MASOUD BEN EL QASS
Masoud beuel Qass el Bagdady était un médecin chrétien de Bagdad habile dans son art. Le Khalife Mostassem le prit à son service et l'admit dans sou intimité. Il lui confia mémo la santé de ses femmes, de ses enfants et de ses serviteurs. Lors du sac de Bagdad, Masoud se tint renfermé dans sa maison et y resta jusqu'à sa mort. Il laissa un fils dont le nom suit.
ABOC NASR U AttSENNAMA.
.\bou Xasr était un homme distingué, d'une grande intelligence, mais d'un tempérament maladif, prenant en toute saison de la tisane d'orge et se soumettant à un régime sévère, ce qui le conduisit aux confins de la vieillesse. C'était particulièrement un habile mathématicien.
144 UISTOIUB Df£ LA MÉDECINE AHABli:. — UVKE SIXIÈME.
ISSA BEN £L QUASSIS.
Issa ben elQuassis apprit la médecine à l'école de son père, qui était un médecin distingué, dont les leçons étaient suivies. Il avait un caractère irascible et Aboulfarage nous raconte qu'il eut avec lui un démêlé à propos de ce fait que les Syriens dans leur supputation du temps comptent par les nuits au lieu de commencer par les jours. Aboulfarage raconte une autre anecdote qui prouve, dit-il, la hauteur de son caractère. Dans sa jeunesse il avait tracé de sa main un exemplaire du Canon, qui plus tard était entré légalement dans la Bibliothèque de l'école dite Monstanserya du nom de soti fondateur. Sur ses vieux jours il en demanda la communication pour quelque temps afin d*en corriger les fautes, ne voulant pas, dit-il, qu'après sa mort on pût lui faire un reproche de ces fautes. Il vécut de longs jours.
KEMAL EDDIN BEN lOUNOUS.
Abou Amran Moussa Kemal eddiu ben lounous était d'une famille de savants de Mossoul, où il naquit en 115G, et il devint lui-même un des hommes éminents de son temps. Après avoir étudié la médecine à l'école de son père, il alla compléter ses études à Bagdad.
A la mort de son père, il le remplaça comme professeur. Il succéda pareillement & son frère.
Parmi ses élèves on compte le médecin Théodore, auquel il expliquait Alfaraby, Avicenne, Euclide et Ptolémée. Il mourut à Mossoul en 1242.
Il écrivit des commentaires sur Avicenne, sur le Coran et un livre de logique.
Kazouiuy rapporte qu'au temps de Malek el Kamel, les Francs demandèrent en Syrie la solution de questions de médecine, de philosophie et de mathématiques. La dernière ne fut résolue que par Kemal eddin. Il s'agissait de cons-
IKAK. M5
truire un carré d'une valeur ègfale h un segment de cercle. (Ed. Wttst. II, 310\
Dans Bou Autobiographie, Abdellatif noui» donne Kemal eddin comme très fort en mathématiques. (V. de Sacy, Abdellatif, p. 4ij'2\
THKODORE d'aNTIOCHE.
Théodore était un chrétien jacobite qui apprit à Autiochc le syriaque et le latin, en même temps qu*il se livrait ii rétude des sciences. Une première fois il se rendit à Mossoul, pour suivre les leçons de Kemal eddin ben Younous, puis il revint à Antioche, mais comprenant que ses études étaient incomplètes, il retourna bientôt à Mossoul. Il se rendit enfin & Bagdad où il compléta ses études médicales. Le sultan Ala eddin Teut quelque temps à son service, puis le prince Constantin d'Arménie, mais ces deux positions ne le satisfirent pas.
Ayant rencontré un envoyé, sans doute de Frédéric II (le texte dit l'empereur roi des Francs), il se rendit auprès de ce prince qui le combla de bienfaits et lui assigna en propre la ville de Camahya. La fortune lui ayant souri quelque temps, il fut pris du désir de revoir les siens et prit la mer à rinsu et malgré la volonté de i^on protecteur. Les hasards de la navigation l'ayant jeté dans un port où il apprit qu'il devait le rencontrer, il s'empoisonna dans la crainte d'un mauvais accueil qui ne lui était sans doute pas réservé, dit l'historien des Dynasties.
