‹ Histoire de la médecine arabe (volume 3)Chapitre 137 sur 165 · PHILIPPE DE TRIPOLI · texte numérisé non relu

PHILIPPE DE TRIPOLI

Nous n'avons pu trouver de renseignement sur Philippe de Tripoli que dans la traduction qui nous est restée sous sou nom. Cette traduction porte sur un ouvrage qui jouit au moyen âge d'une certaine vogue, expliquée par le nom d'Aristote sous lequel il est donné et qu'il ne mérite pas de porter.

Tel est Tincipit qui se trouve au n* 6580 du fonds latin : Incipit liber moralium de regimine dominorum, in alio nomine

PHILIPPB DX TillPOLI. 4 17

dicitur secretum secretorum, Bive de instructione nobiliuin, edituB ab Aristotele, ad Alexandrum discipuluiu missus, qui translatufi fuit de lingua arabica in latinam.

L*original arabe se trouve au n"* 044 de Paris, et tel en est le titre : Kitab e$8ias$a fi tedbir erriassa el marouf hisirr el Asrar, Livre de politique sur le régime des souverains» connu sous le nom de Secret des secrets.

Cette traduction est adressée h Guy de Valence, évéque de Tripoli» et telle est la forme de cette dédicace :

Domino suo excellentissimo et in cultu religionis strenuissimo Guidoni de Yalencia, civitatis Tripolis glorioso ponti^ fici, Philippus suorum minimus clericorum se ipsum et fidèle devotionis obsequium.

Philippe faisait donc partie du clergé de Tripoli.

Jourdain pense qu'il était antérieur au XIII* siècle. D'une part il est cité par St-Thomas, Roger Bacon et plusieurs autres savants de cet âge. De Tautre, Jourdain pense que Ton peut reconnaître Guy de Valence dans un document daté de

La dédicace de Philippe fait avec emphase l'éloge du prélat : Vobis soli videtur cunctarum scientiarum dona contulisse. In vos namque reperiuntur sanctorum gratife uni* versœ.

C'est à Antiocheque Philippe, se trouvant avec Guy de Va« lence, fit la rencontre de ce qu'il appelle une perle très précieuse, très rare chez les Arabes, et dont son évoque lui conseillala traduction. Philippe raconte ensuite commentée livre fut rencontré chez le prêtre d'un temple d'Esculape par Jean fils de Patrice, qui le traduisit d'abord en chaldéen, puis en arabe.

Cette découverte est pareillement exposée dans le texte arabe, Ms. précité, d'où Philippe l'a tirée. Seulement lahya ben Bathrik dit avoir traduit d'abord cet ouvrage en latin, roumy^ puis en arabe.

Dans la traduction, tout comme dans le texte, le traité du Secret des secrets est divisé en dix chapitres.

Les premiers traitent de la morale. Un en rencontre ensuite qui parlent d'hygiène et de médecine. Enfin les derniers

448 HISTOIHK DE LA IIÉDEOINE ARAB&. — LIVBB IIVITIÊUB.

s*occupent de politique, ainsi du choix d'un secrétaire, de Tart de la guerre, etc. On comprend ainsi le titre latin.

Nous avons déjà vu que Jean de Séville traduisit la partie de cet ouvrage qui traite particulièrement de la médecine à l'adresse d'une reine d'Espagne. Le Ms. arabe n" 044 faisait également partie de la bibliothèque d'un souverain.

En somme, le Secret des secrets est justement considéré comme aprocryphe et ne mérite pas de porter le nom d'Aristote.

D'autres écrits attribués h Philippe sont considérés par Jourdain comme un dédoublement ou un extrait du Secret des secrets.

LES TRADUCTIONS DANS L'EUltOPK CENTRALE.

Les études arabes, après avoir brillé d'au vif éclat sous le souffle d'Alphonse, ne tardèrent pas h s'éteindre en Espag^no. Ce fut ensuite le règne du fanatisme, entretenu par des guerres de nationalités. La prise de Grenade fut aussi fatale aux livres que l'avait été la prise de Bagdad.

Sans un heureux hasard, qui mit entre ses mains une riche cargaison de livres arabes, l'Espagne aurait à peu près perdu le souvenir de cette race h laquelle sa langue, ses institutions et son caractère ont tant emprunté. Le catalogue de ces livres rédigé par le maronite Casiri fut un événement daus les annales de la littérature orientale.

D'autres foyers cependant s'allumèrent au-delà des Pyrénées.

Le Midi de la France était alors constellé de colonies juives» qui consacraient à l'étude les loisirs que leur laissaient les persécutions.

