‹ Histoire de la médecine arabe (volume 4)Chapitre 24 sur 241 · V. — MAGREB · texte numérisé non relu

V. — MAGREB

LE CHERIF EL EDRISSY.

Abou Abdallah Mohammed ben Mohammed el Hosseiny el Ali Billah, dit plus communément le Chérif El Edrissy Essakali, est très connu comme géographe, mais il l'est beaucoup moins comme médecin naturaliste. Le premier rôle a effacé le second, au point que d'un personnage on en avait fait deux.

L'identité est assez bien constatée aujourd'hui pour que nous n'ayons pas à l'établir par une discussion en règle. Du reste, les témoignages à l'appui se présenteront successivement dans le courant de cette notice.

On sait qu'il doit les titres de Chérif et d'Édrissy à ce que le chef de sa famille, Édris, descendait de Mahomet par Fathma. Le surnom d'Essakaly tient à son séjour en Sicile, à la cour de Roger.

Quatremère a pensé que le peu de renseignements laissés sur son compte par les auteurs arabes avait sa cause dans ce séjour chez un prince chrétien. Il en existe cependant plus que ne l'avait pensé Quatremère et leur ensemble nous permettra de reconstituer sa biographie (1).

Léon l'Africain, qui nous a laissé la notice la plus étendue, le fait naître en Sicile. Nous verrons bientôt qu'il ne saurait

(1) La nomenclature que nous avons donnée est celle d'Ebn Abi Ossaïbiali, complétée par Hadji Khalfa.

eu être ainsi. Casiri, d'après des autorités dont il n'articule pas les noms, le fait naître à Ceuta, ce qui paraît vraisemblable, attendu que le Magreb extrême fut le berceau des Edrissites.

La date de sa naissance n'est pas certaine : ce dut être dans les dernières années du onzième siècle de notre ère. Casiri donne bien l'année 1100, mais il ne dit pas d'après quelle autorité. S'il en était ainsi, le Chéiïf, ainsi qu'il résulte d'un passage de son livre, se serait trouvé bien jeune en Asie mineure, en 1116.

Son séjour dans le Mag-reb et dans l'Espagne est accusé par maints endroits de ses écrits, c'est-à-dire de sa Géographie et de son Traité des simples : ces derniers n'avaient pas encore été signalés.

On voit à la précision des détails semés dans sa géographie, qu'il a visité bien des lieux qu'il décrit.

Il invoque le témoignage de ses yeux à propos d' Armât, de Constantine, de Lisbonne, du Détroit de Gilbraltar.

Nous croyons devoir citer ce dernier passage. Il dit avoir vu, du côté de l'Espagne, les restes de la double digne que l'on construisit quand on voulut amener les eaux de l'Océan dans la Méditerranée, pour se garantir contre l'élévation du niveau des eaux qui en résulta.

Son séjour dans ces contrées est pareillement attesté par les citations fréquentes que fait Ebn el Beitliar de son Traité des simples. A l'article Thyân, il dit que la clématite s'appelle en latin, c'est-à-dire en espagnol, Ierba Doufouqoa, herbe de feu.

Quant au Magret), il parle souventde ses produits, quelquefois observés sur place et même donnés sous leurs noms ber-* bères. L'emploi de laThapsia, tel qu'il le décrit, est encore à peu près identiquement aujourd'hui l'emploi du Douncfa. Connue de son temps, le Talr'ouda, Bunium Lulbocastanum, ainsi que l'Arum, sont encore consommés à titre d'aliments d h les années de disette.

ctrait suivant d'Essafady va nous prouver que le Chérit' t pas d'origine sicilienne, ainsi que le prétend Léon

MA.GREB. G7

l' Africain', en même temps qu'il nous donnera sur son existence de précieux renseignements. (I)

« Roger avait beaucoup de goût pour les études philosophiques. Il fit venir des côtes d'Afrique le Chérif El Edrissy et le chargea de construire quelque chose à l'image du monde. Edrissy ayant demandé une masse d'argent, le roi lui fit remettre un morceau de minerai qui pesait 400,000 drachmes. Edrissy ; fabriqua un certain nombre de cercles, à l'instar des sphères célestes, et les cercles s'emboîtaient les uns dans les autres. Cet ouvrage n'absorba qu'un peu plus du tiers du métal qui lui avait été confié ; mais le roi lui abandonna tout le reste pour prix de son zèle; il y ajouta môme 100,000 pièces d'argent et un navire qui venait d'arriver de Barcelone, chargé des marchandises les plus précieuses.

