XI. Traduction d'Avicenne
On dit qu'il existe à Bologne une traduction hébraïque, on ne dit pas si c'est [du Canon, faite par Maimonide. Nous croyons avec Steinschneider que l'attribution est erronée, d'autant plus que Maimonide écrivait en arabe et que même son principal écrit, adressé aux Juifs, le More Nebouchim, fut écrit dans cette langue. (1)
Autres écrits.
On trouve dans les compositions médicales de la Bibliothèque nationale un traité de la logique par Maimonide.
Le Kitab el hokama dit que Maimonide corrigea un traité d'astronomie de Djaber ben Afiah, que son disciple Yousef ben Iehouda avait rapporté d'Espagne. Casiri s'est mépris en écrivant Phaleg, au lieu d' Afiah.
D'après le même document, Maimonide fit aussi la correction d'un traité de mathématiques d'Ebn Haud, et l'accompagna d'éclaircissements.
Nous ne pouvons entrer dans le détail des écrits philosophiques et religieux de Maimonide, cependant il en est un que nous ne pouvons passer sous silence, car c'est à lui surtout qu'il doit sa célébrité, à savoir le Guide des égarés, en arabe Dellalat cl Hciïrin et en hébreu More Nebouchim, qui fut traduit en latin sous le titre de .Doctor Perplexorum. Ce que nous en dirons sera d'après Munk, qui l'a traduit en français.
Le Guide des égarés a pour but la réconciliation de la rai-
(1) Casiri annonce un opuscule, sous le n,J 888. Ce Ms. ayant disparu, nous ignorons de quoi il s'agit.
li'i HISTOIRE L>E LA MEDECINE ARABE. — LIVRE CINQUIÈME.
sou et de la foi, de l'écriture et de la philosophie, non pas en absorbant l'une par l'autre comme l'Encyclopédie des Frères de la Pureté, mais en respectant leurs exigences réciproques. Il s'adresse aux esprits d'élite, indécis entre une foi aveugle et une incrédulité irréfléchie, aux perplexes, comme dit le titre latin.
Maimonide ne saurait faire abnégation de l'intelligence, qu'il considère comme faisant essentiellement le fonds de l'individualité humaine, comme étant son principe vital et permanent, de telle sorte que la résurrection du corps ne semble pas avoir sa raison d'être : proposition hardie, qui souleva des murmures, calmés par le traité de la Résurrection. Cette intellig*ence il faut l'exercer, non pas dans le vide comme les ascétiques, mais de manière à conduire à la perfection l'ensemble de nos facultés. D'autre part, il croit qu'il n'y a rien dans la foi qui n'ait son explication physique ou morale, historique ou métaphysique, dont nous pouvons nous rendre compte. Il traite son sujet de haut et nous fournit de curieux renseignements tant sur la philosophie arabe que sur les religions de l'Asie centrale.
Le Guide souleva tant en Orient qu'en Occident des orages qui survécurent longtemps à Maimonide. Il eut ses partisans et ses adversaires : on s'adressa des anathèmes réciproques. Ce livre, dit Munk, donna l'impulsion à tous les libres esprits qui sortirent du judaïsme, depuis Spinosa jusqu'à Mendelsohn.
Maimonide fut, en somme, une intelligence d'un ordre supérieur et un médecin de second ordre. Plus érudit que praticien il a cependant bien mérité de la médecine. Outre son enseignement, ses principaux écrits ne sont autre chose que la substance même d'IIippocrate et de Galien, avec la méthode en plus. Ses Àpliorismes furent traduits et plusieurs fois imprimés, et Mercuriali en regardait la lecture comme aussi profitable que celle des Aphorismes d'IIippocrate.