, 7416 et 7432. On lit au n** 7282: Interpretatus a Jeanne yspalensi. Le n"* 7321 a, d'une exécution magnifique, porte les armes do France. Cette traduction a été imprimée sous le titre : Liber ysagogicus Abdila^si, etc.
10* Traductions de Mâcha Allah.
Il est probable que toutes les traductions de Mâcha .\Ilah, opérées pur Jean, ne nous sont pas parvenues accompagnées de son nom.
Il en est cependant resté un certain nombre qu'il a signées. La plupart ont trait à l'astrologie.
Nous trouvons diverses traductions de ce genre dans les n-7282, 7307, 7310, 12,201, etc. Ces traductions portent généralement cetexplicit: Trauslatus (ou versus) à Johanne hyspalensi in luna ab arabico in latiuum.
Les n** 7^K)7 et 10,201 contiennent la traduction d'un traité sur les éclipses, avec le n<^me oxplicit.
376 IIISTCIRB DB L\ MÉDECINE AUABK. — LlYJtE IIUITIÉMB.
Le u** 7316 bis porte encore le même explicit à la suite d'un traité sur les pluies, de imbribus.
Ce fut donc à Luna que Jean exécutai ses traductions de Mâcha ÂUali.
On sait que cet astronome, juif de religion, Tivait sous le rëgrne d*El Mansour. On peut lire la liste de ses écrits dans Casîri, d'après le Kitab el liokama. Nous y retrouvons les ouvragées traduits par Jean.
Macka Allah composa un livre sur la construction et Tusage de Tastrolabe. Nous en avons la traduction aux u** 7194, 7195, 7208, etc. D'autre part nous trouvons sous le nom de Jean, au n° 7292, la pratique de l'astrolabe. Nous pensons que Jean n'est ici que traducteur.
M. Steinschneider, qui, dans son catalogue du British muséum, a établi la bibliographie de Mâcha ÂUab, cite encore une traduction de Jean qui nous a échappé : De réceptions (conjunctione) planetarum.
On trouve encore sous le nom de Jean ; Tractatus pluvi»rum et aeris mutationes, n"* 7316 bi$ ; de testimoniis planetarum, u" 7328. Nous pensons qu'il s'agit de traductions plutôt que d'écrits originaux.
Pour en finir avec Jean de Séville nous citerons deux titres que nous n'avons rencontré que dans la B. Bodléienne :
Liber Avendauth de V uuiversalibus.
Metaphysica Avendauth.
Ajoutons enfin que d'après un passage d'Albert le Grand, cité par Jourdain, Recherches^ 114, une traduction de la Logique d'Aristote et peut-être encore d'autres auteurs arabes, aurait été faite par Avendaut (écrit Avendar).
Nous ne connaissons pas mieux Gundisalvi que Jean de Séville, vu la connexité des documents qui les concernent. Antonio, dans sa Bibliothèque espagnole, n'a même pas pu lui assigner une date certaine; bien plus, il a fait trois individus de sa personne, ainsi que l'a déjà fait remarquer Jour-
GUNDI8ALV1. 377
dain. Il noua donne d'abord la liste des traductions d*un Gundisalvi, diaprés le franciscain Wallensis, à savoir la di- Tision de la philosophie, le livre de Tâme, celui du ciel et du inonde. Plus loin, il attribue à Dominique, archidiacre de Segovie^ la traduction do la Philosophie d'Algazel (Gazzaly) ; enfin il attribue à Jean Gundisalvi la traduction de la Physique d'Avicenne.
Nous avons vu, dans la notice de Jean de Séville, que Tarchidiacre Dominique Gundisalvi fut son collaborateur dans la traduction du Livre de Tâme d*Avicenne, qu'il rendait en latin ce que le juif Avendauth traduisait en XangAge vulgtûre, et que cette traduction se fit à Tolède sous Tinspiration de l'archevêque Ilaymond.
