ARIB BE.V SAÏD EL KATEB
Nous connaissons ce médecin d’abord par un livre de sa composition qui existe à la Bibliothèque de l’Escurial. Casiri l’appelle Garib : cependant nous avons lu constamment Arib.
Il vivait sous le règne de Mostancer, au milieu et vers la fin du dixième .siècle de notre ère.
Son livre, qui porte le titre de Génération du fatus et traitement des femmes enceintes et des nouveau-nés, est un véritable et complet traité d’accouchement, où il traite de tout ce qui s’y rapporte, et poursuit l’enfant jusqu’à la puberté.
Il est divisé en quinze chapitres et contient quatre-vingtsix pages. Les cinq premiers traitent de la semence, des organes génitaux et de la procréation des sexes, le sixième de la gestation et de sa durée, le septième du régime des femmes enceintes, le huitième de l’accouchement, le neuvième de l’allaitement, le dixième de la dentition, les suivants du régime des enfants dans leurs âges successifs, le quinzième de la puberté.
Le fonds de cet ouvrage est tiré d’Hippocrate et de Galien. On y trouve encore cités Aristote et Archigène. Il reproduit aussi les opinions ayant cours chez les Arabes, mais sans leur accorder une entière confiance. Il cite même les Indiens comme ayant la prétention de po.s.séder des recettes pour la procréation des jumeaux.
On sait que chez les Arabes la durée lég-ale de la gestation est de quatre ans. L’auteur rapporte un propos de Ouafedy suivant lequel les femmes de l’Iémen prétendraient que la durée de leur grossesse n’est pas inférieure à deux ans, et à ce propos il s’écrie : Dieu est tout puissant.
Dans ce chapitre, le sixième, il rapporte deux faits intéressants d’inhumation précipitée, dont l'un arriva do son temps en l’année 340 de l’héglre, 931 de notre ère.
Dans le chapitre de l’accouchement, il dit que la sagefemme doit être expérimentée, habile et munie d’instruments.
Les causes de dystocie sont de trois provenances, de la part de la mère, de la part de l’enfant, d’accidents extérieurs. (1)
Il mentionne comme présentations vicieuses celle du côté (!t celle de la tète avec un des membres supérieurs ou inférieurs.
Dans ces cas, la sage-femme doit introduire la main dans la matrice et remettre l’enfant en position convenable avant de chercher à l’extraire.
A propos du choix d’une nourrice, il rappelle que les Arabes ont une expression pour désigner le lait d’une femme enceinte, et que, suivant une tradition du Propliète, les femmes enceintes chez les Grecs et les Persans donnaient le sein sans inconvénient.
Pour la division des périodes de l’enfance, il s’appuie sur Hippocrate. Il en fait de même pour les âges en général, et il cite l’ouvrage des Septénaires, ouvrage perdu, dont nous ne possédons plus qu’une traduction arabe, dont nous avons pris copie sur le Ms. do Munich, et que nous ferons quelque jour passer en français, si Dieu nous prête vie.
Toutes les maladies particulières à l’enfance sont triiitées successivement dans les chapitres consacrés aux différents âges. Il entre dans quelques détails à propos de la variole. Dès son apparition, dit-il, on doit appliquer une ventouse à la nuque. Durant la maladie on doit tenir le ventre libre.
(1) Ajoutez l’arrière-faix et ce sera uae citation do Paul d’Egiao. Sou nom ne se rencontre pas dans Arib.
Il s’occupe aussi de la parole et de la marclie, enfin il traite de la circoncision, de l’époque où l’on doit la faire, c’est-à-dire de huit à dix ans, et du procédé opératoire. Le plus avantageux lui paraît l’incision jiratiquée avec un rasoir, après avoir préalablement appliqué une lig-ature sur le prépuce, afin d’éviter de blesser le gland.
Dans le dernier chapitre, celui de la puberté, il en cite plusieurs faits de précocité. C’est ainsi qu’on vit à Sana une femme de dix ans être mère. L’illustre Amrou ben el As aurait été père à douze ans. (1) Il poursuit ensuite l’homme dans ses différents âges jusqu’à la décrépitude.
Le Traité d’Arib est inscrit dans le catalogue de l’Escurial sous le n" 828, aujourd’hui 833. Casiri donne à l’auteur le nom de Garibaï.
Arib ben Saïd paraît avoir écrit un traité d’Hippiatrique. Nous le trouvons en effet cité deux fois à propos des chevaux dans le traité d’ Agriculture d’Ebn el Aouam (II, 31 et 33 de la traduction de M. Clément Mullet) et aucune de ces citations ne se rencontre dans un autre ouvrage dont nous allons parler. Elles appartiennent donc à un traité spécial.
Ce qui, dans ces derniers temps, a donné surtout de la notoriété au nom d’Arib est un calendrier dont il est l’auteur, qui est vulgairement connu sous le nom de Calendrier de Cordoue, et qui porte en arabe le titre de Kitab el Anom, livre des anouas. Par anouas, les Arabes entendent certaines étoiles,dont le lever et le coucher sont des indices de temps, et ils donnent le nom de Kitab el Anoua à leurs Almanachs.
Ce livre existe en arabe avec caractères hébreux sous le n° 1082 du fonds hébreu de Paris, et en latin sous le n” 9335 du fonds latin. Il est dédié au Khalife el Hakem, surnommé Mostancer, dont l’avènement au trône date de l’année 961. Libri qui, le premier, le publia dans son Histoire des sciences mathématiques en Italie, s’était d’abord mépris sur Mostancer, dont il avait fait un Khalife de Bagdad, qui régna trois siècles plus tard.
(1) Dans un autre chapitre, il mentionne un cas de monstruosité : Deux bustes sur un même tronc.
L’objet du livre est annoncé dans une introduction.
En tête de chaque mois, sont des généralités qui en indiquent le caractère, l’humeur prédominante, les moyens de la neutraliser, la convenance du mois avec certains tempéraments, l’opportunité ou l’inopportunité des saignées et des évacuations.
A la fin, ce sont des indications qui touchent plus particulièrement à l’agriculture, mais aussi à la récolte des simples et à des préparations domestiques et officinales. Outre les faits d’astronomie et de météorologie, on trouve dans le courant du mois les fêtes célébrées par les chrétiens d’Espagne. On y rencontre aus.si des faits relatifs à la médecine. Ainsi le 5 juin est le jour où l’on chasse les vipères pour la thériaque. Le 8 juillet, les purgatifs sont proscrits dix jours avant la canicule. En octobre, on change de vêtements. Le commencement des saisons est aussi noté.
Nous avons dit que le calendrier se rencontre sous les deux formes, arabe et latine. Ces deux formes ne diffèrent pas seulement par quelques détails, mais aussi par le nom de l’auteur. Tandis que l’arabe donne Arib ben Saïd le secrétaire, le latin donne Arib fils de Zeid l’évêque.
M. Dozy qui a publié dernièrement les deux textes en regard, malheureusement sans annotation, ce qui enlève du prix à sa publication, incline à croire que la rédaction, telle que nous la possédons actuellement, e.st une compilation faite postérieurement. Pour notre part, nous admettrions volontiers que le travail primitif fut l’œuvre du secrétaire, et qu’il fut plus tard accommodé par l’évêque. (1)
Le texte arabe donne un grand nombre de fêtes chrétien- ’ies, mais il en est quelques-unes qu’il ne pouvait guère donner. Telle est celle de Pélage, qui subit le martyre sous le règne d’Abderrahman, père de Hachem, ce qui a fait le sujet d'un poème de Hrosvita.
