ISIIAQ BEN AMR.AN
Lshaq ben Amran appartient plutôt au IX* siècle, mais nous l’avons réservé pour le X% afin de ne pas le distraire des deux médecins qui continuèrent son œuvre dans le Magreb. Il y apporta la science et y périt misérablement^ victime de la brutalité du prince imbécile qui l’avait appelé dans ses états.
Ce prince nous est donné sous le nom de Zyadet Allah ben Aglab. La dynastie des Aglabites en compta trois de ce nom. Il ne saurait être question que du dernier. En l’année 903 de l’ère clirétienne, il se frayait le chemin du trône en faisant assassiner son père par ses eunuques, puis aussitôt il faisait crucifier ces eunuques et déporter une trentaine de ses parents qui ne tardèrent pas à être mis à mort. En 909, obligé de fuir devant le Mohdy victorieux, il se retira en Égypte, puis à Jérusalem, où il périt dans la misère et la débauche.
Tel est le prince qui fit venir de l’Orient Isliaq ben Amran originaire de Bagdad, s’engageant à le laisser repartir quand il lui conviendrait. Isliaq fixa .sa résidence à Caïrouan, où Soleiman el Israïly vint le rejoindre et se constitua son disciple.
Cependant Isliaq ne put s’accorder avec Zyadet Allah, tant par le fait du caractère de ce prince que par l’arrivée d’un médecin juif d’Espagne. Ishaq était chargé de vérifier les aliments de Zyadet Allah, mais quand il en admettait un, le juif le refusait, et quand il en repoussait, le juif en autorisait l’usage. Isliaq voulait s’en retourner, mais Zyadet Allah ne le voulut pas et décida la mort d’Ishaq. Il ordonna qu’on lui ouvrît les veines des bras et qu’on laissât le sang couler jusqu’à ce qu’il mourut. Telle fut la fin de l’apôtre de la médecine dans le Magreb ! Le corps d’Ishaq fut ensuite mis en croix et laissé en pâture aux oiseaux !
Ishaq ben Amran a laissé plusieurs ouvrag-es. Il les écrivit probablement sinon tous, en partie du moins, avant son arri-
LE MAOREB.
vée dans le Magreb, où il ne résida qu’un petit nombre d’années.
Des médicaments simples.
Lettre à Saïd ben Noufel sur les médicaments réputés curatifs.
Recueil de passages d’Hippocrate et de Galien sur le vin.
Le principe et le complément de la médecine.
De la saignée.
De la mélancolie (1).
De l’hydropisie.
De la blancheur du pus, des dépôts del’uriiie et du sperme.
Du pouls.
Des causes de la colique et de son traitement.
Le plaisir de l’esprit.
Aucun de ces écrits ne nous est parvenu, que nous sachions, mais nous trouvons l’auteur fréquemment cité par les écrivains postérieurs. C’est ainsi que Ishaq ben Amran est cité plus de cent cinquante fois dans Ebn el Beithar. Parmi ces citations, il en est une relative au schœnanthe récolté à Cafsa, ce qui prouve qu’Ishaq avait déjà étudié le pays ; mais Ishaq est bien plus pénétré de la matière médicale de l’Orient.
ISHAQ BEN SOLEIMAN EL ISRAÏLY.
Abou lakoub Ishaq ben Soleiman était israélite, ainsi que l’indique le surnom d’israïly qui lui est plus particulièrement affecté qu’à ses coreligionnaires et sous lequel il est cité.
Il naquit en Égypte, probablement vers le milieu du X“ siècle, et vécut dit-on plus d’un siècle. Nous aurons plus tard à discuter l’époque de sa mort.
11 exerçait la profession d’oculiste quand il fut invité à se rendre dans le Magreb par le prince Aglabite Zyadet Allah, qui lui envoya cinq cents pièces d’or. Il accepta et se rendit
(1) Le texte arabe se trouve à Munich, n» SOS» en 30 feuilles.
