IAHYA BEN SAÏD BEN MARY
C'était un médecin chrétien, mentionné par Djemal eddin et par Aboulfarag'e. Le premier nous apprend qu'il exerçait la médecine à Bassora. C'était aussi un homme connaissant parfaitement la lang'ue arabe et les écrits des anciens. Il cultivait aussi la poésie, et l'on en trouve un échantillon dans Aboulfarag'e. Il mourut en 589 (1193) ayant écrit un traité en soixante séances.
ABOUL BARAK AT AOUHAD EZZEMAN.
Aboul Barakat Hibat Allah ben Ali ben Melka AouhadEzzeman, natif d'une localité du nom de Baled, d'où il est dit El Baledy, vint habiter Bagdad. Les surnoms d' Aboul Barakat, le père des bénédictions, et d'Aouhad Ezzeman, l'unique de son temps, attestent la renommée dont il jouit.
Nous ne savons au juste l'époque où il naquit, mais, comme on va le voir, ce dut être dans la seconde moitié du XI0 siècle. Il était juif, et, en cette qualité, il se vit refuser l'école de Saïd ben Hibat Allah, qui ne voulait pas recevoir de Juifs. Aboul Barakat corrompit le concierg-e, et obtint une place dans le corridor, d'où il pouvait entendre le professeur. Or, il advint, au bout d'un an, que celui-ci proposa une question à ses élèves, dorrt aucun ne put la résoudre. Là-dessus, Aboul Barakat s'avança, et saluant Saïd, lui dit ; k Maître, me permets-tu de parler ? — Parle, lui répondit
Saïd, et réponds-moi par les paroles de Galien. » Aboul Barakat répondit parfaitement, et, dès lors, Saïd ben Hibat Allah l'admit dans son école, dont il devint un des meilleurs élèves.
Aboul Barakat était une grande intelligence. Il connaissait la pliilososopliie tout autant que la médecine, mais c'était un homme orgueilleux, remuant et ambitieux. Nous avons déjà vu que ses intrigues ourdies contre Amin Eddoula n'avaient tourné qu'à son détriment.
Une aventure le poussa plus loin et le fit changer de religion. Le fait est raconté diversement. Les uns parlent d'un affront dans le genre de celui qui lui avait fait interdire l'école de Saïd ben Hibat Allah, et qui lui serait arrivé à la cour. D'autres racontent le fait autrement.
Un sultan Seljoukide l'avait appelé de Bagdad pour le soigner. Aboul Barakat le guérit et fut largement récompensé. Il se remit en marche pour Bagdad, déployant une grande pompe et étalant les richesses dont il avait été comblé, ce qui lui attira une épigramme dont tel est le sens : « Nous avons un médecin juif dont toutes les paroles sont des sottises; il déploie un grand faste, et cependant il est moins qu'un chien, et on dirait qu'il n'est pas sorti du désert. »
Aboul Barakat fut blessé au vif, et comprit que le judaïsme était un obstacle à ses rêves de grandeur.
Il conçut alors le projet de se faire musulman. Mais, auparavant, réfléchissant qne ses filles ne voudraient pas le suivre dans la nouvelle religion, et que, partant, elles seraient privées de ses biens, il obtint du khalife un décret qui les déclarait aptes à hériter, et il embrassa l'islamisme.
Il vécut, dit-on, longtemps encore, exerçant la médecine et l'enseignement avec succès, mais sa vieillesse fut rudemenl éprouvée. Il devint aveugle, sourd et lépreux; il soufl'rif des douleurs que sa science était incapable de calmer; Sentant approcher sa mort, il demanda que l'on gravât sur -;| tombe ces mots seulement : « Aboul Barakat Àouhad Ezzeman, qui connut la bonne et la mauvaise fortune, et qui écrivil Le Moutabar* »
l'irak. ol
On fit sur lui des vers dont tel était ]e sens : « Amin Eddoula et son rival Aboul Barakat finirent différemment : l'humilité de l'un l'éleva jusqu'aux nues, l'orgueil de l'autre l'enchaîna à la terre. a Il avait vécu quatre-vingts années.
On raconte de lui un fait curieux de sa pratique. Un homme affecté de mélancolie croyait avoir sur la tête un insecte, dont il ne pouvait se débarrasser. Plusieurs médecins avaient, en vain, essayé de le guérir.
Aboul Barakat s'entendit avec ses domestiques. L'un d'eux s'approcha du maniaque avec un bâton et l'en frappa sur la tète, tandis que l'autre laissa tomber un vase dans lequel on trouva un insecte. Le malade s'en crut, dès lors, débarrassé. C'est là, dit le biographe, un fait remarquable de thérapeutique, et on en trouve plusieurs de pareils dans l'histoire des maladies mentales, notamment chez Galien.