Ensuite Roger invita Edrissy à demeurer près de sa personne, disant : Comme tu es issu de la famille des Khalifes, si tu habites un pays musulman, le prince prendra de l'ombrag*e et cherchera à te faire mourir. Reste dans mes états et j'aurai soin de ta personne. Edrissy s'étant laissé persuader, le roi lui fit un état de prince.

Edrissy se rendait à la cour sur une mule ; quand il arrivait, le roi se levait pour lui faire honneur ; ensuite ils s'asseyaient ensemble. Un jour le roi dit à Edrissy : Je voudrais avoir une description de la terre, faite d'après des observations directes et non d'après des livres, Là-dessus le roi et Edrissy firent choix de quelques hommes intelligents et honnêtes. Ces hommes se mirent à voyager à l'Orient, à l'Occident, au Midi et au Nord. On leur avait adjoint des dessinateurs chargés de reproduire d'après nature ce qu'ils remarqueraient de plus intéressant. Les uns et les autres avaient reçu ordre de prendre note de tout, et de ne rien omettre de ce qui pouvait piquer la curiosité. A mesure qu'un de ces hommes arrivait, Edrissy insérait dans son Traité les remarques qui lui étaient communiquées. Voilà comment fut composé le Nozhat al Mochtac. »

(1) Reinaud, Introduction à la Géographie des Orienteras.

Nozhatal Mochtac, l'Amusement de celui qui désire (parcourir le monde), tel est en effet le titre de cette géog-raphie qui fut publiée d'abord avec la qualification de Nubiensis, parce qu'on avait cru reconnaître que l'auteur y désignait la Nubie comme sa patrie.

La préface de cet ouvrag*e reproduit avec plus de détails les renseignements d'Essafady sur sa composition.

Nous y apprenons qu'il fut achevé eu l'année 1154.

On y lit aussi que Rog*er fit couler en argent un planisphère d'une grandeur énorme, du poids de 450 livres romaines. Ce planisphère devait servir de complément à la Géographie d'Édrissy.

L'ouvrage entier a été traduit en français par Jaubert, et le Magreb et l'Espagne par de Goeje et Dozy.

Édrissy, en quelques points, dit M. Reinaud, a plutôt fait rétrograder la science qu'il ne l'a avancée, mais son ouvrage, pris dans son ensemble, est comme celui de Strabon un véritable monument élevé à la géographie.

Edrissy composa pour Guillaume, fils et successeur de Roger, un second ouvrage de g-éographie, plus étendu que le premier, qui ne nous est pas parvenu.

Léon l'Africain vante les connaissances du Chérif en philosophie et en médecine, en astronomie et en géographie. Nous avons dit qu'il avait composé un Traité des simples, cité par Ebn Abi Ossaïbiah. M. Dozy a signalé la mention de cet ouvrage par Ebn Saïd dans Makkari. (1) Ebn el Beithar cite cet ouvrage plus de deux cents fois, sous la rubrique le Chérif el Edrissy ou simplement le Chérif. C'est dans cet ouvrage, plus encore que dans sa Géographie, où cependant il a grand soin de relater les produits des pays, que l'on peut se l'aire une idée des connaissances du Chérif en histoire naturelle. Meyer, dans son Histoire de la botanique, ;i pris l;i Géographie pour base de sa revue, tant elle est riche en observations de ce genre. La comparaison des deux oin rage isuffiraitpour prouver qu'ils furent écrits par le môme auteur: ainsi le Uoisde serpent, mentionné dans les deux

i Vo}*ez la préface 'le la traduction ]>■ IV.

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ouvrages, accuse évidemment une origine commune. Si l'on ne rencontre pas constamment la même similitude, c'est que les exigences d'un traité des simples sont autres que celle d'un traité de géographie.

