EBN EL BEITHAR. X^MI
Ebn el Beithur est le phis <^rand botaniste de TOrieut. Panni les médecins arabes troU ou quatre seulement pourraient lui être comparés, Errafequy, le cliérif El Edrisay, Aboul Abbas Ennabaty et Rachid eddin Essoury. Tous étudièrent la nature et agrandirent son domaine» les deux premiers en Espagne et dans le Magreb, les deux autres en Orient surtout. Aboul Abbas fit un pèlerinage scientifique en même temps que religieux. Rachid eddin parcourait les montagnes de la Syrie en compagnie d'un peintre qui lui dessinait les plantes : malheureusement ses écrits ne nous sont pas parvenus. Ebn el Beith&r joint à leur mérite celui de rérudition. Il profita de leurs travaux et de ceux de tous ses devanciers. Il nous a laissé le plus riche répertoire de l'histoire naturelle médicale chez les Arabes.
Dhya eddin Abou Mohammed Abdallah ben Ahmed surnommé Ennabaty, le botaniste, el Malaky^ de Malaga^ sa patrie, mais plus connu sous le nom d'Ebn el Beith&r, ou le fils du vétérinaire^ naquit dans les dernières années du XII* siècle de notre ère. G*est par suite d'une lecture fautive, par la confusion de Nabaty avec Benany^ confusion facile en arabe, qu'on Ta fait naître dans une localité fabuleuse de Benana, aux environs de Malaga.
Outre le témoignage des historiens et son surnom, nous avons le témoignage d'Ebn el Beithâr lui-même, qui parle plus d'une fois dans ses ouvrages de Malaga comme étant sa patrie. C*est ainsi que dans le Mor'ny, à propos de l'os de sèche, il dit l'avoir recueilli sur la plage de Malaga sa patrie.
Nous ignorons l'année de sa naissance. On pourrait peutêtre admettre l'année 1107 que Léon l'Africain, bien souvent à côté de la vérité, nous donne comme celle de son décès. Fils de vétérinaire, il puisa peut-être à la maison paternelle le goftt de la botanique et de l'histoire naturelle. En tout cas il rencontra des maîtres pour seconder ses Tojir n. Kl
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gohts et diriger ses études. Nous en connaissons trois : Aboul • Abbas Ennabaty, Abdallah ben Saleh et Ebn el Hadjadj de Séville. C*est au premier qu'il doit le plus ; c'est de lui qu'il parle le plus souvent et avec un sentiment de reconnaissance et de vénération.
Ebn el Beithâr habita probablement Séville, où noua savons que résidaient Aboul Abbas et Ebn el Hcdjadj.
Il fit avec Aboul Abbas des herborisations dont il nous a conservé le souvenir. C'est ainsi qu'il nous dit avoir rencontré dans telle et telle localité, telle et telle plante, ainsi le houx frelon, le romarin, l'asperge, etc. Il nous donne aussi le nom des plantes dans la langue du pays, qu'il appelle généralement Adjemia, et qu'il dit quelquefois être la langue latine, ce qui veut dire la langue espagnole en voie de formation.
En l'année 1216 ou 1217, Aboul Abbas partit pour l'Orient. Quelques années après, en 1219 ou 1220, Ebn el Beithâr prit la même route. Il passa par le Magreb et dut y voyager à petites journées, vu le grand nombre d'observations qu'il y a faites. Non-seulement il relate les plantes qu'il y a récoltées, mais il nous a conservé beaucoup de noms berbères, qui furent introduits par lui dans la nomenclature et figurent même depuis dans les dictionnaires arabes. Son séjour dans le Maroc est accusé par la mention de TArganier. Il a dû s'arrêter quelque temps à Bougie, où il se trouvait en l'année 1220, ainsi qu'il le rapporte dans le Mor'ny, h propos de la clématite, (n« 1029, s. Ar. f» 235). Bougie était alors un petit foyer de lumières, dont M. Gherbonneau nous a révélé l'existence. Ebn el Beithâr parle longuement de l'Athrilal, Ptychotia verticillata, dont une tribu des environs, les BeniOudjehen, faisait le commerce comme spécifique do la lèpre. Il s'arrêta à Constantine, etc*est dans les environs, autour du monument dit le «Souma, qu'il récolta pour la première fois la pyrêthre. A Tunis, il récolta le Tafraît^ Cynara acaulis. Nous le trouvons ensuite à Tripoli où il observe pour la première fois VOuchchar, Asclepîas proccra. Nous le voyons encore herboriser à Barca.
