TOME II
eddin apprit l'autoda-fé de livres de philosophie à Bagdad, sous la présidence d'Ebn el Marestanya, vers la fin du XIIe siècle. Nous en avons parlé à propos d'Abdessalem, dont les livres furent aussi incriminés.
A la mort de l'émir El Meimoun, Djemal eddin vécut dans la retraite. Cependant Malek Eddaher le fit entrer malg-ré lui dans ses conseils. A la mort de Malek Eddaher (en 1216) , Djemal eddin rentra dans la retraite et la solitude, fuyant le monde et se livrant tout entier à la lecture et à ses goûts. En 633 Malek el Aziz l'appela à lui et lui conféra la qualité de vizir, qu'il conserva sous son successeur Malek Ennacer, jusqu'à ce qu'il mourut en l'année 646 de l'hégire, 1248 de notre ère (1). Cette sultanie d'Alep, formée lors du démembrement des états de Saladin, était échue à son fils Malek Eddaher Gazy.
Ce qui distingue Djemal eddin et en fait un type, c'est sa passion pour les livres et l'érudition qu'il y puisa. Il ne trouvait de plaisir qu'au milieu des livres, au point qu'il n'eut jamais de maison en propre et ne se maria pas. C'était du reste un homme digne et de mœurs respectables.
Djemal eddin est sans contredit le plus ardent et le plus éminent bibliophile que nous puissions citer parmi les Arabes, qui en comptèrent tant. Il en récoltait de tous les côtés et il en amassa une telle quantité que sa bibliothèque, léguée par testament à Malek Ennacer, fut estimée à 50,000 dinars, environ 6 à 700,000 francs.
Comme on connaissait sa passion pour les livres, dit Quatremère, et l'empressement qu'il mettait à en acheter au plus haut prix, on lui en apportait de tous les pays.
11 parvint à réunir ainsi bien des milliers de volumes qui tous étaient des chefs d'oeuvres de calligraphie, ou présentaient l'écriture des docteurs célèbres, ou étaient de la main des auteurs eux-mêmes. Toutes les fois qu'on lui apportait Us bel exemplaire, loin d'en refuser l'acquisition, il en offrait toujours un prix assez élevé pour que le propriétaire eût lieu d'être satisfait. Lorsqu'il avait acheté US livre, il le
(l) Ou plus exactement au mois de janvier 1249.
lisait tout entier, puis le plaçait dans sa bibliothèque : dès ce moment il ne voulait plus le laisser sortir et ne le montrait à personne.
Nous citerons encore à l'appui un fait que n'a pas connu Quatremère et que nous a conservé Essafady (Fleisclier, Hist. ante-islam.). On lui proposa un jour un exemplaire des Généalogies d'Ebn Essamany dans lequel il manquait un fascicule intéressant précisément sa famille. Dès lors il se mit à chercher partout pour le compléter, mais en vain. Cependant quelqu'un lui apporta des feuillets qu'il avait trouvés sur le marché des bonnetiers. Djemal eddin fit venir l'individu qui les avait cédés et s'enquit de leur origine. L'ouvrier lui répondit qu'il avait acheté ces feuilles avec beaucoup d'autres, mais qu'il les avait toutes employées pour en faire des formes. Il fut au comble du chagrin. Pendant plusieurs jours il suspendit ses visites et ses séances au Palais et fit prendre le deuil de ce livre. Les principaux personnages vinrent lui faire leurs compliments de condoléance tout comme s'il avait perdu son plus cher ami.
Toutefois Djemal eddin était plus qu'un bibliophile, c'était un savant, et nous allons voir comment sa passion jalouse n'en tourna pas moins au profit de la science.
Ses études portèrent sur la lexicologie, la gTammaire, la jurisprudence, les traditions, le coran, la logique, l'astronomie, les mathématiques et l'histoire. Il dut aussi s'occuper de médecine, si nous en jugeons par les réflexions qu'il fait à propos d'Aboulfarage ben Thaieb, qu'il défend contre ses détracteurs. Quoi qu'il en soit, il a droit à notre intérêt par ses biographies de savants et de médecins. Ces biographies font le sujet d'un livre dans lequel nous avons largement puisé.
