‹ Histoire de la médecine arabe (volume 4)Chapitre 119 sur 241 · LES TRADUCTEURS. — GERBERT · texte numérisé non relu

LES TRADUCTEURS. — GERBERT

avait sollicité de Lupitus l'envoi d'une traduction d'un traité d'astronomie. Nous ne savons si l'envoi se fit, mais il est probable que le traité sortait de l'école de Moslema. Quoiqu'il en soit, nous devons relever comme important ce fait d'une traduction, qui ne pouvait évidemment être faite que sur l'arabe.

Les travaux astronomiques de l'école de Moslema durent être connus à Barcelone. Les sciences cultivées dans cette école étaient précisément celles dont se préoccupait Gerbert, et nous ne saurions admettre qu'il y resta indifférent ou étranger.

Il dut aussi avoir connaissance d'un événement qui venait de se passer en Espagne. Quelques années avant l'arrivée de Gerbert à Barcelone, l'empereur de Constinople avait envoyé au souverain de Cordoue le texte grec de Dioscorides, enrichi de figures, et ce texte servit à une commission de savants pour corriger la traduction d'Etienne et établir d'une manière plus exacte, la synonymie des simples. C'était alors l'époque d'Ebn Djoldjol, le plus savant médecin naturaliste de son temps, qui écrivit une interprétation des noms desimpies mentionnés par Dioscorides, et un supplément contenant les médicaments connus des Arabes et inconnus à Dioscorides. Ebn Djoldjol écrivit aussi une histoire des médecins et des philosophes qui avaient déjà paru en] Espagne.

Rappelons enfin l'envoi de Jean de Gorze par Othon, vers

Cet ensemble de faits prouve chez les Arabes d'Espagme un développement scientifique suffisamment avancé pour attirer l'attention des états voisins. Nous savons d'ailleurs que le roi Sanche se rendit à Cordoue pour se faire traiter d'une hydropisie. Il n'y avait donc pas, comme le dit M. 01leris, un abîme creusé entre les musulmans et les chrétiens. M. Jourdain apprécie autrement les rapports internationaux, et il cite entre autres ce fait qu'au Xe siècle on fut obligé de faire une version arabe des Canons ecclésiastiques pour l'usage des catholiques des provinces musulmanes (1). Nos étu-

(1) Un évêque de Séville, Jean, traduisit la Bible en arabe. Antonio, B. Esp.

des philologiques sur Ebn el Beitliar nous ont conduit à constater qu'un grand nombre de noms de simples, une centaine au moins, empruntés à l'espagnol, circulaient parmi les Arabes, et étaient relatés par leurs écrivains à titre de synonymes, ce qui prouve des relations entre les deux races, peut-être même l'existence de pharmaciens chrétiens au milieu des musulmans. Quant à Gerbert en particulier, à ses relations avec les Arabes, à ses emprunts, si nous en sommes réduits à des probabilités, il n'en est pas moins sûr que les sciences étaient alors cultivées en Espagne par les Arabes, et que leur accès était facile aux étrangers.

Il est encore un livre que réclama Gerbert, à savoir un traité de la multiplication et de la division des nombres, composé en Espagne par un certain Joseph, que les uns considèrent comme un arabe et les autres comme un chrétien de la Marche d'Espagne. Quelle que soit l'origine de l'auteur il est permis de voir dans son livre une émanation de l'école arabe. Mais ce n'est pas de l'Espagne, que Gerbert le réclama, c'est d'Aurillac. Le livre avait donc passé les Pyrénées.

Les avis sont partagés sur l'origine du système de numération employé par Gerbert. On a voulu le rattacher à Boëce à l'exclusion des Arabes. M. Olleris prétend même que les noms des chiffres ont été ajoutés sur les tableaux où ils figurent: or la moitié de ces noms sont incontestablement arabes. Si Gerbert avait connu ces noms, dit M. Olleris, il n'en aurait pas fait un mystère.

Pour nous résumer, si nous manquons de renseignements sur le séjour de Gerbert à Barcelone, si rien ne prouve qu'il ait fréquenté les écoles des Arabes et appris leur langue, si nous croyons devoir mettre au rang* des fables les récits fantastiques de Vincent de Beauvais, nous sommes au moins sûrs qu'il réclama deux livres d'origine espagnole, un traité d'arithmétique et un traité d'astronomie. Ceci prouve, d'une part que Gerbert eut connaissance de l'état des sciences en Espagne, et de l'autre qu'il mit à profit son séjour à Barcelone, commençant ainsi la série des savants qui exploitèrent la sciçnce arabe. Mais ne pourrait-on pas aller plus loin '! Nous savons Que Moslema cultivait aussi l'alchimie, cette science

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dont Gerbert fut considéré comme un adepte. Ne pourrait-on pas admettre que c'est par les écrits de Mosleina que Gerbert en prit connaissance ? Arrivé plus tard aux sièges de Rheims, de Ravenne, enfin proclamé pape, il dut effacer la trace de souvenirs compromettants. Les récits de Vincent de Beau vais seraient ces souvenirs altérés et grandis par l'imagination.

Nous ignorons quel fut ce traité d'astronomie que reçut Gerbert, mais on peut admettre que des copies en furent prises, et que c'est peut-être là que Hermann le Contract puisa ses connaissances de l'astronomie arabe, qui peuvent lui venir encore par l'ambassade de Jean de Gorze.

Un traité de l'astrolabe est attribué à Gerbert, et M. Cousin le revendique pour lui. Nous nous bornerons à dire que ce traité porte aussi le nom de Gileberti. Un traité de l'astrolabe attribué à Ptolémée (B. Mazarine 1256) commence exactement comme celui attribué par Cousin à Gerbert.

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