ABRAHAM LE JUIF, DIT SAVASORDA
Abraham le juif, dit Savasorda, est un personnage que les biographes ont laissé dans l'ombre. On nous apprend tout au plus ça et là qu'il vivait au XIIe sièle de notre ère.
Si nous ne pouvons jeter un grand jour sur sa personne, nous allons du moins essayer de le faire sur ses écrits, et cela fait, nous essaierons d'en tirer quelques conclusions relativement à leur auteur."
Et d'abord Savasorda ne fut pas seulement traducteur. Il est connu surtout par un traité d'arpentage, qu'il composa en hébreu, et qui fut traduit en latin par Platon de Tibur, en l'année 1116, sous le titrer Liber embadum (1). Cet ouvrage, qui a été maintes fois cité, est représenté dans plusieurs Mss. de la B. nationale. Nous en reparlerons du reste à propos de Platon de Tibur, et nous ferons seulement ici une réflexion. Il existe aux n°' 1048 et 10G1 du fonds hébreu de Paris un traité de géométrie et de trigonométrie, divisé en quatre livres, et le catalogue ajoute que l'auteur de cet ouvrage est probablement R. Abraham fils de Haya. Avant même d'avoir collationné avec le Ms. hébreu, nous croyions que l'auteur du n° 1048 n'était autre que Savasorda, et cela non-seulement par l'identité du sujet traité, mais parce que l'un et l'autre ouvrage est divisé en quatre livres. Une collation, que nous avons faite avec M. Zotemberg, nous a donné raison.
(1) Nous croyons que l'étymologie du mot embadum doit être cherchée dans l'arabe et non dans le grec, comme on l'avait fait . Embad signifie en arabe une parcelle do bien.
Une traduction de Savasorda a déjà été signalée par Libri au n° 960 du fonds Sorbonne, et il en a reproduit l'explicit : Perfectus est liber in electionibus horarum laudabilium édition e liali lîlii liamet ebrani (Ali ben Ahmed el Omrany), translatus de arabico in latinum in civitate Barcliiuona Abraham Judeo qui dicitur Savasorda existente interprète. Et perfecta est ejus translatio A. D. 1134.
Nous avons rencontré cette traduction aux nos 7306, 7406, 7346 et 16,204 ; seulement l'explicit, qui ne se rencontre pas aussi complet, ne donne pas cette date. Ces mots Anno Domini sembleraient aussi indiquer une conversion au christianisme. C'est à tort, ou par erreur, que le catalog*ue du British muséum attribue cette traduction à Platon de Tibur. Rien ne prouve, à notre connaissance, qu'elle ait été faite à deux.
En attendant que nous parlions d'Ali ben Ahmed el Omrany, disons cependant que, d'après le Kitab el hokama (Casiri, I, 410), c'était un mathématicien qui laissa, entre autres ouvrages, un commentaire sur l'Algèbre d'Abou Karnel Chodja.
Cet ouvrag'e d'algèbre se trouve au n° 7377 a. Bien que le nom seul d'Abou Kamel Chodja se soit présenté à nous, et que celui d'Ali ben Ahmed nous ait échappé, nous n'en croyons pas moins qu'il s'agit du commentaire, attendu que nous lisons : Monstrabitur ex eo quod dixit Abu Qamel in tertia parte libri geberi et mugabala, etc. (1) Il nous semble tout naturel d'admettre que ces deux ouvrages d'un même auteur, ont eu aussi le même traducteur, c'est-à-dire Savasorda.
Nous signalerons encore une troisième traduction sous le titre Liber augmenti et diminutionis, qui existe aux nos 7266, 7377 et 0335. Elle est sans nom d'auteur, et le traducteur est simplement désigné sous le nom d'Abraham. Déjà M. Chasles a émis l'opinion que cet Abraham ne pouvait être que Savasorda. C'est aussi la nôtre. Ainsi débute le traité au n° 7377 : Liber augmenti et diminutionis vocatus numeratio divina-
(1) On lit au f° 93: Dixit Abucamel ssagia iilius Abraliim aggrôgator ibtius libri, etc.