L'arabe avait été pendant longtemps la langue savante des Juifs. Une fois dans un milieu chrétien, ils revinrent ti leur langue maternelle et firent passer en hébreu les meilleurs produits do la science arabe, et particulièrement de la médecine et de la philosophie.

Le moyen igo profita de ces travaux, lion nombre de traductions hébraïques passèrent ensuite en latin, et l'on renouvela aussi pour ces opérations le procédé employé par l'archevêque de Tolède, la collaboration. Quand l'étude de l'arabe s'allanguit, il était toujours facile d'avoir uu juif sous

ronr. II. 2i}

la main, et les traductions de Thébreu succédèrent à celles Tarabe.

S'il n'entre pas dans notre sujet de faire l'histoire de ces traductions, nous devons cependant signaler leur extension et leur importance, car c'est encore là une des voies par lesquelles la science arabe pénétrait en Occident.

La médecine s'enrichit des traductions de l'hébreu. ^La philosophie, par les nombreuses traductions d'Averroès, entra dans une connaissance plus intime d'Aristote. On vit quelques traductions en latin opérées d'emblée par des Juifs, de même que l'on en vit aussi d'opérées en hébreu d'après le latin.

L'Allemagne et l'Italie eurent leur Alphonse dans Frédéric II, esprit supérieur, qui devait se heurter contre la théocratie et ne put donner la mesure de son génie. On lira dans Averroès et l'Averroïsme le remarquable portrait qu'en a donné M. Renan. Frédéric s'adressa particulièrement h la philosophie. En même temps qu'il faisait traduire par les chrétiens et les juifs, il entretenait une correspondance avec les savants musulmans. Michel Scot fut le plus éminent do ses traducteurs.

Manfred marcha dans la voie qu'avait ouverte son illustre père. Un traducteur de l'arabe, Hermann l'Allemand, lui était attaché. Etienne de Messine lui adressait une traduction. Manfred lui-même traduisit un livre attribué h Arîstote, le livre intitulé De Porno.

L'impulsion communiquée par Frtdéric et Maufred entraîna sans doute l'homme qui fut fatal à la maison de Souabe, Charles d'Anjou. C'est à lui que fut adressée la traduction du Continent de Razès, faite par le juif Fcrraguth.

Depuis, les traductions devinrent de plus en plus rares. Les besoins qui les avaient provoquées n*étaieut plus les mêmes, et l'on puisait à d'autres sources. Ou vit encore quelques hommes tels que Guillaume Postel, Alpago, Plompius se passionner pour la science arabe et revenir sur des travaux antérieurs et défectueux.

Quant aux traductions qui se sont faites par les orienta^ listes contemporains et qui se prolongent denos jours» nous

MICUBL t>COT« 4j1

u*avous il nous en occuper autrement (ju a propos des orqjfi-* naux qu'ellod concernent. Nouî} ne ferons exception ([ue pour une traduction du pers.tn, celle qui porte le nom du Père Au{;e de St-Jo^epli.

MICHEL SCUT.

Aiusi qu'il est arrivé pour un certain nombre de gfrunds esprits de cette époque^ le nom de Michel Scot nous est purvenu à travers les légendes et les fables. On en a fait un astrolo(fue, un prophète, un magicien, un alchimiste, et on nous a laissé peu de documents sur son existence^ dont nous ne connaissons que les principaux traits.

On le dit né en Angleterre vers Tannée 1 10(), ce qui est vraisemblable, un de ses écrits portant la date de 1217. Ce qui Test moins c*eât qu*il ait vécu jusqu'en Tannée 1200. Pits va même jusqu'à dire : Floruit anno 1200. Jourdain pense qu'il ne dut pas survivre longtemps à Frédéric II. Nous verrons plus tard une traduction datée de 1200, qui semblerait pouvoir lui être attribuée.

Pits nous raconte qu'il étudia d'abord à Oxford puis à Paris, qu'il se passionna pour les mathématiques, la philosophie et l'astrologie, qu'il fut heureux dans bien des prédictions ce qui, du reste, est conforme h d'autres témoignages, mais ce qu'il faut, dit-il, attribuer à sa pénétration.

Nous savons positivement que Michel Scot habita Tolède, où il traduisit de Tarabe en latin, et peut-être de Thébreu, et que cette connaissance des langues orientales lui valut Tamitié de Frédéric II, auquel certaines de ses traductions sont adressées. Pits lui attribue la connaissance du greCi de Thébreu, de Tarabe et du chaldéen.

