PERSE
Razès n’embrassa que la médecine pratique. Ali ben el Abbas et Avicenne embrassèrent toute la science médicale. Leurs ouvrages se distinguent encore du Continent, en ce qu’ils se proposèrent de coordonner méthodiquement toutes les parties de la médecine, tandis que chez Razès il n’y a aucune prétention à la méthode.
Le Maleky diffère du Canon en ce qu’il est plus concis et plus restreint, et que l’auteur, adoptant la médecine comme constituée, les divergences ne portant que sur des faits secondaires, fond en un seul corps toutes ses acquisitions, sans se préoccuper de les recommander par des noms d’auteurs.
Le Canon a de plus larges proportions et partant est plus complet ; aussi flt-il oublier le Maleky, malgré son grand mérite et son volume plus accessible à tous.
Le Canon se divise en cinq parties: généralités de la science, matière médicale, maladies particulières, maladies communes aux divers organes ou régions, pharmacopée.
La première partie, qui est en quelque sorte la médecine théorique ou générale, fut souvent commentée sous le titre de Koullyat el Kanoun, généralités du Canon.
Le deuxième livre du Canon fut de son temps le traité le plus complet des médicaments simples. Il comprend environ huit cents paragraphes et on y voit apparaître un certain nombre de médicaments nouveaux. Quant aux autres, c’est Dioscorides et Galien mis en pièces et reproduits méthodiquement suivant un ordre invariable.
Nous avons traduit ce livre, que nous avons renoncé h produire aussitôt que nous avons pu nous procurer Ebn el Beithar.
Le texte imprimé à Rome est criblé d’incorrections.
Nous ferons observer, à propos de la troisième partie, qu’Avicenne, bien qu’il ait traité de l’anatomie dans la première, y revient dans la troisième, et avant de parler des maladies particulières à chaque organe ou à chaque système d’organes, commence par en faire l’anatomie et la physiologie.
Le Canon fut aussi, dans son ensemble, l’objet de coin-
mentaires. En raison de son volume on en fit des abrégés dont le plus célèbre est celui d’Ebn Ennefîs, qui parut sous le titre de Moudjiz et qui fut imprimé à Calcutta en 1828.
Il fut traduit en latin par Gérard de Crémone et par Alpag-us et plusieurs fois imprimé. On en fit aussi des éditions partielles parmi lesquelles nous mentionnerons celle de Plempius.
C’est à ces traductions qu’ Avicenne dut de dominer l’enseignement et la pratique de la médecine en Europe pendant environ cinq siècles.
On fit plus que traduire le Canon, on en imprima le texte arabe à Rome en 1593. Ce volumineux in-folio, qui contient aussi des œuvres philosophiques d’Avicenne, est, malgré les incorrections du texte, un monument unique dans la typographie orientale, et son caractère est resté type.
Parmi les traductions en d’autres langues, nous signalerons seulement celles en hébreu, dont il existe plusieurs exemplaires à la Bibliothèque de Paris.
Les biographies d’Avicenne, publiées récemment dans la biographie de Didot et le Dictionnaire encyclopédique, trouvent singulière la division du Canon. Cette appréciation nous paraît elle-même singulière. Nous la repoussons d’abord quant à la distribution générale de l’ouvrage, qui nous paraît se prêter assez bien au but d’Avicenne ; quant aux subdivisions, qui se subdivisent elles-mêmes, nous ne comprenons pas que l’on en fasse un crime à l’auteur, nous y voyons plutôt un cachet de méthode et de clarté.
On pourra lire dans Sprengel une appréciation plus détaillée de la valeur médicale du Canon.
Après le Canon, l’ouvrage de médecine le plus considérable d’Avicenne est son abrégé de médecine en vers, qui porte dans l’original le nom à’Ardjouza, du mètre Redjez, et qui prend aussi celui de Mendhouma, ou poème. C’est ce que l’on connaît chez nous sous le nom de Canticum ou Cantica, adopté par les traducteurs, Armengandet Alpagus. Il y a lieu de s’étonner que Wüstenfeld, tant dans la bibliographie d’Avicenne que dans celle d’Averroës, n’ait pas
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compris que ces deux titres ne portaient que sur un seul et même ouvrage.
