‹ Histoire de la médecine arabe (volume 4)Chapitre 238 sur 241 · GEBER OU DJABER BEN AFLAH · texte numérisé non relu

GEBER OU DJABER BEN AFLAH

Abou Mohammed Djaber ben Afiah de Sévi! le, ne nous est guère connu que par ses écrits, et nous avons peu de renseignements sur sa personne. Aucune notice ne nous en a été conservée, pas même par Casiri, qui l'a méconnu dans la notice de Maimonide. Nous allons essayer de réunir et de contrôler les mentions diverses qui en ont été faites.

Son époque n'est accusée par aucune date personnelle. Nous croyons que MM. Munk et Sédillot l'ont trop reculée. Munk dit qu'il florissait vers la fin du XIe siècle. M. Sédillot, après avoir contesté que Géber fût postérieur à Azarchel, le place ailleurs vers l'année 1120, ce qui vaut déjà mieux; mais nous ne croyons pas devoir nous en tenir à une simple approximation.

C'est à Munk lui-même que nous emprunterons des renseignements pour rectifier son opinion.

D'après le Guide des Egarés, Munk nous rapporte d'une part que Maimonide connut le fils de Géber, et de l'autre qu'il fut son condisciple.

Cette communauté d'études ne dut exister que dans la période où Maimonide fut obligé de pratiquer l'islamisme, du moins extérieurement, en Andalousie, période qui, d'après Munk lui-même, est comprise entre les années 1148 et 1160. Il est probable que Maimonide et le fils de Géber avaient à peu près le même âge. Or Maimonide naquit en 1135. Si le fils de Géber naquit à la même date, comme les musulmans se marient d'habitude de bonne heure, il est à croire que Géber survécut longtemps encore à la naissance de son fils. On peut donc admettre qu'il entra dans la seconde moitié du XIIe siècle. Nous citerons encore un autre fait où il est question de Géber ben Afiah. En 1160 Maimonide quittait l'Espagne, et en 1165 il abordait en Egypte. Aboul Hedjadj Yousef le rejoignit, apportant l'astronomie de Géber ben Afiah dont ils devaient ensemble opérer la révision. N'est-il pas naturel de penser que la publication de cet ouvrage était récente, quand Aboul Hedjadj l'apporta de Ceuta? Ne pour-

rait-on pas admettre qu'il l'apporta à son ami à titre de nouveauté ? C'est à propos de ce fait que Casiri a méconnu Géber ben Aflali dans la notice de Maimonide, en donnant son nom sous la forme Ben Phaleg.

Géber est cité plusieurs fois par Al Bitroudjy, vulgairement Alpetragius, dont la mort est implicitement fixée par Munk aux environs de l'année 1217.

On sait que l'on a confondu notre Géber avec son devancier l'illustre alchimiste, et que d'aucuns, séduits par la ressemblance du nom, en ont fait l'inventeur de l'algèbre.

Les écrits de Géber ben Aflali soulèvent aussi des difficultés.

Il en est un sur lequel le doute ne peut exister, c'est celuilà même que corrigèrent Aboul Hedjadj et Maimonide, le traité d'astronomie. L'original existe à l'Escurial en double expédition, et les recherches de Munk l'ont convaincu que Casiri s'était trompé en le dédoublant. Les nos 905 et 925 de l'Escurial sont deux copies d'un même ouvrage. Cet ouvrage fut traduit en latin par Gérard de Crémone : il est désigné dans sa liste sous cette forme : Liber iebri tractatus VIIII. Cet ouvrage comprend en effet neuf livres. Il existe des exemplaires manuscrits dans nos bibliothèques, et nous signalerons le n° 96 de l'Arsenal. Il fut imprimé en 1534, et non en 1533, fait observer M. Boncompagni. Manuscrits et imprimés s'accordent à donner comme traducteur Gérard de Crémone. Le fonds de cet ouvrage est l'Almageste.