Ce livre est généralement connu sous le titre de Kitab Tarikh el hokfima, livre de l'histoire des savants. Nous pensons que c'est le même qui, dans le catalogue d'Essafady, porte le titre de : Livre de renseignements sur les savants et leurs écrits. Ce titre est bien dans l'esprit du livre. Du reste nous le trouvons désigné ailleurs avec de légères variantes.
Casiri fut le premier qui mit ce livre en lumière, sous le
titre de Bibliotheca philosophorum. Il y prit les notices d'une foule d'écrivains représentés à l'Escurial.
Mais il n'en connaissait pas l'auteur, et l'on peut s'étonner que ni lui ni d'autres, pendant assez long-temps, ne l'aient pas reconnu dans Aboulfarage, qui lui a tant emprunté, qui en parle plusieurs fois et lui a consacré un article nécrologique.
Nous n'avons pas la rédaction primitive du livre, mais seulement un abrégé, ou plutôt des abrégés, car il en existe de plusieurs mains. Le plus répandu est celui de Zouzeny, qui le rédigeait l'année qui suivit la mort de Djemal eddin, et qui passa pour en être l'auteur. Cette erreur est encore partagée par d'éminents orientalistes, après ce qu'en a dit Fleisclier dans son édition d'Aboulféda, et Wenricli dans son travail sur les traductions, sans parler de Munck. Il serait oiseux do chercher de nouveau à établir cette identité.
Le Kitab el hokama contient des notices sur la vie et les écrits de plus de trois cents savants, tant anciens que modernes. Pour donner une idée des proportions de l'ouvrage, nous dirons que le Manuscrit de l'Escurial contient cinq cents pages à quinze lignes d'une écriture fine.
Nous y trouvons représentés presque tous les savants de l'ancienne Grèce. Parmi les plus illustres nous citerons Alexandre d'Aphrodisée, Apollonius de Perge, Archimède, Aiïstote, Euclide, Galien, Hippocrate, Homère, Platon, Plutarque, Ptolémée, Pythagore, Socrate, Théophraste, etc., sans compter Jean le grammairien dont la notice, du plus liant intérêt, ainsi que nous le dirons bientôt, avait été négligée jusqu'à présent.
Il est inutile de citer les Arabes.
Ces notices ont une étendue et une valeur inégales. Généralement elles sont assez sobres de détails biographiques, mais elles sont riches en renseignements bibliographiques. Si elles nous donnent peu de renseignements nouveaux sur lesGrecs, elles nous font connaître ce que les Arabes en savaient, et elles nous donnent un riche inventaire de toutes les traduction i quise firent du grec en arabe bu en syriaque. (Vs notice;' onl parfois une certaine étendue, d'est ainsi que
SïRIE. 107
nous trouvons trois pages pour Euelicïe, quatre pour Ptolémée, cinq pour Hippocrate, huit pour Socrate et dix pour Galien. La bibliographie en occupe la meilleure partie, et de temps en temps on trouve la citation de quelque ouvrage qui ne nous est point parvenu.
Il y a dans le Kitab el hokama une mine précieuse tant pour l'histoire de la médecine que pour celle des sciences en général, ainsi qu'on a déjà pu le voir par les nombreux extraits de Casiri.
Djeinal eddin doit beaucoup à l'auteur du Fihrist, Mohammed ben Ishaq Ennedim, qu'il cite parfois, mais il est probable qu'il trouva surtout dans son immense bibliothèque les matériaux de son livre. C'est ainsi qu'il nous dit posséder un exemplaire de la réponse de Jean le grammairien à Proclus sur l'éternité du monde, etc.