Le mérite de l’Ardjouza, et le cas que l’on en faisait sont attestés par ses nombreux commentaires. Le plus connu est celui d’Averroës, qui fut pareillement traduit en latin. Il en existe un autre à la Bibliothèque de Paris, sous le n“ 1022, supplément, qui n’est pas sans mérite. Il est plus développé que celui d’Averroës. ' Il cite fréquemment des hadits ou propos du prophète que nous n’avons pas rencontrés dans les recueils spéciaux, et il se termine par une biographie de tous les auteurs cités. Une seule a de la nouveauté, celle d’Ebn Ennefîs, commentateur et abbréviateur du Canon. Ce commentaire de l’Ardjouza fut écrit en 788 de l’hégire, 1386 de notre ère, par Mohammed ben Ismaïl. Nous lisons dans cet ouvrage qu’Avenzoar, qui ne professait pas une grande vénération pour le Canon, tenait en grande estime l’Ardjouza, disait qu’il contenait tous les principes de la science et valait mieux qu’une collection de livres.
Dans le Ms. 1022 que nous avons cité, le commentateur a passé par-dessus le vin, et lors de la reproduction du poème, non commenté, cet article, qui du reste se borne à une quinzaine de lignes, n’est écrit qu’en marge. La traduction latine qui a opéré sur un exemplaire complet, a traité du vin.
Le Canon et l’Ardjouza, sont les ouvrages d’Avicenne dont les textes se rencontrent le plus communément dans nos bibliothèques européennes.
Un autre ouvrage d’Avicenne d’une étendue beaucoup moindre et d’une médiocre valeur est le traité des médicaments cordiaux. Il fut aussi traduit en latin, et se trouve le plus souvent imprimé avec le Canon.
Le traité de l’oxymel a été aussi traduit en latin.
Michel Scot traduisit son abrégé des Animaux d’Aristote.
C’est ici le moment de parler des ouvrages d’alchimie, qui furent aussi traduits en latin. Ils sont adressés à Aboul Hassen Essoheily, auquel Avicenne adressa aussi un traité sur les constellations. On le trouve dans les recueils d’alchimie.
Ou a déjà fait remarquer certains passages du traité qui, dans les traductions, porte le titre : De Conglutinatione lapidum. Avicenne y devance son siècle notamment dans le deuxième chapitre où il traite de la formation des montagnes. Elles sont produites, dit-il, par des causes essentielles et par des causes accidentelles. Parmi les causes accidentelles il cite les tremblements de terre.
Nous citerons un autre fait qui ne nous paraît pas avoir été relevé. Il parle de corps de substance cuivreuse qui tombèrent en Perse, avec déflagration, et dont on ne pouvait obtenir la fusion.
Il ajoute qu’il tomba aussi un morceau de fer du poids de 100 marcs que l’on porta au roi du pays qui ordonna que l’on en fit des épées, et il dit que, suivant l’opinion des Arabes, les épées des Allemans, qui sont de la meilleure qualité, sont fabriquées avec ce fer.
Parmi les autres ouvrages de médecine, qui ne furent pas traduits en latin, nous citerons ;
De la chicorée.
Compendium de médecine, traduit en hébreu (Oxford).
Du pouls, en persan.
Des propriétés naturelles.
Principes de thérapeutique.
Vingt questions de médecine.
Notes sur les questions de Honein.
De la colique.
Il existe à la Bibliothèque de Paris n"“ 1085 et 1093 de l’ancien fonds, un poème médical d’Avicenne autre que celui connu sous le nom d’Ardjouza ou Canticum, et d’une étendue beaucoup moindre.
Casiri a mentionné sous le n” 868 (du nouveau catalogue) un écrit d’Avicenne, de vingt-et-une feuilles seulement, qui certes ne répond aucunement au pompeux éloge qu’il en fait ; <!■ Compendium, quod latinae adhuc litterae nesdunt et plane rarum de multis expetitum. »
La Bodléienne possède aussi deux poèmes d’Avicenne autres que le Canticum.
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Il existe à la Bibliothèque de Florence des fragments d’une traduction syriaque par Aboulfarage.
Il n’entre pas dans nos vues de donner la liste des autres écrits d’Avicenne. Leur somme totale se monte à environ une centaine. Nous dirons seulement qu’ils ont trait à la philosophie, à la métaphysique, à la logique, à la physique, aux mathématiques, à l’astronomie, à la musique, à l’alchimie, à la religion, etc.
Nous ne pouvons cependant prendre congé de cette grande personnalité sans parler de son rôle comme philosophe, et à cet effet nous emprunterons les paroles d’un juge compétent, M. Munck.