Ici nous lo perdons de vue et nous serions tenté de croire
qu'il s'embarqua et fut jeté sur les côtes de l'Asie mineure. Telles sont les raisons qui nous font croire h cette aventure. Nous lisons dans le Mor*ny qu'en Tannée 1224 il récolta aux environs d'Adalia, à Kala Hissarsily, un Teucrium qu'il rapporta à Alexandrie. D'autre part, si nous recherchons dans ses écrits la mention des localités qu'il visita dans cette direction, nous nous arrêtons à Antioche. Nous ne pouvons donc admettre que sa présence à Adalia fut la conséqueuce d'un voyage qu'il aurait poussé de la Syrie vers l'Asie mineure. Quoi qu'il en soit, il est positif qu'il toucha les côtes de l'Asie mineure et nous croyons que dans ce fait il faut voir ce que Ton nous a raconté de lui, qu'il voyagea dans le pays de Roum. C'est à tort qu'on a vu là le pays des Grecs, nou« croyons qu'il faut y voir le pays des Seldjoucides. S'il avait pénétré dans ces contrées, il nous en aurait évidemment cité quelque localité, ainsi qu'il se plaît à le faire, et nous avons vu que nous ne pouvons le suivre au-delà d' Antioche.
A l'arrivée d'Ebn el Beithâr en Egypte, régnait Malek el Adel, qui l'accueillit, le prit à son service et le nomma ins* pecteur des herboristes du Caire, et suivant une autre version chef des médecins d'Egypte, dignité dont nous connaissons plusieurs titulaires. Ebn el Beithâr suivit Malek el Kamel, et il se trouvait à Damas quand ce prince y mourut en 1237.
Malek el Kamel laissa deux flls, Malek el Adel et Malek Essaleh Nedjem cddin. Le premier eut VÈgyiite et le second la Syrie, mais au bout de deux ans Malek Essaleh supplanta son frère et réunit les deux états. Ebn el Beithâr le suivit et revint en Egypte.
C'est alors qu'il se mit à composer ses ouvrages, qui attestent qu'il avait déjà fait de nombreuses excursions sous le règne de Malek el Kamel. Le Traitédes simples et le Mor'uy furent composés sous le règne de Malek EMaleh et sur son invitation. Ils lui furent dédiés.
Nous avons déjà vu ce qu'il fallait penser des voyages qu'aurait faits Ebn el Beithâr dans la Grèce. On a dit pareillement à tort qu'il avait voyagé jusque dans l'Inde. A propos
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de ces voyages, Aboulféda s'est avisé de les comparer à ceux des anciens philosophes et notamment de Balinas. D'Herbelot, Casiri, Rossi, Sontheimer, etc., ont vu, dans ce Balinas, Pline le naturaliste. Nous avons démontré, dans le Journal Asiatique de 1869, que Balinas n'était autre qu'Apollonius de Tyane.
Nous avons du reste un moyen de constater les courses d'Ebn el Beithâr par la mention qu'il fait constamment des localités 011 il a récolté des plantes nouvelles ou mal connues. Nous allons les passer en revue.
Sans parler de l'Egypte et des environs de Damas, où il résidait le plus souvent, nous lui voyons récolter le Solanum cordatum dans le Hedjaz, la Passerine h Gaza, le CoLv lacryma job à Jérusalem où l'on en faisait des chapelets, la pierre judaïque à Beyrouth, le Daphnoîdes de Dioscorides dans le Liban, VHippophaé à Antioche, l'Alkekenge a Ëdesse, la Matricaire à Mossoul, la Chausse-trappe dans le Diarbékir, etc. Telles sont à peu près les limites extrêmes de ses excursions.
Dans ses voyages, Ebn el Beithâr se mettait en relations avec les savants du pays qui pouvaient lui donner des renseignements sur les plantes. C'est ainsi qu'il nous parle de ses rapports avec NeiSs eddin, Tadj eddin el Bulgary, Saad eddin, Gherf eddin et Abdellatif.
Il est un homme que nous sommes étonné de ne pas rencontrer parmi les connaissances d'Ebn el Beithâr, c'est Rachid eddin ebn Essoury^ cet autre amateur passionné de la botanique, qui faisait peindre les plantes et qui dut parfois se trouver à Damas eu même temps qu'Ebn el Beithâr.
