‹ Histoire de la médecine arabe (volume 4)Chapitre 60 sur 241 · RACHID EDDIN BEN KHALIFA ET SON FRÈRE EL KASSEM BEN KHALIFA · texte numérisé non relu

RACHID EDDIN BEN KHALIFA ET SON FRÈRE EL KASSEM BEN KHALIFA

Rachid eddin ben Khalifa était l'oncle de l'historien de la médecine. Sa biographie est mêlée dans Ebn Abi Ossaïbiah de renseignements relatifs au père et à l'aïeul de l'historien;

Comme ce dernier ne fournirait pas une matière suffisante à une notice, et que l'existence de l'autre se trouve liée à celle de son frère, nous avons cru devoir aussi renfermer ces trois personnages dans une notice commune.

Ebn Àbi Qssaïbiah, grand-père de l'historien qui devait aussi porter son nom et lui donner tant de lustre, naquit à Damas et y résida long-temps. C'était un homme de bien, un esprit élevé, aimant la science et les savants. Parmi ses amis il comptait entre autres à Damas Djemal eddin ben Abil Haouaty et Chihab eddin fils d'Aboul Hadjadj Iousef. En l'année 575 (1178), il eut un fils, El Cassem, et en 576 (1183) il en eut un second, Rachid eddin ; le premier père et le second oncle de l'historien. Il quitta la Syrie pour se rendre en Egypte à l'époque où Saladin s"en rendit maître.

Ayant fait en Egypte la rencontre de Djemal eddin et d'Aboul Hedjadj Iousef, ses deux fils se décidèrent à étudier la médecine sous la direction de ces deux maîtres, comprenant, dit l'historien, son excellence, les services qu'elle rend et la position qu'elle confère dans ce monde et dans l'autre.

El Cassem suivit Aboul Hedjadj, qui était chargé d'un service d'ophthalmiques à l'hôpital du Caire et s'adonna particulièrement à l'oculistique. Nous avons déjà vu dans une autre notice qu'il fut nommé plus tard inspecteur des oculistes. En même temps il suivait les leçons d'autres médecins, parmi lesquels le célèbre Maimonides, qui, bien que ne pratiquant guère la médecine, possédait une grande érudition médicale.

Rachid eddin après avoir étudié les mathématiques sous Taky eddin, suivit Djemal eddin et commença par étudier sous sa direction les livres do Galien. Il se mit ensuite à fréquenter les hôpitaux, à observer les malades et les prescriptions des médecins. Il apprit la chirurgie et l'oculistique sous Nefis eddin ben Zobéïr, qui était chargé d'un service d'ophthal iniques.

\bd< llatif, un ami de la, laïuillc, se trouvait en ce moment an Caire, Liachid eddin l'eut [four professeur dé langue et de philosophie, et étudia sous d'autres la musique et l'astrouo-

mie. C'était un homme assidu à l'étude, y consacrant tous ses instants.

Cependant, en l'année 1200, le chef de la famille emmena ses enfants à Damas. Rachid eddin se fit alors l'élève d'Errahaby, ancien ami de son père, et suivit les services de l'hôpital Ennoury. En même temps, il fréquentait les autres médecins, les savants et les littérateurs qui se trouvaient à Damas. En l'année 1208, Rachid eddin et son père furent appelés par le sultan de Balbek, Malek el Amdjad, qui les reçut avec distinction. Sur sa demande, Rachid eddin lui composa un Traité d'arithmétique. Malek el Amdjad était un esprit cultivé, qui se plaisait dans la compagmie des hommes instruits. Il laissa même un divan.

