PI.ATO TÎBURTINUS, PLATON DE TIBUR OU DR TH'OLÎ
Nous manquons de renseigfnements sur Platon de Tibur. Ce que nous savons positivement toutefois, c'est qu'il vécut au commencement du XII* siècle, une de ses traductions étant datée do l'an 1110.
L'auteur de sa notice, dans la biographie Didot, suppose que le nom sous lequel il est connu pourrait bien être un pseudonyme, vu la singularité du nom de Platon pour un Italien.
M. Itoncompagni a fait de ses écrits l'objet d'un mémoire assez étendu, mais il n*a pas soulevé le voile qui couvre na personne.
Platon de Tibur méritait mieux, et nous en trouvons la preuve dans l'intéressante préface qui accompagne sa tra* duction d'El Batany.
De même que Gérard de Crémone, il souffre de la pauvreté de la littérature latine en matière d'astronomie. Tout comme Gérard, il avait songé ù TAImageste, mais il a préféré s'adres.Her à l'abrégé qu'en a fait El Batany. Autre ressemblance avec Gérard : il paraît avoir quitté son pays, si tant est qu*ii est natif de Tibur, pour aller chercher la science en Espagne, car nous trouvons de ses traductions dat^Vs de Barcelone.
300 HISTOIRE DE lA MÉDECIXE ARABE. — LIVRE HUITIÈME.
Platon de Tibur est donc le premier soldat de cettre croisade, où Gérard de Crémone brille au premier rang*, oh l'on devait voir des hommes avides de science, accourir de tous les points de l'Europe et se partagrer en Espag-ne les dé* pouilles scientifiques des Arabes. Entré le premier dans la lice, il a droit à Tindulffence, et il ne faut pas trop appuyer sur les reproches de barbarie que Ton a faits a ses traductions.
Les traductions de Platon de Tibur s'adressent particulièrement aux sciences mathématiques et astronomiques. L'une d'elles est faîte d'après l'hébreu, et les autres d'après l'arabe. On en donne encore une douteuse d'après le grec. Nous commencerons par les six traductions d'après l'arabe.
V La traduction d'El Batauy débute ainsi: lucipit liber Maehometi filii Gebir filii ciueiii (1) in numeris stellarum et in locis motuum earum, continens 57 capitula.
Nous allons entrer dans de nouveaux détails sur sa préface . Il se plaint que Ton néglige les affaires sérieuses. Les Romains, heureux dans les guerres et les conquêtes, dédaignèrent la science. Bien que l'on ose comparer les Latins aux Grecs, ils leur sont de beaucoup inférieurs, ainsi qu'aux Egyptiens et aux Arabes. Les Latins n'ont en astronomie aucun écrit original ni traduit, tandis que l'on en trouve d*innombrables chez les autres nations. « C'est pour cela que moi, Platon de Tibur, j'ai voulu combler les lacunes de notre littérature en puisant dans les trésors d'une autre langue. » j Après de longues réflexions, il avait songé à TAlmageste, l'ou^Tage le plus parfait, maïs il a préféré celui d'El Batany, son imitateur, qui abrège les longueurs de Ptolémée, qui Ptolemei prolixitatem compendiose coarctat. Il prévient enfin que si l'on éprouve des difficultés en lisant sa traduction, il faut l'attribuer non pas au traducteur, mais à la gravité de la matière ; l'ouvrage^ du reste, ne s^adressant pas h des commençants.
(1) C'est à tort (Jae certains Mss. et les imprimés donnent /tthm cTueni. On lit très bien dans le n* 7266: Uber Èioêhometi fiUi gMr filii etnent qui vocaiur Ei Baient^ ce qui répond à Tarabe Mohammed lien Djaber ben Sinan el Batany.
PLATON DB TiaUK. 31>1
La traduction d'EI Batany fut pludleur^ fuis impri"> mée.
Noua citerons» diaprés M. Honcompagui, les éditions de Nuremberg en 15^, de Bologne en 1645, et d*apre8 Fabri* cius celle de Venise en 1532. Dans Tédition de Bologne, Téditeur parle du style semi-barbare de Platon de Tibur. M. Boncompagni cite Halley, Bailly et Delambre, qui se plaignent que le traducteur n'entende guère mieux l'astro^ nomie que Tarabe.
2* Liber Capitulorum ou Capitula stellarum.
C'est un opuscule d'astrologie, qui ne contient dans les Mss. que deux ou trois feuilles. Telle est la forme sous laquelle le titre se présente le plus communément : Capitula stellarum oblata régi Magno Saracenorum Almansor astrologo filio abrae (judei) a Tiburtiuo Platone translata. On trouve encore: Almansoris judicia seu propositiones.
Le premier titre ne se présente pas toujours ainsi, et l'ou trouve Almansoris, ad Almansorem, ab Almansore, d'où il résulte que cet Almansour parait tantôt le nom du prince, et tantôt celui de l'autour.
Dans la première hypothèse, en admettant qu'il s'agisse du Calife Almansour, qui protégea cffeotivement les études astronomiques, on pourrait admettre pour auteur Elfazzary, qui portait les noms de Moliammed ben Ibrahim, n'était cette qualification jiuiot. Rien ne nous dit qu'Elfa/^zary fût le fils d'un juif.
£n admettant Almatuor comme le nom de l'auteur, nous ne sonunes pas moins embarrassé. M. Boncompagni le con*' sidère, sans preuve du reste, comme identique avec Almaoun, sur lequel nous ne trouvons que des renseignements contradictoires.