De son côté, il a prêté beaucoup à Aboulfarage et à Ebn Abi Ossaïbiah. Les trois quarts environ des notices qu'Aboulfarage donne sur les savants sont tirés du Kitab el hokama. Pendant longtemps ces notices furent à peu près tout ce que l'on possédait de renseignements sur les médecins arabes. Parmi ces notices il en est une très longme et très curieuse, que nous croyons avoir exploitée le premier, celle d'Iahya Ennahouy, autrement Jean le grammairien. C'est dans cette notice que se trouve raconté l'incendie de la Bibliothèque d'Alexandrie, que l'on avait cru jusqu'alors du fait d' Aboulfarage, ce qui avait fait soupçonner la véracité du récit. Eh bien, ce récit est emprunté de toutes pièces à Djenal eddin, y compris l'exclamation finale, qui ne doit pas nous étonner de la part de notre bibliophile : Écoutez ce qui s'est passé et soyez stupéfaits !
Ebn Abi Ossaïbiah, qui a reproduit une partie de la notice de Djemal eddin, ne parle pas de l'incendie de la Bibliothèque d'Alexandrie ; mais d'après la citation qu'il fait au commencement de son article de Mohammed ben Ishaq Ennedim, il semblerait qu'il faudrait remonter jusqu'au Fihrist pour trouver le récit original de ce grand événement. Nous n'avons pu jusqu'à présent nous en assurer. Tel est le début de cet article :
D'après Mohammed ben Ishaq Ennedim el Bagdady, dans le Fihrist, Iahya fut disciple de Sévère. Il était d'abord évoque eu Egypte, de la secte jacobite, etc.
C'est précisément ainsi que commence la notice de Jean le grammairien dans le Kitab el hokama.
Il serait à désirer que l'on publiât une bonne édition de cet ouvrage, d'autant plus que les citations de Casiri ne sont pas toujours exactes ni complètes (1).
Parmi les noms grecs, il en est quelques-uns que nous n'avons pu jusqu'à présent restituer, mais il en est deux qu'il est facile de rétablir, et nous sommes étonné que Fleischer ne l'ait pas fait dans un passage, d'Aboulféda emprunté à Djemal eddin, p. 15G-7. Il s'agit de Mêtlion et Euctémon, qui firent ensemble, dit l'auteur arabe, des observations astronomiques à Alexandrie. Le texte d'Aboulféda donne Menthar et Afthimon, et Fleischer a conservé ces inexactitudes, si faciles à corriger. LesMss. de Paris et de l'Escurial écrivent Menthon, au lieu de Menthar.
Parmi les autres ouvrages de Djemal eddin., mentionnés dans la notice d'Essafady, nous citerons les suivants :
Annales des grammairiens.
Annales de l'Egypte depuis le commencement jusqu'à Saladin.
Histoire des Arabes.
Histoire de l'Iémen.
Correction du Sihah de Djouhary.
Discours sur le Sahih de Boukhary.
Histoire de Mohammed ben Sebektekin.
Histoire des Seldjoukides.
Histoire de la famille de Merdes.
Réponse aux chrétiens.
Professorat ? de Tadj eddin el Kendy.
Des meilleures transcriptions depuis l'invention de l'écriture.
(1) On retrouve, en effet, dans le Fihrist une partie de la notice d'Iahya, ainsi l'histoire de la fondation de la Bibliothèque par Ptoh ie Philadelphe (Ms de Paris).
SOUEIDY.
Abou Isliaq Ibrahim ben Mohammed ben Tharhan Azz eddiu Essoueidy el Ansary, dit aussi Eddimachky, naquit en l'année 600 (1203), d'après le supplément donné par le British muséum aux notices d'Ebn Abi Ossaïbiah. Son surnom Eddimachky vient de Damas sa ville natale.
Le document que nous venons de citer le dit lié d'une étroite amitié avec Ebn Abi Ossaïbiah, et c'est à cela que se bornent les renseignements fournis sur son compte. Ses écrits nous apprennent qu'il habita non-seulement Damas et la Syrie, mais encore l'Egypte. Il cessa de vivre en l'année 691 de l'hégire (1291 de notre ère).
