‹ Histoire de la médecine arabeChapitre 148 sur 199 · ALI BEN EL ABBAS EL MADJOUSSY · texte numérisé non relu

ALI BEN EL ABBAS EL MADJOUSSY

On peut s’étonner qu’il nous soit resté si peu de renseignements sur la personne d’Ali ben el Abbas, l’un des plus grands médecins de l’Orient.

Généralement, on lui donne le surnom ü'El Madjoussy, le mage, ce qui indique une origine persane, mais quelquefois on le dit fils de mage. Quoi qu’il en soit, nous savons qu’il était originaire de l’Ahouaz.

Il eut pour maître un médecin distingué, Abou Maher ben Saïar, mais il paraît qu’il dut à l’étude autant qu’aux leçons du professeur. Frappé de ce fait, que parmi tous les ouvrages anciens et modernes, aucun n’embrasse la médecine dans la totalité de ses parties, il se proposa de remplir cette lacune par un livre auquel il donna le nom deMaleky, livre royal, et de Kamel, livre complet. Il en fît la dédicace ' à l’homme de son siècle qui protégea le plus les travaux de l’esprit, Adhad eddoula. On ne nous dit pas cependant qu’il ait pris du service dans le célèbre hôpital fondé par l’émir à Bagdad. Il vécut jusqu’en 994.

Le Maleky, dit l’auteur du Kitab el bokama, jouit d’une grande vogue jusqu’à l’apparition du Canon d’Avicenne, qui le fît un peu négliger. Le Canon est supérieur par la théorie, ' mais le Maleky l’est par la pratique. I

A ce jugement nous pourrions ajouter que le Maleky nous paraît aussi bien ordonné que le Canon ; si les proportions en sont moins vastes, le tissu en est plus homogène et plus serré.

Ce livre marque un grand pas fait par la médecine en Orient. Un Arabe ose faire ce qu’il n’avait pas trouvé chez les Grecs, enfermer toute la médecine dans Un seul ouvrage. ’

Il ne s’agit plus ici, comme dans le Continent de Razès, ' de 1 inventaire de tous les faits légués à lamédecine pratique i parles anciens et les modernes. La science est embrassée j dans sa généralité, toutes ses parties coordonnées; les faits que chacune revendique, soumis au contrôle de la critique et de l’expérience, viennent se ranger dans leurs cadres respectifs.

Le Maleky, traduit en latin en 1127, a été plusieurs fois imprimé. Au lieu d’en donner l’analyse, nous croyons ne pouvoir mieux le faire connaître qu’en reproduisant à peu près intégralement son introduction. Cette préface, qui rend parfaitement le caractère et le but du livre et qui atteste le grand sens de l’auteur, restera comme une des plus belles pages dans l’histoire de la médecine.

Ali ben Abbas passe en revue les plus éminents médeciiisj'] tant anciens que modernes. Il constate qu’Hippocrate et

Galien n’ont pas écrit d’ouvrag'e d’ensemble ; que le défaut de l’un est la concision, et celui de l’autre, la prolixité. Il signaleles lacunes d’Oribase, dePauld’Egine, puisd’Aliroun, de Jean fils de Mésué, et de Jean fils de Sérapion. C’est à Razès, le plus éminent des modernes, qu’il s’arrête le plus longuement. Il fait voir que le Continent, restreint d’ailleurs à la médecine pratique, n’est qu’une compilation dont les parties sont mal ordonnées et sans liaison, que les citations, par cela même qu’elles visent à être complètes, entraînent des répétitions et des longueurs qui rendent l’ouvrage inabordable au commun des médecins. En somme, il constate qu’il n’existe pas de livre complet, et qu’une saine méthode ne se rencontre nulle part. Voilà, ce nous semble, une preuve que le génie de la science n’a pas fait défaut à la médecine arabe, car il ne consiste pas seulement à en reculer les bornes, mais aussi à porter la lumière et l’ordre dans un ensemble de faits connus.

LE M.4.LEKY.

a En toutes choses il faut commencer par louer Dieu...

(Suivent des éloges et des vœux à l’adresse d’Adhad eddoula....)

