ABOU ABD ALLAH ENNEDROUMY
Abou Abdallah Mohammed ben Sahnoun reçut le surnom de Nedroumy, de la ville de Nedroma, qui dépendait alors du royaume de Tlemcen, d'où sa famille était originaire. Il reçut encore celui d'EIKoumy, du nom de la tribu de laquelle il descendait lui-même, naquit à Cordoue vers 580 (1184;, puis il se rendit à Séville où il apprit la médecine à l'école d'Averroès et d'Aboul Hedjadj ben Mouratir. Après avoir servi les Khalifes Ennacer et Mostancer, il passa au service d'Aboul Nedja Salem ben Houd, puis de son frère Abdallah. C'était un homme intelligent et pratiquant les bonnes œuvres. Il laissa un abrégé d'un ouvrage de Gazzaly.
ABOU DJAPAR AHMED BEN SABEK.
I Natif de Cordoue, élève d'Averroès, intelligent et bon praticien* il fut attaché à la personne du Khalife Ennacer.
(1) Ceci est dit formellement dans la notice que lui a consacrée Makkary. Ancien fonds, na 704, p. 277.
■si 14 HISTOIRE DE LÀ MÉDECINE ARABE. ■ — LIVRE SIXIÈME.
ABOU ISHAQ BEN TEMLOUS
Né aux environs de Valence et médecin distingué il servit le Khalife Ennacer.
ABOUL ABBAS BEN B.OUMYA ENNABATY.
Aboul Abbas Ahmed ben Mohammed ben Moufarredj, dit Ebn Erroumya ou le fils de la Chrétienne, est plus connu sous le surnom d'Ennabaty, qui lui fut donné en raison de ses connaissances en botanique. A propos de ce surnom, nous ferons observer que Fluëgel, dans son édition de Hadji Khalfa, écrit aussi ce nom El Bounany, par suite d'une position vicieuse des points diacritiques dans l'arabe, tandis qu'au n° 10,131 le texte, pour éviter une erreur, dit qu'il faut écrire ce nom par un Noun et un ba (un n et un h). Nous faisons cette observation, parce que la même erreur s'est reproduite à propos d'Ebn el Beithâr, qui fut aussi surnommé Ennabaty, le botaniste, que l'on a lu Benany, mot dans lequel on a voulu chercher une fabuleuse localité de Benana, qui aurait été la patrie d'Ebn Beithâr, né à Malaga, ainsi qu'il le rappelle dans plus d'un endroit de ses livres.
Aboul Abbas naquit à Séville en 561 (1165) suivant les uns, et 567 (1171) suivant d'autres. Parmi les diverses branches de la médecine, il cultiva spécialement et avec ferveur l'étude des plantes. Rompant avec les habitudes de ses devanciers, qui s'étaient généralement traînés à la suite de Dioscorides et de Galien, il voulut faire des plantes une étude personnelle et directe. Ce qui nous est resté de ses écrits atteste qu'il fit des excursions botaniques en Espagne, et nous connaissons le nom de plusieurs localités où il récolta des plantes. Il eut aussi la bonne fortune de transmettre ses goûts et sa science à l'éminent botaniste Ebn Beithâr, qui dut partager ses herborisations, et qui le cite souvent comme son maître et son professeur, quelquefois en compagnie d'autres médecins, Abdallah ben Saleh et Ebn el Hedjadj de Séville.
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Mais cette passion ne trouvait pas un aliment suffisant dans les limites alors étroites de l'Espagne musulmane. En l'année 613 ou 014 (1217). il se mit en route pour l'Orient (1). Il dut s'arrêter dans le Magreb, attendu que ses écrits mentionnent un certain nombre d'expressions berbères et le nom de plusieurs localités où il observa. C'est ainsi qu'après avoir observé le Bunium bulbocastanum à Ronda et à Carmouna, il le retrouva sur le littoral marocain et à Caïrouan, qu'il revit la Camomille à Raqqada, à Touzer et à Barca et qu'il recueillit la Pinne marine sur le rivage de Tunis.
A son arrivée dans Alexandrie, le sultan Malek el Adel, ayant entendu parler de lui et de ses rares connaissances, l'invita à venir le trouver au Caire, le reçut avec distinction, et voulut le retenir en Egypte. Aboul Abbas refusa, prétextant qu'il n'était venu que pour accomplir le pèlerinage, avec l'intention de retourner chez les siens. Tout ce qu'il accorda au sultan ce fut de recueillir les éléments de la thériaque et de la préparer.
On peut voir dans le traité des venins et des poisons de Maimonides, qui venait de mourir quand Aboul Abbas aborda en Egypte, que la préparation de la thériaque y était en quelque sorte une affaire d'état. On peut voir encore la même chose par le Ms. 891 de l'Escurial et enfin par le livre de Prosper Alpin. Cependant Aboul Abbas parcourait les campagnes de l'Egypte et en observait les végétaux. Il parcourut ensuite le Hedjaz, la Syrie et même l'Irak.
Il retourna ensuite dans sa patrie, à Séville. Il est probable que le récit de ce voyage engagea son élève Ebn Beithâr à partir aussi pour l'Orient, car il n'est pas probable que le maître et l'élève partirent ensemble; on nous l'aurait signalé, et d'ailleurs Ebn Beithâr était encore trop jeune et ne dut partir que plus tard.