Les renseignements que nous trouvons dans Hadji Khalfa sont exclusivement relatifs à ses écrits.
Le principal est la Tedkira, ou Mémorial, dit aussi d'après Hadji Khalfa Teclkirat el Hadya, Mémorial de direction. Tel serait le titre donné par l'auteur, à l'exclusion des variantes que l'on trouve clans divers documents. L'ouvragée est encore fréquemment cité sous le titre de Teclkirat el Mouf ridât, ou Mémorial des médicaments simples, parce que l'auteur s'est restreint, dans sa thérapeutique, à l'emploi des simples.
« Ce Mémorial, dit Hadji Khalfa, se compose de trois gros volumes. C'est un livre d'une grande valeur, où il a fait entrer tous les médicaments simples, suivant l'ordre des org'anes et des maladies, tant d'après son expérience que d'après celle des autres, les faisant suivre des noms des auteurs, tant anciens que modernes. Celui qui veut posséder la médecine ne saurait s'en passer. Par le fait de ces citations, son livre s'est trouvé trop volumineux. C'est pourquoi il a été remanié par le Cheikh Bedr eddin Mohammed el Qoussouny, qui a supprimé les noms des médecins, interverti l'ordre de certains passages, et donné en tète de son œuvre l'état des médicaments, n° 2,810. »
A ces renseignements que nous avons trouvés exacts, nous
en ajouterons d'autres fournis par l'examen du Mémorial.
Jusqu'à présent le Mémorial de Soueidy avait passé complètement inaperçu (1). Il en existe cependant un exemplaire à Paris, mais incomplet, acéphale et relié à tort et à travers. Il y a plus: des deux volumes qui le constituent le premier porte le n° 1034, et le deuxième le n° 1024.
Nous avons consacré à l'étude de ces deux manuscrits d'autant plus de temps que nous les abordions sans préparation. Les détails dans lesquels nous allons entrer seront justifiés par leur nouveauté.
Comme nous l'avons déjà dit, le Tedkirat estun mémorial de thérapeutique. L'ordonnance du livre est la série des maladies de la tète aux pieds. A la suite des simples recommandés sont les noms des auteurs qui les recommandent.
Avant d'aller plus loin nous parlerons des manuscrits de Paris. Leur ordre est interverti, le n° 1024 faisant suite au n° 1034. Ce dernier n° est acéphale et il ne commence qu'aux affections du foie. Il ne représente donc que la moitié du volume au complet. Il va jusqu'aux coliques et le n° 1024 reprend par les vers intestinaux. Ce dernier volume, qui contient 151 feuilles, est probablement complet, et devrait être suivi d'un dernier et troisième volume. Nous nous sommes du reste assuré par l'étude d'un abrégé que nous avons trouvé à Constantine, qu'il y a concordance dans l'ordre des maladies.
Cet abrégé donne en plus les affections cutanées et traumatiques, les fièvres et les poisons, et tel serait le contenu du troisième et dernier volume. En somme les deux manuscrits de Paris ne représentent que la moitié du Mémorial, dont il manquerait le premier sixième et les deux derniers.
Nous avons fait le dépouillement des auteurs cités, non pas en notant toutes les citations, mais en nous attachant à ne laisser aucun nom de côté. Nous en avons trouvé environ cent cinquante. Pour quelques auteurs seulement, là où nous avons cru y trouver de L'intérêt, nous avons relevé le nombre des citations.
( 1 1 D'HerbeloI eu parle, mais sans doute d'après Hadji Khàlfa.
Les noms grecs abondent, mais il en est quelques-uns qui sont cités probablement de seconde main, ainsi Àndromaque, Antillus, Cléopâtre, Diogène, Erasistrate, Chrysis, etc.
Nous croyons avoir Iule nomd'Aétius. Aristote est souvent cité pour ses livres des Pierres et de l'Agriculture.
Nous trouvons citées aussi les Agricultures grecque, nabathéenne et persane.