Nous avons dit que le Traité des simples était cité plus de deux cents fois par Ebn Beithar. Ce qui prouve que le Chérif était un observateur de mérite, c'est qu'il est cité une trentaine de fois seul, à l'exclusion de tout autre.

Il paraît s'être occupé tout particulièrement des animaux. Il est cité seul aux articles thon, homard,, civette, sangsue.

Comme nous l'avons déjà fait remarquer, il traite fréquemment des produits du Magreb, et il lui arrive souvent de donner leurs noms berbères. Il connaît aussi les produits du Soudan, et c'est à lui qu'est dû, en partie, l'article sur la maniguette.

Quant à la thérapeutique, ses articles sont parfois étendus et remarquables. Nous citerons ceux sur l'aubergine, le lupin, la thapsia, le laurier rose, la grenade, enfin celui sur l'emploi du feu, qui lui appartient exclusivement.

Il paraît avoir fait une étude sérieuse de l'Agriculture nabathéenne, fréquemment citée sous son couvert, ce qui a induit en erreur Sontheimer, traducteur allemand d'Ebn Beithar, et lui a fait croire que le Chérif était aussi l'auteur d'un traité d'agriculture. Du reste Sontheimer, entre beaucoup d'autres, a commis plusieurs étourderies de ce genre.

Le Chérif paraît avoir eu quelque connaissance du grec. Il lui arrive de donner des étymologies qui ne trouvent pas toujours grâce devant Ebn Beithar. On sait que le grec se maintint longtemps en Sicile, comme on peut le voir par un travail de Noël Desvergers, inséré au Journal Asiatique de 1845.

Nous ignorons la date de la mort du Chérif. Celle donnée par Léon l'Africain, 1122, est une erreur flagrante, puisque le Chérif achevait son traité de géographie en 1154.

Léon l'Africain le fait mourir à Ceutat (Civitat). Il ajoute qu'il laissa plusieurs fils, dont les descendants existent encore à Fez et à Tunis, et parmi lesquels on rencontre toujours quelques médecins.

On pourrait peut-être compter parmi ces descendants du Cliérif, un certain Ahmed ben Abdessalem Cliérif Essakaly, qui ne nous est pas autrement connu que comme auteur d'un traité de médecine que possède la bibliothèque de Leyde, et qui vécut à Tunis, sous le règme d'Abou-Farez, prince qui protégeait les savants, savant lui-même, et qui fit construire une bibliothèque publique près de la grande mosquée. Abou- Farez mourut en 837-1433.) Elkeirouani, trad. Pellissier, p. 256).

Le douzième siècle fut pour l'Espagne un siècle d'agitation. Soumise par les Almoravides qui s'étaient d'abord donnés comme des auxiliaires, elle ne parvint à s'en défaire que pour retomber sous le joug- des Almohades, qui ne lui procurèrent que peu d'années de répit. La guerre était plus vive que jamais entre les chrétiens et les musulmans. Les limites mutuelles changeaient incessamment au gré du flux et du reflux des invasions réciproques.

Ce siècle fut cependant le grand siècle scientifique de l'Es* pagne musulmane.

A la veille d'être bientôt réduite au petit royaume de Grenade, l'Espagne musulmane couronnait cinq siècles d'une civilisation brillante et alors sans égale par un riche épanouissement de philosophes et de médecins.

Déchue de sa grandeur politique, elle allait, par eux. régner longtemps encore dans le domaine de la pensée. A peine s'était-elle retirée de Tolède, que les savants chrétiens venaient s'enrichir de ses épaves scientifiques.

Certes, il fallait que les sciences aient eu, en Espagne, des bases solides pour se maintenir et fructifier au milieu de ces épreuves. Les Almohades les favorisèrent un instant, il est vrai, mais leur intolérance de néophytes retirait d'une main ce qu'ils avaient accordé de l'autre. Le grand philosophe Averroès, soupçonné dans ses croyances, subit de dures humiliations. Les Juifs, qui commençaient à prendre une large part dans le mouvement scientifique, et qui devaient être un

puissant intermédiaire entre les Arabes et les chrétiens, (lurent quitter cette terre inhospitalière. Les uns s'enfuirent dans le Languedoc, les autres suivirent Maimonide en Egypte.

