GERBERT
Ii est un homme dont le nom se produit toujours en première ligne, quand on parle des relations scientifiques de l'Europe chrétienne avec les Arabes d'Espagne : cet homme estGerbert. Malheureusement, ce que l'on rapporte de son séjour en Espagne et de ses emprunts à la science arabe sent la routine et manque de précision. La légende s'est emparée de Gerbert et en a fait un personnage hybride moitié savant et moitié nécromancien.
Les œuvres de Gerbert ont été récemment éditées par M. Olleris. Il les a fait précéder d'une longue notice qui restitue à Gerbert sa véritable physionomie. On y trouve d'amples renseignements sur le savant, l'homme politique et le chef de la chrétienté : mais ces renseignements tendent à restreindre le rôle de Gerbert dans la question qui nous occupe.
Gerbert dut naître à Aurillac en plein milieu du dixième siècle. En effet, dès l'année 967 nous le voyous, en raison de son goût pour la science, recommandé au comte Borel, qui l'emmena dans son comté de Barcelone, où il séjourna trois ans. Tout ce que M. Olleris a pu recueillir sur cette période de son existence, c'est que, sous la direction de Hatton, évoque de Yich, il fit de grands progrès dans les sciences et particulièrement les mathématiques.
Ici deux questions se posent. Gerbert apprit-il l'arabe, et qu'apporta-t-il de son séjour en Espagne?
A la première question, M. Olleris répond négativement et il en donne les raisons. En premier lieu, Gerbert avoue indirectement son ignorance de l'arabe, attendu qu'il demande à un certain Lupitus de Barcelone, l'envoi d'une traduction d'un traité d'astronomie, dont l'original était sans cloute écrit en arabe. En second lieu on ne retrouve aucun souvenir, aucun vestige de l'arabe dans les écrits de Gerbert, même dans certains écrits où Ton serait le plus en droit de s'y attendre. Nous citons, avec M. Olleris, que Gerbert ne connut pas l'arabe.
Il est plus difficile de répondre nettement à la seconde question.
Gerbert séjourna trois années dans le comté de Barcelone. Il est évident que, passionné comme il l'étaitpour la science, il ne put demeurer étranger au mouvement scientifique développé déjà dans l'Espagne musulmane, qui se trouvait alors en trêve avec les états chrétiens. Jetons un coup d'œil sur l'Espagne.
Le dixième siècle compte parmi les plus brillants de l'Espagne arabe, tant pour la culture des arts que pour les institutions scientifiques. Si, par ses savants, il fut inférieur aux onzième et douzième siècles, c'est à ses institutions, à ses bibliothèques et à ses écoles que ceux-ci durent de le surpasser. Il sema; ils récoltèrent.
Une certaine ferveur scientifique régnait alors autour de Moslema. Originaire de Madrid, il florissait à Cordoue, précisément à l'époque où Gerbert habitait Barcelone. Moslema cultivait l'alchimie, les mathématiques et l'astronomie. Dans ces deux dernières sciences, il forma de nombreux élèves dont les plus éininents furent Ebn Essofar et Ebn Essamedj. Paris et l'Escurial possèdent un traité d'alchimie de Moslema, dont nous croyons que Wustenfeld a fait à tort deux ouvrages distincts. Son traité de la génération et celui de L'astrolabe existent encore à l'Escurial. Moslema vécut jusqu'en l'année 1007.
Nous avons déjà dit que Gerbert, de retour en France,