Il en advint de Gundisalvi comme de Jean de Séville. Il se compléta par l'étude de Tarabe et traduisit à lui seul. Après la traduction du livre de l'âme, nous voyons les deux traduc • teurs marcher isolément. Gundisalvi suivait une meilleure route que Jean de Séville, attendu qu'au lieu de se diriger vers l'astrologie, il resta sur le terrain de la philosophie.
Telles sont les traductions que Jourdain lui attribue:
1* Avicen» libri de anima.
2* Ejusdem libri physicorum quatuor.
«i** Ejusdem metaphysicorumdecem.
4"* Liber de cœlo et mundo.
•V Algazelia philosopbia.
G* Alpharabius, de scientiis.
Nous commencerons notre revue par ces traductions.
P Livre de l'Ame, d'Avicenne.
Nous n'avons pas à rappeler ce que nous en avons déjà dit dans la notice de Jean de Séville. Nous rappellerons cependant que si cette traduction porte quelquefois un seul nom, le prologue n'établit pas moins l'action commune des deux collaborateurs, et la part spéciale de chacun d'eux. Nous rappellerons aussi la fin du prologue, déjà signalée par Jourdain :
In quo (libro Avicenn») quidquid Aristoteles dixit in libro suo de anima et de sensu et sensato et de intcUectu et intellerto, ab autore libri scias esse collectum. Unde postquam.
Deo volente, liuuc kabueritiâ, in hoc illos très plenisdimevoa babere non dubitatis.
Ce passage prouve, selon Jourdain : 1"* Qu'on n'avait point à cette époque les traités d'Âristote sur le même sujet; 2"* Qu'on regrardait Avicenne comme Tabréviateur, le copiste du philosophe grec.
2^ Le traité de l'âme, avec commentaire.
Gundisalvi parait avoir publié sous son nom le Traité de Tume avec commentaire. Dans le n"* 8802 le livre de l'âme est accompagné de cette annotation : Liber iste dividitur in y partes. In quinta eontinetur quod adjecit Âvendauth. Le n"* 16,613 (1793) donne ce livre sous le nom de Gundisalvi avec cette indication : Gontinens X capitula, et nous lisons ensuite : Explicit commentum de Anima.
D*autre part, les prologues ne sont pas complètement identiques. Nous lisons ici : Qua propter quidquid apud philosophos de anima rationaliter dictum inveni simul in unum coUigere curavi. Opus si quidem latinis incognitum, ut pote in archanis grecae et hebraicsB lingu» reconditum, etc.
Nous trouvons enfin un Ms. de la Bodléienne sous ce titre :
Gundisalvy de anima, liber secundum philosophos de créationemundi h Dominico Gundisalvo Toletiarchidiacono translatus de arabico in latinum.
3"* Métaphysique d* Avicenne.
Elle se trouve au n"* 0443, et débute ainsi : Postquam auxi* lioDei explevimus tractatum scientiarum logicarum, naturalîum et doctrinalium, etc. Tel est l'explicit : Gompletus est liber quem transtulit Dominicus Gundisalvi archidiaconus Tholeti de arabico in latinum.
Dans le n' 10^097, le titre est : Liber Avîcenœ de philosophia seu de scientia divina, et l'explicit se borne & dire : Completus est liber tolleti translatus.
4** Physique d' Avicenne.
Cette traduction se trouve dans le n^ 6443, après la meta-* physique et avant le livre de l'Âme. Nous trouvons ensuite : De cœlo et muudo, liber Gundisalvi de processionemundi, les Animaux d'Avicenne, la Métaphysique d'Algasel, le Traité de ortu scientiarum donné sous le nom d'Avicenne, puis h
ouNDroALtri. 370
la fln la Logrique d*Al^azel et celle d'Avicenne. On serait peut-être autorisé à conclure que toutes ces traductions sont du fait de Gundisalvi.
5** Traité du ciel et du monde.
Comme nous venons de le dire, lise trouve dans le n"" 6443, mais sans nom de traducteur.