Jamais cependant, en dépit de ces entraves, la pensée ne prit un aussi libre essor, témoins Ebn Thophaïl, Ebn Badja et surtout Averroès, le plus grand philosophe de l'Espagne et l'un des plus grands noms de l'Islam. Par ses travaux philosophiques et ses commentaires d'Aristote, il exerça la plus haute influence sur la marche des idées au moyen âge et devint, aux yeux de la théologie scolastique, la personnification de la libre pensée.

Quant à la médecine, qui revendique aussi Averroès, elle compta d'aussi dignes représentants dans la famille des Ebn Zohr qui, pendant trois siècles, donna des médecins à l'Espag*ne. Le plus grand de la famille Abou Merouan Abd el Malek Ebn Zohr, dont nous avons fait Avenzoar, surpassa son père et ne fut pas égalé par son fils, tous deux médecins éminents. Quelques historiens considèrent Avenzoar comme le plus grand médecin de l'école arabe. Ce qui le distingue, c'est une grande indépendance dans la pensée, une riche expérience et la foi dans l'observation plus que dans la tradition. Parlant d'abondance et d'autorité, il traite d'égal à ég*al avec ces anciens maîtres si vénérés.

A côté de ces noms on peut citer encore Errafequy, Abou Sait Ommeya, qui publièrent des travaux d'histoire naturelle médicale, et Ebn el Aouâm l'auteur du célèbre Traité d'agriculture, récemment traduit en français. Ces travaux préparaient pour le siècle suivant l'avènement d'Aboul Abbas Ennabaty et d'Ebn el Beithar, les deux plus g*rands botanistes arabes dont les écrits nous soient parvenus.

Il faut remonter aux premiers temps de la ferveur scientifique pour rencontrer un tel concours de savants. Tandis que L'Orient s'affaissait un peu et ne produisait qu'un seul homme véritablement supérieur, Fakhr eddin Errazy, l'Espagne eu produisait un riche faisceau et tenait le sceptre tant il'! l.-i philosophie que de la médecine. Outre La gloire d'avoir prodtiil un riche faisceau! de médej

ESPAGNE. là

cins et de philosophes, l'Espagne musulmane a de plus, au XIIe siècle, un nouveau titre à notre attention.

L'Europe était enfin sortie de sa torpeur. Si, d'une part, elle écoutait la voix du fanatisme et portait le trouble en Orient, de l'autre elle se sentait éprise du besoin de savoir,, mais les éléments d'étude lui faisaient défaut. L'Espagne musulmane les lui fournit, les chrétiens les trouvèrent en entrant clans Tolède. Son archevêque, dont nous ne pouvons taire l'origine française, Raymond, s'adressa aux Arabes pour combler les lacunes de la 'pénurie latine. Il invita deux savants, Gundisalvi, archidiacre de Ségovie, et Avendauth juif converti, qui prit plus tard le nom de Jean (de Séville) à traduire en latin les écrits scientifiques des Arabes. Le premier ignorait d'abord l'arabe et le deuxième le latin. lisse mirent à deux pour traduire le Traité de l'âme d'Avicenne ; puis ayant appris la connaissance de la langue qui leur était d'abord inconnue, chacun d'eux se mit à traduire des philosophes, des mathématiciens et des astronomes, de l'arabe en latin.

Ces travaux durent être connus en Europe. Toutefois, on vit alors accourir en Espagne, du Nord et du Midi, Platon de Tibur, Adélard de Bath et Gérard de Crémone, qui continuèrent l'œuvre suscitée par Raymond. Gérard se fixa à Tolède, et, pendant un séjour qui dura peut-être un demisiècle, il ne cessa de traduire de l'arabe en latin, au point que le total de ses traductions atteint le chiffre inouï de 7G. Cette fois, ce n'était plus seulement aux Arabes que l'on s'adressait, mais aux Grecs traduits en arabe, et dont les originaux manquaient à l'Occident. Commencé au XIIe siècle, le travail des traductions se maintint pendant le XIIIe, de telle sorte que la très grande majorité des traductions de l'arabe en latin eut Tolède pour théâtre.

