‹ Histoire de la médecine arabe (volume 3)Chapitre 28 sur 165 · VULGAIREMENT AVENZOAR · texte numérisé non relu

VULGAIREMENT AVENZOAR

C'est ici le médecin le plus éminent de la famille^ celui qui la résume et la représentée peu près exclusivementpour la généralité de nos historiens de la médecine, sous le nom vulgaire d'Avenzoar.

Formé à l'école de son père il devint un éminent praticien, d'un grand tact médical, d'une grande expérience, no Jurant plus sur la parole des anciens, mais soumettant leurs dires au contrôle de l'observation. Quelques historiens le considèrent comme le plus grand médecin de l'école arabe. On ne pourrait lui comparer qu'Avicenne et Razès, et encore faudrait^il écarter le premier de ces noms si l'on veut parler du véritable médecin, c'est-a-diro du médecin praticien. A ce

point de vuû il n*aurait de rival que Razès. Il dut sans doute cette supériorité à la concentration de ses études sur le terrain de la médecine, car chez lui nous ne trouvons pas le médecin doublé, comme chez Avicenne et Razès, d*un philosophe et d*un savant encyclopédiste.

Nous ignorons la date de la naissance d^Avenzoar, mais nous savons qu*il vécut jusqu'en Tannée 1163.

On lit dans le GoUigret qu'il vécut 135 ans et ne commença l'étude de la médecine qu'à 40. Est-ce une erreur?

Après avoir servi les Almoravides, il passa au service des Almohades, qui le comblèrent d'honneurs.

On sait qu'Abd el Moumcn était un homme d'une grande intelligence, d'un génie organisateur et qu'il encouragea la culture des sciences. Il prit Avenzoar à son service, et c'était lui qui était chargé de confectionner pour son usage la grande tbériaque.

On raconte qu'Abd el Moumen voulut un jour user de purgatifs. Avenzoar sortit alors des routes vulgaires. Il imagina d'arroser une vigne avec une solution purgative, et quand elle eut porté des fruits, il les fit manger au Khalife émerveillé.

Nous citerons une autre anecdote.

En se rendant au palais, il rencontra plusieurs fois un individu aflèctéde tympanite avec une teinte ictérique. L'ayant un jour examiné de plus près, il vit à côté de lui une jarre dans laquelle il buvait. Il la cassa et l'on en vit sortir une grenouille. Te voilà guéri, dit-il au malade.

Avenzoar avait sur l'exercice de sa profession, certaines idées que nous devons relater, car elles ont aussi une certaine importance historique. Ces idées sont exposées dans son prin« cipal ouvrage, le Teissir.

En raison sans doute de sa haute position, il exerçait la médecine d'une manière assez aristocratique et il semblerait avoir astreint son rdle à celui de médecin consultant. Il dédaignait la pratique de la saignée et des opérations chirurgicales qu'il considère comme le lot des aides, nous allions dire des valets du médecin. Il a le même dédain pour la préparation des médicaments. Il va même jusqu'à dire qu'il est

certaines opérations qui sont indi^^nes d'un homme libre, telles que l'opération de la taille, attendu que la loi défend de découvrir les parties génitales.

On est tout étonné d'entendre ces paroles en Andalousie, un siècle après Abulcasis.

Il nous semble permis d'en conclure la séparation actuelle des trois professions qui se partag-ent l'exercice complet de la médecine.

Cependant il ne faut pas prendre à la lettre ce dédain de la pratique chirurg'icalp qu'Avcnzoar tenait en partie de son père, car nous le voyons parfois y déroger et saisir les indications opératoires avec le tact d'un ingénieux praticien. Il est probable que ces idées ne lui vinrent qu'avec les bon* neurs, et qu'il en fut autrement dans sa jeunesse qui fut parfois éprouvée.

Il nous parle souvent avec amertume d'un certain vizir Aly qui le fit mettre en prison, et qui n'en eut pas moins recours à son ministère. Il s'agi.ssait précisément d'un cas de chirurgie. Le vizir était affecté d'un panaris que l'on avait négligé. Avenzoar appelé en consultation voulait enlever immédiatement les parties mortifiées avec l'instrument tranchant, disant qne si l'on avait recours aux caustiques, ainsi que le voulaient ses confrères, le mal pouvait empirer en attendant leur action. Son avis fut rejeté et même considéré comme dicté par la rancune.

Avenzoar eut des élèves parmi lesquels nous signalerons l'illustre Averroès, auquel il dédia le Teissir.

On dit qu'il mourut d'un abcès du côté, et qu'à ses derniers moments il fut pris de ce découragement que connut aussi Avicenne. Gomme son fils lui donnait des conseils, il lui répondit: si Dieu a décidé que je change cette habitation^ mes efforts ne pourront que concourir à l'accomplissement de sa volonté.