« La science de l’art médical étant la plus éminente de toutes les sciences, la plus importante par sa puissance et ses dangers, la plus utile de toutes parce que tous en ont | besoin, j’ai voulu la renfermer dans un livre complet sur [ l’art médical, contenant tout ce qui est nécessaire au méde- | cin et à tout le monde pour conserver la santé à ceux qui la possèdent et la rendre aux malades, n’ayant trouvé chez aucun des médecins anciens ou modernes de livre complet, qui contienne tout ce qui est relatif à la pratique et à la science médicale.

* Hippocrate, qui est le prince de l’art et le premier qui eu ait écrit; a composé de nombreux ouvrages sur toutes les branches de la médecine. L’un d’eux est un grand recueil comprenant tout ce qui est nécessaire à celui qui veut posséder cet art, et c’est le livre des Aphorismes. Il serait

] facile de réunir tous ce.s livres et d’en composer un seul qui

i renfermerait tout ce qui est nécessaire pour la perfection de cet art. Mais Hippocrate a fait usage dans ses écrits d’une telle concision, que beaucoup de ses paroles sont obscures f et ont besoin pour le lecteur d’un commentaire.

( « Quant à Galien, si grand et si excellent, il a composé

I de nombreux ouvrages, dont chacun n’embrasse qu’une des j parties de la science. Mais il a des longueurs et des répéti- I tiens dans l’établissement de ses démonstrations et de ses : preuves en réponse à ceux qui suivent la voie des sophistes, f Je ne trouve aucun de ses livres complet au point de vue I que j’ai exposé précédemment..

1 « Oribase et Paul d’Egine ont aussi écrit des livres, où

I chacun d’eux s’est efforcé d’être complet. Pour ma part, j’ai trouvé Oribase incomplet dans le petit livre qu’il a adressé à son fils Eunape et au public. Il n’y parle pas des choses naturelles et il est très-bref sur les causes. (1) Il en est de même pour le livre qu’il a dédié à son fils Eustathe et qui contient sept chapitres. Il n’y a parlé des choses naturelles, des tempéraments et des organes que très-sommairement, j Dans ces deux ouvrages, il ne traite aucunement de la cbi-^ rurgie. Quant à son grand ouvrage, en soixante-dix chapitres, je n’y en ai trouvé qu’un seul où il soit question de l’anatomie des viscères.

« Quant à Paul d’Egine son livre ne mentionne que trèspeu les choses naturelles. Les causes, les signes, les diverses espèces de traitement sont bien exposées avec développement J mais non avec méthode. |

« Quant aux modernes je ne trouve chez eux aucun livre * qui traite la matière complètement.

« Ahroun a composé un ouvrage où il décrit les maladies et leur traitement, leurs causes, leurs signes et autres choses de ce genre, mais il le fait d’une manière brève et sans développement ; de plus la traduction est mauvaise et peut égarer le lecteur ; bien des passages ont besoin d’explica-

(1) Voyez plus loin ; voyez aussi l’article Oribase, à propos de ses écrits.

tioiis, surtout quand ou ue possède pas la traduction de Honein ou de son école.

« Quant a Jean fils de Sérapion, il a composé un livre où il ne mentionne, en fait de traitement des maladies, que la thérapeutique par les médicaments et le rég-inie, san.s s’occuper de la chirurg-ie. De pdus, il a passé sous silence beaucoup de maladies. C’est ainsi que parmi les maladies du cerveau il ne parle pas de la lycantropie, de l’amour, de la résolution des membres par suite de coliques. Parmi les maladies de 1 œil il ne parle pas du traitement de la suppuration qui se produit sans ulcération, du traitement des taies et de l’albug-o, ni du traitement de l’exopbtlialmie d’une façon convenable. 11 ne parle pas du traitement du cancer de 1 œil, de l’œdème, du cbémosis, des indurations, du grêlon, du squirrbe, de l’exubérance des cils, de l’org-eolet, de l’ectropion, de l’adhérence des paupières ni des autres maladies des paupiières, ni de la mydriase.