Nous raconterons en détail, dans notre VIIIe livre, l'histoire de ces travaux, qui livrèrent à l'Occident appauvri les richesses scientifiques de l'Orient.

ABOU S ALT OMMEYA.

Abou Sait Ommeya ben Abd el Aziz naquit à Dénia en l'année 1068, d'où les surnoms d'Ecl Dâny et d'El Andaloussy.

Non-seulement il étudia la médecine, mais encore la littérature et les mathématiques. Il s'adonna même à l'étude et à la pratique de la musique, et composa de nombreuses poésies. Il compte, au dire de son biographe, parmi les médecins et les savants éminents.

Vers la fin du XIe siècle il se rendit en Egypte, où lui arriva l'aventure suivante. Un vaisseau charg-é de cuivre avait échoué près du port d'Alexandrie. Abou Sait en rêva le sauvetage, et fit part de son projet au gouverneur. Tout ce qu'il demanda fut mis à sa disposition. Il fit d'abord construire un bâtiment qu'il amena sur le lieu du naufrage, puis il fit fabriquer des cables renforcés de soie, et au moyen de machines il essaya de soulever le vaisseau naufragé. Déjà il apparaissait à la surface de l'eau, quand les cordes s'étant rompues, il retomba de nouveau au fond de la mer. Le Khalife irrité d'avoir fait des dépenses inutiles fit jeter Abou Sait en prison. Quand il en sortit, il employa son temps à l'étude du pays et de ses personnages éminents.

Il songea ensuite à s'en retourner dans son pays. Il s'arrêta en chemin à Mehedya, où il mourut en l'année 529 de l'hégire, 1134 de notre ère. Là, il lui naquit un fils, Abd el Aziz, qui fut un bon poète, et mourut à Bougie en l'année

Abou Sait Ommeya laissa plusieurs ouvrages.

Un traité des médicaments simples. Il est cité une vingtaine do fois dans Ebn Deithar, mais ces citations sont génélement courtes et n'offrent pas un grand intérêt.

Lue défense de Honein contre les attaques d'Ali ben [lodhouan adressées, au livre des Questions.

Ce sont là les deux seuls ouvrages de médecine dont il SOil question dans La liste de ses écrits.

Parmi les autres nous citerons :

rSî'AGNE. t.J

Un traité de musique.

Un traité de l'astrolabe.

Un traité de logique.

Des poésies.

La Relation de l'Egypte, adressée au prince de Mehedya Abou Dhaher lahya ben Temim ben Moëz ben Badis. Dans cet ouvrage il décrit l'Egypte et mentionne les hommes distingués, médecins, astronomes, poètes, etc., qu'il y a rencontrés.

Aboulfarage a fait à cet écrit un emprunt de deux pages à propos de certains personnages de l'Egypte. Nous en rappellerons un, l'astrologue Razek Allab. Une femme vint un jour le consulter et il se mit à tirer son horoscope et à tracer la position des astres, les décrivant à mesure, tandis que la femme gardait un silence que l'astrologue trouvait étrange. Enfin il lui dit : Je vois quelque chose disparaître de ta maison, tiens-toi sur tes gardes. — Tu as trouvé la vérité, lui dit la femme, et elle lui jeta une pièce d'argent. — N'as-tu pas fait une perte, reprit l'astrologue? — Oui, répondit la femme, je viens de perdre l'argent que je t'ai donné.

Parmi les écrits d'Abou Sait Ommeya nous citerons encore un ouvrage sur les mathématiques et un autre sur les poètes de l'Espagne.

Quelques-uns de ces écrits existent encore soit à l'Escurial , soit à la Bibliothèque Bodléenne, et particulièrement les deux relatifs à la médecine.,

EBN I3AD.JA (aVENPACE).

Abou Bekr Mohammed ben lahya, plus connu sous les noms d'Ebn Essaïr et d'Ebn Badja, n'est autre que le philosophe vulgairement connu chez nous sous le nom (VAvenpace, corruption d'Ebn Badja.

