KEMAL EDDIN MAHMOUD BEN EL HASSAN EL MOUSLY
Son surnom le fait origrinaire de Mossoul.
Hadji Kbalfa cite de lui au n« 10,907 un ouvrage intitulé Kenz etthabib, le Trésor du médecin, dédié à Maged eddin Omar fils du sultan Ghems eddin, souverain de Tlémen, de la fa^iille des Rassoulides.
Bien que nous n'ayons pas retrouvé ce surnom de Maged eddin, nous croyons qu'il s'agit d'Omar fils de Ghems eddin, que nous verrons plus loin auteur lui-même, et qui mourut en 000 de l'hégire, 1290 de notre ère.
SERAPION LE JEUNE.
Sérapion, dit le jeune, pour le distinguer de Sérapion l'ancien, qui vivait au IX* siècle, est uu être mystérieux sur lequel nous ne rencontrons aucun renseignement.Ou a le droit de s'en étonner quand on en a sur tant d'autres médecins qui ne valent pas mieux que lui et qui n'ont pas eu les mêmes honneurs.
On peut arriver h lui assigner approximativement une époque en cherchant dans son livre les médecins qu'il a cités. Et encore cette tâche est difficile quand on ne possède le Traité des simples que dans une traduction latine, ob les noms propres aussi bien que les mots techniques sont étrangement défigurés.
IBAK. lT<i
Le Traité des médicaments simples est un travail de pure compilation. L*auteur met à contribution surtout Dioscorides et Galien» le premier pour la description des simples et le second pour leurs propriétés. Il les complète par quelques autres médecins grrecs, tels que Paul d*Égine, Oribase, Rufus, et par les médecins arabes» persans et indiens ses devanciers. Une liste des auteurs est donnée en tète de réditiondes Simples do 1531, Strasbourg. On y compte quatre-vingts noms, y compris quelques titres de livres et des doubles emplois, ce qui réduit le nombre des auteurs cités à une soixantaine.
On a déjà essayé d'assigner une date h Sérapion par l'inspection de ces noms. On amis en avant celui d'Ëbn Guéfith, que Ton a cru sans doute le plus rapproché de nous. Ebn Guéfith mourut en 1074, ce qui met Sérapion au plus tôt vers la fin du XI* siècle ou au commencement du XII*.
Nous connaissons un autre nom cité qui rapproche davantage de nous Sérapion le jeune. Au n* 386, sous la rubrique Bizoard, on lit : Hajiatned eben ririfus. Lapis Bezahar confert veneno scorpionis, quando portatur in anulo, et inciditur in eo imago scorpîonû, luna existente in $igno scorpionis. Nous lisons d'autre part dans Ebn el Beithftr, à Tarticle Bézoar: c Ahmed ben lousef. La pierre de Bézoar est utile contre le venin des scorpions si on la porte dans un anneau d'or sur lequel on aura gravélafigure d'un scorpion, la lune étant dans le signe du scorpion. » — Il est évident que ces deux passages sont identiques. Malgré les altérations, qu'elles soient du fait du traducteur ou de l'imprimeur, noua n'hésitons pas à voir Ahmed ben Yousef dans iïa/iamed hen ririfus.
Nous constatons, soit dans cette traduction, soit dans d'autres, des altérations beaucoup plus étranges. Or Ahmed ben Yousef n'est pas autre que le naturaliste Tifachy, qui écrivait au beau milieu du XIII* siècle. Ce serait donc au XIII* siècle qu'il faudrait placer Sérapion le jeune. Il est encore quelques autres noms qui pourraient fournir des indices, mais il faudrait opérer sur le texte arabe et ce texte n'existe pa^i, sinon peut-être h Oxford. Il y a bien encore à
151 ni»TOIRS DE L.\ MÉDECINE ARABE. — LIVRE SIXIÈME.
Paris une version Iiébraïquo que nous avons déterrée ci sur laquelle nous reviendrofls, mais elle est incomplète. Nous avons essayé plus d'une fois de faire le dépouillement corn* plet des auteurs cités dans Sérapion, mais nous allions toujours nous heurter contre certains noms d'une restitution impossible. La collation avec la version hébraïque nous a bien fourni quelques éléments nouveaux, mais c'est surtout à un autre point de vue qu'elle nous a présenté de l'intérêt» et puis elle s'arrête au n» 350.
Sérapion produit bien rarement quelque chose de son crû.
On ne peut lui attribuer que de courts passag^es d'introduction, qui ne sont pas accompagnés de noms d'auteur.
Jamais il ne prend la parole pour éclalrcir des passagres douteux, signaler des erreurs ou des contradictions, ainsi qu'il arrive souvent à Ebn el Beithâr.
Le livre se divise en deux parties.
La première est une sorte de thérapeutique générale, où il est question des propriétés élémentaires, secondaires et tertiaires des médicaments.