1 Parmi les affections de l’estomac, il ne parle pas du traitement du lait caillé dans l’estomac, ni du sang. Il ne parle pas du traitement des tumeurs noueuses, des glandes, de 1 éléphantiasis, des tumeurs auévrismales produites par la déchirure des artères. Parmi les maladies de la matrice, il ne parle pas de celle dite el quoub, de la môle, des polypes, des fissures, des ulcères, du gonflement et des vapeurs utérines. Parmi les maladies de la verge, il ne parle pas do 1 érection qui ne s’accompagme pas de désir du coït. Dans les affections de la surface cutanée, il ne parle pas des verrues, du ver de Médine, des varices des jambes, de celles du testicule, des gerçures des poignets et des pieds, du gonflement des doigts dit chamlisl (1) du panaris, de la blancheur des ongles, des framboises de la face. Il ne parle pas du traitement des piqûres vénimeuses. Il ne parle pas du traitement des poisons, des médicaments toxiques, des piqûres faites par les scorpions, du pou de vautour. Il no parle pas non plus des ulcères pour lesquels on emploie les

(1) Nous lisons à Paris samlis et à l’E.scurial chamlis. Il y a là sans doute une altération qiio nous n’avoiLs pu jusqu’à présent déterminer.

hanis ? ni des abcès. De plus, son exposition des maladies n’a pas d’ordre. Beaucoup de maladies qui auraient dû. être rattachées aux org-anes qui en sont le siège, sont exposées à propos de la surface cutanée ; c’est ainsi qu’il y rapporte les maladies de la matrice, le traitement de l'anaphrodisie et la spermatorrhée. C’est encore .dans ce même chapitre qu’il parle de la mauvaise odeur de la bouche et du nez et de l’expulsion des sangsues (introduites dans la gorge), tandis qu’il aurait dû les ranger suivant l’ordre des organes. En somme, son exposition manque de méthode. Cependant il est complet dans ce qui a trait au traitement des maladies, à leur description, à l’exposé de leurs causes et de leurs symptômes.

« Quant à Massih, il a suivi les errements de Plaroun. Il s’étend peu sur les choses naturelles et non naturelles. La partie théorique de son livre est vicieuse et prouve qu’il ne savait pas composer un livre. C’est ainsi qu’il donne les règles de la préparation des médicaments au septième cliapitre de son livre, suivies de l’exposition des choses naturelles. Il parle ensuite des affections et des maladies à partir de la tête, commençant par où il devrait finir et finissantpar où il devrait commencer.

<t Quant à. Mohammed ben Zakarya Errazy (Razès). dans son livre dit El Mansoury il traite sommairement de tout ce qui regarde l’art médical et ne néglige rien de tous les sujets qu’il aborde, mais il est concis et abrégé, et c’est du reste le but qu’il s’était proposé. Dans son livre connu sous le nom de Haouy (Continent), j’ai trouvé qu’il parle de tout ce qui .importe aux médecins pour la conservation de la santé et le traitement des maladies par l’emploi des médicaments et des aliments. Il expose les signes des maladies et ne néglige rien de ce qui est nécessaire à qui veut apprendre cet art pour le traitement des maladies. Mais il ne parle pas des choses naturelles, ainsi de la science des éléments, des tempéraments,. | des humeurs, non plus que de la structure des organes et de la chirurgie ; la matière do son livre est disposée sans ordre ni enchaînement, sans caractère scientifique ; il ne la divise pas par discours, sections, chapitres, ainsi qu’on devrait l’at-

L’iRAK. 387

tendre de sa science, de ses connaissances en médecine, e,t de son talent d’écrivain. Certes, je ne nie pas son mérite, sa science, ses connaissances dans l’art médical et dans l’art d’écrire. »

Ali clierche ensuite quelles purent être les causes des dé • fectuosités du Haouy. Peut-être Razès ne voulut-il faire qu’un aide-mémoire pour sa vieillesse. Le destina-t-il au public? on sait que la mort l’empêclia d’y mettre la dernière main. Sa rareté tient à ces défauts.