UUAI.IFA nEN AHIL MAIIASSKN.
Il ne nous est connu que par le n* 1013 du supplément arabe qui contient de lui un traité d'ocnlistique, d'environ 250 feuilles in-octavo, intitulé Kitah el Kafy fil Kohli, le livre suffisant en oculistique. La copie est exécutée par* un médecin chrétien de Mossoul, Abd el Azi'A bon Abi Saîd, en l'année 67(J de l'hégire (12777, Q"î est dite corresi>ondre i\
TOMK II. îi)
Tannée d'Alexandre (lisez des Seleucides) 1280, ce qui fait une discordance d'une ou deux années. Elle fut à peu près contemporaine de l'auteur, qui cite parfois £bn el Beithfir, mort en Tannée 1248. L'auteur vivait donc dans la seconde moitié du XIIP siècle.
Dans l'introduction du livre nous voyons citées les autorités en matière d'oculistique. Il est un nom fréquemment cité dans le corps du livre et qui ne nous est pas autrement connu, c'est celui de Mansour auteur d'un Tedkira. Les divers auteurs représentent chacun une partie de la science, eCle but du présent ouvrage est d'en donner le résumé sous forme de compilation synoptique. Les pages sont généralement disposées en deux colonnes verticales où deux textes marchent parallèlement.
Les citations les plus fréquentes sont empruntées aux Traitements hippocratiqttes de Thabary.
çà et là se présentent des tableaux synoptiques. Les plus remarquables de C(5S tableaux sont les deux qui représentent les instruments. Chacun en contient dix-huit. Au-dessus y de chaque instrument est son nom et au-dessous son emploi \ les instruments sont coloriés arbitrairement, mais parfaitement dessinés. Plus loin nous rencontrons d'autres tableaux. Ainsi Tun d'eux pour les formes diverses de la cataracte, et un autre pour les affections oculaires qui ne tombent pas BOUS les sens.
L'ouvrage se divise en deux parties: Anatomie et hygiène, / thérapeutique. Nous rencontrons un chapitre particulier pour les affections dont le traitement est du ressort de la médecine opératoire.
Telle est la forme habituelle des chapitres consacrés aux maladies : définition, description, variétés, causes, signes, traitement, indication des simples employées.
Quelques chapitres méritent d'être signalés^ Tels sont ceux où l'auteur parle des qualités que doit posséder Toculiste, celui où il décrit les instruments, mais par-dessus tout celui où il traite de la cataracte. Le procédé opératoire est très minutieusement décrit. L*auteur fait aussi intervenir sa pratique privée.
ÏKAK. Il7
Il est assez longaement question de Topération par succion au moyen d'une aiguille creuse, instrument et procédé. Mansour, Tauteur d'un Tedkira dont nous avons déjà parlé, dit qu'il y a des praticiens qui emploient une aigruille creuse en verre.
Au chapitre de la cataracte se trouve un passage d'Ebn Ouafed (Eben Guéfith), désigné par son surnom de Dhoul Ouazaratein, l'homme aux deux vizirats, où il est dit que l'opération de la cataracte se fait de trois manières, par l'aiguille à trois angles, par l'aiguille arrondie et par l'aiguille creuse.
Le Tedkira cite encore un procédé applicable dans les cas de cataracte molle, et qui de prime abord semblerait un procédé par extraction tel qu'il est usité de nos jours. Mais l'expression deponcf ton nous fait croire qu'il s'agit de l'hypopiou plutôt que de la cataracte.
Les cent dernières feuilles traitent des médicaments simples et composés et des aliments.
A la fin nous trouvons une citation du Noiir cl Ouioun, ce qui semblerait invalider les dates données par chacun de ces ouvrages, mais ce passage est une intcrcallalion d'une écriture différente.
En somme le Kafy est un bon ouvrage. Il est représeutO par un exemplaire dans les Bibliothèques de l'Orient.