C'était en l'année 1IG2, il fut enterré à côté de son père« à Séville, près de la porte de la Victoire.

Comme nous l'avons dit, Avenzoar ne fut pas un génie encyclopédique à l'instar de Razès et d' Avicenne. Ses ouyrar ges ont exclusivement trait à la médecine.

Il en est un que nous ne trouvons jms mentionné par les historiens, et qui existe à la Bibliothèque de Paris. C'est par celui-là que nous allons commencer. Il porte le titre à'iktisad, et il est signé par Abd el Malek ben Zohr ben Âbd el Malek.

Ce manuscrit, qui contient 140 feuilles, est d*une belle exécution, mais la lecture en est très pénible, en raison de l'absence des points diacritiques. Nous avons pu cependant y pénétrer en grande partie.

C'est un traité de médecine fruit de sa jeunesse, qui fut écrit sur l'invitation de l'émir Ibrahim ben Yousef ben Tachfin, dont le nom figure au début. Vers la fin, nous rencontrons encore ces expressions : Monarchie des Marabouts, puissance des Lemtounes.

Nous en relèverons quelques passages.

Il y a deux médecines, dit l'auteur, celle du corps et celle de rame. Quant à 1 ume on en admet trois, dont l'âme raisonnable, qui siège au cerveau, et qui distingue l'homme 8e l'animal. La langue étant l'interprète de cette âme, c'est par les maladies de cet organe que l'auteur croit devoir entrer en matière. Il traite ensuite des maladies de l'œil, parce que l'œil est le plus noble des sens. Suivent celles de l'oreille, de la tète, etc.

A propos des mamelles, nous lisons : U y a des nations qui les aiment volumineuses chez les femmes, ainsi les Arabes et les Almoravides, que Dieu les protège !

Plus loin nous lisons que les ulcères se présentent à la verge aussi bien qu'en toute autre partie du corps.

En traitant de la grossesse, il ne craint pas de donner des recettes pour empêcher la conception, par la raison qu'elle ne convient pas à tout le monde.

A propos des fractures, il dit que l'anatomie des os est chose facile à connaître, qu'il suffit de les mettre en place et de les examiner, ce qui semblerait indiquer que les médecins avaient des os à leur disposition.

Vers la fin du livre, nous trouvons des recettes particulier rement rédigées à l'adresse des rois.

Vn autre onvrafr**. qui se trouve aus^ià Paris, e^ït le Traité

00 IliSTOIRB DE lé\ MÉDECINS ARADE. — LIVRE CINQUli^ME.

des aliments et des médicaments. 11 fait la première partie du Ms. coté 1028, ancien fonds, et contient une quarantaine de pages seulement.

Il débute par les aliments, qui occupent la plus grande place, nies considère d'une façon générale et s'occupe plutôt d» leurs propriétés que de leur description.

Il les considère d*abord au point do vue des saisons. La digestion, dit*il, étant plus active en hiver qu'en été, on doit alors manger davantage et des aliments chauds et secs. Il traite ensuite des différentes sortes de pains, tant au point de vue de leur préparation qu'à celui de leur composition. C'est ainsi que nous voyons du pain confectionné avec du sorgho, des fèves, des pois, du riz, etc. Il passe ensuite aux viandes empruntées aux divers animaux, et raconte qu'en un temps de disette on fit un usage avantageux des serpents.

Viennent ensuite le laitage, les fruits, le sucre, les préparations au sucre et au miel, les boissons, les confitures, enfin lai médicaments, qui sont très sommairement traités. L'ouvrage se termine par les autres parties de l'hygiène.

En somme, cet ouvrage ne manque pas d'intérêt et se place avantageusement à côté de ces innombrables traités des médicaments simples que nous ont laissés les Arabes» exécutés au point de vue descriptif et particulier.

Le livre le plus importaut d'Âvenzoar, et qui lui a fait une juste réputation d'éminent médecin, est le Teisair, sur lequel nous allons nous arrêter.

Cet ouvrage non-seulement nous est parvenu, car il existe particulièrement à Paris sous le n* 1028, dont il occupe les feuilles de 50 à 175, mais il a été traduit en latin et imprimé plusieurs fois, seul ou associé.

Déjà Freind en a fait une assez longue analyse, qui nous permettra de ne pas nous arrêter sur toutes les parties qui mériteraient d'être signalées.

Le Teissir est aussi un Traité de médecine, comme l'Iktisad, mais il porte le cachet de la maturité, et il est digne d'Averroès, auquel il fut dédié.