Le mot adjem qui représente constamment les chrétiens
(]) Nous avons vu plus haut, dans la notice d’Abou Abdallah bon el Kinani, citer parmi ses maîtres un élève de Rabi fils de Zaïd l'évêque et le philosophe. Aurions*nous ici le véritable nom de l’auteur du calendrier ?
4aG HISTOIRE DE LA MÉDECINE ARABE. — LIVRE TROISIÈME.
dans lo texte arabe, est rendu quelquefois enlatin par le mot latini, mais plus souvent par le mot christîani.
Le livre d’Arib est plusieurs fois cité dans l’Agriculture’ d’Ebn el Aouam.
EBN SAMADJOON.
Ebii Samadjoun est un sujet de controverse relativement il l’époque où il vécut. Ebn Abi Ossaïbiah, dans son chapitre des médecins espagnols, le relègue au milieu des médecins du VI“ siècle de l’hégire. Malgré cela, dans sa notice, il le dit contemporain du Iladjib Mohammed ben Abi Amr surnommé Elmansour, (1) (que M. de Sacy dans son Abdellatif et d’après Casiri dit être mort en 392), et il affirme qu’Ebn Samadjoun est mort en cette même année, 1001 de notre ère. Dans un recueil de notices qui accompagne un commentaire de l’Ardjouza d’Avicenne, n“ 1022 du supplément arabe de Paris, l’auteur adopte la même date, 393 de l’hégire. Ebn Abi Ossaïbiah nous donne Ebn Samadjoun comme un médecin distingué, ayant une connaissance toute particulière des médicaments simples, et possédant tout ce que les anciens et ses devanciers ont écrit sur la matière. Il considère son traité des Simples comme un livre excellent.’
Outre le traité des Simples, il cite aussi d’Ebn Samadjoun un Formulaire.
Nous ne possédons pas le traité des Simples, mais les citations qui en sont faites accusent sa valeur. Elles sont dans Ebn Beithar, au nombre d’une quarantaine et elles accusent effectivement chez Ebn Samadjoun l’érudition plutôt que l’observation directe.
C’est ainsi qu’il parle de l’Azéderach, de l’Aconit Napel, de la Roqua, du Zerneb,' des Myrobolans, d’après Honein, Hobéïch, Abou Hanifa, etc.
Nous le trouvons encore cité fréquemment dans le Tedkirat de Soueidy et ailleurs, notamment dans Abdellatif.
(1) C’est le fameux capitaine qui aimait aussi les savants et les lettrés, et que Léon dit avoir eu Abulcasis pour médecin.
ESPAGNE
ABÜI.CASIS
Aboul Cassem Khalef ben Abhas Ezzahraouy) .
Abulcasis est resté dans l’iilstoire de la médecine comme la plus haute expression de la chirurg'ie chez les Arabes. C’est aussi l’autorité la plus fréquemment invoquée par les chirurgiens du moyen âge.
Malgré le bruit qui s’est fait autour de son nom, il nous reste bien peu de renseignements sur son compte. L’opinion qui le fait vivre en Orient ne vaut pas la peine d’être discutée. Nous savons positivement qu’il naquit à Zahra, localité voisine de Cordoue, fondée en l’honneur de la favorite Zahra par Abderrahman, troisième du nom, en l’année 936 de notre ère. Telle est l’origine du surnom à.’Ezsahraouy.
L’époque de son existence a été un sujet de controverse. On s’en rapporta d’abord à Léon l’Africain, qui lui consacre une courte notice dans ses biographies. Léon le donne comme médecin du grand capitaine Elmansour, et le fait mourir en l’année de la guerre de Cordoue, 404 de l’hégire, 1013 de l’ère chrétienne. Nous verrons tout à l’heure que cette date ne doit guère s’écarter de la vérité.
Vint ensuite Casiri, qui fit passer Abulcasis du X® au XI“ siècle de notre ère. Il affirme d’abord, dans le premier volume de son catalogue, page 173, que tous les historiens espagnols le font mourir en Tannée 500 de Thégire ; puis dans le deuxième volume, page 130, il donne la traduction libre d’un passage d’Eddhobby et reproduit la môme date. Ce passage est le même qu’on lit en tête de l’édition d’ Abulcasis, dans la lettre adressée par Casiri à Channing, éditeur du chirurgien arabe. A la suite d’Eddhobby, Casiri cite comme faisant Téloge d’ Abulcasis un historien des médecins espagnols, Abou Mohammed Ali, qui ne nous est pas autrement connu.
Nous avons voulu vérifier la citation d’Eddhobby dans l’original, c’est-à-dire dans le n“ 1676 de TEscurial. Après avoir fait Téloge d’ Abulcasis, de sa science et de son livre
intitulé Ettesrif, Eddliobby ajoute qu’il mourut après l’année 400. Voilà ce que Casiri a rendu par l’année 500 de l’hégire. Cela peut sembler étrange à qui n’a pu contrôler Casiri, mais non pas à nous, qui l’avons trouvé souvent en défaut en comparant son- catalogue ayec les Mss. de l’Escurial. C’est ainsi que lui, qui donnait àChanning des renseignements sur Abulcasis, n’a pas reconnu sa Chirurgie dans le n“ 871-G, qui en contient la bonne moitié avec les figures si caractéristiques des instruments. Anonymi opus salis amplum, écrit-il simplement.
Le Tesrif d’Abulcasis est mentionné par Hadji Khalfa sous le u» 3034. Suivant son habitude, Hadji Khalfa donne la date de la mort de l’auteur, et de même que chez Eddhobby nous lisons chez Hadji Khalfa que l’auteur du Tesrif mourut après Vannée 400 de l’hégire.
Certaines copies d’Ebn Abi Ossaïbiah mentionnent .'Vbulcasis, mais nous ignorons si elles donnent une date. Wüstenfeld adopte la date de 500, probablement d’après Casiri.
La date donnée par Eddhobby et par Hadji Khalfa, bien que vague, est dans le vrai. Déjà cette question avait attiré l’attention des éditeurs du British Muséum, qui rappellent, d’après Makkary, que Ebn Hazm, né en 904 de notre ère, se dit le contemporain d’Abulcasis. M. Dozy a eu la bonté de nous transmettre le passage de Makkary et de nous apprendre de plus que Ebn Hazm était mort en 436 de l’hégire, 1063 de notre ère. Les expressions sommaires employées dans ce passage, je l’ai vu, je l’ai connu, nous semblent signifier que Ebn Hazm, tout en étant contemporain d’Abiilcasis, était moins âgé que lui.
Nous trouvons dans Conde un renseignement dont nous ignorons la source, mais qui nous paraît bon à recueillir : cc Dans la maison du vizir Issa ben Ishaq et de Calef ben Abès elzahrawi, deux médecins célèbres par leurs connais- •sances dans toutes les sciences et en particulier pour leurs savants ouvrages de médecine, se tenaient des conférences ■; d’hommes appliqués aux sciences physiques, astronomiques et mathématiques. Tous deux étaient médecins d’Abderrahman, et d’autre part si vertueüx et si bienfaisants eue leur
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maisons étaient ouvertes le jour et la nuit, et leurs cours remplies de pauvres qui attendaient leurs consultations. »
Abderraliman est mort en 961 de notre ère, et Abulcasis était un de ses médecins. En rapprochant ce fait du récit d’Ebn Hazm on est conduit à regarder comme vraisemblable les dates données par Léon l’Africain, qui fait mourir Ezzahraouy en l’année 1013, à l’âge de 101 ans.