Il en existe aussi des traductions au fonds hébreu.

Un traité des triangles sphériques existe au n° 7397 sous le nom de Géber. On le retrouve au n° 7406, où il est précédé de ces mots : Geber in libro 30 figurarum.

Les triangles sont traités en quatre livres.

Nous trouvons aux Mss. 15,708 et 16,052 un traité de l'astrolabe sous les noms de Gcrberti et Gileberti, que M. Cousin a cru devoir attribuer à Gerbert (Sylvestre II). Le n° 1258 de la Mazarine le donne sous le couvert de Ptolémée. Nous en avons parlé précédemment.

La Bibliothèque bodléienne, II, 7074, donne un Liber radicum Geberi. Nous trouvons au n" 1256 de la B. Mazarine

ALBITROUDJY. 521

un Liber radicum anonyme, qui débute ainsi: Quidam numeri habent radiées et vocantur quadrati. Il commence au f° 33. Au f° 44 on lit : Explicit tractatus de quadratis, et immédiatement : pars quinta de inventione radicum. Au f° 49 on lit: Incipiunt capitula 12 de regulis geumetrie pertinentibus et de questionibus algèbre et almucabale.

Cet opuscule, tant par la forme que par le fonds, nous paraît de provenance arabe.

Au f° 65 on lit : Incipiunt régule algèbre.

Il est encore un ouvrage de Géber ben Aflah mentionné de la sorte dans la liste de Gérard de Crémone: Liber tabularum iaberi cum regulis suis. Comme nous l'avons déjà dit ailleurs, nous n'avons pas rencontré de Tables annoncées au nom de Géber ben Aflah. D'autre part nous connaissons des Tables tolétanes données avec le nom d'Azarchel, Gérard de Crémone traducteur. S'agirait-il ici de ces Tables commentées par Géber ben Aflah, ou bien s'agirait-il de Tables originales et de son crû, que les écrivains auraient oublié de mentionner? C'est que nous ne sommes pas en état de décider.

ALBITROUDJY (aLPETRAGIUS).

Nour eddin, dit El Bitroudjy, sans doute du lieu de sa naissance, et El Achbily, le Sévillan, du lieu de sa résidence, est resté long-temps dans l'ombre. Casiri nous apprend bien qu'il passa du christianisme à l'Islamisme, et qu'il composa un traité d'astronomie, où il s'écarta des doctrines de Ptolémée, pour se rapprocher de celles d'Arzachel et de Géber, mais il ne se doute pas de son identité avec Alpetragius. Jourdain s'est félicité d'avoir le premier proclamé cette identité. Munk nous a donné des rensigmements plus étendus et plus positifs sur Albitroudjy. Il nous apprend qu'il fut le disciple d'Eben Tofaïl et qu'il dut vivre jusque vers l'année 1217. Munk nous apprend aussi qu'Ai Bitroudjy fut plus qu'un imitateur d'Arzachel et de Géber et qu'il se fit un système à lui ; système tombé depuis dans un profond oubli, dit M. Se-

dillot, mais qui décèle une heureuse tendance à se dégager des fausses hypothèses de l'antiquité.

Le traité d'astronomie d'Al Bitroudjy existe à l'Escurial sous le n° 958. Nous en connaissons déjà la traduction qui fut exécutée par Michel Scot, et qui existe au n° 7359 de la Bibliothèque nationale. Jourdain en a reproduit le curieux prologue. On peut reprocher à Jourdain d'avoir appelé ce livre : Astrologie d'Alpetragius. C'est bien un traité d'astronomie, Hya,[ç,t Jourdain est le seul qui y ait vu de l'astrologie. Ce mot, au moyen âge, signifiait ce que signifie aujourd'hui le mot astronomie, et c'est ainsi qu'il fig-ure en tète des ouvrages d'astronomie dans la liste de Gérard où l'astrologie n'a rien à voir.