Ce qui caractérise le Teissir et lui fait une place à part entre toutes les productions do la médecine arabe, c'est que

EBPAGN£. 91

l'auteury pariod'aboridance et avec une entlôra Indépoiulancô de la tradition.

Il n'a pas la déférence do Razospour les travaux antérieurs, il ne song^e pas ainsi qu'Ali ben Âbbas et Avicenne à faire un travail méthodiquement ordonné. /\venzoar se croit en pleine possession de la science médicale et il parle en maître. Si l'occasion se présente parfois de parler des anciens, il traite avec eux d'égral h égal, et, le cas échéant, relève les opinions de Galien et les met en présence de l'observation. Nul autre, parmi les Arabes, n'apporte aussi fréquemment à l'appui de ses préceptes le résultat de son expérience. Quant à l'ordonnance de son livre, elle est toute empirique et poursuit les maladies de la tète aux pieds.

Comme nous l'avons déjii dit, malgrré la hauteur avec laquelle il traite la chirurgie, maintes fois il lui arrive de faire acte d'excellent chirurgien.

Les réflexions de Freind nous dispensent d'entrer dans de plus longs détails. Nous nous contenterons de rappeler ee fait où, consulté par un malade, il en référa à son père, qui lui mit entre les maius un passage de Galien et lui dit : Lis cela et si tu n'es pas fixé, ne te mêle plus do médecine.

Nous ajouterons cependant quelques observations que nous a suggérées la lecture de l'original.

Il raconte vers le milieu de son livre un voyage qu'il fit par ordre d'Abou Zacharya lahya ben lamour, où le vent et la pluie lui suscitèrent un engourdissement de la jambe gauche. La traduction latine a méconnu le nom de ce personnagOi et l'exprime ainsi : Et mihi jam accidit quod tibi dicam quod cundo precepto régis in AnrzACBADRiA, ciun frigore vchementi, etc.

Nous pensons que le personnage dont il est ici question n'est pas autre qu'un certain gouverneur de Niebla, dont nous avons retrouvé la trace. En l'année lir>i, il aurait fait exécuter huit mille habitants de cette ville, en punition de s'être livrée à un rebelle du nom d'El Ouehby. Cet acte de rigueur fut désapprouvé par Abd el Moumen qui mit le gouneuraux arrêU«. Ëbn Khaldoun, dans son Uistjire des Berbères, lui donne le nom d'Iahya hou laghmour (tradurtion

de Slane, II, 192) et M. Romey,dans son Histoire d'Espagne, rappelle Abou Zacharya fils d'Ioumer, VI, 90. II nous paraît évident qu*îl faut lire aussi, dans le texte du Teissir, laghmour ainsi que dans Ebn Khaldoun. On sait que ce nom était celui du fondateur de la dynastie Zeyanide àTlemcen.

Il est d'autres aberrations à signaler dans la traduction latine.

Avenzoar raconte que son aïeul rapporta de Torient de Vhuile de baumier, douhn bachamyy dont il vante l'efficacité contre la paralysie. La traduction latine écrit Alquisemi, qui ne signifie rien.

Un peu plus loin à propos de la fièvre putride, il dit que certaine médication serait impuissante à l'enrayer, fut-on un Escalape. Au lieu d'Esculape, le latin a mis Archilinus.

Deux fois, autre part, il rappelle son séjour à Maroc, Marrakech, et le traducteur a pris ce mot pour Marestan qui signifie un hôpital. Nous avons tenu h cette rectification pour la raison suivante.

Dans nos recherches sur les institutions médicales chez les Arabes, nous avons constaté avec surprise que les hôpitaux ne s'étaient pas établis en Espagne comme dans l'Orient, et nous n'avons guère trouvé mentionné que celui d'Algésiras. En lisant la traduction latine, on croirait Avenzoar chargé d'un service d'hôpital.

Dans une consultation dont faisait partie son aïeul, se trouvait un médecin que la traduction latine appelle Aven Motarcf. Ce médecin n'était autre qu'Ebn Ouafed, dont nous avons fait Ebn Guéfith.

Ces défauts ne sauraient nous étonner, la traduction n'ayant pas été faite directement de l'arabe, mais d'après l'hébreu, par le concours de deux interprètes, ainsi qu'il est arrivé souvent en Espagne. Cette traduction se fit h Venise en 1280.

Parmi les ouvrages d' Avenzoar que nous ne possédons plu.s, nous citerons un Traité de cosmétique reproduit deux fois dans la lista de Wiistenfeld, sous le titre Liber orna* menti et sous celui de Lib3r de decoratione ; un Traité de la lèpre et de* rimpetijro, un M<^morial adressé & son fils sur

ce qu'il faut faire d'abord dans le traitement des maladies, et un autre sur l'administration des purgtitifs.