Nous avons encore un moyen de reconnaître approximativement l’époque d’un auteur, c’est de relever les citations des écrivains postérieurs. C’est ce que nous allons faire, et cela pour une double raison.
Contrairement à l’opinion de Freind, qui avance qu’ Abulcasis n’a été mentionné par aucun auteur arabe, nous le trouvons cité par un grand nombre de médecins, tant de l’Occident que de l’Orient.
Parmi les premiers, nous citerons ses compatriotes Errafequy, auteur d’un traité d’oculistique existant à l’Escurial, qui vivait sur la fin du XI® siècle, et l’auteur de l’Agriculture, Ebn el Aouam, qui vivait dans le courant du XIP.
Les seconds sont en beaucoup plus grand nombre. Ainsi, nous trouvons des mentions d’Ezzahraouy dans le Nihyat el Idrac, formulaire du XII® siècle (1036, A. F.) ; dans les Simples etle Morny d’Ebn el Beithar (1029, sup., etc.); dans le Menhadj Eddokkan de Cohen el Attàr (1086, A. F.); dans le Tedkirat el Mohdya de Soueidy, qui date de la même époque (1024-34, A. F.) ; dans les traités d’oculistique de Salah eddin ben Yousef (1042, sup., et 1043) et d’Aboul mahassan ; dans la Chirurgie d’Ebn el Koflf (1023, sup.), et enfin dans les Simples de Sérapion. Quelques-unes de ces citations ont de l’importance, et nous aurons à y revenir.
Il semblerait donc qu’ Abulcasis a joui d’une plus grande réputation en Orient qu’en Occident. Cela tient probablement à plusieurs raisons. Abulcasis a une importance bien accusée, surtout comme chirurgien. Or, nous savons que la pratique chirurgicale n’était pas en honneur en Espagne. C’est Abulcasis lui-même qui nous l’apprena, er nous savons d’autre part qu’Avenzoar la dédaignait. Nous savons aussi que l’Espagne ne produisit qu’au XIP siècle ses grands
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iiiéclecins, et que la science s’y alimentait des produits de l’Orient. Enfin, nous avons entre les mains beaucoup plus de monuments de la médecine arabe de provenance orientale que de provenance espagnole.
Les écrits d’Abulcasis ne soulevèrent pas moins de controverses que sa personne, et les discussions furent plus stériles encore. Ce n’est pas cependant que les éléments de la question fissent défaut. Ils existaient sous plus d’une forme. Le moyen âge en eut pleine possession ; puis la tradition disparut, et les historiens même les plus éminents ne surent pas la retrouver. II y a quinze ans, quand nous publiâmes la traduction de la Chirurgie d’Abulcasis, nous lui consacrâmes une maigre notice. Il nous semblait qu’après Casiri et Channiug il ne restait plus guère à glaner. Nous étions dans une profonde erreur. Par des recherches multiples et continues, par l’étude surtout que nous avons dit faire des manuscrits hébreux, nous sommes parvenu, non sans une certaine satisfaction, à reconstituer l’œuvre complète d’Abulcasis.
Il serait trop long et peut-être de peu d’utilité de relever toutes les méprises des historiens qui nous ont précédé. L’exposition que nous allons faire de documents aussi copieux que nouveaux permettra, par la comparaison, d’apprécier l’inanité des notices consacrées jusqu’à présent à notre auteur. On s’étonnera que le jour ne se soit pas plus tôt fait, môme avec les documents depuis longtemps tombés dans le domaine public et que l’on oubliait d’exhumer.
Abulcasis publia l’ensemble de ses œuvres en un corps d’ouvrage qu’il divisa eu trente livres et auquel il donna le titre de Tesrif.
Tel est le titre en entier : Ettesrif limen’adjaz’an Ettalif, ce que l’on a diversement interprété. Le désaccord éclate surtout à propos du mot tesrif, que d’aucuns ont envisagé isolément ; et cela devait être. Ce mot ne saurait être compris si on le détache de ce qui le suit. Mais il y a plus : le titre entier lui-même ne saurait être bien compris si l’on n’a la parfaite connaissance du contenu de l’ouvrage, ce qui jusqu’à présent n’était arrivé à personne ; d’au tant plus que le mot tesrif et sa racine ont des acceptions multiples et variées. Il semble-
rait qu’un des traducteurs hébreux lui-même, Mechoulam, s’est trouvé embarrassé, car il reproduit le titre arabe, Kitab ettesrif, que Chem Tob a rendu par l’hébreux Chimouch, qui répond au latin servitor. Tel est l’ensemble des interprétations diverses du titre que nous avons recueillies ;
1“ Pétis de la Croix, la Pratique, pour ceux qui ne savent pas composer les remèdes :
2“ Channing', Collectio, in illius usum oui désuni aliœ compositiones.
3“ Wüstenfeld etFluegel, Concessio ei data qui componere non valet.
4“ Catalogue hébreu, le livre des manipulations, pour celui qui est incapable de composer des recettes.
Quant au mot tesrif isolé, la B. Bodléienue, l’a rendu par praxis, Carmoly par service ou pratique, et Rossi par méthode.
Si le Tesrif n’était qu’un formulaire, les titres cotés n» 1 et n® 4 pourraient être admis ; mais l’antidotaire n’est qu’une partie de l’œuvre. Le Tesrif est une véritable encyclopédie médicale, et on doitsele rappeler pour comprendre son titre. Nous adopterions volontiers celui-ci : La Pratique {ou bien Présent], à qui ne peut recueillir (une collection médicale complète).
La collection complète fut traduite en latin, mais nous ignorons à quelle date et par qui. Dans le courant du XII“ siècle, Gérard de Crémone traduisit la Chirurgie, et rien ne nous autorise à le considérer comme ayant traduit les œuvres complètes. Dans la longue liste de ses traductions donnée dans le manuscrit 14,390 du fonds latin de Paris, la même qui avait été déjà donnée par M. Boncompagni, nous lisons seulement ; Liber Açaraguide Cirurgia, TractatusIII. On détacha aussi de l’ensemble des trente livres le premier et le deuxième sous le titre Liber Theoricæ nec non Practicæ Asaharavii, et le vingt-huitième sous le titre Liber Servitoris. Nous aurons à revenir en particulier sur chacun de ces trois fragments détachés du Tesrif, qui furent plusieurs fois imprimés à part, les seuls que l’on considère vulgairement comme représentant l’œuvre d’Abulcasis, et dont le premier
a été souvent et à tort pris comme représentant le ïesrif. Nous dirons seulement ici que la critique historique s’est bornée jusqu’à présent à discuter l’identité par la comparaison de la Chirurgie avec la Théorie et la Pratique, sans remonter à la collection dont ils ne sont que des fragments.
Quel qu’en ait été l’auteur, la traduction des œuvres complètes d’Abulcasis se fit de bonne heure en latin et se produisit sous le titre d’Alsaharavius ou Açaravius. Il est possible que l’on ait détaché et transcrit à part les livres consacrés à la thérapeutique, à l’instar de ce que l’on a fait pour lachirurgie par exemple. En effet, àpropos de thérapeutique, nous voyons aussi les auteurs du moyen âge renvoyer, non pas au livre d’Alsaharavius, maisàl’Antidotaire ou au Grand Antidotaire.