« Dans sa description de chaque maladie, de ses causes, de ses signes, de son traitement, il rapporte ce qu’eu ont dit tous les médecins anciens et modernes depuis Hippocrate et Galien jusqu’à Ishaq ben Honein et tous ceux qui vécurent dans cet intervalle, ne laissant passer rien de ce que chacun a écrit sans le consigner dans son livre, de sorte que tous les ouvrages de médecine s’y trouvent contenus. C’est un fait que les grands médecins s’accordent dans leurs descriptions des maladies, leur nature, leurs causes, leurs symptômes, leur traitement : il n’y a chez eux que des différences du plus au moins, leurs procédés étant les mêmes dans cette voie. Les choses donc étant telles, il n’y avait pas besoin d’exhiber les propos des anciens et des modernes, ce qui entraîne des répétitions qui se ressemblent et diffèrent à peine les unes des autres. S’il y a chez eux quelques divergences elles portent sur l’emploi de médicaments d’espèces différentes, mais se ressemblant par leurs propriétés et leurs actions, comme par exemple le coing, la poire, la nèfle, ou bien le g-ingembre, le poivre et le poivre long, médicaments qui, bien que d’espèce différente, n’en ont pas moins des propriétés et des actions pareilles, seulement plus ou moins prononcées. Il fallait réduire le nombre des citations des anciens, se borner aux témoignages des savants les plus sérieux, les plus complets, les plus autorisés, dans la mesure du nécessaire, par ce moyen le livre aurait acquis plus de valeur; en perdant une longueur démesurée, il aurait été recherché et transcrit et se trouverait dans toutes les mains» tandis qu’on ne le rencontre que chez un petit nombre de sa-' vants.

388 insroiRii dis la nÉDiiciNE auab;;. — x^iviiE thoisjèue.

a Quant à moi, j’exposerai dans mon livre tout ce qui est nécessaire pour la conservation de la santé et la guérison des maladies et dont un liabile médecin ne saurait se passer. » '

M. Daremberg- a publié la préface du Maleky en regard de celle du Pantegni, dans son travail sur le Viatique, afin d’en ' établir l’identité.

Nous ferons à ce sujet quelques observations.

Les ouvrages de Galien cités dans le Pantegni et dont il n’est pas question dans le Maleky, sont précisément ceux que les Arabes appellent les seize livres. Nous en avons parlé.

Quant aux livres d’Oribase, le premier est adressé à son fils Eunapeet em. public. Voilà le livre Derepublica du Pantegni. Quant au mot Immensus, nous ne voyons guère qu’une liypotlièse. On aurait peut-être lu le mot Eunape Oceanous. Une variante marginale du Ms. de l’Escurial se prêterait encore à cette interprétation. Le second livre est dédié à son fils Eustathe.

Dans la traduction latine du Maleky, nous avons reconnu quelques erreurs. Au lieu de: Magnus autem liypocras qui ante banc artem fuisse perhibetur, il faut lire : qui princeps, imam, hujus artis fuisse perhibetur.

Un peu plus haut, le mot camere accosté d’un point d’interrogation , est représenté dans l’arabe par ce mot : Khazna, qui signifie trésor, dépôt, magasin, lieu de garde, etc. Le sens est donc : J’ai voulu renfermer la science dans un livre complet.

Dans la suite, dont nous avons omis la traduction, on voit Harac et Feresie représenter assez mal l’Irak et la Perse, et Charhitu au lieu de Kharbeq représenter l’hellébore, etc.

Ali ben el Abbas est cité une trentaine de fois dans le Traité des Simples d’Ebn Beithar, sous le nom d’El Madjoiissy.

. ÏÉMIMY.

Mohammed ben Ahmed ben Saïd Ettemimy vivait au dixième siècle de l’ôre chrétienne. Il habitait Jérusalem, d’où

le surnom d’El Moquaddessy, qui lui fat donné. Sou aïeul Saïd était aussi médecin et fut un de ses maîtres. Témimy fut attaclié au service du g-ouverneur de Ramla, et suivit en Eg-ypte lakoub, vizir des Khalifes el Moëz et El Aziz, auquel il dédia son livre connu sous le nom de Madat el Baqa. Ebn Abi Ossaïbiali ne lui consacre que quelques lig-nes, complétées par le Kitab el hokama, et le dit très versé dans la connaissance des médicaments simples et bon praticien.

Témimy a laissé plusieurs ouvragées.

