‹ Histoire de la médecine arabe (volume 4)Chapitre 62 sur 241 · XV. Médecins de la Syrie · texte numérisé non relu

XV. Médecins de la Syrie

Malgré ses défauts, qui tiennent en partie à la forme de biographies adoptée par l'auteur et qui sont un peu de sécheresse et trop peu de critique, cet ouvrage n'en est pas moins un monument précieux et unique, ajoutant aux documents de ses devanciers des renseignements personnels sur les médecins ses contemporains et sur ceux qui l'ont immédiatement précédé.

Ebn Abi Ossaïbiah a puisé dans les écrits de Jean le grammairien, d'Obéid Allah ben Djabril, d'Ebn Botlair, d'Ebn Djoldjol, du Cadhy Sàd, etc., mais surtout dans le Fihrist et le Kitab el hokama. De tous ces documents, les deux derniers sont les seuls qui nous aient été conservés. En les complétant par d'autres et par ses enquêtes auprès de ses contemporains, Ebn Abi Ossaïbiah nous a laissé l'histoire la plus complète de la médecine en Orient. Son livre jette un jour tout nouveau sur une époque de l'histoire des sciences

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qui n'a encore été abordée que dans ces derniers temps et trop sommairement par Wiïstenfeld.

Il nous donne même de précieux renseignements sur la médecine grecque. Si ces renseignements ne sont pas bien neufs et sont souvent altérés, ils n'en ont pas moins un double avantage. Ils nous apprennent d'abord ce que les Arabes savaient sur les Grecs, puis ils nous fournissent la riclie nomenclature des traductions qu'ils en ont opérées dans leur langue, traductions qui portent parfois sur des ouvrages qui ne nous sont pas autrement connus ou qui se sont perdus depuis. Quant aux autres médecins, arabes d'origine ou de langage, ils figurent au nombre d'environ quatre cents, et nul autre ouvrage ne saurait remplacer celui-ci pour l'étendue et la richesse des renseignements.

Telle est généralement la marche que suit l'auteur dans ses notices. Il donne la date de la naissance, quand il la connaît, quelques appréciations sommaires légèrement entachées de complaisance ou de banalité, les principaux événements de la vie du personnage, des anecdotes qui n'ont pas toujours un grand intérêt scientifique, la date de la mort, enfin la liste détaillée et quelquefois annotée des écrits. Quand on parcourt la liste souvent très longue des écrits composés par les médecins arabes, bien que ces écrits manquent souvent d'originalité et roulent sur les mêmes thèmes, on n'en est pas moins frappé de l'étendue de leurs connaissances et de la grande activité intellectuelle qui régma constamment en Orient, alors que l'Occident se trouvait plongé dans les ténèbres et la barbarie. On trouve encore ça et là des renseignements précieux sur l'exercice et renseignement de la médecine, sur les institutions médicales et scientifiques, sur ia considération attachée à la médecine, sur les hautes positions occupées par un grand nombre de médecins : en un mot c'est une révélation nouvelle de l'Orient. Les médecins arabes, surtout les grands médecins, étaient la plupart du temps à pou près encyclopédistes. Un grand nombre d'entre eux figurent dans cette galerie qui s'occupèrent tout aussi bien de philosophie, (le physique, de mathématiques et d'as» tronomie que de médecine»

Toutes les sciences peuvent trouver ici des matériaux pour leur histoire. Il suffit de citer les noms d'Ël Kendy, d'Avicenne, d'Alfaraby, de Fakr eddin Errazy, d'Ebn el Heitam, d'Averroès, etc., dont les listes bibliographiques sont d'une incroyable richesse, pour comprendre combien l'histoire de la philosophie et des sciences mathématiques est intéressée à connaître Ebn Abi Ossa'ibiah.

Nous en avons déjà dit assez pour faire voir combien est étrange l'assertion de Freind qui, sur quelques biographies d'un caractère tout particulier, prétendait que l'ouvrage d'Ebn Abi Ossaïbiah n'avait d'autre intérêt que celui de nous apprendre avec quelle magnificence les souverains de l'Orient récompensaient leurs médecins.

L'ouvrage d'Ebn Abi Ossaïbiah n'a été connu que dans ces derniers temps. D'Herbelot ne l'a connu que de nom et encore l'a-t-il dédoublé. Reiske, au siècle dernier, dans ses Monuments de la médecine arabe, donna la liste des médecins orientaux, et releva, livre par livre, les observations citées de pratique médicale. Il paraîtrait môme qu'il aurait traduit l'ouvrage en latin, et que cette traduction existerait à Copenhague : lui-même en annonce des extraits. Gagnier aurait aussi fait cette traduction. Cette liste fut aussi publiée par Nicoll dans le catalogue de la Boldéienne.