Quoi qu’il en soit, il est incontestable que les œuvres complètes d’Abulcasis ont paru intégralement réunies sous le titre d’Alsaharavius, et divisées en trente parties. Les preuves en sont multiples, et nous allons passer en revue les documents qui les fournissent.
Le n° 7016 du fonds latin de Paris contient un opuscule qui porte pour titre ; Liber de calcula compilatus ex pluribus libris. On y lit:
« De libre Zahravi. Cibaria eorum qui lapidem patiuntur hœc sunt. Panis frumenti levioris et rarioris quod possit inveniri, mundatiab omni arena etpulvere, etc. i>
Le livre XXVI du Tesrif est celui qui traite spécialement des aliments dans les diverses maladies.
Que l’extrait ci-dessus soit tiré du Tesrif, nous en avons la preuve en ce que nous trouvons la même citation dans ie Morny d’Ebn el Beithar, à propos de l’alimentation des calculeux ; « Extrait de Zahraouy et d’autres. Du pain fermenté de froment, poreux, léger, net de toute partie terreuse et de graines, etc. » n» 1029 du supplément arabe, folio 291.
Au XIV siècle, nous trouvons dans Guy de Chauliac environ deux cents citations d’Abulcasis. li paraît que le morcellement dont nous avons parlé tout à l’heure existait déjà de son temps. Nous le voyons, en effet, mettre en question l’identité d’Abulcasis et d’Açaravi et renvoyer à l’Anti-
ESPAGNE
dotaire, au Grand Antidotaire, dont il cite nominativement les vingt-et-unième et vingt-troisième parties. Cependant la collection complète du Tesrif ou d’Asaharavius existait indivise, ainsi que nous allons le voir.
Au XV® siècle, nous trouvons une dizaine de citations de l’œuvre d’Abulcasis cliez un médecin italien, Ferrari, autrement dit Mathieu de Gradibus. En raison de la nature de son sujet, il ne renvoie guère qu’à un livre, le vingt-sixième, qui traite du régime alimentaire, et il le fait sous cette double forme : Azaravius in particula XXVI, Abulcasis in XXVI particula Azaravii (Consilia secundum vias Aviccnnœ, Lugd., 1535).
Vers la même époque, un autre médecin italien. Santés de Ardoynis de Pesaro, publiait un Traité des poisons {Liber de venenis, Venet., 1492), où l’on rencontre à chaque page le nom d’Abulcasis ; nous n’avons pas moins de cent vingt citations. Il semblerait ici que l’on s’est mépris sur la valeur du mot Alsaharavius, attendu que les citations se font constamment sous cette forme : Abulcasis in secunda particula Azaravii, Abulcasis in septima particula Açaravii, etc. Santés paraît voir dans le mot Açaravius un titre du livre plutôt qu’un surnom de l’auteur. Le livre des poisons n’en est pas moins, pour la question qui nous occupe, d’une importance capitale. Il nous fournit un double renseignement : il prouve que son auteur possédait la traduction complète et intégrale du Tesrif ; il nous fournit des renseignements sur le contenu de la moitié de ses trente livres.
Ce qui prouve que Santés possédait le Tesrif en entier, c’est que bon nombre de citations renvoient à ces livres qui en ont été depuis détachés, à savoir le trentième, le vingthuitième et le deuxième. Nous ne possédons pas moins de soixante-dix citations empruntées au deuxième livre, c’est-àdire au livre de la Pratique.
Les citations portent sur quinze livres, dont tels sont les numéros d’ordre ; 2, 3, 4, 5, 7, 9, 13, 15, 17, 18, 23, 24, 25, 28, 30. On pourrait donc, avec ces renseignements, reconstituer à peu près l’œuvre d’Abulcasis. Nous croyons inutile de ■ relater ici la matière de chacun de ces emprunts, ayant
bientôt à revenir sur l’économie distributive du Tesrif. Nous dirons cependant que du livre III au livre XXV, il n’est question que de médicaments composés, ce qui explique pourquoi le Tesrif est cité sous le nom d’Antidotaire, et l’observation de Hadji Klialfa, que les médicaments composés on occupent la majeure partie. (1)
En 1609, Schenck publiait la Biblia iatrica, où nous lisons ce qui suit, à propos d’Abulcasis : « Ejusdem Alsaharmii Antidotarius ms. inf” paginis 310 et sectionibus 23 exstat in medica Bïbliotheca schenkiana. Sed et Abulcasîs Antidata^ riiim apud Matheum Bresserum exstare fertur. ünde diligenti Alsaharavii Theoricœ et Praticœ nec non Abulcasœ atque Galaf librorum collatione etlectione facile apparehit unius auctoris esse hœc omnia ; nec male de re medica promeriturum quisquis ea publiée faceret. Besiderantur hiijus auctoris 3 libri alii, idque ex proæmio Antidotarii constat, quorum. 1 De ratione victus sanorum et œgrorum ; II De Alimentis et apparatu eorum ; III Explicatio vocahulorum medicorum, Antïballomenon, Pondéra et mensurce. »
Nous ferons quelques observations sur ce passage.
Il existait donc encore, au commencement duXVIP siècle, deux exemplaires plus ou moins complets de la traduction latine du Tesrif. Qu’étaient-ce que ces vingt -trois sections dont se composait le manuscrit de Schenck? étaient-ce les vingt-trois derniers livres, comme dans le numéro 415 du fonds hébreu de la Bibliothèque Bodléienne ? ou bien étaientce les vingt-trois livres qui traitent des médicaments composés, car tel est précisément leur nombre, et que l’on aurait pu réunir àpart,ainsi que nous l’avons déjà dit précédemment. Quant aux trois autres livres, le premier répond au livre XXVI du Tesrif, et le troisième au livre XXIX. Le second nous paraît une méprise ou le dédoublement du premier.
(1) Dans la dédicace de son édition de la Théorie et de la Pratique, Riccius s’écrie avec emphase qu’il ne comprend pas quelle noire destinée, quelle influence fatale a tenu dans un obscur cachot le nom d’un homme qui ne le cède qu’à Hippocrate et à Galien, et qui fut connu du seul Mathieu de Gradibus. Riccius oubliait Guy de Chauliac et Sautes. Freind n'ona pas moins adopté les déclamations
On voit que Sclienck se prononce pour l’identité d’Albucasis et d’Alsaharavius, identité dont ou a fait honneur à Freind.
Ce qu’il y a de plus étonnant, c’est qu’un manuscrit de l’Alsaliaravius paraît devoir exister encore en Angleterre. Dans sa Chirurgie, Abulcasis fait de nombreux renvois à ce qu’il appelle la Division des maladies, ce qui n’est autre que le livre de la Théorie et de la Pratique, renvois qui ont été vérifiés tant par Freind que par Channing, et que nous-même avons trouvés exacts. Il en fait d’autres encore à ce qu’il a écrit précédemment, et notamment une fois au dix-huitième livre, où il traite des caustiques. Channing a signalé les folios où se trouvaient des renvois dans l’Antidotaire. Il l’avait donc à sa disposition. Les recherches que nous avons faites dans le Catalogue de la Bibliothèque Bodléienne n’ont pu nous faire retrouver l’Antidotaire.