Wüstenfeld a commis une légère erreur sur le titre du premier, le Madat el Baqua, qu’il rend ainsi : Augmentum durationis vitæ restauratione corrupti appetitus et cautio a noxa pestis. D’après la version du Kitab el hokama, version dont un peu de réflexion fait comprendre la rectitude, bi aslah fassed el liaoua, il faut lire ; Par la purification de l’air corrompu, et non ; Par la restauration de l’appétit dépravé, attendu qu’il s’agit de peste.

Ses autres ouvrages sont :

Un traité détaillé sur la thériaque, adressé à son fils Ali. D’après le Kitab el hokama, Témimy aurait composé sur la thériaque plusieurs traités d’étendue diverse.

Un traité sur l’ophthalmie purulente.

Un traité intitulé : El Fahs ou el AJchbar dont nous igmorons le contenu.

Le Morched, oublié par Ebn Abi üssaïbiali, et qui est cependant un ouvrage d’une grande valeur, où il est traité des aliments et des médicaments simples. Il n’en existe malheureusement que la moitié à la Bibliothèque de Paris, n» 1088, ancien fonds.

Le manuscrit de Paris commence au chapitre XI et se termine par le chapitre XI V .

D’après ce qui nous reste, le Morched est un ouvrag-e remarquable par un essai de classification et par l’abondance et l’originalité des renseignements.

Le chapitre XI traite des mannes et des bitumes. Aux mannes sont annexées les substances sucrées. Les mannes sont des rosées, des vapeurs qui tombent du ciel, variables .suivant l’air, les lieux, la terre et les plantes sur lesquelles

390 nrsTOini; de la. médecine aeabe. — livee troisième. elles tombent. Parmi elles figure la laque, qui ne saurait être prise pour une gomme par la raison qu’elle n’a aucune i attache vasculaire avec la branche sur laquelle elle repose. ! On y voit aussi figurer l’Ouars, qui serait un cryptogame (lans le genre des Lecanora, et que l’auteur recommande j comme un spécifique de l’héméralopie.

La section des Bitumes est curieuse. Elle comprend les Momies, et l’auteur en relate une espèce recueillie sur le rivage des Ketama dans le Magreb, et qui se récolte encore de nos jours de Bône à Djidjelly .sous le nom de Bellima. C’est une substance d'e la consistance et de la nature de la poix, que les femmes emploient comme masticatoire et dont l’origine est encore un mystère pour nous. Est-ce une épave ou un produit naturel dans le genre de l’ambre ?

Le bitume de Judée nous vaut un long et curieux article sur la Mer morte et la nature de ses eaux, où l’on voit que l’auteur a longtemps observé et parle d’abondance.

Toute cette section mériterait d’être reproduite intégrale- . ment. I

Le chapitre XII traite des terres et des sels. J

Parmi les terres figure le Djouz djoundoum, que l’auteur confond avec le lichen des rochers des anciens.

Dans la biographie d’Ishaq ben Soleiman nous avons rapporté une intéressante anecdote à ce propos.

Le Djouz djoundoum portait aussi le nom de Tabachir. Témimy saisit l’occasion de nous parler du véritable Tabachir. Bien qu’il provienne du liquide concreté des bambous encore verts, il ne compte pas moins parmi les substances terreuses. Témimy contredit l’opinion de Galien qui prétend que l’on ne peut tirer de sel de l’eau de la Mer morte. Les riverains, dit-il, n’en usent pas d’autre, seulement celui des berges orientales est bon parce que les terres y sont bonnes, et celui de la rive opposée est mauvais parce que les terres y sont mauvaises.

Dans le chapitre XIII il est question des métaux.

Le XIV® traite des pierres. Nous y voyons invoquer l’autorité d’Ebn Djezzar, ce qui prouve deux choses; que cet auteur aurait écrit un traité sur les pierres, que les biogra-

plies ont oublié de mentionner, et qu’il y avait alors des relations suivies entre l’Occident et l’Orient, Ebn Djezzar étant un contemporain de Témimy.

Nous possédons ainsi deux dates pour fixer approximativement l’époque de Témimy. Il fut attaché au vizir d’El Moëz et d’El Aziz. Or ce dernier cessa de vivre en 975 de l’ère chrétienne. Il cite Ebn Djezzar. Or celui-ci mourut vers l’année 1009. Témimy vécut ainsi probablement jusque vers la fin du dixième siècle de l’ère chrétienne. Le Kitab el hokama place son séjour en Egypte vers l’année 376 (986).