Quoi qu'il en soit, nous allons donner un échantillon de la prose dite barbare de Platon de Tibur. On lit d'abord:
Mi rex, petisti ut tnis satisfaciam votis. Laborem ne quaquam subire recusavi. Scripsi œquo animo, accipias quœso. Fortius testimonium est icii9al lune ad planetam...
Algehutar fortior est...
Cum fuerit Jupiter in Ariete directus absque malo aspectu
;^2 HISTOIRE DE hK MÉDECINE ARABE. — LIVRE HOITIÉME.
fortunarum dabit fortitudinem et regnum in quo nuUa fiet injustitia.
On voit que Platon de Tibur est obligé de conserver des expressions arabes, dont il ignore les équivalents latins.
?]ousne pouvons omettre son curieux ext)licit:
Perfectus est liber capitulorum Âlmansor cum Dei auxilio translatus de arabico in latinum a Platone Tiburtino quem Deus exaltet, in civitate Barchinonia, anno Arabum DXXX octava décima die mensis dulhigida, sole in virgine I. Y, luna in ariete XV, XVI (1).
Cet opuscule a été imprimé, et M. Boncompagni en a relaté les éditions.
3* Les Sphériques de Théodose.
Pour cette traduction, nous devons nous en rapporter à M. Boncompagni, n*ayant pas trouvé le nom de Platon de Tibur accolé à la traduction des Sphériques dans les Msa. de Paris. Cette traduction a été imprimée h Venise en 1518 et à Paris, en 1558. M. Boncompagni transcrit un passage de cette dernière, en forme d'avertissement.
« Cum enim sphericam doctrinam appelèrent, nec haberent ut opinor, grecum exemplar, ad arabicam versionem conf ugerunt, et Theodosium qui grece scripserat, non e greco et genuino fonte sed ex arabico et alieno in latinum verte* runt. Imo etiam eam versionem annis ab hinc 40 Venetiia excuderunt, quam a Platone Tiburtino factam fuisse asseverat auctor de speculis ustoriis^ quiquis ille sit. Atqui si quis Theodosium ex arabico versum et Venetiis excusum eam greco conférât, incredibile discrimen non modo fiEusilitatis sed etiam brevitatis inveniet... »
M. Boncompagni cite quelques recueils où se trouvent les Sphériques, mais sans que l'on y rencontre le nom de Platon. Nous savons que Gérard de Crémone traduisit de Théodose les Sphériques et les Lieux habités.
4* Le Tetrabiblon de Ptolémée, ou Liber alarba.
Cette version se rencontre dans le n* 7330 du fonds latin de Paris sous cette forme :
(1) C'est par erreur qu'on lit parfois la date M T> XXX.
PLATON DB TXBUa. *^*^
Ineipit liber 4 tractatuum Ptolemei alfaludhi (ou alkaludhi) in acientia judiciorom astrorum, a Platone Tibnrtino de arabico in latinum translatus.
Le nom de Tetrabiblon n'était pas connu de Platon. C'est ainfli qu'on lit: Tractatus quartus libri alarha Ptolemei.
5» Astrologie d'Alkaasem.
Le n* 7430 du fonds latin de Paris renferme cet écrit .sous le titre: Âlkassemde nativitatum revolutionibus.
Il débute ainsi : Dixit Alkassem filius alkasit.
Tel est Texplicit : Expliciunt revolutiones nativitatum secundum Alkasaem translate a Platone Tiburtino de arabico in latinum.
M. Boncompa^i rapproche de cet ouvrage un traité qui se trouve à la Bibliothèque Bodléienne (Uri 1658) sous ce titre : Excerpta ex libro Aboaly translatua per PlatonemTy* burtinum.
Pour notre part, nous n'admettons pas l'identité des deux écrits. D'une part, nous n'avons pu, jusqu'à présent, nous procurer de renseignements sur notre Alkassem, et de l'autre le mot Aboaly manque de précision, ayant désigrné plus d'un auteur.
e* De l'Astrolabe.
M. Boncompagni cite une traduction qu,i se trouve au Vatican sous ce titre: Liber Abualcasin in operibus astrolabii a Platone Tyburtino, ad amicum suum Johannem David.
Dans une introduction à l'adresse de ce même ami Jean David, nous trouvons l'auteur arabe qualifié de filius asafar. Nous pensons qu'il s'agit du traité de l'astrolabe d'AbouU cassem ebn Essofar, disciple de Moslema.
7* Traité de géométrie de Savasorda.
Cette traduction est faite d'après l'hébreu. Tel est le titre, qui se lit nettement au n^ 11,246 (ancien 774 de Paris), et moins distinctement au u* 7234, dont l'encre a rongé le papier:
Ineipit liber embadorum a Savasorda in ebraico composttus et a Platone Tiburtino in latinum sermonem translatus anno Arabum D X mense sapbar.
Ces deux Mss. ont attiré l'attention de Libri, qui a reconnu
394 HISTOIRE DB LA MÉOBCINB ARABB. •« LtVEB HUITIÉMB.
le dernier, donné comme anoQjrme dans le catalogue imprimé. L*auteur de la notice de Platon dana la biographie Didot, s'en est complaisamment rapporté au catalogue et a fait du n* 7224 un nouvel ouvrage soua le titre de Geome* tria practica.
Ce mot Embadus est employé dans la traduction des fila de Moussa ben Ghaker par Gérard de Crémone, avec la aignification de surface ou valeur superficielle d'une figure à mesurer.