Outre ces renseignemelts tirés d*Bbn Abi Ossaïbiah, nous lisons dans Hadji Khalfa qu'Avenzoar publia un livre d'apliorisraes, et que s'étant borné à donner le traitement des maladies dans le Teissir, il le compléta par un supplément auquel il donna le nom de Djami, qui paraîtrait exister à la Uibliothèque Dodléienne.

EL HAFIDH ABOU DEKR BEX ZOHR.

Abou Hekr Mohammed ben Ali Merouanbeu Zolir, dit El Hafidh, naquit en 1113 à Séville, où il apprît la médecine h l'école de son père. Dès sa jeunesse, il fit preuve de sagacité. Aboyant un jour chez son père la formule d'un purgatif destiné au Khalife Abd el Moumcn, il y remarqua un défaut et le fit observer à son père, qui trouva juste son observation.

C'était un homme parfaitement doué au physique et au moral. Non-seulement il fut un médecin disting*ué, mais il était aussi versé dans la connaissance des belles-lettres et de la littérature arabe, de la philosophie, de la jurisprudence et des traditions, ainsi que l'indique son surnom d'El Hafidh, ou le traditionnaire. Il était aussi poète.

Après avoir servi comme son père les Almoravîdes, il le remplaça dans sa haute position auprès des Almohades. ^ /j Après Abd el Moumen il servit Abou Iakoub lousef/el Man- ^J^^ » bour, puis Abou Abd Allah Mohammed Ennacer.

Son caractère, aussi bien que ses connaissances, lui attiraient la considération. C'était un homme d'un jugement sûr otd'un bon conseil, religieux et bienfaisant On cite plusieurs traits de sa générosité.

Malgré la protection que les Almohades accordèrent aux savants, ils apportèrent en Espagne leur fanatisme de sectaires, et ce fanatisme ainsi que la politique les entraîna à dfs mesures violentes. Ils proscrivirent les dissidents, chrétiens et juifs, et nous savous que le célèbre Maimonide,

Dl IIISTOIRE Dli l.\ MÉDKClNii AIJAUK. — LÎVUK CINgUi/.Mi;

ainsi que plusieurs de ses corelig-ionnaires durent chercher ailleurs un régrime plus tolérant. C'est alors que le Languedoc, aussi bien que Tli^ypte recu^Uirent les proscrits. La philosophie aussi leur portait ombrage. El Mansour décréta la destruction de tous les ouvrages de dialectique et de philosophie. Abou Bekr Ebn Zohr fut chargé d'eu faire la recherche, avec cette condition cependant qu'il ne serait pas inquiété pour ceux qu'il pourrait avoir en sa possession. Mais il avait, à Sévilte, un ennemi, personnage important qui recueillit plusieurs témoignages attestant qu'Abou Bekr avait chez lui des livres prohibés en grand nombre et qu'il en faisait sa lecture habituelle. Une lettre de dénonciation fut rédigée, signée et adressée à El Mansour qui se trouvait alors À sa résidence de Hisn el Ferdj (sans doute Azn cl Farache) qu'il avait construite sur la recommandation d'Abou Çekr qui lui en avait signalé la bonté de l'air. El Mansour fit emprisonner le dénonciateur, et les signataires prirent la fuite. Telle était la confiance d'El Mansour dans Abou Bekr qu'il dit : Quand même toute l'Andalousie témoignerait contre lui, je n'y croirais pas.

Une autre inimitié lui fut fatale. Le vizir Abou Zéid lui fit, dit^on, prendre un œuf empoisonné dont il mangea ainsi que sa sœur, et tous deux en moururent. G*étiiit h Maroc, en Tannée 500 de l'hégire, 1109 de Tère chrétienne.

Cette sœur d*Abou Bekr mérite une niontion.

Elle était, ainsi que sa fille, instruite dans la pratiqua-iné* dicale. C'étaient elles qui accouchaient les femmes d*Ël Mansour et de sa famille. Quand mourut la sœur d*Abou Bekr, sa niàce la remplaça dans ces fonctions.

ABOU MOHAMMED ABD ALLAH BEN ABt BEKR BEN ZOUR.

Il naquit à>Séville en 1181. C'était un homme intelligent et d'un commerce agréable. Il remplaça, malgré sa jeunesse, son père auprès d'El Mansour, qui le tenait en grande considération. On dit qu'il fut empoisonné en 1305 h Uibath Sala»

BSl'AG.VE. 05

d'où json corp.^ fut transporta à Séville et iuUumé pris dm tombeaux de ses ancêtres.

Il laissa un traité sur Im maladies des yeux.

Page 1