REVUE 80UMAIIIE DU TREIZIÈME SIECLE
un médecin qu'en revient en partie l'honneur, à Cothob eddin Echchirazy, l'un des disciples de Fakhr eddin Errazy. En même temps que les savants issus de cettc5 école partaereaient les travaux astronomiques de Nasser eddin Etthoussy, un médecin, qui fut aussi un historien, Rachid eddin, fut longtemps investi des fonctions de vizir. C'était enfin alors qu'écrivait Kazouiny, que ses travaux en cosmogra- I)hie, en géographie et en histoire naturelle ont fait appeler le Pline de VOrient.Les lumières ne subirent donc en Perse qu'une éclipse momentanée, et ce fut aux disciples de Fakhr eddin et à Nasser eddin Etthoussy qu'elles durent d'être rallumées.
Dans l'Irak, le foyer primitif s'éteignit complètement et c'en fut fait des destinées scientifiques de Bagdad.
Au commencement du siècle, Bagdad soutenait encore modestement sa vieille réputation. Les Mongols arrivèrent et ce fut sur elle qu'ils frappèrent le plus rude coup. Les institutions furent abolies, les édifices ruinés et les bibliothèques devinrent la proie de l'incendie.
Telle était la prodigieuse quantité de livres qu'elles contenaient, qu'avec ceux échappés aux flammes, on fit^ en guise de briques, un pont sur le Tigre, dont les eaux prirent la couleur de l'encre. «
La Syrie, ce champ de bataille où se mêlèrent les Croisés, les Égyptiens et les Mongols, ne fut jamais aussi florissante et aussi féconde qu'en ce siècle de bouleversements. Les noms arabes dominent parmi les savants; mais & côté nous voyons des noms de chrétiens et de juifs qui tous partageaient la confiance et les honneurs des souverains. Pendant tout le siècle, Damas tint le sceptre de la science. Les princes AYoubites continuèrent les traditions de Nour eddin et de Saladin. Non-seulement ils recherchaient les médecins et les attachaient à leur service, mais ils conférèrent ù cinq d'entre eux la qualité de vizir.
Nous connaissons les noms de plusieurs nommés chefn des médecins en Syrie, et d'un plus grand nombre attachés aux hôpitaux de Damas, où ils enseignaient la médecine. L'un d'eux donna sa mai)%on pour y fonder une nouvelle écoU».
122 HISTOIRE DB h/i MÂDGCINS ARABE. — LIVRE SIXIÈME.
Aboulfarage, l'historien des dynasties, etEbnÂbiOssaïbiab, l'historien de la médecine, conjmencërent à Damas leurs études médicales. AbdelLatif y séjourna.
Les hôpitaux de Damas avaient des services d'ophthalmiques, et l'ocuiistique fut particulièrement cultivée.
I] en fut de même de la botanique. C'était dans le Liban qu'Ebn Essoury faisait ses herborisations, accompagné d'un peintre. Ebn el Beithftr habita quelque temps Damas et en fit le centre de ses excursions.
Alepfutle séjour de Djemal eddin, l'auteur du Kitab el hokama, le grand érudit, le plus grand bibliophile qui se soit produit parmi les Arabes.
Citons encore les noms de quelques médecins distingués, Radhy eddin Errahaby, le grand praticien; Iakoub ben Saclan, chrétien profondément versé dans la connaissance de Galien ; Ebn Eddakhouar qui partageait son temps entre les écoles et les hôpitaux; le juif Omran el Israïly, savant pro* fesseur et bibliophile.
Si l'Egypte jette un moins vif éclat que la Syrie, nous devons observer que beaucoup de savants fréquentèrent alternativement les écoles et les hôpitaux de Damas et du Caire, et que les destinées des deux pays furent souvent unies. Les Aïoubites conservèrent les traditions de Saladin.
L'un d'eux essaya de retenir Aboul Abbas, et fut plus heureux à l'endroit d'Ebn el Beithâr. Vers la fin du siècle, Kalaoun protégea les sciences et les arts. Il restaura le Moristan, et ce fut sous ses auspices que parut le Nacery^ traité d'hippologie et d'hippiatrique. L'Egypte peut aussi revendiquer le naturaliste Tifachy.
Un fait curieux à signaler, c'est la culture des sciences par plusieurs princes d'un petit état de l'Iémen.
