TOME H
A propos de Gerbert, qui obtint d'Espagne la traduction d'un ouvrage d'astronomie, nous avons rappelé l'ambassade de Jean de Gorze, qui mit en contact l'Allemagne et l'Espagne musulmane. On pourrait rappeler encore qu'à la même époque le Livre des Anouas était traduit en latin.
On peut très bien admettre que la traduction latine d'un traité d'astronomie arabe soit parvenue à Hermann par une voie quelconque, mais il est plus difficile de croire qu'il put obtenir des matériaux suffisants pour apprendre seul la langue arabe.
Jourdain, qui s'est occupé de cette question, fait observer d'abord que les premiers historiens qui se sont occupés de Hermann, et qui plus rapprochés de son temps devaient être mieux informés, ne disent pas que Hermann sût l'arabe.
Quant aux traductions d'Aristote qui lui furent aussi attribuées, Jourdain démontre facilement qu'elles sont l'œuvre d'un autre Hermann, dit l'Allemand, dont nous aurons à parler.
Jourdain conclut que les écrivains tels que Trithème, qui ont accordé au Contract la connaissance de l'arabe, l'ont confondu avec des homonymes, le Dalmate ou l'Allemand.
Abordant la question du Traité de la composition et de l'usage de l'astrolabe, qui nous est donné sous le nom de Hermann, Jourdain se demande si ce traité est du Contract, et s'il l'a traduit de l'arabe. Il n'ose nier le premier point, et rejette le second. Il n'admet pas que le malingre Hermann pût apprendre l'arabe sur place, mais il admet que des traités dérivés de l'arabe pussent alors être en circulation. Les faits que nous avons rappelés sont de nature à corroborer l'opinion de Jourdain.
Pour notre part nous croyons que la composition du traité de l'astrolabe par Hermann Contract est dans la limite des choses possibles, ut nous avons exposé les faits qui autorisent notre manière de voir.
Nous croyons ensuite que ce traité n'est pas une traduction pure et simple, mais une compilation (1).
(1) Nous ne prenons pus eu considération l'interprétation mise en tête du n« HS.aoï.
HBRMANN CONTRA.CT. 353
A l'appui de notre opinion nous citerons d'abord le début : Hermanus Christi pauperum peripsima (le rebut) et philosophie tironum asello innno limace tardior assecla, B. suo Ing-eni ? in domino salutem. Cum a pluribus ssepe amicis rog-arer ut mensuram astrolabii, quœ apud nostrates confusa ac passim mutilata vulg-o invenitur, lucidius pleniusque scriberetemptarem, idque hactenus tum propter inscientiam tum etiam propter pedisse cam heu ! mihi familiarem desidiam subterfug-erem, tandem a tua potissimum instantia propulsus, etc.
Vers le milieu, il donne les synonymies des étoiles en arabe et en latin, ce qui semblerait devoir être placé à part.
Le traité se termine par la description des sept climats et l'énumération des villes ou contrées qu'ils contiennent.
A propos des climats nous lisons : de quorum mutationibus Ptolemeus et Eratosthenes satis lucide tractant. Marcianus quoque.
La description des climats prouve qu'elle est empruntée a des sources autres que les sources arabes.
C'est ainsi qu'on lit du 1er : Ambulat per Asiam, ex parte Euri usque ad insulam Taprobane.
Dans le 2e nous trouvons laTripolitaine,dansle 3e la Cyrénaïque, dans le 4e Leptis mag-na, dans le 5e la Tingitane, enfin, dans le 7e, la mer Ég'ée et la Thessalie.
Evidemment ce ne sont pas là des équivalents mis simplement par un traducteur de l'arabe pour rendre les termes du texte.
Que le traité de l'astrolabe procède plus ou moins de l'arabe, les preuves en sont multiples. Il suffit de dire que la plupart des termes techniques et que la généralité des noms des étoiles sont donnés en arabe.
En somme, nous croyons que, jusqu'à nouvel ordre, et jusqu'à ce que des documents péremptoires le fassent attribuer à l'un de ses homonymes, on peut continuer à considérer le traité de l'astrolabe comme étant du Contract. Nous croyons que les éléments arabes qu'il renferme ont pu lui arriver de l'Espagne. JNous croyons enfin que son traité est une compilation et non une traduction.
Les Mss. qui contiennent le traité d'Hermann en contiennent un autre qui porte le nom cle Gerbert ou Gilebert. Consin l'attribue à Gerbert, que nous croyons plutôt un importateur qu'un traducteur. Serait-ce dans ce traité que Hermann aurait puisé ses documents arabes ? C'est là une question à laquelle nous ne sommes pas actuellement en état de répondre.