Le liber Embadorum est diviaé en quatre chapitres. Le premier eat de la géométrie théorique. Le deuxième trai* te de la mesure des surfaces. Le troisième de leur partage. Le quatrième traite de la mesure dea objets aolidea ou creux, tels que puits, tours» etc. Noua donnerons l'explicit h titre de curioaité.
Finit liber embadorum a Savasordajudeo in ebraioo com« positus et a Platone Tiburtino in latinum aermonem tranalatus anno arabum DX mense aaphar die^Y ejuadem men« sis ora tertia aole in XX gradu et XV minute leonia luna in XII gradu et XX minuto piacium Satumo in YIII gradu et LVII minuto tauri jove in arietis XXVI gradu et LU gradu Marte in libra XXVII. XV. Venus in libra IL XXVIIII Mercurio in leone XIIIL XLV. Capite in cancro. Ti cauda in capricomii. Voyez ci-deaaua SAVASORDA.
8" M. Boncompagni relève d'aprèaFabriciua une traduction d'un traité du poula par un certain Eneaai traduction faite d'aprèa le grec. (B. grecque XIII.)
ADHÉLARP PB BATH.'
Bien qu'il ait peu traduit, Adhélard n'en eat paamoina un des personnages les plus intéreaaants de notre galerie. Pita nous en a laissé une courte notice, et Jourdain eu a fait Tob* jet d'une étude que nous utiliserons.
11 naquit à Bath» en Angleterre, sur la fin du XI* aiècle.
Dès son enfance, il donna des preuvea de aon génie ator* dieux. Jeune encore, il quitta son pays pour aller chercher
ADHÉIiàRD »B BATB. 305
h VétThng^T un aliment à sa curloaité de science. Il parcourut la France, rAUemagne, Tltalie, TBapagne, TEerypte et l'Arabie, dit son biographe, oe qui veut dire probablement les contrées où l'on parlait arabe. Observateur intelligent, il retourna dans son pays, sous le règne de Henri, fils de Guillaume (le Conquérant), ainsi qu'il nous l'apprend lui-môme, riche de connaissances. (1)
La poésie, l'éloquence, les mathématiques, la philosophie, la médecine et les langues furent Tobjet de ses études.
Il traduisit plusieurs ouvrages tant en anglais qu'en latin. Pits le dit de l'ordre de saint Benoit, et ne nous a pas laissé la date de sa mort.
Nous croyons devoir nous arrêter un instant sur le séjour d'Adhélard en France.
Plusieurs do ses écrits, dit Pits, furent dédiés à Richard, évèque de Bayeux. Nous croyons avoir la preuve des relations qui existèrent entre les deux amis dans ladédicace d'un élève d'Adhélard à son mattre. Telle est cette dédicace: Pro* logus h. O'creati in heleeph ad Adàlardum haioceruem ma^ gUtrum suum. Elle se trouvedans le Ms. Q026de Paris. Jourdain, qui Ta reproduite, écrit Baiotenêem, mais nous croyons cette lecture fitutive. Jourdain a déjà fait observer que dans un de ses écrits dont nous parlerons tout à l'heure, Adhélard imagine une apparition qui lui serait survenue à Tours, aux bords de la Loire.
Dans un autre ouvrage, les QueêtUma naturellcê^ composé sous forme de dialogue entre lui et son neveu, on lit ce qui suit:
« Nous étions convenus, lorsque je te laissai il y a sept ans dans les écoles de Laon, que je me livrerais à l'étude des doc* trines arabes, et que toi tu t'Instruirais des opinions philosophiques reçues en France. Le moment est venu d'examiner jusqu'à quel point nous avons rempli cet engagement mutuel. Je ne veux point toutefois prendre sur mon compte les choses nouvelles que j'émettrai ; je connais trop bien le sort réservé par le peuple aux maîtres de l'enseignement; j'embras.Herai la cause des Arabes et non la mienne. »
(t) Henri I'' régnt de 1100 à 1135.
.SOO HISTOIRE DB LA MâDBCmB ARABB.*» LIVRE KUiriÉME.
La conclusion de ce passage, dit Jourdain, dont nous empruntons la traduction, est qu'Âdhélard regardait les Arabes comme supérieurs aux Occidentaux.
Une autre conclusion, c'est que les voyages d'Adhélard durèrent probablement sept années.
Bien que les deux écrits dont nous venons de parler ne soient pas des traductions, nous croyons devoir en dire un mot.
Le premier porte pour titre : Deeodem e^diverso. Jourdain, qui Ta tiré de Toubli, en a donné une intéressante analyse. Adhélard suppose qu'aux environs de Tours, deux déesses, qu'il appelle la Philosophie et la Philocosmie^ lui apparurent, la première accompagnée de sept vierges qui n'étaient autres que les arts libéraux, ^et la seconde accompagnée de cinq suivantes, à savoir : la Fortune, la Puissance, la Dignité, la Réputation et la Volupté.
La Philocosmie prend la première la parole, et veut gagner le jeune homme. La Philosophie lui réplique victorieusement, et pour récompenser Adhélard de son adhésion, elle lui étale et lui décrit ses sept vierges, lui laissant le choix de se vouer à l'une d'elles ou à toutes ensemble.
La ferveur d' Adhélard s'en accrut. 11 nous apprend qu'il passa par Salerne, od un médecin lui expliqua la vertu de l'aimant.