à Caïrouan, où il trouva Ishaq ben Amran qu’il adopta comme son maître. (1)
A la chute des Aglabites, Ishaq ben Soleiman passa au service du Fathmide el Mohdy. Témimy, dans le Morched, nous a conservé une anecdote que nous allons rapporter, <t Un jour, le docteur Zeyad ben Khalfoun entra chez le Mohdy qui lui demanda ce qu’était le Djouzdjoundoum. - C’est, lui répondit Zeyad, une drogue qui nous vient de l’Inde. Peu après entra Ishaq, et le Mohdy lui demanda son avis sur le Djouzdjoundoum. — As-tu demandé celui de Zeyad, répliqua Ishaq? — Oui. — Et qu’a-t-il dit? — Que c’était une drogue de l’Inde. Ishaq se mit à rire et dit: Il s’est trompé. — Qu’est-ce donc ? — C’est'la terre de Barca.(2)
Ishaq vécut dans le célibat. Comme on lui demandait un jour s’il ne serait pas heureux de laisser après lui des enfants. Mais, répondit-il, je laisse mon traité des Fièvres. — D’autres disent qu’il énuméra quatre de ses ouvrages.
Ishaq fut encore attaché à la personne d’El Mansour, deuxième successeur du Mohdy. Les relations et la mort d’El Mansour nous sont racontées avec plus ou moins de détail par Ebn Khaldoun, Ehn Khallican et l’historien des Hafsides, El Keirouany. Ces renseignements, tout en nous faisant connaître la position d’Ishaq, nous serviront à établir la date controversée de sa mort.
Tel est le récit d’Ebn Khallican, que nous abrégeons:
Abou Dhaher Ismaïl beu Mansour, après avoir été assailli
(1) M. Je Sacj, dans son Abdellatif, a donné la biographie d’Isliaq ben Soleiman, d’après Ebn Abi Ossaïbiah. On peut la lire pour y trouver quelques détails insignifiants et un échantillon de la manière un peu décousue du biographe arabe. Il est dit que la rencontre d’Ishaq avec Zyadet Allah se fit au camp d’el Orbus, ce que M. de Sacy a rendu vicieusement par Alaris. On y voit aussi que le nouveau venu ne tarda pas à juger le mauvais esprit de la cour Aglabite.
(2) Témimy ajoute: «La terre de Bareaest la terre d’Andalousie, dont les Espagnols font dans l’espace d’un jour du vin qu’ils boivent et qui les enivre. Ishaq parle de cette terre dans son livre des Aliments à l’article vin. »
Pour nous, le Djouzdjoundoum est une hecanora.
LE MAGREB.
par une pluie violente et un vent froid se rendit à Mansourya, où il mourut en l’année 341, et voici comment. En entrant dans la ville, des frissons le prirent et il voulut aller au bain. Isliaq le lui défendit, mais le sultan n’en fit rien.. De l’insomnie survint, et Mansour demanda s’il n’y avait pas à Kaïrouan un médecin qui pùt le soulager. On lui amena un jeune homme du nom d’Ibraliim, qui lui administra des narcotiques et le sultan s’assoupit. Ishaq vint alors et voulut entrer, mais on lui objecta que le sultan dormait. Si ce sommeil est l’effet de médicaments, dit Ishaq, ce sommeil est mortel. Mansour en effet succomba et on voulait mettre à mort Ibrahim. Il n’y a pas de sa faute, dit Ishaq. Il a fait ce que prescrivent les médecins, mais vous ne l’avez pas renseigné sur la nature de la maladie. On a donné au prince des remèdes qui éteignent la chaleur naturelle, et il est mort. »
Ebn Abi Ossaïbiah fixe la mort d’Ishaq ben Soleiman à l’année 320 de l’hégire, date adoptée par Hadji Khalfa. Nous ne saurions souscrire à cette date, en présence des témoignages unanimes des historiens arabes sur l’intervention d’Ishaq ben Soleiman lors du décès d’El Mansour. Nous croyons donc qu’Ishaq ben Soleiman vivait encore en l’année 341 de l’hégire, 953 de notre ère, ce qui du reste s’accorda avec ce que l’on nous raconte de sa longévité.