L'Espagne avait pour ainsi dire jeté toute sa sève au XII* siècle. D'ailleurs la domination musulmane se restreignait de jour en jour et le sol manquait de stabilité. Nous n'avons que deux ou trois noms à relever. En tète se place Aboul Abbas qui pratiqua sur une plus grande échelle que quelques-uns de ses devanciers l'observation de la nature, et s'en fut herboriser à travers le Magreb et en Orient. Il eut aussi
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la gloire de former Ebn el Beithftr. Un autre i^aître d'Ebn el Beithftr doit ôtre signalé» Abd Allah ben Saleh^ qui herborisait sur les deux rives du détroit. Le Maroc bénéficia des malheurs de l'Espagne et compta un astronome, Aboul Hassan.
Cependant les chrétiens continuaient à vivre de la science arabe. Alphonse oubliait la couronne impériale au milieu de savants astronomes, et ces savants étaient des Arabes. C'est avec leur concours qu'il rédigea les Tables qui portent son nom.
Si nous jetons un coup d'œil sur l'ensemble des autres sciences, nous recueillerons partout des preuves de leur culture, moins étendue toutefois que celle de la médecine.
Et d'abord la géographie comptait toujours des adeptes chez les Arabes, peuple éminemment voyageur.
Iakoub, chrétien d'origine, mais captif dès son enfance^ dut à son séjour chez les Arabes la connaissance approfondie de leur littérature et des contrées musulmanes. Ses précieux dictionnaires nous sont parvenus.
Un espagnol, Ebn Saïd, allait étudier à Bagdad, qui comptait encore trente-six bibliothèques, dit M. Keinaud, et publiait des travaux de géographie qui furent utilisés par Aboulféda.
Un marocain, Abd el Ouahid, nous a laissé une description du Magreb.
Un autre marocain, Aboul Hassan, composait un ouvrage d'astronomie, récemment publié par M. Sédillot, et qui a le mérite de nous initier aux instruments dont usaient les Arabes.
A Tautre extrémité du monde musulman, Nasser eddin Etthoussy, aidé par un groupe de savants, faisait des observations astronomiques à l'observatoire de Meraga construit par le Mongol Houlagou, et publiait les tables Ilkhaniennes.
En même temps Kazouiny écrivait les Merveilles de la nature, qui traitent non-seulement de l'histoire nat urelle, mais encore de la cosmographie et de la géographie.
Nous avons déjà cité le nom de Thifachy, l'auteur du Livre des Pierres.
Nous ne tappellerons pas tous les noms des médecioâ qui se sont illustrés eu dehors de la pratique médicale, nous citerons seulement les noms d*Âbdellatif qui écrivit aussi sur Thistoire naturelle, et de Nedjem eddin el Loboudy qui fut un savant astronome. Plusieurs médecins syriens cultivaient les mathématiques et nous verrons Tun deux porter le nom de Mouhandes^ le géomètre.
Enfin il est un grenre d'écrits que nous ne saurions passer sous silence et qui est le complément de ceux que nous venons de passer en revue, c'est Thistoiro de la science et des savants. Le XIII* siècle fut plus riche qu'aucun autre sous ce rapport. Trois grands ouvragées lui appartiennent, dont deux nous intéressent particulièrement. L'un est l'histoire des médecins d'Ebn Abi Ossaïbiah, l'autre le Kitab el kokama, ou livre des savants, de Djemal eddin. A côté de ces deux monuments se place la biog'raphie d'Ebn Khallican qui traite des hommes illustres en gfénéral. Il faut citer encore Aboulfarage, qui nous donne parfois sur les savants des notices originales.
En somme le XIII* siècle fut uu siècle bien rempli. Si l'invasion de Tamerlan n'était pas venue continuer l'œuvre de Gengiskân, on peut croire que la science aurait continué de fleurir en Orient.
La Perse ne compte plus au XIII* siècle un Rasés, uu Avicenne, un Fakhr eddin ; cependant elle présente encore un erroupe de savants recommandables, qui attestent une grande culture scientifique. A ce groupe nous rattacherons un représentant de la haute Asie, Nedjem eddin, qui naquit à Samarcande et finit ses jours à Hérât. On voit que la science avait gagné du terrain.
Un grand événement troubla ces contrées, l'invasion Mongole, et cependant la science se maintint en permanence et même finit par dompter les barbares. Houlagou n'avait pas seulement un faible pour une catégorie de savants dont les travaux ne furent pas toujours infructueux, les alchimistes, il fit construire un observatoire & Merags^. Le célèbre Nasser eddin Etthousy y faisait des observations et avait en même temps l'administration des immeubles attachés à toutes les écoles de l'empire Mongol.