AUOULFARADJ GREGOIRE*
Aboulfaradj Grégoire, fils d'Ahroun, vulgairement dit y'^^^ Atoulfarage Bar Ilébrirus, naquit k Malatia ou Mélitènc en 1226. Pococke Ta confondu avec un autre Aboulfarage dit Ebn Thayeb, dont nous avons déjh parlé, et qui appartenait comme lui & la religion chrétienne.
Son père était médecin et fut son premier professeur. Lui-même nous apprend qu'il nlln «rontînuer ses étudo-; médicales à Damas, k l'époque des deux fils de Uakaby.
11 y resta sans doute quelque temps, car il ajoute qu'il fut
chargé d'un service de malades à Thôpital Ennoury en même temps que l'un d'eux, Djemal eddin.
Cependant il ne se borna pas à l'étude de la profession paternelle, mais il apprit, outre le syriaque, les langues f^recque et arabe, et s'occupa surtout d'iiistoire, ainsi que de théologie, de philosophie et de grammaire.
Lors de l'invasion tartare il se retira à Antioche avec sa famille. Nous le voyons ensuite évoque de Gouba, deLacaba, d'Alep et en 126 1 élevé à la dignité de Mafrian ou Métropolitain des Jacobites. Son intervention atténua les souffrances que les populations chrétiennes eurent à souffrir desTartares. Il mourut à Méraga en 128G.
Les connaissances et le caractère d'Aboulfaradj lui attirèrent la considération même des musulmans. Pococke en donne pour preuve, entre autres, quelques lignes qui terminent un exemplaire de son livre des Dynasties, et qu'il croit de la main d'Ebn Khallican, son contemporain : c L'auteur de ce livre, Aboulfaradj, était un homme qui avait beaucoup lu, qui s'était appliqué avec fruit & l'étude de sciences variées, qui avait acquis dans la médecine une si rare habileté que l'on venait des pays de l'Occidentpour le consulter : bien qu'il fût chrétien, il compta parmi ses élèves un grand nombre d'hommes distingués parmi les musulmans. » On lit encore qu'il passait pour s'être fait musulman dans ses derniers jours ; ce qui de la part d'un écrivain musulman semble vouloir dire qu'il ne lui manquait, pour être parfait, que d'avoir embrassé l'Islamisme.
Aboulfaradj est surtout connu comme historien : cependant nous avons déjà vu qu'il a aussi des titres comme médecin. Nous allons en produire de nouveaux, l'exposé de ses œuvres. Elles comprennent des écrits originaux, des traductions et des commentaires.
Nous ne connaissons qu'un ouvrage de la première catégorie et encore ce n'est probablement qu'une comi)ilalion dans le genre du Continent de Razès. C'était un recueil uû il avait largement reproduit les opinions diverses des mé* decins.
Il réduisit en abrégé U Livre de Dioscorides, les Questions
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de Honein et l'ouvrage d*Errafeqiiy ^sans doute sur le,^ médicaments simples).
Il commenta les Apliorismes d'Hippocrate, le Traité de Galien sur les Éléments et les Tempéraments, les Signes et les Pronostics d'Avicenne.
Il entreprit enfin une traduction du Canon d'Avicenne qu'il ne paraît pas avoir achevée. Cette traduction était en syriaque, et c'est là une circonstance sur laquelle nous devons nous arrêter un instant. Ajoutons que l'autre travail sur Avicenne et deux travaux sur les Questions de Honein furent également exécutés en syriaque.
Des écrits de cette nature nous paraissent prouver que la langue syriaque se parlait encore à l'époque d'Aboulfaradj. Ils ont une autre signification que des poésies, un Traité d'astronomie, une Grammaire et d'autres ouvrages qui nous sont restés, et dont quelques-uns existent a Paris, également composés en syriaque.