Ishaq laissa plusieurs écrits, dont nous allons donner la liste d’après Ebn Abi Ossaïbiah :
« Le traité des Fièvres, ouvrage qui n’est inférieur à rien de ce qui a été composé sur cette matière. J’ai vu le témoignage suivant écrit de la main d’Ali ben Rodhouan ; Je déclare, moi Ali ben Rodhouan, que ce livre est très-utile, et que c’eist l’ouvrage d’un homme d’un rare mérite. J’ai mis en pratique la plus grande partie des choses prescrites dans ce livre et je n’ai rien trouvé à y ajouter. !> (1)
Traité des médicaments simples et des aliments.
Traité des urines, abrégé d’un plus grand.
(1) Le texte e.xisto à Constantinople. V. Hadji Khalfa, VII. B. Kopril Zadeh.
Traité des éléments.
Traité des définitions et des prescriptions.
Jardin de la pliilosophie, où se trouvent aussi traitées des questions de théologie.
Introduction à la logique.
Introduction à la médecine.
Traité du pouls.
Traité de la thériaque.
Traité de philosophie.
Très-peu de ces ouvrages nous sont parvenus en texte arabe et l’on peut s’en étonner quand on pense aux traductions latines qui en ont été faites.
Le livre de l’urine exi,ste à Oxford, celui des fièvres à Leyde et celui des aliments à Munich. Ces trois ouvrages, le Traité des éléments et celui de l’hydropisie, non mentionné par Ebn Abi Ossaïbiah, se trouvent h Paris en traduction ' hébraïque. D’autres Mss. hébreux se trouvent au i dins diverses collections.
On a traduit eu latin et imprimé les ouvrages suivants, sous le titre; Opéra omnia Isaac, israelitæ — Saloinonis Arabiæ regis filii adoptivi :
Liber de definitionibus.
— ,de elementis.
— dietarum universalium.
— — particiilariiim.
— de iirinis.
— de fehribus.
Liber Pantegni Isaac ysraelitæ filii adoptivi Salomonis regis Arabiæ, quem Constantinus aphricanus moiiacus montis Cassinensis sibi vindicavit. — Nous savons que le Pantegni n’est pas d’Isaac.
Ici nous ferons une réfiexion.
Le titre du livre des aliments et des médicaments a été mal rendu par Dietæ generales et D. particulares. Il valait mieux dire ; Generaliter et particulariter.
En effet, il est question d’abord des aliments et de quelques médicaments en général dans la première partie, et en particulier dans la seconde.
EBN EDDJEZZAR.
Abou Djafar Alimed ben Ibraliim ben Ali ben Abi Klialed, dit Ebn Eddjezzàr (le fils du boucher), naquit à Caïrouan an commencement du X® siècle de l’ère chrétienne. Il eut pour maître Ishaq ben Soleiman el Israïly.
Ebn Eddjezzàr était un homme sobre, austère, méthodique, tout entier à l’étude de la médecine et de sa pratique, qu’il exerçait généreusement. Indépendant de caractère, il ne voulut pas, comme ses prédécesseurs dans le Magreb, être attaché à la personne des princes. Il dépassa l’âge de quatrevingt ans. Hadji Khalfa place la date de sa mort vers l’année 400 de l’hégire, autrement en l’année 1009 de notre ère.
M. de Slane, d’après Eddeheby, la fixe en l’année 350 de l’hégire, 961 de l’ère chrétienne, Ebn Kliallican ayant sans doute oublié de la donner. Pour notre part nous repoussons cette date et voici pourquoi. Nous avons déjà vu, dans la notice d’Ishaq ben Soleiman, qu’il vivait encore en 341 de l’hégire, 052 de J.-C., date de la mort de son client, le. prince Fathmide El Mansour, et qu’il vécut, à ce que l’on dit, plus d’un siècle. Quoi qu’il en soit de cette longévité nous pouvons très bien admettre qu’Ishaq ben Soleiman survécut de quelques années au Khalife El Mansour et qu’il atteignit au moins l’année 961 (350 de l’hégire). D’autre part il nous semble raisonnable d’admettre qu’Ebn Eddjezzàr, disciple d’Ishaq, dut survivre à son maître environ la valeur d’une génération. Il nous semble donc qu’il vaut mieux s’en tenir à la date donnée par Hadji Khalfa.