Nous avons déjà parlé des Questions naturelles, et nous n'en dirons plus qu'un mot, renvoyant, pour les détails, à Jourdain. Adhélard y traite de toutes les questions générales qui agitaient alors la philosophie. Telle est une de ces que^ tions : Utrum animatae sint stellae. Cette question explique comment l'écrit d' Adhélard se trouve ainsi intitulé dans le Catalogue de la B. Bodléîenne, Uri, 1612 : Adelardi Batho^ niensis et nepotis Dialogua^ ubi docet stellas ease animata$.
Parmi les Mss. de Paris^ nous citerons lesn""* 6280, 6739 et 14,700.
La principale traduction d' Adhélard est celle des Eléments d'Euclide. On la trouve au n* 7213 de Paris, avec le commentaire de Campano, sous ce titre : Euclidia philoaophi Socra^ tici liber, Elementorum artia geometrice, tranalatua ab ara^
bieo in loitnum per Adelardum Gothum Bathùniensem, sub commento magistri Campani (1). Le Ms. est magnifiquement exécuté et richement illustré.
La mémo traduction existe aux n^ 7214 et 7215.
Tables Khouarezmiennes.
Pits a donné cette traduction sous ce titre : Erichiafarim ex arabico : Il faudrait tout d'abord corriger ce titre sous cette forme : Ezzidj iafaris^ pour reconnaître Tœuvre d* Adhélard.
Nous trouvons un titre plus correct dans la B. Bodléienne :
Ezich alkanresmi, id est Tabulœ chwaresmicfB per Etbelardum Bathoniensem ex arabico traductas, n* 4137.
Cette traduction existe aussi à la B. Mazarine, n"* 12o0, sous ce titre: Liber ezichiafaris el Kauresmi per Adelardum Bathoniensem ex arabico in latinum sumptus.
Il s'agit ici des tables rédigées pour Almamoun par Abou Djafar Mohammed ben Moussa el Khouarezmy» tables ac« créditées chez les Arabes.
Parmi les dates énumérées, nous en citerons une : De la naissance du Messie à l'hégire : 621 ans» 6 mois et 17 jours.
La B. Bodléienne donne sous le n* 1009 le titre différent d'un livre qui nous paraît identique avec le premier : Isagoge minor Jafaris Mathematici in astronomia per Adelardum Bathoniensem ex arabico sumpta.
On trouve encore dans la Bodléienne, n" 32U5 ce titre : Adelardi astrolabium. Nous ignorons si c'est une traduction.
Jourdain pense que Ton pourrait attribuer a Adhélard la traduction du livre : Liber imbrium secuudum Indos, u*' 7316 et 7329 de Paris.
o'cREATir.
Nous avons déjà dit qu'Adhélard de Bathparaitavoir formé de^ disciples, et nous avons parlé de son neveu l'interlocuteur des Questions naturelles» et d'O'crenth.
,1) On voit que rattriboUon de la tradaction de Tarabc à Campa* uu, qui a eu cours, est complètement erronée.
308 HISTOIRE DE LX MÉDKCtNfi ARABE. — LIVRE UUITIËSIE.
Ce dernier ne nons est connu que par un opuscule contenu dauB le n* 6626 du fonds latin de Paris, qui porte ce titre : Prolo^us h. O'creati in helceph ad Âdelardum baiocensem magistrum suum.
Le mot helceph nous paraît une altération de Tarabe elhasseb^ le calcul. Il s'agit aussi d'un traité du calcul diaprés les Arabes.
On lit au début de cet opuscule : C'est une loi qui régit l&s vrais amis que si l'un d'eux commande, l'autre s'empresse d'obéir. Aussi commandé par un ami, que dis-je, par mou seigneur et mon maître^ je m'empresse d'aborder le calcul des Arabes {helceph &arracenicum ) et de traiter de la multiplication des nombres, de la division, ainsi que de la multiplication des propositions que l'on ne poursuit pas autrement que \}Q,T les nombres.
GERARD DE CREMONE.
Le plus infatigable et le plus fécond des traducteurs est Gérard de Crémone, dont on peut dire qu'il traduisit à lui seul à peu près autant que tous les autres réunis.
Ce qui étonne dans sou œuvre, ce n'est pas seulement rétendue des matières mais leur diversité, car elle embrasse l'universalité des sciences: philosophie, mathématiques, astronomie, sciences naturelles et médicales.
Pour s'initiera ces sciences il lui fallut préalablement apprendre l'arabe et se pénétrer de sa technologie, aussi ne faut'^il pas s'étonner si Ton rencontre dans ses traductions des expressions techniques transcrites plutôt que traduites, la pénurie contemporaine ne lui fournissant pas d'équivalents, et c'est à quoi n*ont pas assez songé ceux qui ont relevé ces défectuosités.
Gérard do Crémone est assurément une des plus larges iu* tcUigeuces du moyen âge. C'est incontestablement l'homme qui rendit le plus de services à la science par l'étendue et la variété des matériaux qu'il mit en circulation.
Sa renommée ne fut pas en rapport avec son méritai et
GiUAED DK CBÉIIOKI. oOO
peut-être faat-ii en chercher la raison dans sa modestie, qui lui fit négliger d'attacher son nom à toutes ses traductions.