« La philosophie d’Avicenne est essentiellement péripatéticienne. On y remarque généralement une méthode sévère. Il cherche à coordonner les différentes branches des sciences philosophiques dans une suite très rig’oureuse et à montrer leur enchaînement nécessaire. Dans VAlchefa (1) il divise les sciences en trois parties : 1® Supérieure (métaphysique) ; 2“ Inférieure (physique) ; 3“ Moyenne (mathématiques). On reconnaît dans ces divisions le fidèle disciple d’Aristote ; mais on trouvera qu’ici comme ailleurs Avicenne expose avec beaucoup de clarté et de précision ce qui, dans les écrits de son maître, n’est exprimé que d’une manière vague et indécise.
Bien qu’il paraisse faire des concessions aux Motecallemin (scholastiques), il n’hésite pas à admettre avec les philosophes l’éternité du monde. Il admet encore que la connaissance de Dieu s’étend sur les choses universelles, mais il attribue aux âmes des sphères la connaissance des choses partielles.
La théorie de l’âme a été traitée par Avicenne avec uu soin tout particulier. Il proclame hautement la permanence individuelle de l’âme humaine.
Il admet positivement l’inspiration prophétique, reconnaissant qu’il y a entre l’âme humaine et la première Intelligence un lien naturel, sans que l’homme ait toujours besoin de recevoir par l’étude l’intellect acquis.
(1) Il se trouve imprimé à la suite du Canon.
Quoiqu’il ait fait de nombreuses concessions aux idées religieuses de sa nation, il n’a pu trouver grâce pour l’ensemble de sa doctrine, qui, en effet, ne saurait s’accorder avec ies principes de l’Islamisme, et c’est surtout contre lui qu’Al Gazzali a dirigé sa Destruction des Philosophes. » (1)
Une citation de M. Hauréau nous fera comprendre l’iuiluence exercée par Avicenne au moyen âge.
« A la fin du XIP siècle, Gérard de Crémone avait traduit en latin son Canon, D. Gundisalvi ses Commentaires sur les livres de l’âme, du ciel et du monde, ainsi que sur la Physique et la Métaphysique, et le juif Avendeath son analyse de VOrganon. On possédait ainsi, dès le commencement du XIIP siècle, toutes les œuvres philosophiques d’Avicenne, qui furent imprimées à Venise vers la fin du XV®. Leur succès fut immense dans les écoles du moyen âge, et Brucker a pu dire sans exagération : « üsque ad renatas litteras non inter Arabes modo, verum etiam inter christianos, dominatus est Avicenna tantum non solus. » (2)
Avicenne est peut-être la plus belle intelligence de l’école arabe. Parmi ses devanciers deux seulement peuvent lui être comparés, El Kendy et Razès. S’il n’embrassa pas, comme savant une aussi grande étendue de sujets que le premier, il eut plus de profondeur, et d’autre part El Kendy compte à peine comme médecin. S’il est inférieur au second sur le terrain de la médecine pratique, il lui est de beaucoup supérieur sur celui de la philosophie. Parmi ceux qui l’ont suivi on ne saurait lui comparer qu’Avenzoar et Averroës. Il a, relativement au premier, la même infériorité que vis-à-vis de Razès, mais Avenzoar ne fut qu’un médecin. Quant au second, il peut lutter avec lui comme philosophe, mais comme médecin la comparaison n’est pas à établir ; Averroës le commentait comme il commentait Aristote.
Ce qui frappe dans Avicenne, ce n’est pas seulement sa passion pour la science, mais sa préoccupation d’y apporter l’ordre et la méthode. C’est en définitive le plus haut repré-
(1) Mélanges de philosophie juive et arabe.
(9) De la philosophie scholastique .
sentant de l’école arabe sur le double terrain de la médecine et de la philosophie.
Il existe h la Bibliothèque nationale, sous le n” 1002 du supplément, une traduction arabe des Sectes de Galien. Sur la première page on lit un titre de propriété. Nous croyons avec M. Reinaud que ce propriétaire n’est autre qu’ Avicenne. D’ailleurs la date porte 407 ou 409 de l’hégire et les caractères ont un cachet archaïque bien prononcé.
EBN MENDOUÏH.