Dans la deuxième, les médicaments sont traités en particulier, divisés en trois classes, végétaux, minéraux et animaux.
Le chiffre total est de 462.
Chaque article est une série de citations où les parties des* criptive et thérapeutique ne sont pas nettement séparées comme dans Ebn el Beithar. Une autre différence qui semblerait indiquer une époque plus reculée que le XIIP siècle, c'est que le chiffre des médecins arabes est relativement restreint dans Sérapion : Dioscorides et Galien en font presque tous les frais. Ce sont, du reste, des noms qui se retrouvent chez Ebn el Beithâr. Le Traité des simpliBs de ce der* nier rend presque insignifiante l'importance historique des simples de Sérapion, qui restent simplement un jalon, comme tant d'autres ouvrages qui n'ont pas eu l'avantage d'une traduction latine.
Sérapion fut traduit en latin vers la fin du XIII* siècle par U juif Abraham et Simon de Gènes, qui était médecin du pape Nicolas IV en 1:>88. La barbarie de cette traduction
IRAK. ITk)
.s*explique d'abord par sou procédé d'exécution à doux, procédé qui était fréquent à cette époque en Espagne. Un juif ou un musulman traduisait en langfue vulgpaire et un lettré reproduisait en latin. On sent dans les transcriptions Tinfluence de l'espagnol, ainsi : Xambar pour Chambar, Xaham pour Chaham, Bedeguard pour Badaouard, Guasima pour Ouasima. etc.
Quant aux énormités de transcriptions, que Ton ne sau«rait toutes mettre sur le compte des copistes ou des impri* meurs, nous croyons en trouver une autre raison, c'est que cette traduction latine dérive peut-être d'une traduction hébraïque.
Il existe au fonds hébreu de Paris une traduction hébraïque de Sérapion parfaitement méconnue. Le catalogue se contente de dire que c'est un Traité des Drogues, et que chaque article renferme des extraits de Dioscorides, de Galion, etc.
Le n* 1187 est tout simplement une traduction de Sérapion, dont il manque le commencement et la fin. Le manuscrit commence à la Garance, Foua, n® 60 de la traduction latine, et finit au Mezerion, u9 353. Nous avons lu attentivement ce manuscrit, et nous l'avons trouvé en tout confor* me à la traduction latine tant dans son ordonnance générale que dans ses détails. II peut servir à redresser bien des transcriptions vicieuses.
Dans la traduction latine un fait nous avait frappé, dont nous avions vainement cherché l'explication : nous l'avons trouvée dans la traduction hébraïque. Ce fait, ce sont des gynonymies en langue latine ou %iilgaire. Nous les avons retrouvées dans la traduction hébraïque. Elles semblent donc prouver que la traduction latine ne procède pas de l'arabe, mais de l'hébreu. Quelques-unes de ces synonymies sont dites appartenir à la langue latine et le plus grand nombreà la langue vulgaire, arr. Ce dernier mot correspond & VAdjemya d'Ebn el Heithftr. Citons-en quelques exemples :
Sousen c'est le Lt7tum,dit le latin. En vulgaire Liliou, dit l'hébreu.
loO HISTOIRE DB LA MÉDECINE ARABE — LIVRE SIXlflME.
Kerua c'est le Pentedactylus, dit le latin. En vulgaire Fintidaktîli, dit Thébreu.
Seliklia c'est le Cassia lignea^ dit le latin. En vulgaire Kasia ligniah, dit Thébreu.
Caphor c'est le Camphora, dit le latin. En vulgttire Kant'foura.àit l'hébreu.
Il n'y a pas jusqu'aux fautes qui ne soient repioduites. Ainsi au lieu de Mougats^ racine de grenadier sauvage, l'hébreu donne Maad, et le latin JUtTiad. A propos du Raphanttô, l'hébreu donne Acsakous au lieu de Costus et le latin donne Asceos.
Nous croyons donc la version latine faite en regard, sinon d'après l'hébreu, ce qui a dit nécessairement apporter le trouble dans les transcriptions, indépendamment de l'ignorance de la langue originale par l'auteur de la rédaction latine. Quelques exemples de noms propres. Maçoudi est souvent cité, parfois correctement mais aussi sous cette forme : Almasaherodi. lounious est transformé en Barbios, Costus en Constantinus. (Abou Hanifa) Ahmed ben Dacud eddinouri, en Ahamet eben David lumar. Au lieu do Damascus ou Damascenus^ on lit Damaschut^ etc.
La traduction n'en est pas moins donnée comme faite d'après l'arabe.
m. SYlllE.
Le XIII* .siècle fut le grand siècle scientifique de la Syrie. C'est alors que les institutions fondées par Nour eddin et les encouragements donnés par Saladin portèrent leurs fruits, malgré les agitations politiques. Les princes Aïoubites qui leur succédèrent continuèrent les mêmes traditions et rappelèrent les beaux temps des Abbassides.