On a dit qu'Averroès n'était pas connu en Orient. Nous en avons relevé une cinquantaine de citations. Abulcasis et Avenzoar ne sont pas moins fréquemment cités.
Il est quelques noms qui nous ont apparu pour la première fois. Ainsi Amr ben Khatlielba, Ascof Basry une trentaine de fois, lahya ben Corra el Harrany, Ioulianna ben Saïd, Raouas, etc. Nous avons rencontré quelques autres noms andalous, tels que Ebn Badja, et Ebn Erroumya. Ebn el Beithâr figure généralement sous le nom d'El Malaky. El Birouny figure souvent pour l'emploi des gemmes. Quant aux grands noms de la médecine arabe, ils reviennent constamment.
Les citations des médicaments sont généralement très sèches. Parfois on donne une synonymie, une appellation locale, la provenance.
Ajoutons qu'à la suite des divers témoignages l'auteur place fréquemment le sien.
On voit que l'ordonnance et l'exécution du livre justifient son titre de Tedkirat ou Mémorial.
Nous savons déjà, d'après Hadji Khalfa, qu'un abrégé du Mémorial a été exécuté par El Qoussouny, qui en a retranché, les noms des auteurs cités, pour en diminuer le volume et le rendre plus accessible à tous.
D'autres abrégés ont été faits par d'autres médecins.
Le supplément arabe de Paris en possède deux.
Le n° 1045, dit Abrégé des simples de Soueidy, a été fait par un certain Abd el Ouahliab, et le deuxième, le n° 1054, porte à la fin le nom d'El Charany.
Nous n'avons pas trouvé le nom de l'abréviateur dans le manuscrit de Constantine.
Il est un fait que nous avons trouvé dans ce dernier ma-
nuscrit et dans un abrégé de Paris, mais qui fait défaut dans les manuscrits 1024 et 1034, sans doute parce qu'ils sont tronqués, c'est l'affirmation que l'auteur a extrait son livre de plus de quatre cents auteurs. Nous n'en avons rencontré guère plus d'une centaine, et dans le nombre beaucoup de noms méconnaissables ; car on nous donne la liste de ces auteurs. Parmi eux nous en trouvons qui nous avaient échappé dans le Tedkirat, ainsi ceux de Samuel, d'Arthamides, d'Astéplian, de Platon, etc.
Sous le n° 5588, Hadji Khalfa cite un autre ouvrage de Soueidy, la Dekhirat el Kafya Fitthebb, ouïe Trésor suffisant en médecine.
MOUAFFEQ EDDIN EBN EL MENFAH.
Mouaffeq eddin Aboul Fadl Sad eben Halouan, dit Ebn el Menfah, médecin syrien, mourut en 642 de l'hégire, 1244 de notre ère. Il est probablement le père du suivant. (Suppl. du British muséum).
NEDJEM EDDIN EBN EL MENFAH.
Nedjem eddin Ahmed ebn el Menfah Aboul Abbas ben Asad ebn el Menfah, né à Damas en 1196, vécut jusqu'en 1254. Il existe de lui à Paris, n° 1000 du supplément arabe, un commentaire des Aphorismes d'Hippocrate, où il s'attaque seulement aux passages douteux, répondant aux objections qu'ils soulèvent.
Ebn el Koff, qui commenta plus tard les Aphorismes, cite parmi ses devanciers Ebn el Menfah comme un homme d'un esprit pénétrant.
Le même manuscrit contient aussi un commentaire sur les questions de Honein par Nedjem eddin Ahmed ben Asad ben Halouan cl Mary, que nous considérons comme identique avec Nedjem eddin ebn el Menfah. Nous croyons encore ;i, l'identité de Nedjem eddin Aboul Abbas ben Asad Eddimachky surnommé Ebn Alima, qui mourut à la même
date, 1254, et qui figure chez Hadji Khalfa, n° 2770 pour un ouvrage intitulé Tedkik où il est question de diagnostic différentiel, et pour un Traité sur les simples, dit £7 Acharat el Morchedyat, au n° 747 de la Bodléienne.