Deux de ses contemporaius, Albert et Roger Bacon, portent sur Michel Scot un jugement sévère. Roger Bacon l'accuse d'avoir ignoré les mots et les choses, et d'être redevable de presque tout ce qu'il a produit à un juif du nom d'André. Que ces critiques soient exagérées, nous le pensons, mais Tinspection des ouvrages de Michel Scot prouve qu'il

était un médiocre traducteur. Cependant retendue de ses travaux, la grande, bien que parfois étrangre renommée qu*il a laissée témoignent qu'il fut un des grands esprits du moyen âgre.

La notice bibliographique de Michel Scot, bien que les éléments en soient plus copieux que ceux de sa biographie n'en reste pas moins à faire, après l'Histoire littéraire, Jourdain, Hauréau, Renan, etc., pour ne parler que des modernes, qui ont pris de Tœuvre de Michel Scot une connaissance plus étendue et plus correcte que leurs devanciers. Nous n'avons pas la prétention de combler cette, lacune, mais seulement de mettre un peu d'ordre dans les documents â notre disposition et d'en ajouter quelques nouveaux.

Nous prendrons, comme Jourdain, pour base la liste donnée par Pits, afin de faire voir le chemin que l'on a parcouru depuis, déclarant par avance qu'elle est très inexacte. La voici :

1^ Super autorem sphserœ. Sicut dicit philosophia in principio.

3" In Âristotelis Metheora. Tibi, Stéphane, depromo hoc opus.

3® De constutionemundi.Maxima cognitioaatuneetscientiœ.

A"* De anima. Intendit per subtititatem demonstrare. 5" De cœlo et mundo .

O'* De generatione et corruptione.

7"* De substantia orbîs.

8* De somno et vigilia.

0® De seusu et sensato.

10® De memorla etreminisceiitia.

11" Contra Averroem in Mcthoora.

12® Imagines astrouomicte. .

13" Astrologorum dogmata.

14* In ethica Aristotelis.

15* De signis planetarum.

l&* De chiromantia.

17* De physiognomia.

18* Abbreviatioues Avicenœ.

MIOHFX SCO T. 4'»

10« De AnimalibiiH ad Cjrsarem.

1" Super autorem splwrte. Jourdain le donne comme un commentaire de Sacroboâco, contemporain de Michel Scot, et M. Hanréau pense qu'il s*agit plutôt d'Alpetragius.

Nous placerons ici une traduction passée siMis silence par Pits, et qui porte précisément sur un ouvrage de ce même Alpetragius, forme latinisée d*Al Bitroudjy. On lit dans les Mélanges de Munk la citation d'un juif qui écrivait en 1247 et qui avance qu*Al Bitroudjy vivait trente ans auparavant. Ainsi que nous allons le voir, la traduction fut à peu de chose près contemporaine de Fauteur.

Nous l'avons rencontrée aux n" 7399 et 10,654 de la Bibliothèque nationale (ancien 1800), et 00 de l'Arsenal.

Le n* 7399 donne pour titre : Opus Alpetragii de motii cor^ porum cœlestium. Jourdain en a reproduit l'introduction : Detegdm tibi secretum pecloris mei, etc.

Nous nous arrêterons un instant sur quelques lignes de ce passage, où l'auteur parle de ses devanciers :

« Prosecutus sum dicta antiquorum, secundum quod posult Tholomeus qui fuit fundamentum hujus scientiie, et secuti sunt eum sequentes sapieutes, et non diversificati suut aliqui ab eo, prœter Abu Isac, Abrahim, Enewah, Winolus, ot Zarques in motu sphœr»* stellarum fixarum et A1)u Mahomethi Jeber autem olfay Ispalensis, etc.

D'Abott Ishaq et d'Abraham nous ne faisons qu'un seul personnage, Abou Ishaq Ibrahim bea Helal ben Zahroun, astronome Sabien qui mourut en 384 de Thégire, 994 de notre ère. Dans Enew«th on pourrait voir El Anoua. Dans Winolus, on pourrait voir peut-être Ouidjan, astronome contemporain et collaborateur d*Abou Ishaq Ibrahim ben Uelal.

Quant à Zaniue.s que certains Ms. donnent ZarquoI (n* 7309) nous le connaissons. Il en est de môme du suivant, qui n'est autre que Abou Mohammed Djeber ben Allah, dont Maimonide corrigea le traité de la sphère. Du reste, nous lisons plus correctement son nom dans le n"* 90 de l'Arsenal ; Abu Mahomethi lebris aven Afla, et même dans les Ms». de la B. Nationale le nom de cet astronome, cité plusieur?^ fois, est écrit plus con'ectement.