En l'année 1210, Malek elAdel, sultan de Damas, fut affecté d'ophthalmie. Entre tous les médecins qui le soignèrent El Cassem fut le seul qui réussit à lui rendre la vue. Cassem faisait déjà le service des ophthalmiques dans les bâtiments royaux. Cette cure le mit en faveur et Malek el Adel voulut se l'attacher. Il l'emmena avec lui et le garda tout le reste de sa vie. Malek el Mouaddhem, son successeur, en fit autant. Malek Ennacer Daoud, son fils, étant allé à Karak, Cassem resta à Damas, chargé du service de la citadelle, des bâtiments royaux, de la famille de Malek el Adel et de l'hôpital Ennoury. L'habileté d'El Cassem lui attira une clientèle considérable. C'était un homme prudent, qui n'employait les instruments tranchants qu'à défaut des médicaments, suivant en cela, dit son fils, la recommandation de Galien, dans son livre sur l'épreuve du médecin. Là se bornent nos renseignements sur son compte. Nous allons revenir à son frère.

Rachid eddin était toujours au service d'El Amdjad, et il y resta jusqu'à l'invasion de Malek el Mouaddhem. Celui-ci se l'attacha, lui accorda la même confiance et les mêmes faveurs et se plaisait en sa compagnie. Rachid eddin fut un instant chargé de l'administration de l'armée, mais ces occupations n'étaient pas de son goût, et il s'en fit exonérer. En 1214, il fit le pèlerinage delà Mekke avec son protecteur. Sentant ses forces s'affaiblir, il retourna à Damas où Malek

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el Adel Abou Bekr lui confia le service de la citadelle et de l'hôpital. Alors il se mit à l'enseignement de la médecine et fit de nombreux élèves. En 1219, Malek Essaleli Ismaïl l'invitait à se rendre à Bassora pour y soigner sa mère. Il s'y rendit, la guérit et revint comblé de présents, mais avec une fièvre qui l'enleva à son retour à Damas. Il n'avait que 38 ans.

Rachid eddin laissa quelques écrits :

Manuel d'arithmétique.

Traité de géométrie.

Traité de médecine.

Traité des maladies les plus communes et des médicaments les plus faciles à se procurer.

Du pouls et des rapports de son système avec celui de la musique.

Dos éléments.

Notes et observations sur la médecine.

ABDELLATIF.

Mouaffeq eddin Abou Mohammed Abdellatif ben Yousonf ben Mohammed ben Ali ben Abi Saïd naquit à Bagdad en l'année 537 de l'hégire (1161).

L'histoire de sa vie, racontée par Ebn Abi Ossaïbiah, n'occupant pas moins d'une vingtaine de pages, nous renverrons pour les détails à sa Description de V Egypte traduite par M. de Sacy, et nous nous bornerons ici à quelques traits généraux: et caractéristiques.

Son père le mit en rapport avec des maîtres éminents dans toutes les sciences. Lui-même eut toujours la plus grandi1 ardeur pour l'étude des sciences et rechercha la société dos hommes distingués. Un de ses maîtres fut le fils d'Amin Eddoula. Qn moment il fut passionné pour Avicenne, Géber et l'alchimie. C'est lui qui nous l'apprend dans son autobiographie.

Il habite tour à. tour Damas, où il enseigna la médecine, Jérusalem, le Caire et Alep, et séjourna quelque temps en

Asie mineure. Il se trouvait au siège de Jérusalem avec Saladio, qui lui fit une pension. Au Caire, il rencontra Maimonides, dont le livre intitulé le Guide des égarés lui parut un mauvais livre. A Damas, il exerça et professa la médecine avec distinction. Etant de séjour à Alep, il entretenait une correspondance avec Ebn Abi Ossaïbiah, dont le père fut aussi l'ami d'Abdellatif. Il mourut à Bagdad en l'année 629 de l'hégire, 1231 de l'ère chrétienne.

Abdellatif écrivit beaucoup, et nous avons les titres de plus d'une centaine d'ouvrages de sa composition. La plupart ont trait à la médecine et un grand nombre ne sont que des abrégés d'auteurs anciens ou modernes, ou des commentaires. Il en est plusieurs qui ont trait à la matière médicale. Ainsi : Des principes des médicaments simples (dont le Ms. existe à la Bibliothèque de Paris) ; des Traités sur la rhubarbe, le scinque, le froment, la vigne et le vin, la thériaque ; des Abrégés des Traités des médicaments simples d'Eben Ouafed et d'Ebn Samadjoun ; des doses des médicaments composés, etc.