Il résulte des documents que nous venons de passer en revue que le Tesrlf a été exploité par plusieurs médecins du moyen âge, que du temps de Schenk il en existait encore deux exemplaires connus, et qu’il en existe peut-être encore un en Angleterre. Avec ces documents, on peut reconstituer un peu plus de la moitié du Tesrif.
Les auteurs arabes que nous avons signalés comme ayant parlé d’ Abulcasis, nous citent bien le Tesrif, mais ne nous donnent aucun renseignement sur ses divisions. Ils ne citent que le trentième livre, qui traite de la chirurgie. Et encore rencontre-t-on chez quelques-uns une variante qui se produit aussi dans certaines traductions latines, où la chirurgie porte le numéro 10 ou 11. M. Perron nous a communiqué un manuscrit quin’e.st qu’un abrégé, où la chirurgie porte le numéro 10.
On en .serait peut-être autorisé à conclure que, dans les abrégés, le nombre des livres était réduit au tiers. Ebn el Beithar, dans le Morny, fait de nombreux emprunts au livre qui traite du Régime dans les maladies, le livre XXVI, mais il ne donne pas le numéro de ce livre.
Nous étions en possession de ces documents quand nous nous mîmes à l’étude de l’hébreu, espérant trouver de nou-
veaux renseignements dans les manuscrits de la Bibliothèque nationale. Notre espoir n’a pas été déçu. Le peu de connaissance que nous avons pu acquérir de la langue hébraïque nous a suffi pour confirmer nos précédentes acquisitions et en faire de nouvelles. Malheureusement, tous ces manuscrits ne contiennent que des fragments du Tesrif. En les réunissant tous, on n’arrive qu’a la moitié des trente livres. Les livres III à XVII inclus font défaut. Tel est le contenu de chacun de ces manuscrits.
Les numéros 951, 1162, 1167 et 1168, contiennent les deux premiers livres, autrement dit la Théorie et la Pratique.
Le numéro 1163 contient les livres XVIII à XXX.
Le numéro 1104 contient les livres XXI à XXVL Une note donne la traduction latine de leur contenu. Cette note a été prise ou reprise par Carmoly.
Le numéro 1165 contient le livre XXV.
Le numéro 1166 contient le livre XXX ou la Chirurgie.
Le numéro 1162 fournit en outre la liste des trente livres avec leur contenu, mais dans un caractère si fin et si difficile à lire, que nous avons eu de la peine à en tirer quelque parti.
En somme, la Bibliothèque nationale possède en traduction hébraïque les livres I et II, et les livres XVIII à XXX. La Bibliothèque Bodléienne est plus heureuse ; elle possède l’ouvrage entier sous les numéros 414 et 415.
Le contenu des trente livres justifie pleinement ce qu’on lit dans Hadji Khalfa, à savoir qu’il est surtout question dans le Tesrif des médicaments composés. En effet, il en est question dans vingt-trois livres sur trente.
La répartition des médicaments composés dans chacun dé ces vingt-trois livres n’étant pas faite suivant une méthode régulière, nous pensons qu’il serait sans intérêt d’en donner la nomenclature.
Quant aux autres livres, nous allons en donner le contenu en laissant d’abord de côté ceux qui ont été imprimés, sur lesquels nous reviendrons plus tard.
Le livre XXVI traite du régime alimentaire dans les divers états de maladie et de santé. Nous avons déjà signalé les
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nombreux emprunts faits à ce livre par Matliieu de Gradibus et par Ebn el Beitliar.
Le livre XXVII traite des médicaments simples et des aliments, rangés par ordre alphabétique. Ce livre est intéressant à plus d’un titre. Il peut d’abord éclairer sur la véritable transcription de certains mots arabes à points diacritiques douteux. Il peut encore aider à la détermination des Simples. Enfin, les synonymies vulgaires qui sont données ont un intérêt tout particulier. Nous les considérons comme du fait du traducteur ; elles ont un cachet tel qu’on ne saurait les rapporter à Abulcasis, malgré qu’il écrivit quelque temps après la célèbre révision de Dioscoridos. C’est du reste ce qu’affirme Steinschneider dans le Catalogue du British Muséum, numéro 7125. Les synonymies vulgaires données aussi par Ebn el Beithar ne portent pas une livrée aussi moderne. La traduction hébraïque était faite à Marseille par Chem Thobb dans le milieu du XIIB siècle.
Nous allons en présenter quelques échantillons.
Adhfarottheibi
Bouudouq.
Holba.
Halazoun.
Kkall.
Kharbek asoud.
Dar folfel.
Rasianodj.
Zadj.
Tliabachir.
ICousbouretelbir.
Kourats boustany.
Kourkouin.
Sadaf.
Dafdha.
üunnab.
Aneb ettsaldb
Assa eiTaay, Quanfoud.
Soult.
Chahtaradj .
(1) Terra mérita
Blaqti bisanti. Blattss de Byzance,
Aouillanous. . Avellana.
Finougriki Fenugreo.
Ouinagri. Vinaigre.
Alibourous nigra. Ellébore noir,
Fifari loung. Poivre long.
Finoulii. Fenouil.
Bibardjenth. Vif argent.
Ouitrioul, VitrioL
Asfoudioum. Spodium.
Kafilous ouiniris Capillus venoris.
Fourousdoumostikous Poireau cultive.
Tirra marîta (1). [ Curcuma.
Couquila. Coquillage.
Garnoulia. Grenouille.
Djoudjoubes. Jujubes.
Mourilla. Morelle.
Safran ourtonlan. Safran.
Ouirdja facbtoura, Virga pastoris.
Arissoun. Hérissouj
Eiglissa. Kéglisse.
Sigl. Seigle.
Foumous tirra. Fuineterro.
Le livre XXIX traite des synonymies, des succédanés, des poids et mesures.
A proposdes synonymies, nous ferons les mêmes réflexions qu’à propos des simples. Nous rencontrons ici des synonymes à physionomie latine, qui ne nous semblent pas remon-
ter à l’époque d’Abulcasis. Nous en
citerons quelques-uns :
Noms «rates.
Noms valgaircs.
Noms modernes.
Bassal el far.
Cepa marina.
Soille.
Behmen abiodh.
Ben Album.
Behen blanc.
Tliin Makhtoum.
Tira Sigillata.
Terre sigillée
Iklil eddjebel.
Eous Marinous.
Eomarin.
L’ordre alphabétique suivi est l’ordre hébreu.
Nous retrouvons, à propos des succédanés, les mêmes expressions. Ainsi Djouskiamoun, Laouisticum, fastinadja, Cassia fistoula, etc. Il y aurait là, ce nous semble, quelques études intéressantes à faire pour la philologie.
Nous allons maintenant aborder les parties du Tesrif qui ont été imprimées.
I. Livre de la Théorie et de la Pratique, Liber Theoricæ necnonPracticæ. Nous avons déjà dit que c’étaient les deux premiers livres du Tesrif. Nous avons dit aussi que l’on ignorait qui les avait traduits. G’est à tort que l’on en a fait honneur à Riccius, qui n’en fut que l’éditeur. Cette édition parut en 1519. Il semblerait qu’eile avait été déjà précédée par une autre, car nous lisons dans Haller: Alteram editionem video citari. Aug. Vind. 1490.