434 HTSTOinn dk la médecine arabe. — uvrk huitième.

L'explicit de cette traduction présente de l'intérêt. Chncun des Mss. 7399 et 16,054 le donne différemment. Jourdain les a reproduits tous deux. Nous allons en faire autant, et ajou* ter une troisième forme, celle du n" 96 de l'Arsenal.

N** 16,654 (ancien 1820). Perfectus est liber Aven Alpetrand. Translatus est à Magfistro Michaele Scoto Tholeti, in anno decink) octavo.die veneris Au^usti, hora tertia cum abuteolei}cie, anno incarnationis Jesu Ghristi, 1217.

N° 7399, In decimo octavo die Augusti, in die veneris, hora tertia, cum abuteolente, era MCG quinquagpesima quinta.

N* 98, Translatus aMagistro Michaele Scoto ToUeti, in de* cimo VIII die veneris Augusti, hora tertia cum abuteolente, anno incarnationis Jesu-Christi 1000 aimo Sbo simo 27 timo. Comme l'a fait observer Jourdain, les deux premières dates concordent en ce que l'une part de l'ère chrétienne et l'autre de l'ère d'Espagne. Il y a probablement une faute de copiste dans la troisième.

Quant à ce mot abuteolente^ nous en ignorons le sens. Les n""' 2 et 3 de Pits, ainsi que l'a déjà fait observer Jourdain, représentent, non par l'exactitude du titre, mais par le début, le Livre du ciel et du monde. La ligne du n* 2 est le début du prologue du traducteur, et celle du n* 3 celle de la traduction. Tel est le prologue de Michel Scot :

Tibî, Stéphane de Pruvino, hoc opus quod ©go Michael Scotus dedi latinitati ex scriptis Aristotelis specialiter commendo, et si aliquid Aristoteles in completum demisit do constitutione mundana in hoc libro, recipies ejus supplementum ex libro Alpetradji quem similiter iedi latinati, et es in eo exercitatus (n"* 10,156, ancien 924}. Nous lisons dans M. Renan que M. Bourquelot a retrouvé le nom d'Etienne de Provins dans plusieurs chartes de 1212 à 12SI.

On lit au n'* 14,385: Incipit prologus commenti super librum celi et mundi quem commentatus est Averois phylosophus in greco (sic) et Michael Scotus transtulit in latinum .

Dans ce Ms. se trouve aussi le commentaire d'Averroès sur le Traité de l'âme traduit par Michel Scot, et on y remarque la même erreur de copiste h propos d'Averroès : m greco.

MICHSL SCOT. 455

Traité de Tâmc, n"* 4 de Pits. Nous en connaissons déjà rincipit. L'explicit donne é^lement Michel Scot comme traducteur. La ligne donnée par Pits est le commencement du commentaire. Au q"* 10,151, ancien 032, on trouve, avant lo même commentaire, une traduction double.

Jourdain et M. Renan pensent que les ouvrages inscrits aux n** suivants peuvent être considérés comme traduits par Michel Sdot, par la raison qu'on les rencontre généralement, après les derniers cités, dans les manuscrits. M. Hau« réau reste dans le doute.

Un s*accorde encore à attribuer à Michel Scot la traduction du traité d'Averroèsconnu sous le nom de Substantia or'» 6ÎS, de OrbCj de Compositione corporia celesiie. On le trouve au n" 10,151, sous ces deux derniers titres.

M. Ilenan incline aussi à croire que Ton peut accorder à Michel Scot la traduction des commentaires sur la Physique et la Métaphysique.

A propos du livre des Météores, Jourdain pense que Michel Scot n*en aurait traduit que le IV* livre, M. Renan crolt^ au contraire, qu'il a traduit les quatre, qui se trouvent dans un Ms. de Venise. N'aurions-nous pas cette traduction dans lo n"* 10,107, ancien 054, qui la dit faite à Tolède en 1260 ?

Jourdain n'a pas de renseignements sur les n** do 12 à 10.

Nous en avons trouvés quelques-uns et M. Hauréau nous en fournira d'autres.

Le Ms. 14,070 contient deux de ces écrits.

Tractatus Michaelis Scoti de notitia conjunctionis mundi terrestris cum cœlesti. Il peut répondre au n"* 13.

Tractatus Michaelis Scoti de prcsagiis stcllarum. On peut y voir le n* 15.