0* Ecrits d'Alfiraiel (CraMaly).
On trouve la Métaphysique aux n*' 6143 et 6652. Ce dernier Ms. donne cet incipit : Liber philosophia^ Al^azelis translatus a Magistro Dominico archidiacono seg^obiensi apud Toletum de arabico in latinum. Dans le n* 14 JOO nous lisons : Liber metaphysicte Argfazelis cum naturalibus ejusdem, puis : explicit metaphysica Argrazelis, incipit ejus physica. Plus loin nous trouvons la logrique d'Algrazel, qui figure égralemeut au n" 0443.
T et 8« Alfaraby.
Gundisalvi nous paraît avoir traduit d* Alfaraby deux ouvrages qui ont été confondus par Jourdain, et que les documents que nous allons produire nous font distinguer.
Le n* 14,700 de Paris contient le livre De divisione philosophiip, qui débute ainsi : Fclix prior rptas qnte tôt sapientes protulit.
La Bodléienne contient trois Mss. sous les titres suivants :
(lundisalvi, De dlvisionephilosophifp; Gundisalvi, De divisionn philosophia* in suas partes; Alfarabii, De scientiM sive Gundisalvi, De divibionephilosophiie. Ainsi le livre d* Alfaraby, De scientf is, et celui de Gundivalvi, Dedivisione philosophiflp seraient un même ouvrage.
D*un autre côté, nous trouvons sous le nom d* Alfaraby le livre De ortu scientiarum, n** 0208, débutant ainsi: Scias nihil esse nisi substantiam et accidens et creatorem substantîa». Voilà donc un livre diflférent du précédent. Le n" 6443 donne le livre De ortu scientiarum sous le nom d'Avicenne, mais par erreur, car le début est le même.
0* De l'immortalité de Tâme.
Ce traité original se trouve au n** 16,613. Jourdain en a donné le début.
Au r* 43 on lit: Gundisalvi, De immortalitate animie.
380 HISTOIRR DE LA MEDBOCNB AR/iBR. — LIVRE RUITIÂMff.
10** De proeessione mundi.
Ce titre accompagfné du nom de Gundisalvi, se lit an f* 05 du n* 6143.
Antonio donne à Gundisalvi comme collaborateur dans la traduction de la Physique d'Avicenne, un certain Saloman^ dont nous n'avons pas retrouvé le nom ailleurs.
Disons encore que Jourdain considère Gundisalvi comme traducteur du Fons tntœ d'Avicebron, et que Munk Taffirme positivement.
ROBERT DB RKTINE.
Tel est le nom sous lequel il est généralement connu, mais les manuscrits donnent plus souvent Ketenensis ou Retenen- 818 (1).
Telle est la notice que PiU nous en a laissée :
c Robert Ketenensis^ dit aussi TAnglais» et mâme le Breton, était doué d'un grand esprit, mais vagabond et curieux. Après avoir appris le latin dans son pays, avide de science, il passa la mer, traversa la France, Tltalie, la Dalmatie, la Grèce et parvint en Asie. Là avec grand'peine et même au péril de ses jours, il vécut longtemps au milieu des farouches Sarrasins et acquit une connaissance parfaite de la lan* gue arabe. Retourné par l'Espagne avec un certain Hermanu Dalmate, qui l'avait accompagné dans ses voyages, il se livra tout entier à l'astrologie. En raison de son savoir on le fit archidiacre de Pampelune, et grâce aux dépenses faites par Pierre, abbé de Cluny, il rédigea de l'arabe en latin un abrégé de l'Alcoran.
Tels sont ses écrits :
L'Alcoran, qui fut imprimé à Norimberg, en 1543 (2).
De la doctrine de Mahomet.
Pits nous donne Robert comme occupé d'astrologie quand il fut rencontré par Pierre le vénérable, mais nous verrons qu'il dit lui-même d'astronomie et de géométrie.