C'est tout récemment que Ton a pu se rendre compte de la grandeur des travaux de Gérard. Cette découverte a son importance historique, et prouve que le moyen ftge entra plus largement qu'on ne l'avait pensé jusqu'alors en communication avec les Arabes. Faite plus tôt, elle eût fourni de nouveaux documents aux auteurs des Recherche$ eur Us ira • duetions d^Ariatote et îVAverroëB et lAverroUme, et modifié leur manière de voir.
Un s'était occupé de Gérard et de ses œuvres, mais on n'en connaissait que la moindre partie. Ses compatriotes furent longtemps à le méconnaître ; quelques-uns même l'aban* bonnërent à l'Espagne pour laquelle le revendiquait Antonio dans sa Bibliothèque espagnole.
La meilleure étude snr Gérard de Crémone fut donnée au siècle dernier, par P. Marchand, dans son Dictionnaire hieto^ rique, mais privé d'un document important, il n'arrive à lui reconnaître la paternité que d'une douzaine d'écrits. Un cer« tain jour n'en était pas moins fait sur cette intéressante personnalité. Fabricius n'alla pas plus loin qne Marchand.
Cependant la Chronique de Pipini, publiée par Muratori, tont en produisant des renseignements biographiques sur Gérard, faisait monter à soixante-seixe le chiifre de ses tra* dnctions» mais sans noua en donner la nomenclature.
Jourdain doubla le chiffre des traductions admises par Fabricius.
Quelques années plus tard, en 1840, un Ms. de Laon produisit une liste de trente-trois traductions sous le nom do Gérard.
On savait qu'il en existait une liste complète enfouie dans la bibliothèque de Leipsick. Déjà, Marchand avait fait des vœux pour sa publication. Bandini la signala de nouveau, et, naguère encore, Daremberg en espérait la communication.
Ce que l'on avait si longtemps et vainement attendu do Tapathique Allemagne fut découvert h liome et publié en 1851 par M. Boncompagni. Enfin, tout recomment, en 1874,
400 HISTOIRE DK LÀ MÉDKCIKfi AHABU. — LIVRE HUITIÈME.
nous avons nous-même découvert à Paris une liste identique à celle de Rome.
Âjoutons^u'un fragment, d'origine évidemment identique, avait été envoyé d*Oxford à M. Boncompagni, contenant les douze traductions d'ouvrages d'astronomie.
Voilà donc la bibliographie complète de Gérard exhumée, représentée par quatre monuments, dont deux complets et deux autres fragmentaires.
La liste d'Oxford présente la série des ouvrages d'astrono^ mie dans le même ordre que les listes complètes.
Celle de Laon, tirée du Ms. 413, contient 32 écrits. Elle commence au n"* 33 pour finir au n"" 68, avec quatre lacunes et quelques interversions.
La liste de Rome, tirée du Ms. n*" 2302 de la Bibliothèque du Vatican, et celle de Paris contenue dans le n*" 14,390 de la Bibliothèque nationale, sont concordantes, à part quelques légères différences tenant à des difficultés de lecture, et à un n"* manquant dans la liste de Paris.
Une particularité remarquable, c'est que dans les trois derniers manuscrits, cette liste est annexée à la traduction du Petit art de Galien, particularité sur laquelle nous aurons à revenir tout à l'heure. Nous verrons aussi que cette liste a été rédigée de bonne heure, probablement vers la fin du XIP siècle, peu de temps après la mort de Gérard.
Avant de produire ce document nous dirons encore quelques mots des manuscrits.
M. Boncompagni dit du Ms. d'Oxford : « La maggior parle délie righe di essa nota e inintelligibile, per esser la carta del codice, in que luoghi appunto macchiata e corrosa. »
Pour nous, la liste d'Oxford est parfaitement intelligible^ et il est très facile de suppléer ce qui manque. Seulement deux lignes sont en blanc, sur douze, et il faut lire Thébit au lieu à'Alchabitii,
Nous avons déjà dit que la liste de Laon présente quelques lacunes, au nombre de quatre. Elles sont relatives à Alexandre d'Aphrodisias (n- 39) à El Kendy (u* 41), à la Chirurgie d'Abulcasis (n** 61) et au Canon d'Avicenne (n'^OS). On a lu abusivement à propos d'un écrit de Galien : Contempla--
QÊBARD DK CRÉMONE. 401
tionibits au lieu de complcxionibus. La liste s'arrête au n* 08, (le la Gcomantio. On trouve ensuite un fragment de Tc^loge de Gérard: Aciceni Avolai fecit Canonem,
D'après M. Roncompag'ni, c'est de ce même n" 2302 du Vatican que l'on aurait déjîi tiré précédemment l'éloge eu vers do Gérard. On doit s'étonner que l'on n'ait pa.s jeté les yeux sur la liste qui précède.
M. Boncompagni a fait de son importante découverte l'ob* jet d'une magnifique publication. Après avoir produit la liste et la notice qui l'accompagne en double expédition, dont une en fac aimile^ il fait l'histoire critique de Gérard de Crémone, et de ses traductions imprimées, dont il donne des spécimens. Il reproduit aussi un traité d'algèbre composé ))ar Gérard; il fait enfin l'histoire d'un autre Gérard, dit de Sabionetta, postérieur au premier, avec lequel on l'a confondu.
Le manuscrit dans lequel nous avons fait a Paris la même découverte que M. Boncompagni à Rome e.st le n" 14,300 du fonds latin. C'est un magnifique in-folio de 355 feuilles, parchemin, à deux colonnes, d'une belle exécution, supérieure û celle du Ms. de Rome.
