REVUE SOMMAIRE DU XIIP SIÈCLE
Le XIII* siècle fut une époque de grandeur et de décadence, d^espérances et de déceptions. Autant ses débuts sont florissants, autant sa fin est empreinte de trouble et d'amertume.
Le sceptre de l'Islamisme avait passé des Abbassides à la famille de Saladin, Damas avait remplacé Bagdad.
Les institutions fondées au siècle précédent portaient leurs fruits au Caire et à Damas, les hôpitaux et les écoles se remplissaient d'élèves, de nombreux professeurs y enseignaient la médecine, les savants étaient partout protégés et honorés, quand l'invasion Mongole vint s'ajouter à celle des Croisés. L'équilibre de l'Asie fut désormais rompu, et le culte de la science privé de la sécurité qui est une des conditions de son existence et de sa durée, subit un échec dont il ne put se relever.
Dès lors, le feu sacré ne s'alluma plus que chez quelques esprits d'élite.
Si le XII* siècle avait été pour TEspagne son chant du cygne, le XIII* le fut pour l'Orient.
Cependant le XIIP siècle, pris dans son ensemble, n'en est pas moins une époque féconde. Jusqu'à ses dernières années on voit encore debout quelques hommes éminents qui avaient traversé vaillamment de rudes épreuves.
On ne rencontre pas, il est vrai, des hommes réellement
supérieurs comme aux siècles précédents, mais bien une phalange serrée d'hommes remarquables dans les diverses branches des connaissances humaines : le niveau scientifique s*est élevé. Tel était l'ascendant qu*avait pris la science, que les Barbares eux-mêmes ne tardèrent pas à le subir. Quand l'ivresse de la lutte fut passée et que les Barbares eurent pris racine dans les contrées envahies, ils firent appel aux savants comme s'ils voulaient faire oublier les désastres que la science avait éprouvés à Bagdad. La dynastie Mongole, qui se fixa dans la Perse, confiait l'administration des écoles et le gouvernement de l'état à deux hommes des plus éminents de l'époque, Nasser eddin Etthoussy et Racliid eddin ben Imad eddoula, tandis que d'autres Mongols s'en retournaient en Chine accompagnés de savants arabes (1).
Le XIII* siècle se distingue des siècles précédents par une culture plus étendue et plus sérieuse de deux branches de la médecine, l'oculistique et la botanique, et ces travaux étaient fondés sur la pratique et l'observation. Jusqu'alors les sciences naturelles étaient restées assez étroitement atta* chées à la tradition grecque. Nous voyons maintenant des botanistes qui voyagent pour étudier directement la nature. Tels furent Aboul Abbas Ennebaty et Racbid eddin ebn Essoury ; tel fut encore Ebn el Beithar qui les surpassa par l'alliance de l'érudition h l'étude personnelle.
Quant aux traités d'oculistique, jamais ils n'avaient été aussi nombreux et aussi importants : d'autre part les hôpitaux avaient des services réservés spécialement aux ophthalmiques.
Si nous jetons un coup d'œil sur les diverses contrées musulmanes, nous voyons la tradition scientifique généralement vivace malgré les malheurs des temps.
Nous avons déjà dit que les Mongols fixés en Perse se convertirent à la science. Ils firent plus, ils se convertirent h l'Islamisme, ce qui était pour eux un progrès, et c'est &
(1) D*autre part, c'est à Tinyasion Mongole, aux missions et aux voyages qu'elle provoqua, quo TEuropo dut do connaître enfin Textrèine Orieut.