(1) On Itt même : Quetencnsis.
(Q) Il paraît que Tédition de Norimberg ne contient qu*iin abrège. V. Zenker, 1,170.
ROBB&T DE RtriME. 381
Il mourut et fut enseveli à Pampeluneeu 114J.
Itûbert parait avoir ou la principale part dans la traduction du Coran, attendu qu'il eu a sigfné la dédicace à Pierre le vénérable. On litau^si dans le n* 3303 cet explicitqui a été plusieurs fois reproduit : Explicit liber leg^is diabolic» sarra* cenornm qui arabice dicitur Alchorau, id est collectio capitulorumseupreceptorum. lUustri gloriosissimoque viroPetroCluniacensiabbate precipiento suus Angligena Uobertu.s Ketenensis librum istum transtulit AnnoDomini MCXLIII» Anno AlexandriMCCCCIII, Anno AlhigrereDXXXVII, Auno Persarum DXI.
Nous allons donner un extrait de la lettre de Robert à Tabbé de Gluny, qui précède la traduction du Coran.
t A son seigneur Pierre, par la volonté divine abbé de Cluuy, Kobertle plus humble de ses serviteurs. M'étant souvent aperçu combien votre esprit uniquement occupé du bien désirait ardemment rendre fertile le stérile marécag'e des Sarrasins, épuiser leurs puits, renverser leurs boulevards, moi comme un simple fantassin je me suis mis en g^rando diligrence à ouvrir les voies et les avenues. Jusqu'à présent toute la latinité, /soit igfnorance, soit apathie, ne s*estpas occupée de connaître la cause de ses ennemis et de les combattre. Votre vigrilance n'a pas voulu que cela durAt... Bien des obstacles se présentaient h mon faible g^énie, la pénurie du laugHfçe et mon peu de science. Je n'en ai pas moins répondu à votre invitation. Si l'on jne reproche, peut-être avec raison, le ])eu d'élégance du fonds et de la forme, qu*on sache que je n'ai pas voulu couvrir de fleurs le poison et dorer des choses viles et méprisables. Cependant ces doctrines, bien que dangereuses, n'en rendent pas moins souvent témoignage à la sainteté de notre loi. Cela n'a pas échappé à votre sagesse, f|ui m'a fait délaisser mes études d'astronomie et de géométrie (1). »
Le livre de la doctrine et de la vie de Mahomet fut aussi dédié & Pierre le vénérable. Nous lisons en tête : Prologus
U Nous avoDS dit que la traduction de TAIcoran, avec ses accumpagueincoU, fut iuiprioiôa ca 1543 àBâlc, par Bibliaadcr.
382 UISTOIUE DE LA. MÉDEOINK AIUB£. — LIVRE HUITIÈME.
Robert! translatons viri eruditi et scolastici ad dominum Petrum Âbbatem.
La Bibliothèque Bodléienne contient, sous le nom de Robert TanglaiSi une traduction d*un traité d'Astrologie d'Ëi Kendy.
Il est vrai que la date est de 1272, mais ce pourrait être celle de la copie.
Jourdain suppose qu'il faut voir Robert de Rétine dans le Robcrtua Castrensia traducteur de Talchimiste Morien. Il pense aussi que Robert aurait traduit Khaled ben Yéssid.
IIER^IANN DALMATE.
Nous connaissons déjà Hermann Dalmate par la part qu'il a prise k la traduction du Coran. C'est à ses rapports avec Robert de Rétine et Pierre le vénérable que nous devons les pricipaux renseignements qui le concernent. Nous avons vu que Robert traversa la Dalmatie. C'est là sans doute qu*il rencontra Hermann Dalmate, qui est dit aussi le Slave. Ou lui donne encore le nom d' Hermann second.
