IV. Théologie, 11 traités
Dans la première partie, sur laquelle nous ne ferons que passer, nous voyons d’ahord l’arithmétique, la géométrie, l’astronomie, la musique, la géographie, puis la Logique, les Catégories, l’Interprétation et les Analytiques d’Aristote.
Tels sont les chapitres de la deuxième partie, où nous rencontrons encore Aristote au premier rang :
1° De la matière et de la forme, du temps et de l’espace.
2“ Du ciel et du monde.
3” De l’existence et de la corruption.
4° Des météores ou faits atmosphériques.
5* Des minéraux.
6“ De la nature et des éléments et de leur action.
7" Des végétaux.
8» Des animaux.
9“ De la constitution du corps humain.
10° De sa physiologie. Des sens et des notions.
11“ De la génération.
12° Du microcosme.
13° De l’âme individuelle.
14° De la faculté de connaître et de ses limites.
15° De la vie et de la mort.
10° Du plaisir et de la douleur.
17° De la diversité des langues.
Tel est le titre développé du quatrième traité :
Des météores, Atsar alouya, où l’on se propose d’exposer l’origine des phénomènes de l’atmosphère, des changements survenus dans l’air parle fait de la lumière et des ténèbres, du chaud et du froid ; de la répartition des vents ; des émanations et des vapeurs qui s’élèvent dans l’air de la mer et des fleuves, etc.
Les minéraux sont divisés en trois classes, en raison de leur plus ou moins de promptitude à se constituer h l’état parfait ou définitif. Ils sont aussi considérés au point de vue de leur consistance et de leur aptitude à la fusion. Ils proviennent de vapeurs et de liquides souterrains, inégalement soumis à l’action du chaud et du froid.
Les montagnes, soulevées au sein des eaux par des vapeurs
intestines, se fragmentent, et les eaux repoussées se nivellent et dessinent les contours des contrées. Aussi bien que les végétaux et les animaux, lesminérauxsont inégalement répartis. Le feu est l’agent universel auquel les minéraux sont soumis.
Ici nous voyons déjà se produire les doctrines pliilosopM'^ ques du livre. Tous les pliénomènes qui se manifestent dans les corps sont le fait de l’Ame universelle, que l’on appelle aussi Nature. Dieu n’intervient que pour les tirer du néant.
11 en abandonne ensuite le gouvernement aux Anges, qui sont ses ministres, et il ne s’en occupe pas personnellemeni et directement. "
Un peu plus loin, nous lisons à propos des végétaux que ce que l’on appelle Forces ou agents naturels en philosophie, est ce que l’on appelle les Anges en religion.
Nous voyons encore ici, par anticipation, se produire cette allocution : Sache, o mon frère, que ton âme est une partie de l’âme universelle, qu’elle est une force d’entre les forces ' universelles. i
Les végétaux sont étudiés sous bien des points de vue mais sans originalité. La sensibilité leur est accordée, et la preuve c’est que leurs racines prennent une direction déterminée. Ils ne connaissent pas la douleur, impuissants qu’ils seraient à en écarter les agents. (
Les végétaux ont été créés avant les animaux, auxquels ils fournissent leur nourriture. ]
Par la même raison les animaux ont été créés avant l’homme, car tout s’enchaîne et c’est un axiôme qui n’a pas besoin de démonstration. Les trois règnes s’enchaînent aussi en série linéaire, de telle sorte que leurs extrêmes se touchent> mutuellement.
Ce qu’il y a de plus remarquable dans le Traité des Animaux, que nous nous dispenserons d’analyser, est un conte philosophique où se trahit aussi l’esprit du livre. Tel en est le sujet; Les animaux lassés de la tyrannie de l’hoinmq^ prennent pour arbitre le roi des Génies, qui écoute leurs^ longues doléances (1).
(1) Elles sont exprimées surtout 'par les animaux domestiques, 4
Nous voudrions x^ouvoir donner ici le discours de la Grenouille, en réponse à celui d’un xu’ince indien, qui avait fait de la nombreuse population de son pays un titre à la suprématie de riiomme.
La grenouille lui oppose l’infinie variété des liabitants des eaux douces et salées, qui échappent à la connaissance de l’homme.
Du reste M. Garcin de Tassy a publié la traduction, d’après rindoustany, du livre des Animaux.
Malgré les accusations multiples et plus ou moins méritées portées contre l’homme, le roi des Génies lui conserve la suprématie, parce que la science est un de ses attributs.
Vient ensuite la physiologie de l’homme, qui est le microcosme, et l’exposition de ses analogies' avec le macrocosme.
Un chapitre intéressant est celui de la croissance des âmes, Ciui se nourrissent de science et de sagesse, comme les corps se nourrissent d’aliments et de boissons. L’àme particulière a, comme le corps, ses maladies, son régime et sa thérapeutique, ses douleurs et ses plaisirs à elle.
Tels sont les chapitres de la troisième série :
1“ De la création des esprits, suivant Pythagore.
2“ De la création des esprits, suivant les Frères.
3“ Du macrocosme.
4” De l’intellect et de l’intelligible.
5“ De la cosmogonie.
6” De l’amour et de l’amitié.
7“ De la résurrection.
8’ Des sortes de mouvements.
0“ Des causes et des effets.
10“ Des définitions et des descriptions.
Quatrième série ;
1“ Des croyances et des sectes religieuses.
2“ De la voie qui conduit à Dieu.
3“ De la doctrine des Frères et de l’immortalité del’àme.
4“ De l’association des Frères de la pureté.
5' De la foi.
G” De la loi divine et du prophétisme. ]
7” De la prière.
8» Des forces ou agents spirituels, et qu’il en est dans le monde d’immatériels.
9“ De la Providence.
10" Organisation de l’univers et enchaînement des êtres.
11° De la magie, de la divination, des sorts, etc.
L exposé de ces chapitres suffit pour faire voir la distance qui séparé la doctrine des Frères de la pureté, de celle du Coran. La combinaison de ces deux éléments était impossible, et l’un ne pouvait jouer à l’égard de l’autre que le rôle de dissolvant. La doctrine des Frères de la pureté, malgré de nombreuses concessions, malgré un système habile d’interprétation, était la négation du Coran. On le comprit bien ainsi de part et d’autre.
Quelle qu’ait été la pensée intime des Frères de la pureté, qu’ils aient voulu tenter le mariage de la raison et de la foi, revendiquer simplement l’indépendance de la pensée, battre sourdement en brèche un dogme qui les tenait à la gêne, qu ils aient voulu tout cela à la fois, ils ne se trompèrent pas sur la portée de leur œuvre, sur les colères qu’elle allait soulever, et ils se cachèrent prudemment sous le voile de l’anonyme.
Un jugement sévère est porté sur cette œuvre dans le Kitab el hokama, et suivant son habitude, Aboulfarage se l’est approprié dans ses Dynasties. Telle en est la conclusion dans la version de Pococke ; In summa, discursus suntqui aiîectum quidem moveant, sed et ad metam neutiquam pertingant, nec probationes et argumenta manifesta adhibeant.
Nous savions déjà que chacun des traités de ce livre est plutôt une esquisse, une philosophie de la science, ou une introduction, conçue d’après un but déterminé, plutôt qu’un traite substantiel. Jusqu’à présent nous n’avons rencontré chez les médecins qu’une seule citation des Frères de la pureté. Elle se trouve dans l’Oculistique d’Ebn Abil Mahassen, n» 1043 du supplément de Paris, f» 162, et a trait à l’or.
Quoi qu il en soit, il nous a semblé que cette œuvre méritait d’être mise au jour.