Témimy est cité soixante-dix fois par Ebn Beithar, et bien souvent à propos des huiles composées.

La plupart de ces extraits portent le cachet que nous avons signalé comme étant celui du Morched, c’est-à-dire qu’ils sont le fruit de l’observation.

Témimy n’est pas étranger aux Grecs, mais il ne les accepte que sous bénéfice d’inventaire et nous avons déjà dit qu’il relevait une assertion de Galien.

Un certain nombre de passages ont un intérêt particulier pour la Palestine, ainsi les articles relatifs à l’huile de Zaqqoum, au Sylibum, au Bitume des Juifs, etc. Il y a là des renseignements toujours bons à consulter.

Parmi les autres articles remarquables nous citerons ceux relatifs au sycomore, au caroubier, au saule, à l’huile de roses, au scinque, à la bière, etc.

M. de Sacy dans Abdellatif, après avoir cité le long article de Témimy sur le bitume, donne sa biographie d’après le manuscrit d’Ebn Abi Ossaïbiah de la bibliothèque de Leyde. Il y a là quelques détails intéressants que nous n’avons pas rencontrés dans le manuscrit de Paris. « Ce médecin s’est particulièrement occupé de la composition des antidotes et contre-poisons, et a composé divers ouvrages sur la matière. Il avait beaucoup profité à Jérusalem des leçons d’un moine chrétien, nommé l’abbé Zacharie, fils de Thaouaba. »

M. de Sacy lui reproche d’avoir confondu ce que Galien dit du Persea avec ce qui concerne le sycomore.

D’après ce qu’on lit dans Témimy, notamment à l’article Sylibum, on peut conclure qu’il y avait de son temps un certain nombre de chrétiens résidant en Palestine.

Aboul Hassan Ali ben el Hossein ben Ali fut surnommfrj ElMaçoudy, du nom d’un de ses ancêtres Maçoud, contemporain de Mahomet.

Il naquit sur la fin du IIP siècle de l’hégire. Dès l’année ' 300, il se mit à voyager, visita la Perse, l’Inde, Madagascar,?] l’Arabie, et habita tour à tour l’Égypte et la Syrie, ün fixe^ l’époque de sa mort en 346 ou 957 de l’ère chrétienne.

Les études et les voyages de Maçoudy lui acquirent une somme incomparable de connaissances et de documents qu’il a consignés dans un grand nombre d’ouvrages. M. de Sacy nous a relaté le titre d’une ving-taine, dont quelques-una n’ont pas moins de vingt à trente tomes.

Le plus connu est celui qui porte le titre de Mouroudj eddeheh oita maden eddjouhar. Prairies d’or et mines de pierres précieuses. Il en a déjà paru la plus grande partie, .] c’est-à-dire sept volumes, texte et traduction, par MM. Pa- ' vet de Courteille et Barbier de Meynard. Il y a de tout dans cet ouvrage, qui est en quelque sorte le résumé des nombreux écrits de l’auteur. Si la méthode est absente, l’intérêt ne fait jamais défaut. L’histoire naturelle, la physique et même la médecine y occupent une assez large place.

On s’étonne aujourd’hui du jugement de Reiske, qui n’a-, vait vu dans les Prairies d’Or qu’un tissu de divagations, | Nous n’avons pas ici à parler des autres ouvrages de Ma- ‘ çoudy. Pour cela, on peut consulter l’intéressante notice de M. de Sacy, à propos du Kitab ettenbih, ou livre de l’avertissement, publiée dans les Notices et extraits des manuscrits., i Nous trouvons cinq citations de Maçoudy dans Ebn Bei-*' thar, à propos du Guilandina bonduc, du bétel, du mercure, du Kesmouta, plante que nous n’avons pu déterminer et qui serait mentionnée dans le livre des Poisons, lequel n’est pas compris dans la liste bibliographique de M. de Sacy, enfin à propos du musc.