Un de ses amis et son disciple fut Ebn Abi Ossaïbiah, qui nous a conservé sa biographie à laquelle on peut reprocher un peu trop de brièveté. Du reste il en fait le plus grand éloge. « La première fois que je le vis, dit-il, ce fut à Damas, et je pus apprécier ses qualités et sa profonde connaissance des plantes. J'explorai avec lui les environs de Damas, et j'y reconnus beaucoup de plantes nouvelles. Nous avions avec nous les écrits de Dioscorides, de Galicn, d'Errafoquy et d'autres du même genre. Il me citait d'abord les noms grecs,
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tols qu'ils se trouvent dans Dioscorides, puis ce qti'il dit des plantes, de leurs caractères extérieurs et de leurs propriétés. Il en faisait autant de Galien et des écrivains postérieurs, signalant leurs contradictions et leurs erreurs. Je i>us ainsi constater et admirer sa profonde connaissance des plantes et comme il possédait le sens des écrits de Dioscorides et de Galien. »
Ebn el Beithar était à Damas quand la mort le surprit en 1248. Ce que nous avons dit jusqu'à présent prouve combien est erronée l'assertion de Léon l'Africain qui le fait arriver en Egypte du temps de Saladin et s'en retourner mourir en Espagne. On ne s'explique pas comment M. Renan, dans son Averroës, a pu s*en rapporter à une autorité d'un aussi mauvais aloi que Léon l'Africain. Nous relevons ce lapsus parce qu'il vient d'un écrivain qui fait autorité.
Le plus important ouvrage d'Ebn el Beithâr, celui qui lui a fait une réputation justement méritée, est le Djami cl Moufridat, Collection des simples, où il traite sous forme alphabétique des aliments et des médicaments simples tirés des trois règnes. C'est le plus sérieux, le plus complet et de beaucoup le plus étendu que les Arabes nous aient laissé sur la matière médicale. A ce titre, il mérite une attention particulière. D'autre part, nous l'avons traduit en français, et nous sommes dans les meilleures conditions pour en parler pertinemment.
C'est une compilation, mais une compilation méthodique et critique, où non-seulement il met k contribution les anciens et les modernes, mais où il apporte aussi son contingent personnel, et prend souvent la parole pour contrôler les documents produits et les compléter. Pour donner une Idée de ce grand travail, nous dirons que les Grecs y com])tent pour environ la moitié et que la meilleure partie de leur apport appartient h Dioscorides et ù Galien, dont les Traités des simples sont intégralement donnén.
On a beaucoup exagéré le nombre des médicaments traites et des médicaments nouveaux. Il faut dire préalablement qu'il «\st question des aliments aussi bien que des médicaments, cti que l'on a oublié. Ilottinger est allé jusqu'h dire qu'il y
en avait plus de 2,000 inconnus à Dioscorides, et cette hyperbole s'est répétée. Nous allons dire la vérité en chiffres ronds.
Sur 2330 paragraphes, il y en a plus du tiers pour les synonymies. Sur environ 1400 numéros restants, on peut estimer au quart le chiffire des nouveautés. En évaluant à un millier environ les médicaments et les aliments empruntés aux Orecs, il resterait donc environ trois cents médicaments ou aliments nouveaux dans Ebn el Beithâr. C'est ce qui résulte d'un dépouillement que nous avons fait de notre Index. En défalquant de ce chiffre les aliments et les médicaments des deux autres règnes, il ne resterait plus guère que deux cents plantes nouvelles. On voit que nous sommes bien loin des chiffres fabuleux que l'on a mis en avant, faute d'avoir fait les éliminations nécessaires. Ce n'en est pas moins un progrès.
Telle est la marche suivie par l'auteur. Il y a deux séries de citations. La première a trait à la description, la seconde aux propriétés et à l'emploi. Eu première ligue viennent les Grecs, Dioscorides en tète, puis les Orientaux. S'il y a lieu, l'auteur débute par une discussion de synonymie. La longue dissertation sur les végétaux qui portent le nom de Lotus est un bon morceau de critique. Il relève aussi les opinions erronées et c'est ainsi qu'il nie l'identité du succin et des larmes du peuplier-
Beaucoup de paragraphes appartiennent en propre à Ebn el Beithâr. Nous citerons ceux de l'Athrilal Ptychotis rcrticillata^ de l'Amliles, Rhamnns alatemus, de rAakoutsar, Bunium bulbocastanumdM Boull, Œgle marmcîos, de l'Arganier, etc.
On sait combien de commentateurs, depuis la Kenaissanco jusqu'à nos jours, se sont escrimés sur Dioscorides et les Arabes. Une traduction d'Ebn el Beithâr eftt épargné bien des dissertations laborieuses et stériles pour mettre les Grecs d'accord avec les Arabes, eu même temps qu'elle eût relevé ces derniers de reproches immérités, qui doivent retomber eu partie sur les traductions latines.
Ebn el Beithâr relève aussi les acceptions diverses des
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termes techniques suivant les pays: ainsi à propos dullihan, du Dardar, etc.
Il donne une soixantaine de noms berbères introduits par lui ou déjà connus des botanistes espag'nols, soit par le fait de Tinvasion, soit par Tobservation directe dans le Maghreb.