Aboul Abbas était encore compté parmi les vivants par Ebn Abi Ossaïbiah à ./'époque où il écrivit son histoire des
(1) Yingt ans auparavant, il avait traverse le détroit pour s'aboucher à Ceuta avec Abdallah ben Saleh. (Makkary.)
médecins; mais Makkary et Hadji Klialfa nous donnent comme date de sa mort, l'année G37 (1239).
Aboul Abbas était un homme de bien, rempli de vertus et de piété, tout à l'étude des plantes et de la nature. Il apprit aussi les traditions sous divers maîtres, tant en Occident qu'en Orient ; d'où le surnom d'£7 Hafidh, le traditionnaire, accolé à son nom dans les citations que fait de lui son élève Ebn Beithâr. Dans son histoire de la botanique, Meyer, opérant d'après les citations d'Ebn Beithâr, s'est demandé s'il y avait deux Aboul Abbas, l'un surnommé El Hafidh et l'autre Ennabaty. Ce que nous venons de dire suffirait déjà pour lever la difficulté, mais on en peut trouver la solution dans Ebn Beithâr lui-même.
S'il cite plu s fréquemment l'ouvrage capital d' Aboul Abbas, la Rihla, relation de son voyage en Orient, sous le couvert d' Aboul Abbas Ennabaty, on n'en lit pas moins ce qui suit à l'article Keff Maryem, Rose de Jéricho : D'après la Rihla d' Aboul Abbas el Hafedh.
Aboul Abbas fut, parmi les Arabes, le botaniste par excellence. Avant lui on vivait généralement sur la tradition. Il est le premier qui ait consacré son existence à l'étude directe des plantes, en y voyant autre chose que des médicaments simples. Ebn Djoldjol avait bien dressé le catalogue des simples inconnus de Dioscorides, mais il l'avait relevé d'après les livres. Errafequy et le Chérif el Edrissy avaient bien introduit dans la thérapeutique bon nombre de médicaments nouveaux, mais ils n'avaient pas la préoccupation exclusive d'élargir le champ de la botanique.
Aboul Abbas eut aussi le mérite de former un élève éminent, Ebn Beithâr, qui observa comme son maître, et fit l'inventaire des connaissances anciennes et modernes, auxquelles il ajouta ses propres découvertes, cette fois au point de vue de la thérapeutique. On serait même tenté de croire qu'Aboul Abbas ne fut pas sans influence sur les travaux d'Essoury dont nous avons parlé à propos des médecins de Syrie. En un mot Aboul Abbas fut, parmi les Arabes, non-seulement le premier, mais le plus Fécond observateur sur le terrain de La botanique.
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A son retour àSéville, il consigna le résultat de ses recherches dont un ouvrage intitulé Rihla, le voyage, dit aussi le voyage en Orient, et même, suivant Hadji Khalfa, pour la connaissance des plantes. Cet ouvrage malheureusement ne nous a pas été conservé, et nous ne le connaisssons que par les extraits que nous en a donnés Ebn Beithâr dans son Traité des simples. Cependant ces citations sont assez nombreuses, car elles dépassent une centaine, pour nous en donner une idée suffisante et nous faire regretter de ne pas le posséder intégralement. Ces citations ont un cachet descriptif plutôt que médical, et environ la moitié portent sur des plantes nouvelles ou incomplètement connues. Il y a particulièrement des renseignements curieux sur les plantes du littoral de la mer Rouge, que Forskal a rencontrées plus tard, et qui pourraient servir de complément à sa flore d'Arabie. Nous citerons à cet égard les articles Seura, Baumier, Elcaïa, Hadak (Solanum cordatum), Sadan (Neurada), Cassia tora, etc.
Il semblerait qu'Aboul Abbas aborda en Sicile, peut-être à son retour : il nous parle du papyrus comme existant dans une pièce d'eau en face du palais.
Parmi les végétaux intéressant le Magreb, nous citerons l'Akoutsar (Bunium bulbocastanum) , l'Amliles (Rhamnus alaternusj, l'Akcheroua (gentianée, peut-être la petite centaurée), l'Ardjikna (centaurée ù'ncform/ej le tamchaourt (MeumJ, etc. On s'aperçoit que tous ces noms ont une physionomie berbère.
A propos de l'Espagne, nous rappellerons les articles assez longs de la camomille et du gdaucium, qu'il dit avoir été importés en Espagne.
Aboul Abbas est encore cité dans un autre ouvrage d'Ebn el Beithâr, mais beaucoup plus rarement, à savoir le Mor'ny, qui est un livre de thérapeutique plutôt que de botanique.
La Rihla n'est pas mentionnée par Ebn Abi Ossaïbiah, et c'est pour cela sans doute qu'il n'en est pas question dans Wustenfeld. Ebn Abi Ossaïbiah ne mentionne que ces deux écrits :
Explications des noms des simples dans Dioscorides.
Traité de la composition des médicaments.
On lit dans la notice d'El Makkary qu'Aboul Abbas composa sur les plantes un livre excellent, disposé sous forme alphabétique. Nous ignorons s'il s'agit là de la Rihla, dont on ne parle pas.
Makkary mentionne deux ouvrages sur les Hadits.