Abou Ali Ahmed ben Abderrahman ben Mendouïh el Isfahany, naquit à. Ispahan, ainsi que l’indique son surnom. Ce fut un des médecins renommés de son temps et il servit plusieurs princes. Nous ne savons pas au juste l’époque où il vécut, Hadji Khalfa ne donne pas la date de sa mort, contrairement à son habitude. Il paraîtrait, d’après un on-dit, rapporté par le Kitab el hokama, qu’il fut attaché h l’hôpital el Adhedy, à l’époque de sa fondation. Ce qui est positif, c’est qu’il était en correspondance avec Avicenne.
Si nous manquons de renseignements biographiques sur Ebn Mendouïh, nous connaissons les titres d’une quarantaine d’ouvrages qu’il a produits, mentionnés tant par Ebn Abi Ossaïbiah que par Hadj i Khalfa. La plupart sont adressés à des personnages contemporains dont les noms ne nous sont pas connus d’ailleurs, et dont trois ou quatre sont qualifiés médecins. Généralement ce ne sont que des opuscules, rîssalat, consacrés à des monographies. Pour en rendre la liste moins fastidieuse à lire, nous les rangerons par catégories.
Nous placerons en tête trois ou quatre compendiums ou Introductions à la médecine.
Lettre à Djahidh, en réponse à ses attaques contre la médecine.
Trois opuscules sur le régime.
Du régime du voyageur.
De l’action des boissons.
Des vins, de leurs avantages et de leurs inconvénients
478 HISTOIRE DE LA MÉDECINE ARABE.— LIVRE QrATRIÈME.
Ici nous trouvons employé le terme générique Cahoua, et dans un autrè opuscule celui de Nehid, vin artificiel.
Que l’eau ne nourrit pas.
De la bière, deux opucusles.
Des membranes de l’œil. De la mydriase.
De l’estomac et de ses maladies.
De la colique.
De la faiblesse des reins.
Des hémorrhoïdes, à Avicenne.
De rhumatisme du genou.
Du prurit. De l’impetigo.
Des poux et de leur origine.
Des maladies de l’enfance.
Du coït.
Du tamarin.
Du camphre.
De l’eau de roses.
Du millet comme topique.
Aux médecins de l’hôpital d’Ispahan.
De l’âme et de l’esprit suivant les Grecs,
ESSADJARY Oü ESSENDJARY.
Aboul hassan Thaher ben Ibrahim ben Mohammed beü Thaher Essadjary était, dit-on, un savant médecin et un excellent praticien. Nous ignorons la date précise de son existence. Il composa un guide de thérapeutique adressé au cadi Aboul Fadl Mohammed hen Hamaouih. (Nous lisons ici lladj, traitement, ce que Wüstenfeld paraît avoir lu SalahJ. — Des commentaires sur le pouls et sur l’urine. — Une classification dès Aphorismes d’Hippocrate, — Le n" 998 bis de la Bibliothèque nationale, supplément arabe, contient les Aphorismes d’Hippocrate classés par ordre de matière. Serait-ce Dœuvre d’Essadj ary, le Ms. étant anonyme ?
EBN ADI SADEK.
Aboul Cassem Abderrahman ben Ali ben Ahmed ben Abi Sadek était de Nisabour. Médecin distingué, il cultiva aussi les sciences et la philosophie etjouit d’une grande réputation d’éloquence. Il s’attacha particulièrement h l’étude et à l’interprétation des ouvrages de Galien. L’historien de la médecine signale comme un ouvrage parfait son commentaire sur le Traité des fonctions des organes de Galien, qu’il compléta par des emprunts faits tant aux autres ouvrages de Galien qu’à, ceux d’autres médecins. Il terminait ce livre en 459 de l’hégire, 1066 de notre ère. On dit qn’Ebn Abi Sadek fut un des disciples d’Avicenne.
Tels sont ses autres ouvrages ;
Commentaire des questions de Honein.
Commentaire des Aphorismes d’Hippocrate.
Commentaire des Pronostics.
Chroniques.
Les commentaires d’Ebn Abi Sadek hoüs ont été conservés.
La Bibliothèque nationale possède les commentaires d'Hippocrate et de Honein, plus un commentaire sur l’usage des parties de Galien.
EL ILAKY.
Abou Abdallah Mohammed ben Yousef Cherf eddin el Ilaky fut un des disciples d’Avicenne. H nous est donné comme un savant philosophe et un habile médecin.
Il composa un Abrégé du Canon d’Avicenne et un Traité des causes et des symptômes des maladies.