Tels sont les écrits qu'il a composés :
Le Moutabar, ouvrage renommé, qui traits de la dialectique, de la métaphysique et de la physique.
Un formulaire. Deux traités sur des médicaments de son invention.
Abrégé de l'Anatomie de Galien.
Pourquoi les étoiles paraissent la nuit et disparaissent le jour.
De l'intellect et de sa nature.
BAM EZZEMAN EL ASTERLABY,
Aboulcassem Hibat Allah ben el Hossein ben Ahmed el Bagdady, reçut le surnom d'El Asterlaby, parce qu'il passait pour l'homme de son temps qui avait la plus grande connaissance et l'habitude de l'astrolabe. C'était aussi un médecin, un philosophe et un poète. Il paraît identique avec le troisième Hibat Allah d'Aboulfaradj. Cependant on s'étonne du peu qu'il en dit. Il le donne comme un homme des plus éminents du siècle, duquel on disait qu'avec lui on pouvait se passer d'Hippocrate, de Socrate et d'Ebn Botlan.
Il mourut, dit Aboulfaradj, quelque temps après l'année
530 (1135). Frappé d'apoplexie, on le crut mort et on l'ensevelit dans une chambre de sa maison. Quelques mois après, on s'aperçut qu'il était revenu à la vie, car il était étendu sur les marches de l'escalier.
EL CATTANY.
Aboulcassem Hibat Allah ben el Fadhl el Cattany, de Bagdad, naquit en 1086 et mourut en 1162.
C'était un médecin instruit, s'occupant particulièrement d'oculistique. Il était aussi poète.
EL ANTARY.
Aboul Mouaïed Mohammed ben Essaïr Eddjezery fut surnommé El Antary, pour s'être occupé, dans sa jeunesse, du célèbre Antar. C'était un médecin savant et un bon praticien. Il cultiva aussi la philosophie et la poésie, les mariant l'une à l'autre. Il a laissé un petit poème d'une vingtaine de vers, adressé à son fils, où il a eu l'intention de renfermer les principes généraux de la médecine. Cet opuscule est attribué par d'autres, soit à Avicenne, soit à Ebn Botlan. Nous en citerons quelques passages : « La santé se conserve par les semblables et la maladie se guérit par les contraires. Il ne; faut pas faire plus d'un repas par jour, et ne pas manger avant que la digestion ne soit faite. Toute la médecine bien entendue se résume à dilater et à resserrer l'état du corps. »
Il écrivit aussi les ouvrages suivants:
Le livre de la Lumière.
Le livre de la Perle, où il traite de physique et de métaplry- . i'Mie.
Un grand formulaire, où il traite complètement des înédicomposés.
Lettre de Syrius an petit chien, en réponse au grammairien Arafa, qui lui avait écrit de Damas.
Du. mouvement du monde.
De la différence entre le temps et l'éternité, et entre l'incrédulité et la foi.
ABOD NASR EL MESSIHY,
Abou Nasr Saïd ben Abilkheir ben Issa ben el Messihy, ainsi nommé dans Ebn Abi Ossaï'biali, porte les noms suivants dans Djemal eddin: Aboulkheir ben Baka ben Ibrahim Ennily el Bagdady el Messihy, dit Ebn el Atthar. Cette dernière nomenclature se retrouve clans Aboulfarage. C'était un médecin chrétien, habile et renommé, jouissant de la confiance générale, et, particulièrement, de celle du Khalife Nasser lidin Allah, qui lui confiait la santé de ses femmes et de ses concubines.
Le Khalife Nasser avait la gravelle. En l'année 598 de l'hégire, 1201 de notre ère, un calcul se forma dans sa vessie, et, de guerre lasse, il se décida à subir l'opération de la taille, et s'enquit d'un chirurgien capable de la pratiquer. On lui désigna un certain Ben Akâcha. Celui-ci se prononça pour l'opération, mais, auparavant, il voulut avoir l'avis d'El Messihy, qu'il appelait son maître, et qui était déjà vieux. Après s'être bien informé de la maladie et du malade, Abou Nasr el Messihy, auquel le Khalife s'abandonna complètement, voulut, préalablement, essayer d'un traitement par les boissons et les huiles émollientes, avant de recourir à l'opération de la taille. Le Khalife rendit un calcul de la grosseur d'un noyau d'olive et se trouva délivré. Aussitôt, les cadeaux plurent sur Abou Nasr el Messihy, tant de la part du Khalife que de la part de sa mère, de ses enfants et de tout son entourage. L'argent qui lui fut adressé se montait à vingt mille dinars, soit une somme de trois cent mille francs, sans compter les autres présents.
Abou Nasr el Messihy mourut plein de jours, en l'année 608 de l'hégire, 1211 de l'ère chrétienne.
Il laissa un livre intitulé El Iqtidhab, par demandes et par réponses.