Quant au traité DeChiromantia, M. Ilauréau non:) apprend qu'il a été imprimé plusieurs fois.

Daunou aurait compté 18 éditions du Traité de la physionomie, dit aussi De Secreth naturœ.

Pour clore cette catégorie, nous citerons trois ouvrages mentionnés dans Lenglot-Dufresnoy, comme do Michel Scot

Mensa philosophica»

4r>0 HISTOIRE DE LA MÉOECINR ARABE. — LIVRE HniTU^MB.

De sole et luiia.

On V trouve aussi mention du De secretis natune.

Nous arrivons maintenant au Livre des animaux, Tune des traductions dont on 8*est le plus occupé.

Et d'abord cette traduction est double. Michel Scot n'a pas seulement traduit Touvrag'e d^Àristote, mais aussi l'abrégé qu'en a fait Avicenne.

On sait que les Arabes n'ont formé qu'un seul groupe des écrits d'Aidstote sur les animaux, qu'ils font suivre l'Histoire des Parties et de la Génération, ce qui leur constitue un ensemble de XIX livres. C'est cet ensemble qu'a traduit Michel Scot.

Camus a fait de cette traduction l'objet d'un mémoire inséré dans le tome YI des Notices et extraits. Ce travail, bien que l'auteur ignorât les langues orientales, n'en est pas moins remarquable et accuse de la sagacité : on peut s'étonner qu'il n'ait pas été cité & l'article Michel Scot de la Biographie Didot.

Rappelons d'abord quelques réflexions de Camus tant sur les traductions du grec en arabe que sur celles de l'arabe en latin.

c II s'est conservé peu de manuscrits syriaques relativement aux manuscrits arabes, ce qui fait douter que ces traductions aient été aussi fréquentes que d'autres l'assurent, et que beaucoup de traductions arabes aient été faites d'après le syriaque. »

Arrirant à notre époque il dit : < Si l'on n'y manquait pas absolument de manuscrits grecs, au moins fallait-il qu'ils y aient été moins connus, ou enfin que l'on trouvât plus facilement des hommes versés dans l'hébreu que dans le grec. II paraît même que l'on donnait quelque préférence aux traductions faites d'après les traductions orientales. >

Camus incline à croire que la traduction des Animaux d* A* ristote a été faite d'après l'hébreu. Il y a bien, dit-il, des vestiges arabes, mais ils n'excluent pas le passage par l'hébreu.

Camus cite à l'appui de son opinion un passage du 1" livre où il est question de Tanatomic du membre inférieur. On

MICHEL 8C0T. 4r)7

y Ut au sujet de la rotule : 0$ qui dicihir ebraice liim genu.

Leri mot» ebraice et lum sont diversement écrits» mais rcu« semble des Mss. ne permet pas de doute sur le premier ; il signifie évidemment en hébreu. Quand au second, on lit d*au« très variantes qui peuvent en modifier le sens : Lune, lumen, peut être limen. Nous n'admettrons pas avec Jourdain que cette dernière lecture soit la bonne et qu'il faille entendre la limite du genou. Jourdain no s'est pas assuré que le mot hebraice doit être maintenu, ce que nous considérons comme incontestable. Quand à l'autre mot, nous nous abstenons.

Nous croyons avoir observé une trace plus positive du contact de Tbébreu : ce sont les formes Hakahab, la cheville du pied, Haakib^ le talon, où nous croyons voir le déterminatif hébreu remplaçant l'article arabe al.

Nous avons aussi rencontré deux ou trois fois: Qui dicitur arabice, ainsi à propos des limaces haltutn (halazoun). Il 86 pourrait que le traducteur hébreu ait conservé ce mot.

On rencontre de même et fréquemment qui dicitur grece, ce qui s'explique facilement. Les traducteurs du grec en arabe ne pouvaient évidemment trouver des équivalents h tous les noms d'animaux mentionnés par Aristote. On fit dans cette traduction ce qui s'est fait dans toutes les autres.

En somme, nous sommes tenté d'admettre, comme le dit Camus quelque part, que la traduction d' Aristote s*est faite en présence de l'hébreu. Il y a plus. Nous croyons que la traduction d'Aristote s'est faite après celle de l'abrégé d'Avicenne, dont nous allons parler. Il n'est pas vraisemblable que Michel Scot ait entrepris la traduction d'Avicenne après avoir fait celle d'Aristote, tandis que le contraiw peut très bien s'admettre. I/arabe était évidemment plus connu de Michel Scot que l'hébreu, ce sont les manuscrits arabes qu'il dut chercher d'abord. 11 se pourrait ainsi que, sa traduction d'Avicenne terminée, il ait rencontré un texte hébreu d'Aristote, et qu'il en ait entrepris la traduction en se faisaut aider de ce juif André auquel Roger Bacon le dit si redevable. Ce faisant, il ne pouvait naturellement s'abstraire de ses précédentes opérations sur le texte arabe.