Mais les Mongols firent plus que de s'apprivoiser, ils se convertirent à l'Islamisme, c'est-à-dire à la civilisation et ce
fut surtout l'œuvre d'un savant médecin Cothob eddin Echchirazy. Ce médecin et son frère Kemal eddin furent aussi les instruments de la paix proposée par Ahmed Khan converti au sultan d'Egypte Kalaoun.
Un autremédecin, qui, malheureusement, devait succomber à des intrigues de cour, Rachid eddin, occupa longtemps à 1 1 cour Mongole le poste de vizir.
126 HISTOIRE DE Lk MÉDECINE ARABE. — LIVBB SIXIÈME.
Le plus éminent disciple de Fakiir eddin Errazy, Gothob eddin el Misry, cultivait la philosophie et propageait les doctrines médicales d*Âvicenne, qui furent aussi commentées par Cothob eddin Echchirazy.
La Perse eut enfin l'honneur de produire le plus éminent et le plus complet naturaliste de TOrient, Kazouiny.
Enfin la Perse peut revendiquer certains médecins qui abandonnèrent leur pays natal pour la Syrie, tels que El Kkouay et El Khozrouchahy.
QUOTHOB EDDIN EL MISRY.
Quothob eddin Ibrahim ben Âli ben Mohammed Esselmy, dit aussi El Misry, en raison de son séjour en Egypte, était originaire du Magreb. 11 vint en Egypte, où il résida quelque temps, puis se rendit en Perse où il étudia sous Fakhr eddin Errazy. C'était le plus éminent de ses élèves et en quelque sorte son lieutenant auprès d'eux. Il composa plusieurs ouvrages de médecine et de philosophie. Il fut tué dans le ^ac de Nisabour par les Tarfares, en l'année 1221. Parmi ses ouvrages on cite un commentaire sur les généralités du Canon d'Âvicenne. Dans cet ouvrage, dit Ehn Âbi Ossaïbiah, il place El Messihy et Fakhr eddin au-dessus d'Avicenne. Il dit qu'El Messihy eat plus savant qu'Avicenne^ sa paraphrase est plus claire et plus nette que le texte.
CREMS BDOm EL KHOUAY.
Aboul Abbas Ahmed ben el Khelil Ghems eddin el Khouay naquit à Khoua dans les environs de Tauris, en 1187. Il eut pour maître Quothob eddin el Misry, et enseigna plus tard la médecine et la philosophie à Damas, où il mourut en 1240.
Cette notice est tirée de Wiistenfeld, le Ms. de Paris ne parlant pas d*El Khouay, non plus que du suivante
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CHEMS EDDIN KHOS&OUCHAHY.
Âbou Mohammed Abd el Hamid ben Issa Ghems eddia el Kbosrouchahy naquit à Kbo3rouchaU en 1184 et suivit les cours de Fakhr eddin Errazy. Il mourut h Damas en 1254. Malek Ennacer Daoud, prince de Karak^ avait pour lui la plus grande considération. Quand il se rendait chez lui pour y étudier Touvrage d'Avicenne, dit Ouyoun el Hikma ou sources de la sagesse, arrivé près de la maison du professeur, il se séparait de ses gardes et entrait à pied, son livre sous le bras, et, la leçon finie, ne laissait pas le maitre se déranger pour le reconduire.
KEDJIB EDDIN ESSAMARCANDY.
Abou Hamid Mohammed ben Ali ben Omar Essamarcandy (Nedjib eddin) était un médecin éminent, qui florissait ii répoque de Fakhr eddin Errazy et fut tué par les Tartares, lors du sac de Hérat, en 1222. Il écrivit plusieurs ouvrages, qui nous sont parvenus pour la plupart.
Le plus connu et celui qui lui a fait le plus de notoriété, est le livre des Causes et des Symptômes, dont il existe des exemplaires dans la plupart des collections européennes, et notamment à Paris sous les n** 1018, 1063, 1064 et 1008 de Tancien fonds. Nous en avons aussi rencontré un bel exem* plaire en Algérie. C'est un ouvrage excellent et qui accuse de fortes études. (1)
D'après Ebn Abi Ossaïbiab, Nedjib eddin composa un livre sur le traitement des maladies par les aliments. Cet ouvrage doit exister à l'ancien fonds arabe, n* 1022. C'est Tavantdernier ouvrage contenu dans ce manuscrit, qui en contient six, et aussi de l'autre Samarcandy.