Le titre du livre en indique l’ordonnance et le contenu.
La première partie, première du Tesrif, contient la Théorie ou les généralités de la médecine. C’est quelque chose comme le Mansoury de Razès, le premier livre du Canon d’Avicenne, le Colliget d’Averroès. Dès les premières pages, l’auteur rappelle qu’il avait eu des devanciers dans ce genre d’écrits; « Lïbri vero introductorii jplures sunt, scilicet liber introductorius honen, L. introductorins Razis, L. introductorius ben Algezar, L. introductorius Galeni et L. introductorius Isahac ben Amran qui dicitur Kethab Aluazha (sans doute le Kitab Nozhat ennefs, les Délices de l’esprit). »
C’était donc une introduction à la médecine qu’Abulcasis
ESPAGNE
a voulu compo.seiv et c’est à ce point de vue qu’il faut se placer pour juger son œuvre. Ce livre est divisé en seize traités.
La deuxième partie, la Pratique, deuxième livre du Tesrif, traite des maladies en particulier, de la tête aux pieds ; seulement, les derniers chapitres s’écartent de cette règle, et tel en est l’objet:
Traité XXVI. Du régime des enfants.
— XXVII. Du régime des vieillards.
— XXVIII. De la goutte et du rhumatisme;
— XXIX. Des abcès et des plaies.
— XXX. Des poisons et des venims.
— XXXI. Désaffections externes fde la peauj.
— XXXII. Des fièvres.
C’est par inadvertance que plusieurs écrivains ont répété que chacune des deux parties contenait seize chapitres et en tout trente-deux. Le total serait de quarante-huit.
Dans son Traité de chirurgie, Abulcasis renvoie souvent au livre de la Pratique, et il le désigne ainsi : Livre des divisions des maladies, Teqâsim el amrâdh.
Dans le livre de la Pratique, il renvoie pareillement au livre de la Chirurgie, quand la maladie comporte un traitement chirurgical et que Ton a épuisé le traitement par les médicaments sans succès.
Nous trouvons au vingt et unième Traité un passage qui mérite d’être relevé et qui, jusqu’à présent, nous avait échappé. Il s’agit des affections de la vessie, et le paragraphe porte pour titre : Du calcul de la vessie. Tel est ce passage:
K Et si cum hoc regimine non exierit, studeat implere ipsam (vesicam) cum instrumente quod nominatur alnul, apud viam transitus, vel accipiatur instrumentum subtile quod nominatur mashabarebilia, et suaviter intromittatur in virgam, et volve lapidem in medio vesicœ, et si fuerit mollis frangetur et exibit ; si vero non exiverit, oportet incidi, ut in cirurgia determinqtur. »
Voilà donc de la lithotritie. Malheureusement, nous n’avons pu déterminer ni le vrai nom ni la forme des deux
instruments cités, et le procédé n’est pas relaté dans la Chirurgie. Nous avions dans le temps signalé le broiement pour les calculs arrêté.s dans l’urètbre au chapitre LX de la Chirurgie ; mais ici nous nous trouvons en pleine vessie.
Freind, tout en admettant que ce livre est écrit avec beaucoup d’ordre et de méthode, fait remarquer que beaucoup de passages des derniers livres, et particulièrement à propos de la variole, sont empruntés à Razès. Dezeimeris, après avoir cité l’observation de Freind, dit qu’il y a plus ici qu’une imitation de Razès, et signale les parties originales de l’ouvrage. On lit aussi dans Haller ; Adparet librum non esse indignumqui sit Albucasis opus.
Terminons en disant que la traduction latine est trèsmauvaise, et qu’un très-grand nombre de mots techniques sont simplement transcrits de l’arabe au lieu d’être traduits par des équivalents latins.
Nous avons indiqué les manuscrits hébreux de Paris qui contiennent les deux premiers livres duTesrif. La traduction n’est pas identique. L’une est faite par Chem Tob et l’autre par Mechoulam. Nous ferons à ce sujet quelques observations. On lit chez Mechoulam (dont nous n’avons que les deux premiers livres) ; et je lui ai donné le nom de Tesrif, Kitab ettesrif, titre transcrit de l’arabe. Ce passage nous a échappé dans Chem Tob, mais nous lisons à l’explicit du trentième livre, manuscrit 1163 : Fin de la chirurgie qui termine le livre dit Sefer hechemouch; ce qui répond à Liber servitoris. Comme nous l’avons déjà dit, cette différence de traduction a son importance pour l’interprétation du mot Tesrif.
Autre différence ; dans les deux manuscrits de Meclioulam, nous trouvons en tête les mots hébreux hafets he che^ lem, que le catalogue de Paris a rendu par Bijou parfait. Nous pensons qu’il faudrait peut-être les rendre par: De là conservation de la santé.
IL Livre XXVIII ou Liber servitoris. Préparation des simples (1). Ce livre fut traduit en latin vers la fin du XIIP
(1) Ces mots terminent l’argument du livre XXVIII donné par lé manuscrit hébreu n» 1162.
siècle par le juif Abraiiam et Simon de Gênes. Des traductions à deux se faisaient fréquemment en Espagne. Un juif ou un musulman rendait le texte arabe en langue vulgaire et un lettré le transcrivait en latin (1).
Nous allons reproduire le début de ce livre. Cette citation nous montrera d’abord quel eu est l’objet, puis nous verrons que c’est indûment qu’on lui a donné le titre dé Liber servitoris.
Dixitaggregatorhujus operis. Postquamego collegi librum hune magnum in medicinis compositis qui est Liber magni jiwamenti quem nominavi Librum servitoris, et complevi lïbros SU08 omnes secundum voluntatem meam, inveni in midtis medicinis compositis libri hujus medicinas multos simplices quæ indigent preparatione... Previdi igitur aggregareomne quodestnccessariumin hoc, etc.
L’auteur a donc voulu consacrer ce livre à la préparation des médicaments simples, à leur mise én état. Mais ce n’est pas à ce livre que revient le titre de Liber servitoris, c’est aux précédents livres, qui traitent des médicaments composés, que le moyen âge appelait V Antidotaire. Il serait intéressant d’avoir un texte arabe en main. Nous croyons que l’on trouverait ici le mot Tesrif. La traduction hébraïque de Chem Tob a donné le mot Chemouch, que nous avons déjà vu correspondre au mot Tesrif donné par Mechoulam.
Le Liber servitoris fut plusieurs fois imprimé. Tel est le titre de l’édition de 1471, qui se trouve à la réserve de Paris ; Liber servitoris Liber XXVIIL Buchasi Benaberaserin translatas à Sùnoè januèse interprète Abraâ judeo tortuosiesi. Le titre u’a pas toujours été aussi défiguré. Ainsi, nous lisons
(1) Stoinsclinaider, dans le Catalogue duBritisli Muséum, n» 7406, incline à croire que la traduction latine s’est faite d’après l’iiébreu,
1 ou tout au moins en présence de l’hébreu, et il se fonde tant sur la i concordance des traductions hébraïque et latine, que sur l’emploi du mot chemom qui répond à seroitor, ce dernier mot ne pouvant I guère procéder de l’arabe tesrif. Ni l’une ni l’autre de ces deux rai- I sons ne nous a convaincu. La première nous paraît faible ; quant à I la seconde, on sait que, sous l’impulsion d’Alphonse; les traductions d’après l’arabe fleurirent au XIII' siècle.
