I.’lRA.K
EBEN BOTHLAN.
Aboul Hassan el Mokthar ben Hassan ben Abdoun ben Sadoun ben Bothlan était un médecin chrétien de Bagdad. C’est lui dont les traducteurs latins ont travesti le nom sous la forme Eluchassem Elimithar.
H eut pour maître Aboulfaradj ben Thaïeb et pour ami Ali ben Rodhouan, avec lequelil était en correspondance. (1)
Après avoir habité la Syrie, il se rendit en Egypte, puis à Constantinople où il séjourna une année. C’était, au dire d’Ebn Abi Ossaïbiah, en l’année 446 de l’hégire, 1054 de notre ère. Une peste s’était déclarée dans la capitale de l’empire Byzantin, tellement intense qu’après avoir rempli les cimetières on avait présenté quatorze mille cadavres à l’église Saint-Luc. (2) D’après le même auteur, Ebn Bothlan était encore à Antioche, en 455 de l’hégire, 1063de l’ère chrétienne, attaché à un hôpital, tandis qu’ Aboulfaradj, l’auteur des Dynasties, rapporte que, fatigué de ses voyages, il se retira dans un monastère d’Antioche, où il serajt mort en 444.
Ebn Bothlan était laid et noir, et disait qu’il ne convenait pas à un médecin d’être beau.
Il écrivit plusieurs ouvrages.
Traité de l’administration des pnrgatifs.
De l’introduction des aliments dans le corps, de leur digestion, de leur issue et de leurs résidus.
Lettre ù l’adresse d’Ali ben Rodhouan. Aboulfaradj nous en donne le sommaire, qui accuse un excellent esprit.
Ebn Bothlan s’était rendu en Egypte auprès d’Ali ben Rodhouan. Les deux savants eurent de vives discussions, mais ne purent s’entendre et se quittèrent aigris. C’est alors qu’Ebn Bothlan écrivit sa lettre dont nous dirons un mot. Il
(1) 11 eut aussi pour maître Aboul Hassan Tsabet ben Ibrahim ben Haroun el Harrany qui ne nous est pas connu d’autre part.
(2) Cette peste sévit aussi en Egypte et en Arabie. Ebn Abi Ossaïbiah cite d’après Ebn Bothlan plusieurs savants qui succombèrent.
490 HISTOIRIS DE LA. MÉDECINE ARABE. — LIVRE QUATRIÈME, établit d’abord l’ignorance d’Ali ben Rodhouan dans la science des anciens. Il combat ensuite une opinion d’Ali, que l’étude des sciences peut se faire dans les livres, sans qu’il soit besoin d’un maître. Eben Bothlan établit la supériorité de l’enseignement oral. Plus loin il se moque d’un disciple d’Ali ben Rodhouan et de ses idées.
Pourqu oi des médecins habiles ont quitté l’habitude qu’avaient les anciens de traiter certaines maladies telles que la paralysie, le tic facial, la résolution par des médicaments chauds, et emploient aujourd’hui un traitement réfrigérant. Ce traité fut écrit h Antioche, où l’auteur était chargé d’un service d’hôpital, en l’année 455 de l’hégire.
Introduction à la médecine.
Du conflit des médecins.
Défense des médecins.
Défense des prêtres.
De l’achat des esclaves.
Il existe à Paris, sous le n” 1050 de l’ancien fonds, un opuscule d’Eben Bothlan sur les maladies des moines. Cet opuscule divisé en quarante-deux chapitres se résume en une douzaine de pages. Il ne présente guère d’intéressant que les chapitres des aliments en temps de jeûne, et sur les parfums employés dans les églises.
L’ouvrage le plus important d’Ebn Bothlan et qui a donné le plus de notoriété à son nom est son traité d’hygiène, qui porte le titre de Takoidm essahha, état ou assiette de la santé.
Cet ouvrage, sans être remarquable par le fonds, est ingénieux et nouveau pour la forme. Cette forme est celle de tableaux synoptiques, et nous penchons à croire qu’Eben Bothlan en est l’inventeur. Son émule, Eben Djezla, qui publia l’état du corps et de ses maladies, sous la même forme, est bien son contemporain, mais plus jeune que lui.
L’ouvrage contient 280 paragraphes, dont le développement se fait sur deux pages en regard, divisées par quinze colonnes verticales.
La l'o est le n" d'ordre, la 2° contient le nom de l’objet en question, la 3® sa nature au point de vue des quatre éléments, la 4® le degré, la 5® le choix à faire, la 6® les
adjuvants, la 7° les inconvénients, la 8“ les correctifs, la 9" les humeurs produites, la 10“ les tempéraments convenables, la 11“ la saison, la 12“ l’âge, la 13“ le pays, la 14“ les autorités, la 15“ contient quelques détails renfermés dans trois ou quatre lignes en moyenne.
Une seizième section, qui occupe le haut et le bas des pages, traite à un point de vue général la matière de l’ouvrage et ses diverses parties. Elle se divise en quarante chapitres. C’est ainsi que le 1“" chapitre donne le moyen de reconnaître la nature des aliments, le 5“ traite de leurs correctifs, le 7“ des fruits en général, le 11“ du pain, le 12“ des légumes, le 17“ des viandes en général, le 19' des poissons, le 22“ des aliments qui s’excluent l’un l’autre, le 24“ des signes d’une bonne digestion, le 26“, des sucreries, le 27“ des préparations pour les dents, le 28" des eaux, le 20“ du vin, le 31“ du dessert, le 32“ de la musique, le 33“ du sommeil, le 34“ des purgatifs et du coït, le 35“ de l’exercice, le 36' et le 37" des bains, le 38“ des fumigations, le 39“ des sirops, le 40“ de l’air, le 41“ de l’assiette des habitations.
Nous avons dit que le nombre des paragraphes se montait à 280. Les deux premières centaines ont trait aux produits des différents règnes, non pas seulement à l’état simple, mais à l’état de combinaison. Il y a là quelques chapitres curieux de préparations culinaires, de condiments et de. pharmacie domestique.
Il est ensuite question de l’exercice, des eaux, des vêtements, des habitations, des saisons, etc.
Le Takouim essahha fut traduit en latin, nous ne savons par qui, et imprimé sous le titre : Tacuini sanitatis Elluchasem Êlimithar medici de Baldath. On ajoute aussi : Filii hahadum filii Bu cellani. On voit que le titre a été simplement transcrit, et les noms de l’auteur étrangement défigurés. Nous n’en connaissons qu’une édition, Strasbourg, 1531, qui est d’une exécution remarquable.
Le peu de succès de ce livre tient peut-être à sa traduction, qui est aussi défectueuse que possible.
Bien des noms techniques ne sont pas traduits mais simplement transcrits, et cela parmi les plus vulgaires. C’est
ainsi que le mot houlou douceur, sucreries, n’a pas été compris, mais rendu sous la forme Kalde et Choloc.
Le texte arabe existe à l’ancien fonds de Paris sous le n" 1020® , il en existe aussi à la Bodléienne.