458 HISTOIRE DE L\ MÉDEOINE ABABE. — LIVRE HUITIÈME

Camus a consulté pour son mémoire les six manuscrits de Paris qui courent de 6788 à 6702.

Il en existe un autre au n*" 17,843, qui porte un titre que nous retrouvons au n"* 1276 de la Mazarine : Liber Aristotelis de animalibus secundum extractionem magistri Michaeliâ Bcotî.

La Bibliothèque de Laon possède sous le n"* 441 cette tra^ duction portant ce titre : Aristotelis liber de animalium partibus et g'eneratione ex arabico ab eodem Scoto. (Le Ms. renferme aussi l'abbreviatio d'Avicenno, dont nous allons parler.)

La traduction des Animaux d'Avicenne existe à la Bibliothèque nationale sons les n**' 2474 et 6443 ; à TArsenal, n* 56 et h Laon, comme nous l'avons déjà dit, au n** 441.

Elle est dédiée à Frédéric, et nous devons reproduire cette dédicace, c Frederice, romanorum imperator, domine mundi, suscipe dévote hune laborem Michaelis Scoti, ut sit gratia capiti tuo et torques coUo tuo. »

Cette traduction porte le titre d'Abbreviatio Avicennse super librum Animalium Aristotelis.

Nous citerons l'explicit de deux de ces manuscrits.

Tel est celui du n*" 2474 : Completus est liber Avicenœ de Animalibus, ad exemplar magnifie! imperatoris domini Frederici apud montem possulanum.

Consummata est scriptura conaummatumque opus istud YI idus maii anno Domini incarnationis MCGXL IVI us (sic) ? Cette date est en surcharge.

On lit à la fin du n"" 56 de l'Arsenal : Completus est liber Avicenœ scriptus per magistrum Henricum coloniensem ad exemplar magnifici imperatoris domini Frederici apud Messiam civitatem Apuliœ, et dominus imperator eldem magis-tro hune librum pramissum commodavit, anno Domini 1222.

Cette date nous semble venir h Tappui de l'hypothèse que nous avons émise^ à savoir l'antériorité de la traduction d'Avicenne sur celle d'Aristote.

Michel Scot est Tauteur d*un livre intitulé Questiones Nicolai peripatetici^ dont parlent sévèrement Roger Bacon et Albert, qui ne croit pas qu'il soit une production de Nicolas.

HERlfàKN l'allemand. 450

M. Ilfturéan Ta découvert récemment et en a publié un fraffment.

Albert n'en est pas moins très redevable k la traduction de Michel Scot. Jourdain a prouvé qu*il se Tétait assimilée tout entière, avec ses additions au texte et ses défectuosités.

Jourdain ne croit pas au contact de l'hébreu. Nous avons déjà dit qu'il en était autrement do Camus. Il faudrait pour trancher la question prendre les noms défigrurés, les transcrire en arabe et en hébreu, ot voir laquelle des deux écritures incline le plus vers les altérations de Michel Scot. Nous l'avons essayé pour quelques mots. Nous en citerons un : Ariàtote dit que le crocodile s'apprivisoise avec le prêtre qui le nourrit. On lit dans Michel Scot: Habet pacem lehhium et domesticatur cum illo. Nous pensons que lehhium peut dériver de l'hébreu likohen^ ot nous ne voyons pas comment il dériverait de l'arabe. Michel Scot, en somme, est un des traducteurs auxquels le moyen âge est le plus redevable. Il fit connaître plus larfifement Aristote et introduisit Averroès. On lit dans M. Renan : « Le premier introducteur d'Averroès chez les Latins paraît avoir été Michel Scot. >

HERMANN l'allemand.

Nous ne trouvons de renseiçnemcnts sur lui que dans sc.^ traductions et dans les auteurs qui les ont utilisées.

Son nom et son surnom accusent sa patrie. Ses traductions sont datées du milieu du XIIP siècle et furent exécutées h Tolède. Il nous apprend lui*méme qu'il fut encouragé par Jean, évèque do Rurgros et chancelier de Castille, et ailleurs, que la traduction des Ethiques d'Aristote faite d'après le grec par Robert tirosse-tète avait rendu inutile colle qu'il avait lui-même exécutée d'après l'arabe.