‘152 HISiOIllE DE L,V MÉDECINE AU4.EE. - LIVRE TROISIÈME.
le nom d’Abulcasis sous cette forme plus correcte dans le manuscrit 10,236 du fonds latin ; Bulcasin ben Chelef hen cibes azarui.
L’auteur divise les médicaments simples en trois classes, suivant leur origine minérale, végétale ou animale. Son livre porte un profond cacliet d’originalité, et il abonde en renseignements curieux non-seulement pour l’histoire de la matière médicale, mais aussi pour l’iiistoire de la chimie et de certains arts industriels. Ebn el Aouàm, dans son Traité d’agriculture, a pensé qu’il n’avait rien de mieux à faire que d’emprunter de toutes pièces la préparation de l’eau de roses au livre d’Ezzahraouy. On peut comparer le Liber servitoris avec l’édition arabe espagnole de l’Agriculture par Banqueri (II, 30), ou avec la traduction française de M. Clément Mullet (II, 380 et 392), et l’on verra qu’il y a parfaite conformité.
Un passage assez étendu du vingt-huitième livre du Tesrif a été reproduit par Ebn el Beithar dans son Traité des simples, Kitab el Moufridat, à savoir la préparation de l’huile de briques.
Nous signalerons jencore un paragraphe qui rappelle les célèbres cachets d’oculistes. Tel en est le titre : Modus faciendi sigillum quo sigillanturtrochisci. L’auteur décrit minutieusement la manière de préparer, avec de l’ébène, du buis ou de l’ivoire, un cachet sur lequel on grave en creux et en sens inverse le nom des tablettes. Le manuscrit do Paris, n° 10,236, reproduit la figure du cachet que nous n’avons pas rencontrée dans les éditions imprimées. On trouve encore dans ce manuscrit, sous la rubrique forma colandi ■ potiones et decoctiones, des figures de filtres que nous n’avons pas rencontrées non plus dans les éditions imprimées. Ce n’est donc pas seulement dans sa Chirurgie qu’Abulcasis a inauguré l’ère, aujourd’hui si florissante, des iliustrations.
Ajoutons, enfin, qu’Abulcasis ne se borne pas à décrire la préparation des médicaments simples, mais qu’il s’occupe aussi tout particulièrement de leur conservation, et qu’il indique la matière des récipients qui conviennent à chacun d’eux.
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En somme, le Liber servitoris est l’œuvre la plus orig-inalo d’Abulcasis et méritera d’être toujours consulté (1). Nous croyons qu’il en existe un exemplaire arabe au British Muséum ; nous lisons, en effet, sous le n“ 985, le titre d’un ouvrage attribué à Zaliraouy, sur la pratique ou l’entretien des drogues, et qui commence précisément de la même manière que le Liber servitoris : « Sachez que les médicaments sont de trois sortes ; minéraux, animaux et végétaux. »
Ce début se lit aussi dans un manuscrit arabe-hébreu de Paris, le n“ 1213 ; mais ici le doute n’est pas permis. Nous avons pris pleine connaissance de ce manuscrit, écrit en langue arabe et en caractères hébreux ; il s’agit bien d’abord des médicaments simples, mais c’est pour arriver aux médicaments composés et h la thérapeutique. Ün pourrait admettre que l’auteur, qui n’est pas nommé, s’est inspiré du Tesrif.
III. Livre XXX ou Chirurgie. — De tous les ouvrages d’Abulcasis, la chirurgie est celui qui a popularisé son nom et qui, tient la place la plus importante dans l’histoire de la médecine.
Nous avons déjà dit que dans le Tesrif il occupe la trentième et dernière place, mais que certains documents lui en assignent une différente. Ainsi, des deux manuscrits arabes de la Bodléienne, l’un lui donne le n° X et l’autre le n" XL Le manuscrit de M. Perron, qui u’e.st d’ailleurs qu’un abrégé, l’intitule dixième livre. Dans le Nour el ouyoun, n“ 1042 du supplément arabe de Paris, il est donné généralement comme le trentième et une fois comme le dixième.
Le manuscrit arabe de Paris lui assigne le n” XXX. Dans les traductions latines, tant manuscrites qu’imprimées, il occupe le même rang. Uexplicü du n» 7127 du -fonds latin de Paris se termine ainsi ; et est tricesima parlicula lïbri açaragui quem composuit Albiicasim. C’est encore ce qu’on lit dansl’édition de Strasbourg, 1532, et dans celle de Venise, 1520. Haller cite un manuscrit qui portait liber decimus.
(1) Il y a certes lieu de s’étonner que Wüstenfeld mette on doute l’attribution du Liber servitoris à Abulcasis (Geschichte, n» 147). On s’étonnera moins que ce doute ait été reproduit dans la Biographie Didot.
Le titre des imprimés varie. Ainsi on trouve Liber chirurgicœ ; Aïbulcasœ de chirurgîa libri très; methodus medendi prœcipue quœ ad chirurgiam requiruntur libris III cxpo~ Tiens.
Vers le milieu du XIP siècle, à Tolède, Gérard de Crémone traduisit en latin la Chirurgie d’Abulcasis. Un siècle plus tard, Chem Toh la traduisit en hébreu. On la traduisit mêine en provençal, et il en existe un exemplaire à la bibliothèque de Montpellier.
Ces traductions contribuèrent puissamment aux progrès de la chirurgie au moyen âge. Parmi les écrivains de cette époque, les uns avouèrent hautement ce qu’ils devaient au chirurgien arabe, les autres se parèrent de ses dépouilles anonymes.
Nous ne pouvons mieux faire que de placer ici un passage emprunté à l’Histoire littéraire de la France.
II y a un fait digne d’attention dans l’histoire de la chirurgie en France dans la seconde moitié du XIIP siècle: plusieurs docteurs italiens abandonnèrent leur patrie à la suite des troubles suscités par les Guelfes et les Gibelins, se réfugièrent sur le sol français et y importèrent les doctrines et les ouvrages d’Abulcasis, de ce célèbre médecin arabe d’Espagne qui passe pour avoir été le restaurateur de la science médicale. Cette importation semble dater de l’arrivée à Paris d’un docteur de l’école do Salerne, appelé communément Roger de Parme. Après lui vinrent Bruno de Calabre, Lanfranc, Taddée, Louis de Reggio, Hugues de Lucques, Nicolas de Florence, Valescus de Tarerite, Louis de Pise, Auguste de Vérone, Silvestre de Pistoie, Armand de Crémone et plusieurs autres. Guy deChauliac ne fournit pas de nom depuis les Grecs jusqu’àGuillaume de Salicet : on comprend que Lanfranc, qui arriva en France vers 1290, ait dit : « Les chirurgiens français étaient presque tous idiots, « sachant à peine leur langue, tous laïques, vrais manœu- K vres, et si ignorants qu’à peine trouvait-on parmi eux un « chirurgien rationnel. »
Nous serons alors moins étonnés de voir dans les écoles françaises Abulcasis prendre rang à côté d’Hippocrate et de
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Galien, et former avec eux une sorte de triumvirat scientifique. 3
La chirurgie se divise en trois parties. La première traite de la cautérisation, la deuxième de la médecine opératoire par les instruments tranchants, la troisième des luxations et des fractures.