Il existe aussi un supplément, n* IOjC sans titre également.
(]} Hadji Ehalfa, n« 594, dit que cet ouvrage acquit encore plus de célébrité par le commentaire qu'en fit Nefis ben Aoudh.
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Il écrivit deux formulaires, un graud et un petit. Noua en avons des exemplaires à Paris, n** 1022 de l'ancien fonds. Les médicaments y sont traités par ordre de maladies de la tète aux pieds. Un autre exemplaire existe au supplément sous le n"* 1030. Nous manquons de données pour rang'er ces Mss. sous les dénominations de grand et de petit Formulaire.
La Bodléienno lui attribue un Traité des médicaments faciles à trouver. La B. de Leyde cite un Traité des médicaments cordiaux et de Tanatomie de Toeil.
Enfin Hadji Khalfa, n* 840, mentionne un Traité des principes de la composition, Oussoûl etterakib.
OV*- BEDR EDDIN EL CALANISY ESSAMARCANDY.
j î(^ Nous n'avons pas la date précise de l'époque où il vivait,
mais d*après la place qu*il occupe dans Ëbn Âbi Ossaïbiah nous devons croire qu'il vit le commencement du XIII* siècle. Nous donnerons ses noms au complet, pour le pouvoir distinguer de tautre Samarcandy.
Mohammed ben Bahram ben Mohammed Bedr eddin el Calauisy Ëssamarcandy, était, dit l'historien de la médecine, un excellent praticien, qui écrivit un formulaire en 49 chapitres, où il traite des médicaments composés d'après les bons livres, tels que le Canon, le Continent, le Camel (d'Ali ben el Abbas, le Mansoury (de Razès), la Dekhîra, etc.
Cet ouvrage existe à Paris, ancien fonds, sous le n* 1022, où il vient en troisième lieu, après un autre formulaire.
Nous trouvons dans ce Manuscrit précisément les renseignements donnés par Ebn Abi Ossaïbiah. Nous renonçons & donner le détail des 49 chapitres, où sont répartis le;j diverses préparations officinales, les proportions de cet ouvrage en failsant plutôt un Manuel qu'un Traité complet do la matière. Calanisy est assez souvent cité dans le Tedkira de Soueidy.
COTHOB EDDIX ËCHCHIRAZY.
Nous avons vu bien souvent la médecine conduire ses adeptes à des positions éminentes : Gothob eddin Echchirazy en est un des derniers exemples. Mais, cette fois, il ne s'agrit plus de souverains musulmans, il s^ae^it de barbares, des Mongols. Non-seulement Gothob eddin fut en faveur auprès d'eux, mais il contribua puissamment à les convertir h Tlslamisme, c'est-4Miire h la civilisation.
Il naquit it Chirâz en 1230, d'une famille qui avait compté une série de médecins distingués. Il commença ses études auprès de son père Dhya eddin Masoud el Cazrouny, qui était attaché à l'hôpital de Chiraz, et après l'avoir perdu à l'âge de vingt ans, il les continua sous son oncle Kemal eddin Aboul Kheir el Kasrouny.
Ayant conçu le projet de commenter les Généralités du Ganon d'Avicenne, il s'inspira d'abord des conseils de sou oncle, puis des médecins Mohammed ben el Kichy et Gherf eddin Zaky el Bouchkany. Il se mit ensuite à recueillir les ouvrages de ses devanciers, tels que Fakhr eddin Errazy, Gothob eddin el Misry, Afdhal eddin ben Mohammed, Zein eddin Abd el Malek el Khounedjy, Kafi eddin Abd el Aziz ben Abi el Uuahid ed Djily, Nedjem eddin Ahmed ben Abi Bekr Ennakhdjiouany. G'est lui-même qui nous le raconte dans la préfacede son livre, dont nous avons examiné un exemplaire à l'Escurial sous le n* 8G4, ancien 850. Il se mit ensuite à voyager, parcourut le Khorassan, les deux Iraks et la Perse et poussa môme dans le pays de Roum, ou l'Asie mineure, se mettant en relations avec les savants et les médecins du pays et leur communiquant ses observations et ses doutes.
Un grand événement survint qui lui permit aussi d'étendre le cercle do ses explorations.
La Perse était alors gouvernée par des princes Mongols de la famille d'IIoulagou. Lo prince régnant, Ahmed Khan, qui se trouvait alors en guerre avec FEgyptc, se fit toutà-