Une série curieuse de synonymies est celle empruntée à la langue des chrétiens espagnols qu*il appelle barbare ou étrangère, adjemt/a, et qu'il dit être la langue latine. Quelques-uns de ces mots se sont conservés jusqu'à nos jours, Salbya la sauge, Chebouka le sureau, Mather chelba le chèvrefeuille, Yiazflfou rhièble, etc.
La langue persane est représentée par une centaine d'expressions. On sait que les Arabes doivent aux Persans leurs premières notions scientifiques et qu'ils leur empruntèrent aussi bien des expressions techniques. La Perse était la voie par laquelle bien des produits de l'extrême orient arrivaient en Arabie, qui n'en était que l'entrepôt, d'où lui vint une réputation de richesse exagérée.
A la fin des paragraphes, Ebn el Beithar prend souvent la parole pour signaler des contradictions ou des erreurs.
On compte environ 150 auteurs mis à contribution, et c'est un des mérites de cet ouvrage de nous avoir conservé d'aussi nombreux fragments d'écrits en partie perdus. Sur ce nombre les Grecs comptent pour une vingtaine. Les autres sont non-seulement des médecins arabes, mais ainsi des médecins persans, syriaques, indiens et chaldéens, dont les écrits furent traduits.
Nous allons donner en chiffres ronds le nombre des principales citations. Razès est cité environ 4Q() fois, Aviccune 300, Errufequy et le Chérif 200, Ebn Bedja, Ishaq ben Amran, Ebn Massouih 100, Ebn Massa et Abou Hanifa Eddinoury 130, Massih ben Hakam et Aboul Abbas Ennabaty 100 fois. Voilà pour les Orientaux. Quant aux (îrecs nous avons déjà dit que Dioscorides et Galien y étaient intégralement représentés. Parmi les autres, nous nous bornerons à citer Aristote, Rufus et Paul d'Egine, cités chacun une trentaine de fois.
Nous avons dit qti'Ebn ci Hcithrir s'occupait dtM synony-
mies. C'était une des difficultés et c'est un des mérites de son ouvragre. Les interprètes avaient naturellement rencontré bien des mots grecs pour lesquels les Arabes n'avaient pas d'équivalent, ou dont les équivalents n'étaient pas alors connus : nous voulons parler des termes techniques. Provisoirement bien des mots gérées furent conservés, en attendant. De là des incertitudes et des erreurs. On sait qu'un grand travail de révision de la traduction de Dioscorides se fit en Espagne. Ebn el Beithàr profita de ces travaux et y ajouta ses observations. C'est ainsi qu'il reproche à Stephan, ou Etienne fils de Ba.sile, d'avoir pris le Gingidium de Dioscorides pour le fumeterre, qu'il signale les confusions que l'on a faites du Chamelea et du Chameleon.
En somme le Traité des simples se distingue par un cachet de supériorité sur tous les ouvrages du même genre que nous ont laissés les Arabes. Il laisse bien loin derrière lui le IP livre du Canon d'Avicenne et le Traité des simples de Sérapion. Avicenne, qui ne compte guère qu'environ 800 paragraphes, n'a guère fait que mettre en pièces les Anciens pour les faire entrer ainsi morcelés dans ses casiers. Sérapion, s'il a plus de neuf, parce qu'il vint plus tard, est absolument sans originalité et sans critique.
Le Mala lésa d'Ebn Djouiny, qui n'est que le Traité des simples d'Ebn elBeith&r dépouillé de quelques longueurs et incorrections, n'a jamais fait oublier l'original. De l'aveu de tous les écrivains arabes, le Traité des simples est le plus complet et le plus parfait dans son genre. Nous n'avons pas à faire la comparaison d'Ebn el Beithàr avec Erraféquy et Aboul Abbas, que nous ne connaissons du reste que par des citations : leurs travaux très recommandables, en ce quUls ont enrichi le domaine de la matière médicale, n'ont pas l'érudition et l'universalité qui caractérisent l'ouvrage d'Ebn el Beithàr.
Cela étant, nous croyons à propos de donner ici la liste des principales substances introduites par les Arabes dans la matière médicale.
Authora. Anacarde. Arg-iinier.
.\mbre gris. Arec A7>d«'»iMfli
£0YI»TK.
Bellirk*.
Guiltindina bôiuluc.
Poivro.
Berberis.
Jasmin.
lihubarbe.
Bétel.
Jujube.
Salvudora per^ica.
Bézoard.
Limon.
Sandal .
CadUv.
^[ahaleb.
Sang dragon.
Camphre.
Manne
Séné.