La Bibliothèque nationale possède, sous le u“ 1019, du supplément, l’abrég’é du Canon fait par el Ilaky et commenté par Essamnanyi]
480 HISTOIRE DE LA, MÉDECINE ABAUE. —v LIVRE QUATRIÈME.
AL BIROUNY.
El Oustad, le Maître, Abourrihân Mohammed ben Ahmed, reçut le surnom d’El Birouny, de Biroun, ville de l’Inde, suivant l’opinion la plus commune.
Bien qu’il ait surtout cultivé les sciences physiques, mathématiques et astronomiques, et même l’histoire, il s’occupa aussi de médecine. Il fut l’ami d’Avicenne et entretint avec lui un commerce épistolaire.
Il fit une étude particulière de la science des Indiens, chez lesquels il habita longtemps, ainsi que de celle des Grecs.
Ce qui le recommande aux médecins, c’est un Traité d’histoire naturelle médicale, qui a échappé à Wüstenfeld. Il le mentionne cependant mais sommairement dans le texte arabe qu’il a donné à la fin de son livre, et il n’en parle pas dans la liste des ouvrages d’El Birouny. Le texte donné par Wüstenfeld est incomplet et ne contient que ces quelques mots : Des drogues au point de vue médical. On lit de plus dans le manuscrit de Paris que l’auteur traite des caractères des médicaments, de leurs synonymes, des diverses opinions des anciens, médecins et autres, le tout disposé par ordre alphabétique. Ce livre ne nous est pas parvenu.
Il est un autre ouvrage qui n’a pas encore été étudié que nous sachions, et que nous avons pu consulter à l’Escurial, c’est le Traité des Pierres précieuses dédié au sultan Chihab Eddoula Ahoul fateh Moudoud ben Masoud hen Mahmoud.
Le Manuscrit de l’Escurial, le seul que nous connaissions, contient cinq cents feuilles à quinze lignes à la page.
Déjà le sujet avait été traité. El Birouny cite plusieurs de ses devanciers, parmi lesquels, et au premier rang, l’illustre El Kendy. Bien que l’auteur cite Aristote, Galien, Dioscorides, Aétius et même Ptolémée et Plutarque, on ne trouve aucune mention de Théophraste. A propos du Livre des Pierres, il se borne à dire qu’on l’attribue à Aristote. Parmi les autres citations nous relèverons encore celles d’Apollo-
nius de Tyaue sous la forme Balinas, de Géber et d’Abou Hanifa eddinoury. El Birouny s’occupe aussi de l’emploi médical des pierres. (1)
Nous ne pouvons entrer dans tous les détails de ce livre, mais nous devons en produire ce qui nous a paru le plus intéressant.
Les Pierres précieuses et les métaux y sont traités, surtout au point de vue de l’histoire naturelle, du commerce et de l’industrie, mais il est aussi question des propriétés médicales des pierres.
Le corail est déjà mentionné comme récolté sur les rives de la mer franque. Dans le livre des Pierres, dit l’auteur, la racine est appelée Mordjân, et la partie rameuse Sowssad.
A propos de l’aimant, il est dit que Géber en vit un morceau qui soutenait un fragment de fer du poids de cent drachmes.
La porcelaine est assez longuement traitée et l’on trouve dans cet article des renseignements curieux. Il y avait déjà, du temps d’El Birouny, des amateurs qui faisaient des collections, et des vases atteignaient le prix de dix dinars, qui équivalent à cent cinquante francs.
L’article du cuivre contient une curieuse citation : « On lit dans le livre du Prophète Samuel la description des armes de Kouliad le Palestinien, autrement dit Djalout. Toutes sont en cuivre, et, dans leur énumération, il n’est pas question du fer. »
• Cette observation nous en suggère une autre. On sait qu’El Birouny fut soupçonné d’être d’origine juive et cela pour sa grande connaissance des livres hébreux.
Nous le trouvons, sur ce terrain, cité par Aboulféda dans ses Annales antéislamiques. Il est un fait que nous croyons avoir le premier découvert, qui peut nous expliquer l’érudition d’El Birouny. La Bible fut traduite en arabe par Honein. Ce fait mentionné par Djemal eddin, dans la notice de Ptolé-
(1) Il y a plusieurs citations de ce genre dans le TedkiradeSouïdy, n« 1024-34 de Paris, A. P.