Dans la notice de Robert, on lit qu'il revint de l'Orient en Espagne emmenant avec lui un certain Hermann» d'où l'on peut conclure qu'Hermann l'accompagna en Orient, où il aurait appris la langue arabe. Nous savons encore tant par Pierre le vénérable que par Robert lui-même, que nos deux savants s'occupaient en Espagne d'astronomie et de géométrie, quand Pierre vint les embaucher pour traduire le Coran* Pierre dit qu'ils étaient occupés ctrca iberunié Jourdain a vu là une localité qu'il n*a pu déterminer } mais certains manuscrits donnent circa librum, ce qui est tout diflférent.
Quoi qu'il en soit, Hermann s'associa dès lors avec ses trois collaborateurs à la traduction du Coran* Quelle que soit la part qu'il y ait prise, qu'elle ait été moindre que c<3lle de Ro^ bert) elle n'en est pas moins établiei ainsi que nous l'avons vu.
De même que Robert, il compléta l'œuvre commune en composant un ouvrage tiré de Tarabe et connu sous le nom
HBBItANN DALMATE. 883
de Chrcnica sarracenorum. L'asprit qui i)réâida aux travaux de Pierre le vénérable s'accuse dans les titres do ces écrits. Ainsi on lit dans le Ms. n''3300 : Chronica mendosaet ridiculosaSarracenorum. GeneratioMahumeti filii dyaboli etprimogeniti satani. De generatione Mahumeti e^ uutritura ejus, ^uod transtulit Hermannus slavus sholasticus subtilis et in* geniosus apud Legionem bispaniœ civitatem. Item doctrina Mabumeti, quœ apud Sarracenos magnas auctoritatis est, ab eodem Hermanno translata, cum esset peritissimus utriusque linguœ, latin» scilicet atque arabicœ.
Nous lisons dans Texposé de Téditiou de Norimberg 1543 ; Zenker» L 170 : Mabometis abdallœ filii Tbeologia dialogo explicata, Hermanno Nelligraunense interprète. Alcorani epitome» RobcrtoKetenense Anglo interprète. Nous aurions donc là non*seulement un nouvel écrit, mais un nouveau surnom d'Hermann.
Hermanu traduisit aussi le Planispbère do Ptolémée. Jourdain a déjà revendiqué pour lui cette traduction, qui est gé» néralement attribuée à Rodolpbede Bruges, ainsi par r/^M^* foire littéraire.
On lit dans les Recherches de Jourdain : « La Dibliotbëque royale possède une traduction du Planispbère, dont il est Tauteur ; voici les motifs sur lesquels j*appuie cette assertion. Kn tète du manuscrit ou lit : Planispberium Ptolemœi translatus de arabico in latinum per Hermannum secundum. Vient ensuite un prologue, dans lequel Tauteur dédie sa version à un certain Thierry, Theodorice diligentissime preceptor. Il y parle do la communauté des travaux qui a existé entre lui et Robert, qu*il nomme illustris socius liobertus Retinensis. La version a été acbevée h Toulouse, dans les Kalendes de juin 1143. Ces détails prouvent évidemment qu'il s*agit d*IIermann le Dalmate, et que cette version est celle que Ton attribue h Rodolphe de Rnigcs. Celui-ci d'ailleurs eut Hermann pour maître ; il se livrait comme lui à Tétude des sciences matliématiqnes et les travaux des philosophes arabes dans cette partie ne lui étaient pas étrangers. Tous ros fait.^ sont éttiblis dans le prologue d*un ouvrage que nous avons retrouvé ii la Ribliothëque royale. »
384 HISTOIRE Dfi JL.A MÉDKOINJB ARABB. •— LIVRE UUlTiKIIE.
Nous parlerons de eet ouvrage et de ce prologue à propos de Rodolphe. La similitude des sujets traités est sans doute la cause de la coufusion.
Daus le n** 7377 6 allégué par Jourdain, nous avons trouvé un autre titre : .
Planispherium Ptolemœi Hermanni secundi translatio.