Ce qui fait l’originalité de cet ouvrage et une partie de son mérite, ce qui a contribué sans doute à sa vogue, c’est l’introduction, jusqu’alors inusitée, des figures d’instruments h côté du texte. On pourrait réduire le nombre de ces figures à 150 ; mais en tenant compte des variantes, on dépasserait 200.
Il faut bien le dire, le fond de la chirurgie d’Ahulcasis est le sixième livre de Paul d’Égine, et l’on pourrait s’étonner que ce nom ne soit pas prononcé, que cette origine ne soit pas , indiquée ; mais c’était une habitude chez les Arabes, dans les ouvrages de synthèse, de fondre les emprunts de l’auteur avec ce qui lui appartient en propre, à moins qu’il ne s’agisse d’une autorité comme celle d’Hippocrate et de Galien. Ils en usaient de même sur le terrain de la littérature tout comme sur celui de la science. Roger de Parme et Guillaume de Salicet usèrent des mêmes procédés envers Ahulcasis.
La chirurgie n’en accuse pas moins un grand et éminent praticien. Très-souvent, à côté du précepte, Abulcasis fournit une observation tirée de sa pratique ; le chapitre de l’extraction des flèches abonde particulièrement en faits de ce genre.
Ce qui recommande l’auteur, c’est qu’au début de son livre il pose la connaissance de l’anatomie comme la base de la chirurgie ; c’est qu’il est prudent et qu’il conseille de ne pas s’engager témérairement dans des opérations difficiles. A l’appui de ces conseils, il cite plusieurs cas où l’ignorance de l’anatomie entraîna des terminaisons fatales.
Toute imparfaite que puissse paraître aujourd’hui la chirurgie d’ Ahulcasis, les historiens sont unanimes à reconnaître son importance relative et son heureuse influence sur les progrès de l’art.
Guy de Chauliac l’invoque plus de deux cents fois.
Fabrice d’Acquapendente considère Abulcasis comme une des notabilités de la science.
Haller constate qu’ Abulcasis a indiqué la ligature des artères avant Ambroise Paré.
Portai le considère comme la premier qui ait fait usage du crochet pour l’extraction des polypes.
Freind lui consacre une longue étude et le regarde comme le restaurateur de la chirurgie. Une autre chose fort remarquable, dit Freind, et qui lui est entièrement particulière,, c’est qu’il avertit son lecteur partout où il y a du danger dans l’opération, précaution souvent aussi utile que les descriptions détaillées des autres touchant la manière d’opérer dans chaque cas particulier.
Il est le premier que je sache, ditSprengel, qui ait enseigné la manière d’opérer la lithotomie chez les femmes. Cependant alors, les opérations chez les femmes ne se faisaient que par les matrones, sous la direction d’un médecin ; aussi les chapitres relatifs aux accouchements ont-ils été diversement jugés : les uns y voient d’excellents préceptes, les autres en jugent la pratique barbare.
Nous avons indiqué précédemment un procédé de lithotritie, fait qui était resté jusqu’à présent presque inaperçu.
Abulcasis, dit Malgaigne, est le premier qui ait songé à appliquer un bandage comme à l’ordinaire dans les fractures et à y tailler ensuite avec des ciseaux une ouverture de la grandeur nécessaire. C’est aussi le premier qui se soit occupé des luxations anciennes.
L’ouvrage d’ Abulcasis restera dans l’histoire de la médecine comme la première expression de la chirurgie se constituant à l’état de science distincte et se fondant sur la connaissance de l’anatomie. Les figures dont il est orné sont une heureuse et féconde innovation qui lui assure un souvenir impérissable. Cette innovation ne tarda pas à porter ses fruits. On retrouve les figures d’Abulcasis dans le Traité d’ophthalmologie d’un autre E.spagnol, Erraféquy (Escurial, 835) ; on les retrouve en Orient dans les traités de Salah Eddin ben You.sef et de Khalifa ben Abil Mahassen. Chez ce dernier, les figures occupent deux pages et sont d’une exécution par-
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faite (n“ 1043 du supplément arabe). Enfin, on les retrouve dans la Chirurgie d’Ebn el KofF.
Le texte arabe de la Chirurgie a eu les honneurs de l’impression ; il y a un siècle que Channing en donnait une édition arabe latine. C’est en partie d’après cette édition et en partie d’après le manuscrit de la Bibliothèque nationale que nous avons fait notre traduction française, il y a une quinzaine d’années. Ce travail, fait en Algérie, devait être imparfait. Depuis lors, nous nous sommes constamment préoccupé d’Abulcasis ; nous avons fait une collation plus minutieuse du manuscrit de Paris et nous avons aussi consulté le manuscrit de l’Escurial qui a échappé à Casiri. Nous regrettons de n’avoir pu jusqu’à présent nous familiariser avec les traductions hébraïques. Nous pensons toutefois que cette notice témoignera de nos efforts pour améliorer une nouvelle édition.
Nous terminerons par une citation de Rossi ;
<! Alcuni suoi poemi sidle malattie e sulla loro curavedonsi parîmente nel codice 743 délia Bihlioteca delV universita di Leida.
CI 11 mio gahinetto présenta nel codice 1344, il suo Trat- TATO DEi RiMEDi DELL’ occHio, trcisportato delV arabo da Natan Amateo. »
Serait-ce un fragment de la Chirurgie ?
ABOU YOUSOÜF HASD.AÏ BEN CIIAPRODT.
Nous avons déjà vu ce médecin juif figurer parmi les personnages qui travaillèrent à la révision des œuvres de Dioscorides.
Telle est la notice que lui consacre Ebn Abi Ossaïbiah, traduite par M. Munk :
« Hasdaï ben Ishaq, versé dans l’art de la médecine, était au service d’El Hakem fils d’Abderrahman. Il était au nombre des autours juifs au premier rang dans la connaissance de leur loi. Il fut le premier à ouvrir à leur population d’Andalousie la porte de leurs connaissances en fait do juris-
4ü8 HISTÛIHE DE LA MÉDECINE ABABE. — LIVRE TROISIÈME.
prudence religieuse, de chronologie, etc. Auparavant ils avaient été obligés de s’adresser aux juifs de Bagdad pour faire venir de chez eux le calcul d’un certain nombre d’années afin de connaître les procédés de leur calendrier et les commencements de leur année. Mais Hasdaï ayant été attaché à El Hakem et ayant obtenu près de lui une position très élevée, parvint par lui à se procurer tout ce qu’il désirait en fait de livres des juifs de l’Orient. Depuis lors les juifs d’Andalousie connaissaient ce qu’auparavantils avaient ignoré et étaient dispensés de la peine qu’ils avaient été obligés de se donner. »
M. Philoxène Luzzato publia depuis une notice étendue sur Hasdaï, où il établit quelques faits nouveaux.
Il pense que Hasdaï occupait auprès d’El Hakem la position de ministre des finances. Il raconte la part que prit Hasdaï à la restauration du roi de Léon Sanche I", et parle de la lettre qu’il écrivit au prince des Khazars qui s’était avec son peuple converti au judaïsme.
Hasdaï protégeait ses coreligionnaires et entretenait des correspondances avec les savants juifs, qui le traitent de prince.
Il serait mort vers 990, laissant un fils digne de lui du nom de Yousouf.
Ce fut aussi Hasdaï (Hasdeu des chroniques latines), qui reçut Jean de Gorze, ambassadeur d’üthon le Grand auprès d’Ahderame HL