Tout ce qui peut intéresser la médecine se rencontre alors en Syrie. Concours de médecins éminents la plupart attachés aux hôpitaux et y enseignant la médecine, nouvelle école fondée, extension donnée h la pratique de Toculistique, culture passionnée et nouvelle de la botanique, création de médecins en chefs, grand nombre d*entre eux attachés à la personne des souverains, investis de fonctions publiques et même élevés h la dignité de vizir. Et cela, sans acception de croyance. Juifs, chrétiens et musulmans partagent la confiance des princes, les honneurs et les dignités, Tros Rutulus ve fuat.
Nous devons faire observer toutefois que, dans ce nombre considérable de médecins les musulmans sont en majorité, ce qui prouve dans la race une sorte de renaissance et une ferveur scientifique digne des premiers temps.
Parmi les médecins, éminents de l'époque nous pouvons citer Iladhy eddin Errahaby, Tcminent praticien dont Texisteuce réglée se prolongea durant tout un siècle ; le chrétien Iakoub beu Saklau, le médecin de sou temps qui possédait le mieux Galien ; Uachid eddin ben Itefiqua, bon praticien, oculiste ingénieux, qui opérait la cataracte par succion ; Itachid eddin ebu Essoury, qui fit plus que décrire les plan-
ir>8 UISTOIRË DE LU MÉDECINE AHÂ.BE. — LIVRE SIXIÈME.
tes, qui les peignit ; Ebn Eddakhouar qui consacrait tous les jours trois heures à renseignement de la médecine à l'hôpital ; Omran el Israïly distingué comme professeur et comme bibliophile; Âbdellatif bien connu pour sa relation de rÉgypte, et dont les nombreux ouvrages embrassèrent presque toutes les branches de la science ; enfin Thistorien de la médecine Ebn Abi Ossaïbiah.
La nouvelle école de médecine fut fondée par Ebn Dar khouar, qui donna sa maison, à la condition que Cherf eddin, fils de Rahaby, y professerait.
C'est & Damas que l'historien de la médecine et rhistorien des Dynasties, Ebn Abi Ossaïbiah et Aboulfarage, commen • cèrent leurs études médicales.
La médecine était particulièrement enseignée par liachid eddin Errahaby, Cherf eddin son fils, lakoub ben Saclan, Mouaffeq eddin Essaddaca surnommé Essamiry, Ebn Eddakhouar.
Trois médecins reçurent le titre de médecins en chef. Nous en connaissons une dizaine qui furent attachés aux hôpitaux de Damas. Quolques-uns étaient aussi chargés du service du palais.
Plusieurs d'entre eux furent attachés h la personne des souverains, tant à Damas que dans les diverses principautés de la Syrie.
L'oculistique fut l'objet d'une attention spéciale. Nous voyons des services d'ophthalmiques dans les hôpitaux, et Sedid eddin ben Kefiqua se servir pour la cataracte d'une aiguille creuse.
La botanique fut particulièrement cultivée. Ebn el Beîthar séjourna quelque temps à Damas. C'est là qu'il fit la connaissance de son futur biographe, qui parcourut avec lui les environs, Discorides à la main.
Un autre botaniste Ebn Essoury parcourait les montagnes du Liban avec un peintre, et composait un livre où les plantes étaient représentées.
C*est en Syrie aussi que résidait le biographe et le grand bibliophile Djemal eddin, l'auteur du Kitab el hokama.
Finissons en disant que cinq médecins furent élevés a la ilig'uité de vizir.
FAKIIR EDDIN RODIIOUAN BEN ESSAATY.
Fakhr cddin Rodhouân ben Mohammed ben Ëssaaty naquit à Damas. Son père était du Khorassan et vint s'établir dans cette ville où il résida jusqu'il sa mort.
C'était un homme remarquable par ses connaissances en astronomie et en horlogerie^ d*oii lui vint son surnom d'Es* saàty. C*est lui qui fit du temps de Nour eddin les horloges de la porte de la Mosquée de Damas. Il laissa deux enfants: Boha eddin, le premier poète de son temps^ qui mourut au Caire et laissa un Divan ou Recueil de poésies, et Fakhr eddin.
Fakhr eddin apprit la médecine h Técole de Iladhy eddin Errahaby et d*£l Mardiny. Malek el Faidh, fils de Malek el Adel, le prit à son service, Tadmit dans son intimité et lui confia les fonctions de vizir.
C'était aussi un poète et un musicien. Il mourut à Damas. Sa grande autorité en médecine était Avicenne, aussi laissa-t-il un commentaire sur le Canon et un complément du Traité de la colique.
M. Sangttinetti nous a conservé de ses vers, diaprés Essafady.
Les miens me jalousent pour mon habileté ;
Je suis en effet au milieu d'eux un homme à part :
Mais je veillais pendant qu'ils dormaient;
Veiller et dormir sont deux.