M. de Sacy en a publié quelques biographies dans son Abdellatif.

C'est là que Wtistenfeld a puisé la plupart de ses matériaux pour son histoire sommaire des médecins et naturalistes arabes. Cependant, on dirait que WiïstenfekVa sommeillé parfois, ayant laissé dans l'ombre quelques médecins qui méritaient d'en sortir, et n'ayant pas toujours donné à chacun Une notice proportionnée à son importance. Il semblerait qu'il n'a pas toujours lu Ebn Abi Ossaïbiah intégralement. On pourrait en dire autant des listes bibliographiques. Il eût g'agné à les prendre constamment pour guide et se serait ainsi épargné des confusions, des répétitions et des oublis. Malgré ces défectuosités, le travail de YvTustenfeld est le premier ouvrag-e sérieux sur la médecine arabe, et celui qui a

le mieux fait ressortir la richesse des documents contenus dans l'ouvrage d'Ebn Abi Ossaïbiah.

Dans sesAnalecta me.dica, Dietz avait reproduit le chapitre des médecins indiens ainsi que la notice d'Ebn el Beithàr.

Dans ces dernières années, M. Sanguinetti a publié la traduction des premiers chapitres relatifs aux origines de la médecine, du chapitre des contemporains de Mahomet, et les premiers médecins de la famille des Bakhtichou, et il se propose de publier la traduction de l'ouvrage entier sous le patronage de la société asiatique. Peut-être serait-il à désiser qu'on élaguât de cette publication les innombrables poésies qui s'y rencontrent, qui font peut-être bien le quart de l'ouvrage, qui n'intéressent en aucune manière l'histoire de la médecine, et n'ont peut-être pas un bien grand intérêt littéraire. De cette manière, l'ouvrage serait plus facilement accessible à ceux auxquels il doit réellement s'adresser, c'està-dire les médecins.

Il serait bien à désirer aussi que l'on publiât intégralement le Kitab el liokama de Djemal eddin ; et les parties du Fihrist d'Ebn en Nedim qui ont trait, plus particulièrement, aux rapports des Arabes avec la science grecque. Ces trois monuments mettraient en lumière et à la disposition des érudits qui ne peuvent recourir aux sources, bien des documents nouveaux et faciliteraient à tous la connaissance de cette merveilleuse initiation des Arabes à la science g*recque, sur laquelle notre littérature ne possède, pour ainsi dire, rien encore, et dans la connaissance de laquelle les nations voisines nous ont précédés.

L'original d'Ebn Abi Ussaïbiab existe dans plusieurs de nos Bibliothèques européennes. La bibliothèque de Paris en possède quatre exemplaires, dont un complet, un abrégé, un autre qui va jusqu'à l'époque d'Alexandrie, et un quatrième qui ne comprend que les médecins arabes des derniers temps. Le dernier n'est pas le texte arabe, mais une traduction française un peu sommaire, faite en Egypte par une personne ayant une connaissance insuffisante de la médecine : c'est dire qu'elle est défectueuse.

Pour notre histoire de La médecine arabe, nous avons

commencé par traduire EbnÀbi Ossaïbiah, en élaguant nonseulement toutes les poésies, mais bien des faits de détails qui nous ont paru d'un faible intérêt.

Ebn Abi Ossaïbiah nous apprend dans son introduction qu'il dédia son ouvrage au vizir Aboul R'assan ben R'azzal, dont nous avons donné précédemment la biographie.

Il composa aussi un ouvrage intitulé Expériences et observations utiles, dont il fait mention dans la notice d'Omran el Israïly.

Enfin il avait entrepris un autre ouvrage où il devait donner la biographie des savants qui se sont occupés de sciences autres que la médecine, intitulé : Monuments des nations et histoire des savants. C'est lui-même qui nous l'apprend dans son introduction ; mais cet ouvrage ne fut pas achevé.

DJEMAL EDDIN EBN EL KOFTHY.

Le vizir Djemal eddin Ali ben Iousef ben Ibrahim, dit aussi Ebn el Kofthy ou El Kifthy, du lieu de sa naissance, et El Quadhy el Akram, ou le cadi généreux, naquit en Egypte, dans la ville de Coptos, en l'année 508 (1172).

Tout jeune encore, son père le conduisit au Caire, pour y apprendre à lire et à écrire et y faire ses humanités.

Plus tard, il quitta le Caire pour se rendre à Alep, où il vécut auprès de l'émir Meimoun el Kasry.

Aimant les savants, cherchant à se trouver au milieu de leurs discussions, il devint savant lui-même, aidé du reste par des études assidues. 11 trouva dans Alep un homme intelligent, avec lequel des fonctions analogues devaient souvent le mettre en rapport, et il en fit son ami.

Nous voulons parler d' Aboul Iiedjadj Yousef Essebty, médecin de l'émir Meimoun, et qui le devint ensuite de Malek Eddaher. Yousef Essebty mourut à Alep en 1226, et Djemal eddin écrivit sa biographie. C'est là qu'il raconte ce pacte curieux de deux amis qui se promettent de se visiter après leur mort. En a}-ant parlé à propos d'Essebty, nous n'en reparlerons pas ici. C'est d'Yousef Essebty que Djemal

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