Il naquit à Saragosse vers la fin du XIe siècle.

Après avoir habité Séville et Grenade, il passa le détroit, fut pendant vingt ans le vizir d'Iahya ben Tachfin, et mourut jeune encore à Fez, où il fut enterré, en l'année 1138 de l'ère chrétienne.

C'est à peu près là tout ce que nous savons de la vie extérieure d'Ebn Saïr, autrement dit Ebn Badja. En revanche si les biographes sont sobres de détails, ils s'accordent à nous vanter la rare intelligence et les vastes connaissances d'Ebn Badja, en même temps qu'ils déplorent sa perte prématurée. Ebn Abi Ossaïbiah ne trouve à lui comparer parmi les Arabes qu'El Faraby, et il le place au-dessus d'Avicenne et d'El Gazzaly.

Bien qu'il ait embrassé à peu près toutes les sciences, Ebn Badja fut avant tout un philosophe, et un philosophe indépendant. Il était très versé clans la littérature arabe et savait le Coran par cœur. Ses études et ses écrits embrassèrent aussi la médecine, les mathématiques, la géométrie, la musique et même la politique.

Il eut pour disciple Aboul Hassan Ali de Grenade et même, suivant Ebn Abi Ossaïbiah, l'illustre Averroès, fait contesté par M. Renan (1).

L'indépendance de sa pensée lui suscita des ennemis. Fateh ben Khaqan de Grenade, l'auteur du Kalaïd el Ikyan, l'accusa d'immoralité, d'incrédulité, et ne craignit pas de le signaler comme une calamité pour la religion. Ces imputations ameutèrent la populace, qui mit en danger les jours d'Avenpace. Son ingérence dans la médecine souleva les mêmes passions haineuses, et l'auteur du Kitab el hokaina, Djemal eddin, ne craint pas d'avancer que ses ennemis le firent mourir en l'empoisonnant.

Malgré la brièveté de son existence et le temps qu'il dut consacrer aux affaires, Ebn Badja écrivit beaucoup.

Nous allons parler d'abord de ses ouvrages de médecine.

Discours sur le Traité des simples de Galien.

Livre des deux Expériences, à propos des médicaments d'Ebn Ouafed. Le titre de ce livre tient à ce qu'il fut écrit en collaboration avec Aboul Hassan Sofîan el Andaloussy. S'il ne nous es1 pas parvenu, nous pouvons nous en faire uiic idée par les nombreuses citations qu'en a laites Ebn el Beithar. Il le cite plus de deux cents fois dans son grand

[1) A.\ ■ ■: • ■ anqn.i1 on 1 1 26.

ESPAGKE. i /

Traité des simples, dans l'immense majorité des cas sous l'anonyme, une trentaine de fois sous le couvert de Sofian el Andaloussy, et beaucoup moins souvent sous le nom d'Ebn Essaïr.

Ces citations se reproduisent, moins nombreuses naturellement, dans un autre ouvrage d'Ebn Beithar, le Morny, et à peu près dans les mêmes conditions. Le livre des expériences est ici le plus généralement accompagné du nom de Sofian el Andaloussy, mais nous rencontrons relativement de plus nombreuses citations d'Abou Bekr ebn Essaïr l'Andalou. Quant à cet ouvrage, c'est un livre de thérapeutique plutôt que d'histoire naturelle médicale, et nous devons dire que les citations en sont courtes et manquent d'originalité.

Extrait du Haouy ou Continent de Razès.

Des tempéraments au point de vue médical.

De l'amour physique.

Discours sur certains points du Livre des plantes d'Aristote.

Discours sur certaines parties du Livre des météores d'Aristote.

Discours sur la fin du Livre des animaux d'Aristote.

Tl commenta aussi, parmi les ouvrages d'Aristote, les Livres de la physique ou de l'audition naturelle et celui de l'existence et de la corruption.

Traité des éléments.

Avant de parler des ouvrages de philosophie auxquels Ebn Badja doit particulièrement son importance, nous citerons encore les suivants :

Discours sur le gouvernement des villes.

Annotations sur un Traité d'alchimie d'El Faraby.