Nous savons onfin qu'il fut attaché à Manfrod. On lit dans Roger Bacon : Hermannus Alemannus et translator Maufrodi nupcr & D. rege carolo devicti.

Nous possédons trois do ses traductions : des Ethiques de la Rhétorique et de la Poétique d'Aristote.

M. Ronan met aussi eu avant la Politique, inaid il ne revient pas ensuite sur cette traduction.

Le prologrue de la Poétique semblerait, d'après Jourdain, témoigfner que Hermann a traduit TOrganon tout entier: Suscipiant igritûr, si placet, et hujus editionis poetrie translationem viri studiosi, et gaudeant se cum bac acceptos logici negotii complementum. >

Nous possédons enfin de lui une introduction à la Rhétorique d'Aristote d'après la glose d'Alfaraby, signalée pour la première fois par Jourdain.

Le livre des Ethiques est la première de ses traductions. Mais il y a plus. Hermann en a fait une double traduction, abrégée et complète. Le n° 10,581, ancien 1771, contient un sommaire, ce qui, du reste, est annoncé par cet énoncé : Incipit summa quorumdam Alexandrinorum quam excerpserunt ex libro Aristotelis nominato Nichomachia, quam plures hominum Ëthicam nominaverunt. Et transtulit eam ex arabico in latinum Hermannus Alemannus.

M. Renan, qui a relevé quelque.^ erreurs de ses devMiciers au sujet de traductions de Hermann et des manuscrits qui les contiennent tant a Paris qu'à Florence, voit dans la traduction complète (représentée phr les n^' 1773 et 1780J le commentaire moyen d'Averroès. Cette traduction serait aussi reproduite dans le second Ms. de la Laurentienne. Elle est imprimée dans les œuvres d'Averroès, et porte dans les Mss. la date 1240, sur laquelle M. Renan conserve des doutes. En effet, la Poétique portant la date 1250, on ne s'explique pas, dit M. Renan, un aussi long séjour de Hermann à Tolède, pour ne produire que deux ou ou trois traductions. (1)

(l) Les doutes exprimée par M. Renan sont légitimes.

Nous avons tout récemment acquis une traduction des Ethiques» dont le texte traduit du jf^rec par Léonard Arétin est accoiapagné du commeulaire d'Averroès (traduit par Hermann). On lit à la nn : Et ego quidem explevi determinationem i^torum tractatuum quarto die Jovis uieusis qui dicitur ducadatim anno arabum D. L XXII. Et grates Deo multc de hoc. ^ Dixit translater. Et ego compUyi ejus truushitioiieiu ex arabico in latinum tertio die jovis meusin Juuii, anno ab iucarnatione Domizii M. C C. LX apud urbein Tôleturium iii capeila saucte Triuitatis, etc.

.Itmrilaiti ii reproduit, p. 439, d'après Bandini, lu date 1240, qu'il faut restituer V2i\0 ^ comme la donne notre édition imprimée.

UBRMI^N L'aLLEMAKO. 4(51

Jourdain a reproduit les prologues intéressants de la Rhéthorique et de la Poétique.

Qu'on ne 8*étonne pas, dit Hermann dans le premier, de la rudesse de ma traduction. Alfaraby, Avicenne et Averroès ont été rebutés par les obscurités du texte et n'ont pas poussé leurs commentaires jusqu'à la fin. Mieux vaut prendre ma traduction telle quelle que de s'en passer. Les Arabes ont négrligré ces écrits, et c'est à peine si j'ai pu trouver parmi eux un collaborateur.

Après avoir laborieusement achevé la Rhétorique, dit Hermann dans le prologue de la Poésie, j'essayai la Poésie. Mais j'éprouvai tant de difficultés par la différence qui existe dans la métrique grecque et arabe, par l'obscurité des mots et par d'autres causes, que je ne crus pas pouvoir publier ma traduction. Je m'adressai donc k Averroès, et j'en tirai ce que j'y trouvai d'intelligible. C'est ainsi que je fis comme je pus ma traduction latine.

Cette traduction est datée de Tolède, ville noble^ l'année 12B6. Elle se trouve à Paris, dans les n** 16,673 (177U) et 16,700 (1782).