Cette traduction existe aussi au n"* 7309. Dans son prologue, Herman, après avoir parlé de TÂlmageste et du Tetrabiblou, abrégés Tun par Elbatani et Tautre par Albumazar, ajoute : Labor noster nunc tandem latio confert... Quœ pas* sio maxime latinitatis inopiam hue usque fovet.
Nous avons aussi rencontré le passage : lUustris sociusRe* bertus Retenensis.
Traduction du Coran à Tolède.
LES TRÀDUCTEGRS.
Nous avons vu la première des traductions de Tolède se faire par deux personnages. Nous allons en voir une exécutée par le concours de quatre. La première était inspirée par Tamour de la science : 4a seconde le fut par le fanatisme. Ceux qui ne pouvaient combattre l'Islamisme par Tépée, gla* dio non valemusy voulurent le combattre par la plume.
Pierre dit le vénérable, abbé de Cluny et ami de St*Bernard, fut le promoteur de cette croisade d*un nouveau genre. On peut juger de la violence de son zèle religieux par une lettre qu'il écrivait au roi de France, où Ton voit reparaître ce fanatisme qui égara les premières bandes de Croisés tra* versant l'Allemagne. < Que servira, dit-il, d'aller poursuivre au loin les ennemis de la foi, si nous laissons au milieu de nous les juifs plus criminels encore que les Sarrasins ? »
L*abbé de Cluny voyageant en Espagne, pour inspecter les établissements de son ordre, y rencontra Pierre de Rétine et Hermann Dalmate occupés de géométrie. Il les embaucha pour traduire le Coran, qu'il se proposait de réfuter.
Lui-même raconte ces faits dans une lettre à St Bernard:
hV» TIUDUCllON» DV CORAN ▲ TOLÙDE. 383
« Je l'ai fait traduire par Pierre de Tolède» habUe dans Tune et Taatre langue. Mais coDune le latin ne lui était pas aussi familier que l'arabe, je lui ai adjoint le frère Pierre» mon secrétaire» qui corrigeait les négligences ou les confusions de la traduction latine... J*ai fait passer l'arabe en latin par deux hommes habiles dans l'une et l'autre langue» Robert de Rétine l'Anglais» maintenant archidiacre de Pampelune, et Hermann Dalmate» homme lettré et d'un esprit subtil. Je les ai rencontrés en Espagne s'occupant d'astrologie» et j'ai fait de fortes dépenses pour les entr^ner. »
Dans un opuscule de l'abbé de Gluny, contre la secte dtabolique des Sarrasins» on lit entre autres choses : « Avec de grands efforts et de grandes dépenses, j'ai fait traduire d'arabe en latin cette doctrine impie et la vie exécrable de sou auteur» afin que l'on voie la frivolité de cette hérésie, et qu'un serviteur de Dieu» enflammé par l'esprit saint, la réfutât. Mais hélas ! les saintes œuvres sont négligées, la ferveur s'attiédit. J'ai attendu» et personne n'ouvrait la bouche» personne n'a battu de l'aile. Je me sui.s donc proposé ce labeur. >
Le prologue de cette traduction quadruple e:»t signé de Robert de Rétines. Nous en donnerons un extrait dans sa notice.
Nous allons maintenant reproduire comme spécimen trois petites sourates.
La fatha^ V sourate :
Capitulum azoharc mutris libri septem verba contiuens. Misericordi pio que Deo uuiversitatiscreatorijudicium cujus portrema dies expectat, voto supplici nos humiliemus adorantes ipsum su» que manus suffragium semitœ que donum et dogma qua suos ad se benevolos nequaquam hostes et erroneos adduxit jugiter seutiamus.
Notons, en passant» le titre de la 2' sourate : Azoara de bove.
2^ Sourate de l'éléphant (cotée CXIVj :
Numquid te latet qualiter Deus artes hominum elephautis errore coegit, immittens Ulis volucrum multi modorum cohortes quam plurimas» quie per nigranim Inpidum injectum
illos velut tritici corticem evucuabant.