EBN EL KOFF.
Aboulfaradj Iakoub ben Isliaq Amin eddin (variante : Aniin eddoula), el Messihy el Karaky est plus connu sous le surnom d'Ebn el Koff. Il naquit vers le commencement du XIIIe siècle. Les surnoms de Messihy et de Karaky attestent d'une part sa qualité de chrétien et de l'autre son séjour à Karak. On lui donne aussi le titre de philosophe. Avec la date de sa mort, arrivée en 1286 de notre ère, voilà ce que nous avons pu tirer de Hadji Khalfa et d'une courte notice annexée à l'exemplaire d'Ebn Abi Ossaïbiah du Musée britannique. Les copies où il est inscrit le rangent à la fin des médecins syriens, c'est-à-dire qu'il ferme le livre. Reiske ajoute qu'il était le disciple d'Ebn Abi Ossaïbiah. et il avance une erreur, déjà mise en avant par d'Herbelot, à savoir qu'il doit être identique avec Aboulfarage l'auteur des Dynasties.
Hadji Khalfa nous donne en revanche des détails assez étendus sur ses œuvres. On en trouve aussi la liste dans l'exemplaire précité d'Ebn Abi Ossaïbiah. Nous allons les passer en revue.
1° Djami er'r'auadh ou la Somme des désirs, pour la conservation de la santé. H. Khalfa n° 3925. Cet ouvrage se trouve peut-être répété au n° 7873 sous le titre Maquala, ou Discours sur la conservation de la santé.
2° El Omda fi Sanaat eddjerraha, le Pilier de la chirurgie.
3° Eclichafy Fitthobb, ce qui guérit en médecine, œuvre faite en collaboration d'un certain Eben Malek.
4° Commentaire des Aphorismes d'Hippocrate.
5° Commentaire des généralités ou du premier livre du Canon.
G0 Notes sur le IIIe livre du Canon.
7° Commentaire de VAcharat d'Avicenne.
8° Recueil de discussions.
De ces écrits deux nous sont parvenus, et tous deux existent à Paris. Ce sont la chirurgie et le commentaire des Aphorismes. La chirurgie se trouve aussi au British muséum.
Le commentaire existe sous le n° 2348 du supplément arabe. C'est un bel in-folio qui ne contient pas moins de 380 feuilles. Les commentaires du texte sont copieux. Les devanciers et les grands noms de la médecine sont mis à contribution.
Certaines digressions sont remarquables et accusent une grande connaissance de la médecine grecque (1).
La chirurgie se trouve sous le n° 1023 du même fonds, in-S° assez volumineux. Elle est divisée en deux parties, théorique et pratique, et chaque partie contient dix chapitres.
La lre partie traite d'abord de l'anatomie qui n'occupe pas
moins de 200 pages, puis de la pathologie, qui classe les affections suivant les quatre humeurs, classification qui se reproduit dans la 2e partie, du chapitre 12 au chapitre 15.
Le chapitre 11 traite des simples. Le 16e traite des affections qui ne sont pas le produit exclusif d'une humeur, et là nous trouvons le spina ventosa, l'alopécie, les dartres, le squirrhe, etc.
Le 17e traite des affections traumatiques, et comprend 30 paragraphes. Le 18e a trait à la cautérisation.
Il est question dans le 19e des opérations chirurgicales.
Nous dirons un mot de la circoncision. L'auteur admet quatre procédés et il en est un que nous n'avons pas rencontré ailleurs. Il consiste à introduire dans la cavité préputiale une sorte de corps cylindrique, à repousser le gland, tirer la peau du prépuce et inciser sur le mandrin.
Les accouchements tiennent en cinq pages.
Ce que nous avons vu traiter avec le plus de détails c'est au chapitre 17, le traitement des plaies produites par les flèches. Nous citerons, encore certaines fractures et luxations.
Le chapitre 20 est un formulaire.
(1) L'auteur déposa son livra dans la Bibliothèque de Mansour Mohammed ben Kaiaoun,