On y rencontre d'abord les ouvrages suivants : !• Imgogc Johannitii ad tegni Galenî.
2** Tcgni Galeni.
:V* Aphorismi Johannis Damasccni.
4" Aphorismi Ypocratis. 5* Pronostica Ypocratis.
(V* De rcgiminc acutoru7n niorborum.
7'* Pliilarctus de pulsibus.
8" Tlicophili liber urinarum.
{y* haac L. urinaruni.
\{y Isaac L. dietarum, 11^ Yiaticiis à Constantino translatas.
12* Liber in quo haly filius Rodoan cxponit librum Galeni qui dicitur arsparva.
A Paris, comme au Vatican, le commentaire d'Ali bcn Hodhou i!i î*iir h» petit Art d»» Galien précède immédiatement lu notici' consacp'^e ;i Tiérard de Crémone. Dans le M.<. «le
TUKK 11 2«î
402 HlâTMRE DE LA MÉDBOIKB ABABE. — LIVRE HUITIÉMB.
Paris la notiee commence au folio 223. Ces deux monuments ne présentent entre eux que des différences insignifiantes.
La notice se compose en réalité de trois parties : la notice biographique proprement dite, la nomenclature des traductions, quelques vers en Th^^nneur de Gérard.
Nous avons pensé qu'un certain nombre de nos lecteurs nous sauraient gré d'une traduction française.
< De même qu'une lampe luisante ne doit pas être mise à l'écart sous le boisseau, mais placée sur le chandelier, ainsi les faits éclatants des gens de bien ne doivent pas rester enfouis et gardés dans un oiseux silence, mais présentés à l'attention de la postérité. En effet, ils ouvrent à leurs successeurs les toies de la vertu, ils présentent aux regards des contemporains l'exemple de leurs devanciers, comme une règle h observer dans la vie.
« Afin donc que maître Gérard de Crémone ne reste pas enseveli dans les ténèbres de l'oubli, afin qu'il ne perde pas les honneurs de la renommée qu'il a méritée, pour empêcher que d'impudents voleurs n'attaclient des noms étrangers à ses livres, car il s'est abstenu d'inscrire le sien sur aucun d'eux, nous allons à la suite de ce traité du petit Art, qu'il a tout récemment traduit, novissime ab eo translati, et k l'instar de Galien qui rappelle ses livres k la fin de ce même traité, donner la liste des écrits de Gérard, dont ses amis ont conservé très soigneusement la nomenclature ; et si quelqu'un est désireux de connaître leur contenu, il pourra sûrement et facilement savoir ce qu'il a traduit en matière de dialectique, de géométrie, d'astrologie, de philosophie, de physique (médecine) et d'autres sciences.
< Bien qu'il ait méprisé la gloire et la renommée, qu'il ait fui les louanges et les vaines pompes du siècle, qu'il n'ait pas voulu répandre son nom par la recherche d'objets nuageux et chimériques, cependant ses ouvrages ont porté leurs fruits à travers la postérité et rendu témoignage de ses mérites.
« Riche des biens de ce monde, il accepta d*un cœur égal leur abondance et leur privation et supporta virilement et également les caresses ou les outrages de la fortune^ Corn*
ObftARO DB CR^IfOKE. 403
battant les désirs de la chair, il était tout entier aux clioses do l'esprit. Préoccupé d'être utile dans le présent et dans Tavenir, il se rappelait ce mot de Ptolémée : Quand approche le terme de ton existence, redouble dans la pratique du bien. Elevé, dès sa plus tendre enfance, dans le giron de la philosophie, en ayant pénétré les diverses parties suivant qu'elles étaient connues des Latins, le désir de posséder l'Aimag'este, qu'il ne trouvait pas chez eux, le conduisit à Tolède.
c Voyant que les Arabes avaient une abondance de livres dans toutes les sciences, déplorant la pauvreté des Latins dont il avait été frappé, il apprit l'arabe afin de se consacrer aux traductions. Muni de cette double connaissance, à savoir celle de la science et celle de la langrue (car ainsi que le dit Aluned dans son Livre de la proportion et de la proportionnalité, il faut qu'un interprète connaisse non-seulement la langue de laquelle il traduit et celle dans laquelle il traduit, mais encore la science sur laquelle il opère), à l'instar d'un homme sage qui, parcourant une verte prairie, se fait une couronne non pas de toutes les fleurs, mais des plus belles, il passa en revue la littérature arabe. Il transmit a la langue latine, comme à une héritière chérie, un grand nombre d'ouvrages arabes, traitant de diverses matières et les plus beaux qu'il put, aussi nettement et aussi intelligiblement que possible, et ne cessa de traduire jusqu'à la fin de sa carrière. II entra dans la voie ou entre toute chair l'année de sa vie 73' et de N. S. J. C. 1187. •
Vient ensuite la nomenclature des traductions que nous devons reproduire textuellement.
Noua suivrons le texte de Paris, donnant entre parenthèses les variantes du Ms. de Rome.
« Hœc sunt (vero) nomina librorum quos transtulit : De Dialectica.
Liber analeticorum posteriorum Aristotelistractatus duo*
Liber commentarii Temetistii (Tbemistii) super posterio^ rcs analeticorum, tractatus I.
Liber Alfarabii de Silogismo.
De geomeiria (manque à Rome).
Liber Euclidis, tractatus XV.