TOMK 11, 2r»
380 HISTOIRE DB L\ MÉDECINE AEilBB. — LIVRE HUITIÈME.
3» Sourate de l'unité de Dieu (cotée CXXII) :
Constanter die iilîs Deum umim esse et incorporeum, qui nec gennît uec est ffeneratns, nec liabet quemquam similem sibi.
On voit qu'ici le chiffre des sourates dépasse celui qui est ffénéralement admis, ce qui tient sans doute à des dédoublements.
On peut voir encore la faiblesse de notre traduction latine si on la compare à la traduction française de M. Kasimirskj. Du reste, on en a déjà fait ressortir les défauts.
Tel est l'explîcit : Explicit liber legîs diabolicœ Sarracenorum qui arabice dicîtur Alchoran, id est collectio capitulorum seu preceptorum.
Un pareil explicit reproduit bien l'esprit qui avait inspiré cette traduction, mais nécessairement il la rend suspecte. Nous retrouverons ce même esprit dans d'autres composlrtions qui l'accompag^nent et qui en sont le complément.
Cette traduction du Coran, accompagenée de la vie de Mahomet et de ses successeurs et de la doctrine musulmane, fut imprimée à Baie, en 1543, par Bibliander. Ces accompagnements étaient aussi le produit de deux de nos traducteurs, Robert et Hermann, ainsi que nous aurons bientôt l'occasion de le dire.
De nos quatre traducteurs du Coran, Robert de Rétine et Hermann Dalmate, nous sont connus par d'autres travaux, et nous leur consacrerons à chacun une notice.
Quant aux deux autres, Pierre de Tolède et Pierre le secrétaire qui ne nous intéressent que par le Coran, nous allons en dire ici quelques mots.
Nous n'avohs rien îi ajouter a ce que nous avons appris sur Pierre de Tolède par l'abbé de Cluny : c'était un homme habile dans les deux langues, mais auquel le latin n*était pas aussi familier que l'arabe.
Quant à Pierre, le secrétaire de l'abbé de Cluny, 11 porte aussi le nom de Pierre de Poitiers, Il entra dans l'ordre do Cluny sous l'abbé Ponce, peu de mois avant son abdication, et fut reçu par l'abbé Pierre le vénérable, qu'il accompagna en Espagne en 1141.
Pierre le véacmble charjfea suu secrétaire Pierre de Poitiers de coiupoiier nue réfutatiou du Corau, que St Bernard l'avait euffagé à composer lui-même.
Dans une lettre à Tabbé de Gluuy, Pierre de Poitiers rappelle ainsi ses collaborateurs: Sicut ego iu bispauia pru certo a Petro Toletano cujus in transferendo socius eram, et a Ivoberto Pampiliouensi nunc archidiacono audivi.
IL s'agit des relations sexuelles chez les Mabométaus.
y. l'Histoire littéraire, tome XII.
ABRAHAM LE Jl'IF, DIT 8AVAS0RDA.
Abraham le juif, dit Savasorda, est un personnage que les biographes ont laissé dans l'ombre. On nous apprend tout au plus va et là qu'il vivait au XIP siële de notre ère.
Si nous ne pouvons jeter un grand jour sur sa personne, nous allons du moins essayer de le faire sur ses écrits, et cela fait, nous essaierons d'en tirer quelques conclusions relati* vement à leur auteur.
Et d'abord Savasorda ne fut pas seulement traducteur. Il est connu surtout par un traité d'arpentage, qu'il composa eu hébreu, et qui fut traduit en latin par Platon de Tibur, en l'année 1110, sous le titre: Liber cmbadum (1). Cet ouvrage, qui a été maintes fois cité, est représenté dans plusieurs Mss. do la B* nationale. Nous en reparlerons du reste à propos de Platon de Tibur, et nous ferons seulement ici une réflexion. Il e.\iste aux n'* 1018 et lOGl du fonds hébreu de Paris un traité de géométrie et de trigonométrie, divisé en quatre livres, et le catalogue ajoute que l'auteur de cet ouvrage est probablement R. Abraham fils de Uaya. Avant même d'avoir coUationné avec le Ms. hébreu, nous croyions que l'auteur du n" 1048 n'était autre que Savasorda, et cela non-seulement par l'identité du sujet traité, mais parce que l'un et l'autre ouvrage est divisé en quatre livres. Une collation, que nous avons faite avec M. Zotemberg, nous a donné raison.