Wüstenfeld a donné la date 1004, nous ne savons d’après quelle autorité.
Ebn Eddjezzàr laissa, à sa mort, une collection d’ouvrages deinédecine qui futtronvéedu poids de vingt-cinq quintaux.
Il écrivit plusieurs ouvragées, dont le plus célèbre est le Zad el Moçafir, Provision du voyageur, qui fut traduit par Constantin sous le titre de Viaticum, et plus tard engrec, sous celui d’Æphodes. Il a été récemment l’objet d’un double travail de la
part de MM. Daremberg'etDug'at, où ces deux savants ont apporté chacun leur conting-ent de connaissances pour élucider la question du Viatique. (1)
M. Daremherg s’est attaché surtout à démontrer que le moine Constantin, cru longtemps Fauteur du Viatique, n’en est que le traducteur de mauvaise foi, un plagiaire, attendu qu’il en a tu l’origine, et que cette traduction a été faite sur l’arahe et non sur le grec. M. .Dugat a donné la biographie d’Ebn Eddjezzàr d’après Ebn Abi Ossaïbiah, deux chapitres, texte et traduction , la table des matières et des notes sur les médecins grecs et arabes cités par Fauteur. Ces deux études nous dispensent d’entrer dans de nouveaux détails.
Nous parlerons seulement d’un Ms. de FEscurial, dont Casiri a fait un compte-rendu inexact, le n* 857. Tel est le titre que lui a donné Casiri : Peregrinantium commeatus, autore Ahmed ben Ibrahim, medico hispano, vulgo Ebnel Hozar el Caruni. Wüstenfeld a pris ce Ms. pour un exem-* plaire du Viatique. Voici les réflexions que nous a inspirées sa lecture. Ce n’est pas une reproduction Adèle du Viatique, c’en est tout au plus une refonte ou une copie de fantaisie. Quelques chapitres se trouvent avec des titres identiquesq mais ils sont au nombre de 70, au lieu de 155. Les quelques lignes arabes qui se trouvent en tète indiquent du reste un abrégé. Quant au nom de Fauteur, il a été mal lu par Casirii
Nous croyons que dans ces caractères incorrects on peut très bien lire Ebn Eddjezzàr el Quirouany -au lieu de Ebh el hozar el Carouny. Enfin la qualité d’Espagnol; mêdko hispano, est tout à fait de Fiuvention de Casiri. Cela ne doit pas surprendre quand on a comparé les Mss. de FEscurial ad Catalogue. Casiri en a fait tout autant pour le n“892, ancien 887. Son lahya ben Mohammed ben el Maudy, Espagnol, n’est autre que lahya ben Mohammed ben Elloboudy, syrien et non pas espagnol, qui vivait au VII° siècle de l’hégire, et non pas au IV'.
Il est généralement connu sous Iq nom de Sahib Nedjem
(1) Dugat, J, asiatique, 1853. Darcmherg, Archives des Missions, IX' cahier.
eddiu ebn Elloboudy. La Bibliothèque de Paris possède de lui, sous le n" 1056, ancienfonds, un abrégé du Canon d'Avicenne.
Tels sont les autres ouvrages d’Ebn Eddjezzâr:
L’itimad, ou des médicaments simples.
Le Bourya, ou des médicaments composés.
Des moyens de prolonger l’existence.
Un livre d’histoire dont le titre répond à celui bien connu de TArt de vérifier les dates
De râme, suivant les diverses opinions des anciens.
De l’estomac, ses maladies et leurs traitements.
De la médecine des pauvres.
Des succédanés. (1)
Des maladies qui proviennent de causes identiques avec des symptômes düFérents.
Du danger de saigner sans nécessité.
Du coryza et de son traitement.
Du sommeil et de la veille.
Observations ou expériences de médecine. (2)
De la lèpre tuberculeuse, ses causes et son traitement.