Liber Theodosii de speris» tractatus IIL
Liber Ârchimenidis (Archimendis, R), tractatus L
Liber de arcubus similibus, tractatus L
Liber Milei, tractatus IIL
Liber Thebit de figura alcliata> tractatus I.
Liber trium fratrum, tractatus I.
Liber Âmeti de proportione et proportionalitate, tractatus L
Liber Judei super decimum Euclidis, tractatus I.
Liber AIgx)rismi (Alchoarismi) de iebra et almucabila, tractatus I.
Liber de practica géométrie, tractatus I.
Liber Anaritii super Euclidem, tractatus L
(Liber ditorum Euclidis, tractatus I, R).
Liber Thidei de speculo, tractatus I.
Liber Alchindi de aspectibus, tractatus I.
Liber demonstrationum (divisionum R.), tractatus I. De Astrologie.
Liber carastonis, tractatus I.
Liber Alfragraui continens capitula XXX (XX. R.)
Liber almagesti, tractatus XIIL
Liber iutroductorius Tholemei ad artem spericaïu.
Liber Jebri, tractatus VIIII.
Liber Mesehala de Urbe, tractatus L
Liber Theodosii de locis habitabilibus, tractatus I.
Liber Gusculei (Esculegiî, R.), tractatus I.
Liber Thebit (Tembit, R) de expositione uoiuiuuiu uluiagesti, tractatus I.
Liber Thebit de motu accessiouis et (recessioui.s, R) translatiouis, tractatus 1.
Liber Actolici de spera rnota ^tractatus, I, R).
Liber tabularum Jaberi (Jahem, R) cum regulis suis.
Liber de crepusculis, tractatus I.
Note. Le Ms. de Paris offre ici une difdculté de lecture : Tencre a disparu et il ne reste plus que Timpression produite sur le parchemin parla phime.
De Philosophia,
Liber Aristotelis de cxpositiuue bouitatis pure.
OÉRAItn DR CRlhtMONIC. 407»
Libt'^r Aridtotelisde naturali auditn, iractalu?, VIII.
Liber coli et muiidi, tractatus IIII.
Liber Aristotelis de cauais proprletatum eloTnentonun, trartatus IIII (I. II). Tractatum autem secuiidum non transtullt eo quod non in venit in arabico nisi de fine ejus panun.
Liber Ariptotelis de ^cneratioue et corruptione.
Liber Aristotelis metehororum, tractatns III. Quartuni non transtulit quia (eo quod, U) sane (euni, K) translatnni invenit.
Tractatus unus Alexandri Afrodisii de teuipore, et alius de .sensu, et aliu.< deeo quod aug^mentum et incrementnm fiunt in forma et non iji yle.
Distinctio Alfarabii super librum Aristotelis de naturali auditu.
Liber Alchindi de Y es.sentiis.
Liber Alfarabii de scientiis.
Liber Jacobi Alchindi do sompno et visiono. De Physica,
Liber Galieni d€ démentis, tractatus L
Expositiones Galieni super librum ypocratis de rc^rimino acutarum egritudinum, tractatus IIII.
Liber de secretis Galieni, tractatus L
Liber Galieni de complexionibus, tnictatus IIII.
Liber Galieni de. malitia complcxionis (diver.se, U)« tractatus I.
Liber Galieni de simplici mcdicina, tractatus V.
liibcr Galieni de creticis diebus, tractatus IIL
Liber Galieni de crisi, tractatus III.
Liber Galieni de expositione libri ypocratis in pronosticatione, tractatus IIL
Liber veritatis ypocratis (tractatus L R), tractatus III.
Liber Isaac de elementis, tractatus IIL
Liber Isaac de descriptione rerum et diffinitionibus eorum et de differentia inter descriptionem etdiffinitionem, tractatus L
Liber Abubeori Uasis qui dicitur Almansorins, tractatus I.
Liber Divisionum (almansoris, K) continens CLIIII capitula cum quibusilum eonft*ctionibu:: ojusiieui.
406 HISTOIRE DE LA MtDECTNa ARABB. — LIVRE nUITiftMB,
Liber Albubecrî (nul, R) Rasis introductorius in medicina parvus.
Pars libri Âlbeng^nesim (Albengnefiti, R) medlcinarum simplicium etciborum.
BreviariuB Johannis Serapionis, tractatus YII.
Liber Âzaragui (Azanig'ni, R), de cirurgia» tractatus IIL
Liber Jacobi Alchindi de gradibus, tractatus L
Canon Aviceni, tractatus Y.
Tegni Galieni cum expositione Haly ab Rodoan. De Alchimia»
Liber divinitatis (de, R) LXX.
Liber de aluminibus (luminibus, R) et sallbus.
Liber luminishiminum.
De Geomantia.
Liber geomantie — de artîbus divinatorîis, nul a R.
Liber alfodoclii dearabachi (alfadhol, R.)
Liber de accidentibus alfel (alfeb, R.)
Liber anoe et est tanquam sacerdocii in ar in arlogium, tractatus I. »
Ici se termine la liste des traductions. C'est pour n'y avoir pas songpé qu'on a vu dans les quelques lignes qui suivent une répétition, tandis qu'elles ne sont qu'une sorte de prologue à l'éloge en vers qui vient après.
« Rasis Abubecri fecitel hagui(el haugui, R) et almansorium et divisiones.
Albucasim fecit azauguiet ejus cirurgiam quamtranstulit magister Gerardus.
Aviceni alboali fecit Canonem.