L’article du. musc, reproduit aussi par Avicenne etSéra-1

pion, est peut-être encore aujourd’hui ce que l’on peut lire de plus complet sur la matière. Nous relèverons ici deux petites erreurs des traducteurs de Maçoudy. La première c’est d’avoir pris le nard pour la lavande. La seconde c’est d’avoir donné deux incisives à chaque mâchoire, tandis que le texte n’en porte réellement qu’à la mâchoire supérieure, ce qui est du reste conforme à la vérité.

Les ouvrages de Maçoudy ont un intérêt tout particulier au point de vue de la somme des connaissances que possédèrent les Arabes sur l’histoire ancienne de l’Occident. Les Prairies d’or en contiennent beaucoup, mais les autres ouvrages, auxquels il renvoie et que nous n’avons pas, en promettent une masse encore plus considérable, dont les traductions à nous connues, ne rendent pas suffisamment raison. Il est probable qu’ils les puisèrent dans les ouvrages des Syriens écrits en arabe. C’est ainsi que nous voyons citer par Djemal eddin. Mohammed ben Ishaq et Ebn Abi Ossaïbiah, les noms d’Eusèbe, d’Orose, ceux d’Obéid Allah, de Honein, de son fils, d’Isliaq ben Ali Errohaouy, d’Obéid Allah ben Djabrii, d’Ebu Botlan, à l’appui de leurs renseignements. L’avenir lèvera sans doute quelques-uns de ces voiles.

Les Frères de la Pureté.

Parmi les productions du X' siècle, il est un écrit anonyme sur lequel nous devons nous arrêter, à savoir la célèbre encyclopédie des Frères de la pureté (ou de la sincérité).

Cet écrit nous intéresse d’abord au point de vue des sciences naturelles, qui sont comprises dans son cadre.

Mais ii a surtout de l’intérêt en ce qu’il représente bien la situation actuelle de l’esprit arabe, épris de la science grecque mais entravé par les croyances religieuses, et rêvant l’accord de la raison et de la foi. C’est à ce double point de vue que nous l’étudierons, et cela d’autant plus volontiers qu’il est trop peu connu, dumoinsen France, où l’on n’a sur son compte que des idées générales et sommaires. Il serait à

394 HISTOIRE DE I,A MÉDECINE ARABE. - LIVRE l'ROISIÈME.

désirer que l’on en fît une traduction, qui aurait certaine' ment pour effet de détruire des préjugés.

Ce ne sont pas précisément les sciences cultivées par les Arabes qui gagneraient à cette exposition ; nous les connaissons d’dutre part, et ici on s’occupe plutôt de la théorie que des détails: mais on verrait un côté curieux de leur philosophie.

Le but avoué des Frères de la pureté était l’alliance de la philosophie avec l’Islam. Nous verrons bientôt ce qu’il faut penser de cette alliance, sur laquelle, du reste, l’orthodoxie musulmane ne pouvait se méprendre. Quant à la philosophie en question, elle est elle-même un mélange de celle d’Aristote et de celle de Platon, la première pour la forme, la deuxième pour le fonds.

C’est à Bassora, dans le courant du X® siècle que cette œuvre fut composée. Elle porte le titre de ; Tohfat akhouan essafa, présent des Frères de la pureté ou de la sincérité. Il en existe à Paris un exemplaire, n“ 1845 du supplément, qui compte 530 feuilles in-folio d’une écriture fine et serrée.

C’est donc plutôt une esquisse qu’une véritable encyclopédie.

Les Frères de la pureté formaient une société secrète qui paraît s’être recrutée particulièrement chez les Motazélites : ce qui en indique le caractère et les tendances. Leur encyclopédie parut sous le voile de l’anonyme, ce qui était prudent ; aussi ne sait-on pas encore positivement quels en furent les auteurs. Le Kitab el hokama met cependant quelques noms en avant. Ils prétendaient, lit-on dans la curieuse notice de Djemal eddin, que la loi, souillée par l’ignorance et altérée par l’erreur, ne pouvait être rendue à son état de pureté que par la philosophie; que l’on atteindrait ce but par l’alliance de la loi et de la philosophie grecque.

Les sciences sont divisées en quatre catégories, dans lesquelles sont répartis les 51 traités.

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