Casiri nous parle de la conversion d'Al Bitroudjy du christianisme à l'Islamisme. Le traité d'astronomie fut nécessaiment composé dans la première période, nous en trouvons la preuve dans le prologue. Il débute ainsi: In nomme domini nostri Jesu Chisti omnipotentis.

Nous trouvons encore dans ce prologue les vestiges d'une éducation chrétienne : Sed a pueritia quando inspexi in quadiïvio ad partem motus celestis, etc.

La traduction de Michel Scot fut exécutée en 1221 date de la mort de l'auteur d'après Munk. Eben Tofaïl mourut en 1185, c'est-à-dire 36 ans avant Albitroudjy. Ce fut sans doute après sa conversion qu' Albitroudjy se fit l'élève d'Ebn Tofaïl.

Nous avons découvert un nouvel écrit qui appartient sans doute à cette seconde phase, et dont jusqu'à présent nous n'avons rencontré mention nulle part.

Il s'agit d'un traité de perspective qui existe au n° 10,204, Le prologue en est curieux. Il nous rappelle encore la première phase de l'auteur par des souvenirs, et il nous donne quelques renseignements que nous ne saurions passer sous silence, attendu qu'ils ont une valeur historique. Nous en donnerons un extrait.

Il semblerait que ce traité fît partie d'un ensemble d'écrita : " Liber tertius Alpetragii in quo tractât de perpectiva. Poatquam iimnifcstavi mathematice potestatem aspiravi

ASTROLOGIE. — ■ ALFADOHL DE MERENGI. QZà

ad perspective dig-nitateni. Ideoprosecutus suin hanc scientiam diligentius quam précédentes et precipue quia non solum a vulg'O latinorum sed a sapientibus multis ig'noratur propter siii novitatem et mirabilem profunditatem. Etpropter hoc decrevi quod non imitarer unum auctorem sed ab omnibus eligerern electiores scientias. Nam licet perspectiva Alhacen sit in usu aliquorum sapientum latinorum, tamen paucioribus est perspectiva Ptolomei precogmita, etc. »

Nous voyons l'Optique d'El Hacen connue des Latins ; ce ne pouvait être que par la traduction de Gérard de Crémone.

Alpetragius ajoute qu'il a puisé aussi dans les écrits d'El Kindy, de Tideiis personnage énig-matique traduit par Gérard, d'Euclide, et d'autres encore.

Astrologie.

Nous terminerons la revue des mathématiciens et astronomes par quelques astrolog-ues.

L'astrologie fut en vogue au moyen âg'e, et l'on a trop généralement reproché cette vogue aux Arabes. îl fallait aire aussi peser cette responsabilité sur les Juifs et les Grecs eux-mêmes, car Ptolémée fut le plus grand coupable. Ce travers eut au moins pour résultat d'entretenir les études astronomiques. Il est encore un fait que nous devons rappeer, et qui a contribué à grossir la troupe des astrologues. Le mot astrologie, ainsi que nous l'avons déjà dit précédemment, n'eut pas au moyen âg'e, du moins à une certaine époque, le sens que nous lui donnons aujourd'hui. Il signifiait simplement la science des astres. Dans la liste bibliographique de Gérard de Crémone, ses traductions relatives à l'astronomie sont données sons la rubrique De astrologia. C'est à tort que Jourdain a donné au traité d'astronomie d Alpetroudjy le titre d'astrologie sans explication.

ALFADOHL DE MERENGI.

Il existe au n° 7323 un traité d'astrologie, contenant 144

réponses, dont l'auteur est dit Alfadhol de Merengi, « Sarrasin de Caldée, fils de Sedbel et d'une mère Caldéenne. » Jusqu'à présent nous n'avons pu retrouver ce nom dans les écrivains arabes. S'agirait-il d'une traduction qui est donné vers la fin de la liste de Gérard ?

Le n° 7323 est richement illustré et porte les armes de Mila" i.

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