On lit dans l'histoire des langues sémitiques : « Au XIIP siècle, un homme vraiment supérieur, Grégoire Bar Hebrauis rendit un éclat momentané à la littérature de son pays. Bar Hebrœus semble aussi parfois laisser croire que la langue syriaque est parlée de son temps, mais on peut supposer que le passage dont il s'agit (Histoire des Dynasties, page 16 du texte) implique seulement l'usage que les savants faisaient de l'ancienne langue, soit dans leurs écrits, soit dans leurs relations les uns avec les autres. >
Que le passage en question ne comporte pas d'autres conclusions, nous Tadmettons, mais nous croyons que le.^ ouvrages de médecine en syriaque et notamment la traduction d'Avicenne en comportent d'autres. Si le syriaque eu désuétude avait déjà fait place à l'arabe, les écrits d'Aboulfaradj n'auraient pas eu de raison d'être. Si ces écrits ne prouvent pas absolument que le syriaque s'était conservé comme langue vulgaire, ils prouvent tout au moins qu'il y avait des médecins syriens qui le comprenaient mieux que l'arabe.
Ce qui a fait la réputation d'Aboulfaradj parmi noun, cVst son Histoire des Dynasties, publiée et traduite i! y n deux
150 HIBTOinE DE LA MÊDECIXB A.RABE. — LIVRE SIXIÈME.
sièoleg par Pocockc. Dans cette histoire universelle poursuivie jusque vers la an duXIII* siècle, il rapporte les faits avec assez d'impartialité pour avoir h peu près satisfait les juifs et les musulmans, ainsi que le fait observer son éditeur.
Nous avons des raisons particulières pour nous occuper de l'Histoire des Dynasties. C'est là que, jusqu'à ces derniers temps, les historiens de la médecine ont puisé les plus amples renseignements sur les médecins arabes. On sait que la grénéralité des historiens, tant anciens que modernes, ont matérialisé l'histoire, la restreignant au récit des faits politiques et militaires sans s'inquiéter des faits de Tordre moral. Aboulfaradj a compris qu'il y avait dans l'histoire autre chose que des faits brutaux, et que les destinées humaines avaient subi des influences d'une autre nature et d'un ordre supérieur aux faits politiques. De temps en temps il s'arrête pour passer en revue les philosophes et les médecins appartenant à la période qu'il vient de parcourir.
Comme nous l'avons déjà dit, son livre a été la source la plus abondante où aient puisé les historiens de la médecine arabe. Il y a trente ans que WUstenfeld en citait encore la richesse et le mettait au second rang de ses autorités* ne se doutant pas que les notices d' Aboulfaradj sont empruntées généralement à un autre ouvrage aujourd'hui bien connu. Cet ouvrage n'est autre que le Kitab el hokama, tant exploité sous le nom de Bibliotheca philosophorum par Casiri, qui n'a pas su en découvrir l'auteur, Djemal eddin £1 Kofty, mentionné cependant par Aboulfaradj lui-môme.
Il est vrai qu' Aboulfaradj, tout en citant l'auteur et le titre de sou livre, ne signale pas les emprunts qu'il lui a faits, soit qu'il l'ait cru inutile, soit que cela fût dans les usages de l'époque. H suffit de rapprocher les deux ouvrages pour voir que la majorité dos notices d' Aboulfaradj ne sont pas autre chose que celles de Djemal eddin^ soit en totalité, soit en partie.
Parmi ces emprunts, il en est un que nous signalerons, bien que nous l'ayons déjà fait ailleurs, parce qu'il a quelque pou contribué à populariser le nom d' Aboulfaradj. Il s'agit de l'iiicendio de lu Hiblioth^que d'Alexandrie par les
Arabes. On sait que ce fait a été mis en doute, entre autres raisons parce qu'il est rapporté par un évèque chrétien. M. de Humbold, dans le Cosmos, où il a si bien jug:é la civilisation arabe, le traite de mythe. Eh bien, ce fait est rapporté par Djemal eddin, dans la vie de Jean le grammairien, où Aboulfaradj l'a pria de toute pièce, y compris l'exclamation finale : « Écoutez ce qui s'est passé et soyez stupéfaits ! » Il faut donc admettre la tribte réalité de cet événement, puisqu'il nous est raconté par Djemal eddin, le plus grand bibliophile qu'aient eu les musulmans. L'histoire de la médecine chez les Arabes témoigne & chaque page que la race n'est point solidaire du méfait d'un individu. Il est assez remarquable qu'Ëbn Abi Ossaïbiah, tout en empruntant au Kitab el hokama la notice de Jean le grammairien, u'a pas reproduit l'épisode de la bibliothèque d'Alexandrie«