Lettre adressée en Egypte à son ami Iousef ben Ahmed ben Khachday.

Lettre sur les mathématiques, à l'adresse d'Ebn el Mohandes.

Pour se faire une juste idée de la philosophie d'Ebn Badja, il faut recourir à l'étude que lui a consacrée Munck dans ses Mélanges de philosophie juive et arabe. C'est d'après cet excellent ouvrag*e que nous allons en dire quelques mots.

L'ouvrage le plus remarquable et le plus original d'Ebn Badja, dit Munck, est le Régime du solitaire, et il ajoute : malheureusement nous ne le possédons plus. Le catalogue de la Bibliothèque Bodléienne, 1er volume, lro partie, sous le n° 257 : Abu becr filins Alsaig, de regimine solitarii, en cite une traduction hébraïque.

Il semble, dit Munck, que, dans cet ouvragé, Ebn Badja avait pour but de faire voir de quelle manière l'homme, par le seul moyen du développement successif de ses facultés, peut s'identifier avec l'intellect actif.

L'ouvrage intitulé Lettre d'adieu, est conçu dans le même sens. Il contient des réflexions sur le premier mobile dans l'homme, sur le véritable but de l'existence humaine et de la science, qui est de s'approcher de Dieu et de recevoir l'intellect actif émané de lui. On y reconnaît une tendance à réhabiliter la science et la spéculation philosophique. Il en est de môme du livre qui porte pour titre : De la conjonction de l'intellect avec l'homme. Citons encore les Traités sur l'âme, sur la perfection humaine, sur les choses qui sont à la portée de l'intelligence, des Notes sur la philosophie.

La Lettre d'adieu a été traduite en latin et imprimée sous le titre de Epistola expeditionis.

Ses commentaires sur Aristote ont été connus de l'école d'Albert le Grand, dit M. Hauréau, dans son Histoire de la philosophie scolastique, et même le Régime du solitaire. Le nom de notre auteur ne fut pas toujours rendu par Avenpace, et peut-être ne fut-il pas toujours reconnu sous une autre forme. Dans une traduction des commentaires d'Averroès sur les Éthiques d' Aristote, nous trouvons le nom d'Ebn Badja sous la forme d'Abou Bekr ebn Essaïr, rendu en Latin do cette manière: Abu Gekrin filius ÂurificiSi (Jourdain* Ltech. surlestrad. d' Aristote, p. 439).

Il est probable que Jourdain ne se douta pas qu'il avait le nom d' Avenpace sous la main.

SOFIAN EL ANDALOUSSY.

Nous ne le connaissons que par la part qu'il prit avec Eben Badja au Livre des deux Expériences, dont nous venons de parler.

er'r'afequy.

Nous savons peu de choses sur le compte d'Abou Djafar ben Mohammed ben Alimed ben Seyd, surnommé Errafequy, probablement pour être né à Rafeq, localité située au Nord de Cordoue.

Ebn Abi Ossaïbiah en fait le plus grand éloge.

Il le considère comme un des grands écrivains de l'Espagne et le dit l'homme de son temps le plus versé dans la connaissance des simples, de leurs noms et de leurs propriétés. Son livre, dit-il, n'a pas son pareil. Il y a réuni ce que Dioscorides et Galien avaient écrit, avec les découvertes des auteurs subséquents et les siennes propres.

M. de Sacy, qui lui a consacré quelques lignes dans son Abdellatif, le fait mourir, vu le silence d'Ebn Abi Ossaïbiah, vers la fin du V" siècle de l'hégire. Wùstenfeld, au contraire, le fait mourir en 560, 1164 de notre ère.

C'est un des auteurs les plus fréquemment mis à contribution par Ebn Beithar. Il vient immédiatement après Razès et Avicenne pour plus de deux cents citations. Il donne souvent des noms berbères, ce qui indique un séjour dans le Mag'reb et ne saurait être le simple résultat de l'invasion berbère en Espagne.

Parmi les renseigmements originaux de ce genre nous citerons les articles relatifs au Djouz ézzendj, Sterculia ; à la maniguette ; au Serrent, Telephium imperati ; à l'euphorbe, qu'il dit un produit du Daran ou Atlas marocain ; à la chaussetrape, commune chez les Mrila, etc.