Girardus (Gerardus, R) nostri fons lux et glorîa clerî,
Auctor (Actor, R.) consilii spes etsolamen egeui,
Voto carnali fuit liostis, spirituali.
Ad plaudens, hoininis splendor fuit interioris.
Facta viri vitam studio florere (florente, R) perhennant,
Viventem famam libri quos transtulit ornant.
Hune sine consimili genuisse Cr emona superbit.
Toleti (Tolecti, R) vixit Toletum reddidît astris. •
Nous donnerons aussi la traduction du préambule et de l'éloge en vers :
OÉRAED DE dMlIONS. 407
Razès Abou Bekr a fait le Continent (El liaouy}|.le livre h El Mansour et les Divisions.
Abulcasis a fait le livre intitulé Âlsahraoui et la Chirurgie que maître Gérard a traduite.
Avicenne Abou Ali a fait le Canon.
Gérard, la source, la lumière et la gloire de notre clergé, auteur judicieux, espoir et consolation de l'indigent, combattant les passions charnelles et aux choies spirituelles réservant ses hommages, fut la splendeur de l'homme intérieur. Ses actes attestent que toute sa vie fut consacrée à Tétude. Les livres qu'il a traduits ornent sa mémoire toujours vivante. Crémone est flère d'avoir vu naître cet homme incomparable. Tolède fut son séjour, Tolède le rendit aux cieux.
Tel est le document précieux que M. Boncompagni a eu l'honneur de tirer de l'oubli.
La chronique de Pipini, mise en lumière par Tiraboschi, n'en est qu'une reproduction sommaire, et perd désormais tout son intérêt. On y lit cependant en plus ce qui suit:
Il est enterré à Crémone, au monastère de Sainte*Lucie auquel il avait légué sa bibliothèque.
Nous croyons devoir mettre en relief les faits les plus importants que contient la notice.
Et d'abord, elle porte un cachet d'ancienneté qui en assure la valeur. Elle dut être rédigée quelque temps après la mort de Gérard, témoin ce passage : In fine hujus tegni not?îs« sime ah eo tranalati.
Nous devons revenir encore sur l'opinion qui fait naître Gérard non pas à Crémone, en Italie^ mais à Carmone en
On sait que l'auteur de la Bibliothèque espagnole, Antonio, a soutenu cette thèse avec de très mauvaises raisons déjà réfutées par Marchand. Un journal italien Ta soutenue en s'appuyant sur une lecture vicieuse de l'avant-demier vers. Au lieu de:
Hune sine comimili genuisse Cremona superbit,
On lisait : hune sine consilio^ etc.
Le Ms. de Paris donne très nettement consimili^ tout aussi bien que le Ms. du Vatican.
408 nisToruK dk la médecine arari:. — livre huitième.
D'autre part, des tables astronomiques de Gérard donnent la position exacte de Crémone, co qui prouve quje cette lo* calité avait pour lui un intérêt tout particulier.
Ainsi que Marchand Ta déjà fait observer, Gérard paraît être entré dans les ordres, comme l'attestent ces paroles ; Nostri gloria clcri.
Des vertus de Gérard, nous en relèverons une en particulier, sa modestie. Comme le dit la notice, il négligeait de mettre son nom h ses traductions, contrairement & l'usage de ses émules, qui y attachent assez généralement une date, ce qui nous prive de renseignements sur l'époque précise et la durée de son séjour à Tolède. Voilà pourquoi beaucoup de traductions qui nous août parvenues, et qui sont évidemment de lui, sont anonymes.
Il est encore une autre conséquence probable de cette vie retirée. On peut s'étonner de ne pas voir son nom mêlé à ceux de Jean de Séville et d'AdhélarddeBath.
Signalons encore les motifs qui déterminèrent Gérard à passer en Espagne : son désir de posséder J'Almageste et la pauvreté de la littérature latine en matière de science.
Le préambule qui précède les vers a donné lieu à des méprises. On n'en a pas compris la signification, qui est de mettre eu présence les titres des anciens médecins à côté de ceux de Gérard. On a vu dans les ouvrages cités, une sorte de prolongement de la liste bibliographique, ce quia fait porter le chiffre des traductions de Gérard à soixante-seize par Pipini. M. Boncompagni est tombé dans une erreur contraire. Il y a vu des traductions deux fois mentionnées.
M. Boncompagni s'est contenté de donner simplement la nomenclature des écrits de Gérard, réservant à peu près ses très intéressantes annotations pour les écrits qui ont été imprimés.
Nous croyons qu'il reste quelque chose de plus à faire.
Il faut d'abord passer une revue critique de cette nomenclature, où des titres d'ouvrages sont altérés ou obscurs.
11 faut chercher ensuite à retrouver ces nombreuses traductions parmi les manuscrits conservés dans nos bibliothèques.
GÉBAHn DE CRftMOKr. 4tt»
Il convient enfin (Ven dresser une sorte de statistique, non seulement pour mieux préciser la nature et TiHcnduc des travaux de Gérard, mais pour montrer la grandeur des services qu'il rendit à la science et Tinfluence que ces traductions purontexercer sur le mouvement scientifiqueau moyen âge. Une vingtaine seulement de traductions de Gérard étaient connues de Jourdain ; nous en connaissons aujourd'hui plus de soixante-dix. On peut dire que Gérard à lui seul fournit nu moyen &ge une véritable encyclopédie.
Nous rappellerons que notre liste est sectionnée par catéerories de matières. Quelques-uns des titres de sections manquent dans l'exemplaire de Rome.