(I) Noua croyons que rét^mologie du mot em6(iJttoi doit être cherchée dans Tarabe et non dans le grec, commo on Tavait fait. Embtid signifie en arabe tme parttUi de
o8tS UISTOIRIS DE LA MÉOECIKë: ARABE. — LIVRE HUITIÈME.
Une traduction de Savasorda a déjà été signalée par Libri uu II'' 060 du fonds Sorbonne, et il en a reproduit Texplicit : Perfectus est liber in electionibus horarum laudabilium édition e liali filii hamet ebrani (Ali ben Ahmed el Omrany), translatus de arabico in latinum in civitate Barchinona Abraham Judeo qui dicitur Savasorda existente interprète. Et perfecta est ejus translatio A. D. 1134.
Nous avons rencontré cette traduction aux n"» 7306, 7406, 7346 et 16,204 ; seulement Texplicit, qui ne se rencontre pas aussi complet, ne donne pas cette date. Ces mots Anno Domini sembleraient aussi indiquer une conversion au christianisme. C'est à tort, ou par erreur, que le catalogue du British muséum attribue cette traduction à Platon de Tibur. Rien ne prouve, à notre connaissance, qu'elle ait été faite à deux.
En attendant que nous parlions d'Ali ben Ahmed el Omrany, disons cependant que, d'après le Kitab el hokama (Ca* siri, I, 410), c'était un mathématicien qui laissa, entre autres ouvrages, un commentaire sur l'Algèbre d'Abou Kamel Ghodja.
Cet ouvrage d'algèbre se trouve au n* 7377 a. Bien que le nom seul d^Abou Kamel Chodja se soit présenté à nous, et que celui d'Ali ben Ahmed nous ait échappé, nous n*en croyons pas moins qu'il s'agit du commentaire, attendu que nous lisons : Monstrabitur ex eo quod dixit Abu Qamel in ter^ tia parte libri geberi et mugabala, etc. (1) Il nous semble tout naturel d'admettre que ces deux ouvrages d'un môme auteur, ont eu aussi le même traducteur, c'est-b-dire Savasorda.
Nous signalerons encore une troisième traduction sous le titre Lïber augmenti et diminutionisy qui existe aux n** 7266, 7377 et 9335. Elle est sans nom d'auteur, et le traducteur est simplement désigné sous le nom d'Abraham. Déjà M. Ghasles a émis l'opinion que cet Abraham ne pouvait être que Savasorda. C'est aussi la nôtre. Ainsi débute le traité au n* 7377 : Liber augmenti et diminutionis vocatus uumeratio divlua-
(1) On lit au f* 93: Dixit Abucamel ssugia âiius Abrahim ng^regator ifltias libri, etc.
PLATON DE TIBrR, H.SO
tionis ex eo quotl sapientes indi posuerunt, qnem Abraham compilavit et secundum librum qui indorum dictas est composuit.
Abraham dit Savasorda, vivait donc h Barcelone dan» h^ courant du XII' siècle, une de ses traductions étant datée de 1137. Comme nous l'avons vu, il écrivait en hébreu et traduisait deTarabe en latin. D'autre part, nous voyons, ii la même époque, Platon de Tibur dater de Barcelone certaines de ses traductions, et traduire un écrit de Savasorda. Il semble qu'il dut exister des relations entre ces deux personnages. Il est même probable que c'est a l'école de Savasorda que Platon apprit l'arabe et l'hébreu.