Il donne encore des noms en langage vulgaire de l'Anda-

lousie, c'est-à-dire en latin, ainsi à propos de l'hyèble et du sureau.

Il a soin d'assurer ses synonymes, et en cela il mérite l'éloge qu'en fait Ebn Abi Ossaïbiah. S'il y a des confusions, il les discute. C'est ainsi qu'il distingue Talypum de Dioscorides du turbith, le sium du cresson, l'isatis de Dioscorides du nila ou indig'o des modernes.

Il revient à deux reprises sur l'identité du carpesion de Galien et du cubèbe des Arabes. Galien, dit-il, parle de ramuscules, et le cubèbe se compose de graines : il faut alors admettre que ces ramuscules sont les branches de l'arbre dont le cubèbe est le fruit.

Il relève aussi les confusions et les erreurs des médecins qui l'ont précédé, notamment d'Ebn Samadjoun et d'Ebn Ouafed, l'Eben Guéfith des traducteurs latins. Il discute longuement l'opinion de quelques médecins modernes qui accordent à la coriandre des propriétés stupéfiantes.

Quelques paragraphes, relatifs à des produits de l'Espagne, lui appartiennent exclusivement.

Il nous donne de curieux renseignements sur des gisements de l'ambre jaune en Espagne, sur la préparation du sel ammoniac, etc.

C'est par étourderie que Sontheimer lui attribue la paternité d'un traité d'agriculture, qu'il se borne simplement à citer.

En somme Errafequy fait preuve de critique en même temps que de connaissances étendues et souvent originales, particulièrement eu ce qui concerneles produits de l'Espagne et du Magreb.

11 est quelquefois cité dans le Traité d'agriculture quirigure ;'i La Bibliothèque de Paris sous le n.0 884.

La Bibliothèque BdcLléienne possède deux ouvrages d'Errafequy, sous le n" (i;;2: 1° Traité des tumeurs et des lièvres ; 'Z* De la manière d'expulser du corps les humeurs nuisibles.

MOHAMMED BEN QUASSOUM ERRAFEQUY.

Mohammed ben Qassoum ben Aslem Errafequy ne nous est connu que par un écrit qui existe à l'Escurial sous le n° 835, ancien 830.

Wùstenfeld le considère comme étant probablement le père d'Errafequy, le botaniste, dont le livre des médicaments simples est fréquemment cité par Ebn Beithar, et qui mourut en 1164. A cela on peut faire une objection. Les ascendants du botaniste sont Mohammed, Ahmed et Saïd, tandis que l'autre, qui s'appelle bien Mohammed, il est vrai, a pour ascendants Qassoum et Aslem. Ils peuvent donc être de la même localité comme l'indique leur surnom, sans être pour cela de la même famille.

Quoi qu'il en soit, les auteurs cités par Mohammed ben Qassoum Errafequy, ainsi que nous le verrons tout à l'heure, lui assignent une place au XIIe siècle. Parmi ces auteurs, nous ne nommerons ici qu'Abulcasis, le dernier en date, qui mourut dans les commencements du XIIe siècle, et Avicenne qui mourut sûrement en 1035.

L'ouvrage d'Errafequy est un traité d'oculistique qui ne contient guère moins de trois cents feuilles. Il est vrai que l'oculistique proprement dite ne commence qu'à la feuille 124. Il porte le titre de Morched, ou le Directeur.

L'auteur nous annonce qu'il l'a composé parce qu'il a trouvé incomplets ceux de ses devanciers, et ces devanciers ne sont autres que Honein, Ali ben Issa, Razès, Avicenne, Omar ben Ali et Aboul Cassem Khalaf Ezzahraouy, autrement dit Abulcasis.

Cet ouvrage se divise en 6 parties.

Lapremière traite du Serment d'Hippocrate et desEléments.

La deuxième de l'anatomie de la tète et de l'œil.

La troisième de l'hygiène,

La quatrième des maladies en général.

La cinquième des médicaments et de l'hygiène de l'œil.

La sixième des maladies de l'œil et de leur traitemeut.

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