MARC US DE TOLÈDE
Nous ignorons l'époque précise où il vécut. Jourdain pense, d'après les manuscrits, qu'il est postérieur au XIIIe siècle. Tout ce que nous savons de lui, c'est qu'il était chanoine de Tolède. Il nous a laissé deux traductions, celle du Coran et celle du Traité des mouvements apparents de Galien.
La traduction du Coran existe au n° 3394, corrigée par des interlignes ou des notes marginales. Nous en donnerons un échantillon, que l'on pourra comparer avec celle de Robert de Rétine- Telle est la première sourate.
Materia libri. Septemperiodi.
In nomme Dei misericordis miseratoris. Gloria Deo créatori gentium (Domino creaturarum), misericordi, miseratori qui régnât in die legis (régis diei judicii). Te quidem adoramuSj per te vivimus (et te invocamus). Dirige nos in viam rectam quam eis erogasti non eorum contra quos iratus es damnatornm (viam eorum quibus gratiosus es erga eos sine ira contra eos et non errantium).
Telle est la sourate de l'Eléphant.
Prophetia Elephantum. Sura C V.
Innomine Dei misericordis miseratoris, amen. Nonne vidisti qualiter egit creator (Dominus) tuus cum equitibus
(comitibus) elephantuin. Nonne quod cogutaverunt facere damnavit (posuit conatus eorum in perditionem).
Et misit super eos babilonirc aves (omnig'enas) quœ lapides super eos projecerunt torrentes (nigras) et in g-ranum de pastum eos redegferunt.
On voit que la traduction de Mareus ne vaut pas mieux que celle commandée par Pierre le Vénérable.
Quant au Traité de Galien, des Mouvements sensibles, de motibus liquidis, comme dit la traduction de l'arabe, il a été inséré par les Juntes dans leur édition de 1586, parmi les Spurii, bien que l'authenticité de ce livre soit incontestable, attendu qu'il est cité par Galien lui-même. La traduction latine mentionne comme traducteur du grec Johannitius, c'est-à-dire Honein.
GUILLAUME DE MORBEKE.
Guillaume, ainsi nommé de sa patrie, localité des environs de Bruxelles, naquit vers le commencement du XIIIe siècle. Il entra dans les Frères prêcheurs, apprit le grec, et, dit l'historien de cet ordre, l'arabe aussi, ce qui le fit envoyer en Grèce par ses supérieurs. Il devint plus tard archevêque de Corinthe, attaché à la personne des papes, cardinal, et passa une partie de son existence laborieuse en Italie. En 1274, il accompagnait le pape Grégoire X au concile de Lyon, où, de concert avec des prélats grecs, il chanta du grec à la messe de St-Jean. Quétif et Echard ne le suivent plus après 1281.
Guillaume était ami de Vitellio, l'auteur de la Perspective, qui avait passé quelque temps en Italie, et lui dédia son livre. Nous avons déjà l'ait observer l'erreur de certains biographes, qui ont vu dans Guillaume le frère de Vitellio. Le mot frère, employé dans la dédicace, est tout simplement un titre d'amitié.
Guillaume consacra ses veilles à la traduction du grec en latin. Ses traductions portèrent particulièrement sur Àristote, au point que l'on a dit abusivement qu'il l'avait
ALÏRED DIT L ANGLAIS. 437
traduit tout entier. Il traduisit aussi Simplicius etProclus; enfin le livre des Aliments de Galien et les Pronostics d'Hippocrate tirés des phases de la lune, qui existent à Paris, n°s 6865, 7337 (1).
Nous avons vu que l'on donne à Guillaume la connaissance de l'arabe. Quétif et Echard jugent par induction qu'il a traduit de l'arabe l'Elévation théologique de Proclus, qu'il achevait à Viterbe, en 1268. St-Thomas dit que cette traduction dérive de l'arabe, et il ajoute que l'on n'en avait pas encore reçu d'après le grec. Elle existe au n° 16,097 (ancien 954), où l'on pourrait , par une étude attentive, voir si elle procède réellement de l'arabe.
Roger Bacon traite aussi sévèrement Guillaume que les autres traducteurs, ses contemporains.
Entre autres ouvrages on lui attribue un traité de géomantie.
ALFRED DIT l'aNOLAIS, LE PHILOSOPHE, OU DE SARCHEL.
Le personnag-e d'Alfred soulève quelques difficultés.
D'une part, ses biographes nous le donnent comme appartenant au XIII9 siècle, de l'autre, des faits consignés dans les écrits qui lui sont attribués sembleraient le rattacher au XIP.
Voici, en somme, ce qu'on lit dans Pits. Alfred était un homme versé dans toutes les sciences et la philosophie, et très habile dans les langues. Après de solides études dans son pays, il fréquenta les plus célèbres écoles de France et d'Italie, où il se perfectionna. Bacon le compte parmi les bons interprètes. Il se rendit ensuite à Rome, où le Pape Urbain IV le chargea d'accompagner dans une mission en Angleterre, le cardinal Ottoboni, et cela en raison de sa prudence et de son savoir.
Tels sont ses écrits.
In Boetium de consolatione philosophie.
(1) (!et opuscule est imprimé dans le recueil dit ArliceUa, Lug-d. 1515, [» 73.
In meteora Aristotelis.
In eumdem de Vegetabilibus.
De naturis rerum.
De musica.
De motu cordis.
De educatione accipitrum.
Il florissait en 1270.
La notice de Baie n'ajoute rien d'important à ce récit.
Notons que le pape Urbain IV siégeait de 12G1 à 1264.
Alfred est surtout connu par sa traduction de l'arabe du traité des Plantes, attribué soit à Aristote, soit à Nicolas de Damas. Cet ouvragée est dédié à l'un de ses amis, que certains Mss. désignent simplement par l'initiale R, et que d'autres désignent en toute lettre, Rogere, ainsi le Mss. n° 6323 de la B. nationale. Jourdain y a vu Roger de Hereford, et comme Rog'er de Hereford vivait un siècle auparavant, il n'a pas craint de taxer Pits d'erreur.
Nous n'avons pas rencontré dans les Mss. ce nom de Roger de Hereford, et nous ignorons si c'est par induction que Jourdain l'a adopté. Mais nous avons un renseignement qui paraît avoir échappé à Jourdain. Il est consigné dans le Ms. n° 16,097, ancien 954, qui contient un commentaire de Pierre d'Auvergne sur ce même livre des Végétaux traduit par Alfred. C'est l'habitude, dit Pierre d'Auvergne, chez les anciens traducteurs, de commencer par un prologue. C'est ainsi qu'Alfred, Âlvaredus, s'est comporté à propos de ce livre, qu'il a traduit de l'arabe en latin, et auquel il a fait quelques additions motivées par le génie différent des deux langues. 11 le dédie à l'un de ses plus chers amis, Roger, enfant de l'Irlande, puerdehebardia'! Quelle que soitla valeur de ce mot que nous avons rendu par Irlande, qu'il soit altéré, nous avons de la peine à croire que l'on puisse y voir Roger de Hereford, à moins qu'on ne veuille admettre une altération.
Pour notre part, nous croyons qu'il est difficile, d'après ce seul document, d'admettre que l'ami d'Alfred soit bien réellement Roger de Hereford.
Il est encore une autre petite difficulté. Parmi les écrivains