Ce ne sont là que des œuvres de compilation, mais Abdellatif a prouvé dans sa description de l'Egypte qu'il savait unir le talent d'observation à l'étude des anciens. Le IIe livre est consacré à la description des produits végétaux de l'Egypte. Gnyremarque d'abordun long* article sur leLebakh, le Persea des anciens, qui a donné lieu à tant de commentaires, et qu' Abdellatif nous dit devenu rare de son temps. Nous citerons encore les articles du sycomore, du baumier, de la colocasie et surtout celui du bananier. A propos de la colocasie, M. de Sacy a fait remarquer qu'Abdellatif lui appliquait ce que Dioscorides avait dit de la fève égyptienne. Le II0 livre de la description de l'Egypte a été de la part de M. de Sacy l'objet delong-s et savants commentaires, que l'on peut citer comme un rare modèle du genre, et qui sont un des documents les plus indispensables à consulter pour quiconque veut connaître l'histoire naturelle de l'Egypte. On ne sait ce qu'on doit le plus admirer clans ce travail, de l'immense érudition ou de l'esprit judicieux qui la met en œuvre.

Dans la description de l'Egypte, nous devons signaler'encore quelques-uns des derniers chapitres. Celui consacré aux mets particuliers à l'Egypte et ceux consacrés au récit de la famine et de la peste qui ravagèrent l'Egypte dans les premières années du XIIIe siècle. Larnortalité fut enrayante (1). L'auteur estime qu'un monceau de squelettes, sur lesquels il fit de curieuses observations anatomiques, en contenait environ 20,000.

Il y a là un passage curieux, que nous croyons devoir transcrire en entier.

« Plusieurs personnes du nombre de celles qui me fréquentaient assidûment pour conférer avec moi de médecine, étant parvenues au Traité d'Anatomie (de Gai i en), avaient peine à me comprendre, et moi à me faire entendre d'elles, parce qu'il y a une grande différence entre une description verbale et l'inspection même des choses. Ayant donc appris qu'il y avait à Maks une colline sur laquelle étaient accumulés des ossements humains en grande quantité, nous nous y rendîmes, et nous vîmes un monticule d'une étendue consirable composé de débris de cadavres humains; il y en avait plus que de terre, et l'on pouvait estimer à vingt mille cadavres et plus la quantité que les yeux apercevaient. Ils se distinguaient en diverses classes, à raison de leur plus ou moins de vétusté.

En considérant ces cadavres, nous y avons recueilli sur la figure des os, leurs jointures, leurs einboîtures, leurs proportions respectives et leurs positions, des lumières que les livres ne nous auraient jamais procurées ; soit parce qu'on a omis d'en parler, soit parce que les expressions dans lesquelles on en a parlé ne présentent pas la chose d'une manière assez précise pour que l'on s'en forme une juste idée, soit enfin parce que l'idée qu'ils en donnent est contraire à ce que nous avons reconnu par l'inspection ; car les preuves qui tombent sous les sens, sont bien supérieures à celles qui ne soûl Coudées que sur l'autorité, fui effet, quoi que Galion

(1) Il fautlire dans M. do Sacy lu récit effrayant de I'antropôphatjui lui l;i suite de <• itte famine.

ait apporté la plus scrupuleuse exactitude et le soin le plus attentif à tout ce qu'il a fait et à tout ce qu'il a rapporté, cependant le témoignage des sens mérite d'être cru préférablement au sien, ce qui n'empêche pas qu'on ne puisse ensuite chercher, s'il est possible, un moyeu d'expliquer ses paroles de manière à y trouver un sens qui le justifie.