On trouve dans le n* 16,097 (054) le travail de Hermann signalé par Jourdain sous le nom de Didascalion, introduction à la Rhétorique d'Aristote. Jourdain en a publié quelques lignes indiquant le but de l'auteur. Nous en publierons quel* ques autres qui nous paraissent avoir aussi quelque intérêt

« Quoniam omnis novitas et inusitata editio suspicate difficultatis honorem indigent lectoribus ac pavorem, visum e:»t mibi, Hermanno Alamanno, transferre indo glosœ Alpharabii in quantum introducitur in librum Rbetorice Aristotelis. quem nuper traustuli ex arabico eloquio in latiuum et ea quie doctrinalia sunt prelibare. »

Nous avons vu Hermann avouer qu'il cherchait des aides.

Roger Bacon enchérit là*dessus : » Hermaunus confessus est de magiH adjutorem fuisse translationum quam transla* torem, quia sarracenicos tenuit secum in hispaiûa qui fuerunt in suis tranalationibus principales. »

Jourdain et M. Renan ont signalé comme une preuve de la collaboration de musulmans lettrés les exemples

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nombreux de nunnation que Ton rencontre dans les traductions de Hermann rAllemand. C'est ainsi que Ton trouve Abou Bekr Ebu Essaïgh, rAveopace des scolastiquc;^, sous cette forme dans les Ethiques: Dixlt Abugekrin filiuâ Aurificls.

MAIfFRED.

On sait que Manfred, fidèle aux traditions paternelles» cultivait les lettres et les sciences. Peut-être ignorait-on qu'il fut un traducteur. C'est un heureux hasard qui nous a fait découvrir son nom dans le prologue d'une traduction donnée sous lo voile de l'anonyme. Elle existe au n* 14 JOO, et porte sur un écrit attribué à Aristote et intitulé De Porno. Telle est l'origine de ce titre : On rapporte qu'Aristote# à ses derniers moments, s'entretint avec ses disciples, tenant une pomme à la main.

Le prologue est assez intéressant pour que nous en donnions quelques extraits.

tt Gum homo sit creaturarum dignissima..., nihil in eo sit nobilius estimatum quam se suum que creatorem cognoscere..., eum doctrinarum humanarum splendoribus expedit illustrari, quibus sublimifcatem summi et universi cognoscat opificis, eum speculetur attentione continua vitia comprimât aud vires corporis scientiarum transcendendo subsidio optatione virtutum fiât suo principio similis... Quapropter nos, Maufredus, divi Augusti imperatoris Frederici fllina dei gratia princeps tharentinus, honoris? montis saaeti Angeli dominus, et illustris régis Gonradi secundi 7 Regno Sicilise bajulus generalis, humansB fragilitatis casibus ob concordium elementorum discordiam quibus consistimus sicut et ceteri subjacentes, eum nostrum corpus gravis înfirmitatis adeo molestia maceraret ut nulli de certo posae corporaliter vivere crederemur... Sed theologica philosophi-' ca que documenta imperiali aula divi Augusti imperatoris venerabilium doctorum nos turba docuerat de natura mundi» de fluxu corporum et animarum creationei etemitate ac

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perfectioue ipsorum, de infirmitate materiarum firmitxite que formarum quœ naufragiuin vel defectum suœ materite non Bequuntur... Inter quœ nobis occurrit liber Aristotolis qui de Porno dicitur, ab eoeditus in exitu vitae suse, in quo probat sapientes de hoBpitii lutei exitu non dolere sed g*au* dentés ad perfectionis premium currere... Quem librum cum non inveniretur inter Gliristianos in hebrayeo legimus translatatum de arabico in hebreum de hebrea lingua transtulimus in latinum. >

li ne nous semble pas que la paternité de cette traduction puisse être contestée, malg^ré ce que nous considérons comme une nouveauté. Elle nous est donnée comme procédant de l'hébreu, ce qui pourrait s'expliquer par l'absence d'un orig^inal arabe, la connaissance de l'hébreu nous paraissant surprenante. Manfred dut évidemment arriver à parler l'arabe, qui devait incessamment résonner à ses oreilles. Les Musulmans lui étaient chers, et c'est sur eux qu'il comptait le plus dans sa position d'excommunié et d*advcr« sairc d'un concurrent envoyé par le Pape. Un corps do dix mille Sarrasins l'accompagnait h la bataille où il sue* comba.

Nous trouvons sur Manfred un curieux passage dans Aboulféda, qui nous l'a conservé d'après l'historien Djemal eddin, dont il fut le disciple.

Djemal eddin fut envoyé en 1202 par le sultan Bibars, en ambassade à Manfred. Il nous le dit ami des sciences et pos* sédant Euclide. Go fut môme à Manfred que Djemal eddin adressa un traité do logique, qu'il intitula pour cette raison l'Impérial.

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