Une des remarques que nous avons faites a pour objet l'os de la mâchoire inférieure. Tous les anatomistes s'accordent à dire que cette mâchoire est composée de deux os qui sont fermement réunis vers le menton : quand je dis tous les anatomistes, c'est comme si je disais Galien tout seul ; car c'est lui seul qui a pratiqué personnellement les opérations anatomiques, qui en a fait l'objet particulier de son étude et de ses recherches, et qui a composé sur cette matière plusieurs ouvrages, dont nous possédons les principaux, les autres n'ont pas été traduits en arabe.

Or l'inspection de cette partie des cadavres nous a convaincus que l'os de la mâchoire inférieure est unique ; qu'il n'y a ni jointure ni suture.

Nous en avons réitéré l'observation un grand nombre de fois, sur plus de deux cents tètes; nous avons employé toute sorte de moyens pour nous assurer de la vérité, et nous n'y avons jamais reconnu qu'un seul os. Nous nous sommes aidés de différentes personnes, qui ont répété en leur particulier le même examen, tant en notre absence que sous nos yeux ; et elles n'y ont jamais vu, comme nous, qu'un seul os, ainsi que nous l'avons dit. Nous avons fait de pareilles observations sur divers autres articles ; et si la providence favorise notre projet, nous composerons sur cette matière un traité dans lequel nous rapporterons ce que nous avons vu, en le comparant avec ce que nous avons appris dans les livres de Galien. J'ai encore examiné ce même os dans les anciens sépulcres de Bousir, et j'ai toujours trouvé qu'il n'y avait ni jointure ni suture. On sait que, par un grand laps de temps, les sutures les plus imperceptibles et les jointures les plus solides deviennent sensibles et se séparent; mais pour l'os de la mâchoire inférieure dont il s'agit, dans tous les cas on le trouve d'une seule pièce.

Suivant Galien, l'os sacrum et le coccyx réunis' sont composés de six os. Pour moi j'ai trouvé que le tout ne faisait qu'un seul os, et après avoir examiné la chose de toutes les manières, j'ai toujours obtenu le même résultat. Ayant ensuite fait le même examen sur un autre cadavre, j'ai reconnu que cette pièce osseuse y était composé de six os, comme l'a dit Galien ; et la totalité des cadavres que j'ai observés depuis m'a présenté constamment le même phénomène, à l'exception de deux seulement, où ces parties ne formaient qu'un seul et même os; mais dans tous j'ai trouvé ces os joints trèssolidement.

Au surplus, je ne suis pas aussi certain de ceci que de ce que j'ai dit en avançant, relativement à la mâchoire inférieure, qu'elle n'est formée que d'un seul os » Trad. de M. de Sacy, Abdellatif, 418.

Tels sont les écrits d' Abdellatif sur la médecine en général :

Commentaire sur les Aphorismes.

Sur le commentaire des maladies aiguës d'ITippocrate par Galien.

Abrégé des Fonctions des organes de Galien.

Abrégé des Opinions d'Hippocrate et de Platon.

Abrégé du Livre du fœtus.

Abrégé du Livre de la voix.

Abrégé du Livre du sperme.

Abrégé du Livre de la respiration.

Abrégé des espèces de fièvres.

Abrégé du Livre des fièvres d'Israïly.

Abrégé du Livre des urines, du même.

De l'eau. De la soif.

Des origines de la médecine.

Du traitement par les contraires.

Du diabète et de son traitement.

Des tempéraments.

I ii'.; crise,'..

Traité d'anatomie.

Réponse à Ali ben Roclliouaii sur les divergences d'Arislote

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Platon.

Réponse à Ebn el Khathib sur son commentaire des Généralités du Canon, dédié h Racliid eddin, oncle d'Ebn Abi Ossaïbiah.

Sur les gloses d'Ebn Eddjami sur le Canon.

Des sens.

De la parole, de la voix et de la respiration.

Abrégé de l'hygiène de Galien.

De l'objet de la médecine.

De la phrénésie.

De l'hypochondrie.

Abrégé de la Colique d'Ebn Abil Achats.

Abrégé du Livre des animaux, du même.

Abrégé des Animaax d'Aristote.

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