‹ Histoire de la médecine arabeChapitre 177 sur 199 · IV. — L’ÉGYPTE · texte numérisé non relu

IV. — L’ÉGYPTE

Pendant cette période, les sciences continuèrent à se développer, malgré les troubles et l’instabilitédu pouvoir disputé par des ministres ambitieux.

Parmi les vizirs qui se succédèrent durant le règne long et agité de Mostancer, il en fut qui protégèrent les arts et les sciences, notamment le vizir Bedr ed Djemaly.

La mosquée d’El Azhar commençait déjà à porter ses fruits. C’est à son ombre que se forma le plus fécond mathématicien de l’école arabe, Ebn el Heitsam. C’est là sans doute aussi en partie que se forma Ali ben Rodhouan, bien qu’il préférât 1 étude solitaire à l’audition d’un professeur. Nous avons dans ces deux hommes un exemple frappant de ce que peut le goût passionné de l’étude et la ténacité.

Parmi les médecins notables, nous citerons encore Omar ben Ali, l’auteur d’un traité d’oculistique dédié au Khalife el Hakem, que nous croyons identique avec celui qui fut traduit en latin et imprimé sous le nom de Canamusali.

Ce qui prouve la diffusion des lumières en Égypte c’est la merveilleuse richesse de ses bibliothèques. Les Fathmides en avaient créé une au Caire composée de dix-huit chambres remplies de livres ; ou y comptait 2,400 Corans. Un vizir, en une seule fois, en fit enlever la charge de 25 chameaux. Une autre collection fut pillée par les Berbères Louata, qui enlevèrent les couvertures et jetèrent les feuillets: telle était leur quantité que les sables les ayant recouverts en firent une butte, dite la Colline des livres. (Voyez Quatremère.)

S12 HrSTOIRE DE LA MÉDECINE ARABE. — LivRE QUATRIÈME.

Les bibliothèques privées étaient à l’avenant. Le vizir Afdal, fils de Eedr Djemaly, laissa une collection de 500,000 volumes (Quatremère). L’émir Mobacher beuFateq et le Juif Afranim en avaient aussi de considérables.

Ali ben Rodhouan fut nommé chef des médecins d’Égypte.

EBN EL HEITSAM (AlahzenJ.

Abou Ali Mohammed ben el Hassen ben el Heitsam est, après Avicenne, le savant le plus remarquable du XI” siècle. S’il n’eut pas la merveilleuse précocité d’Avicenne, car il se mit tard à l’étude, s’il n’édifia pas une œuvre aussi considérable que le Canon, il aborda tant de sujets d’un ordre élevé, il composa tant de livres ou d’opuscules, le nombre s’en monte à deux cents parmi lesquels un traité d’optique universellement admiré, qu’on peut se demander lequel des deux eut l’intelligence la plus élevée et la plus étendue, la plus prodigieuse facilité d’assimilation.

Ebn el Heitsam est un génie encyclopédique. La médecine est son coté le plus faible. Il ne fît guère que des compilations et rien ne nous dit qu’il ait été un véritable praticien. Il est un philosophe, un physicien, et par-dessus tout un mathématicien. Nous le suivrons sur ces divers terrains malgré l’embarras que nous éprouvons parfois en présence de termes techniques avec lesquels nous sommes peu familiers. Sa personnalité est trop grande pour être négligée. C’est une des gloires de la race arabe et c’est aussi une date dans l’histoire des sciences. D’ailleurs, son nom a retenti chez nous dans ces derniers temps et on ne' lui a rendu qu’une partie de la justice qui lui est due.

Depuis bien longtemps, l’attention des savants s’est portée sur lui. Un traité d’optique, déjà connu de Roger Bacon, fut traduit en latin sous l’un de ses noms. On admira le livre, sans rien savoir sur l’auteur, et quand son nom se produisit au complet, d’un personnage on en fit deux et ce malentendu

L’ÉGYPTli, 513

n’a pas encore cessé. Nous aurons bientôt à faire l’histoire de ce curieux imbroglio.

Ebn el Heitsam naquit à Bassora en l’année 354 de l’hégire, 065 de notre ère. C’est lui-même qui nous l’apprend dans une notice de ses écrits où il dit qu’en l’année 417 il avait 63 années (lunaires).

On rapporte qu’il devait être gouverneur de sa ville natale, que son esprit était tout entier aux bonnes œuvres, à l’étude et à la contemplation ; puis qu’on remarqua chez lui de la bizarrerie, une sorte de dérangement, qu’il donna sa démission pour se livrer tout entier à ses goûts et qu’il se mit à voyager. Arrivé au Caire il se fixa dans la célèbre mosquée d’El Azhar, où il commença par transcrire Euclide et l’Almageste et à vivre du produit de ses copies. C’était probablement dans les premières années du règne d’El Hakem, qui date de 096. On raconte qu’Ebn el Heitsam s’étant vanté de pouvoir construire un appareil qui mettrait l’Égypte à l’abri des inondations du Nil, il fut appelé par Hakem, mais qu’ayant ensuite parcouru le pays et reconnu des impossibilités d’exécution, il contrefit le fou pour ne pas encourir la colère du souverain.

Toute sa vie était consacrée à l’étude et à la composition. Il connaissait parfaitement la langue et la littérature arabe. C’était d’ailleurs un homme bienveillant et charitable.

Il nous a laissé la liste méthodique d’une partie de ses œuvres. Il divise les sciences philosophiques en mathématiques, physique et métaphysique, et ses écrits sont rangés suivant cet ordre. Arrivé au n“ 70 il ajoute : Sans compter beaucoup d’autres écrits dont j’ai dressé le catalogue. Les affaires et les voyages en ont interrompu le cours, ainsi qu’il arrive souvent et qu’il est arrivé à Galien, comme il le dit lui-même. Si Dieu m’accorde la vie, j’espère en composer encore sur ces sciences. Voilà ce que j’ai cru devoir exposer relativement à ce que j’ai écrit. Je l’ai fait pour me conserver un souvenir dans la mémoire des savants et des philosophes, car, comme dit Aboulcassem ben el Ouizir Aboul Hassan Ali ben Issa : Le savant peut mourir et se survivre par sa science, tandis que l’ignorant meurt tout entier, s

Son biographe nous signale encore un catalogue de l’année 429. Ebn el Heitsam mourut l’année suivante, 1038 de l’ère chrétienne.

Nous avons hésité à donner intégralement la liste de ses écrits ; elle est démesurément longue, car elle n’en comprend pas moins de deux cents. De plus elle porte sur des matières avec lesquelles nous ne sommes pas familier, d’une technologie difficile, et nous n’avions qu’un manuscrit à notre disposition.

Nous la donnerons cependant, non-seulement en considération de l’auteur qui n’a pas été jusqu’ici suffisamment apprécié, mais parce que cette liste est une date dans l’histoire des sciences. Elle montre combien de questions agitait un savant égyptien au XI" siècle de notre ère.

Jusqu’à présent on n’avait pas eu recours à la liste d’Ebn Abi Ossaïbiah, (1) et l’on s’était contenté de celle du Kitabel hokama, reproduite par Casiri, qui ne contient qu’environ 00 écrits.

Nous n’avons pas cru devoir, ainsi que nous l’avons fait quelquefois, refondre cette liste et en classer les éléments par ordre de matières. Les lecteurs qui voudront recourir à l’original pourront plus facilement corriger nos traductions quand il y aura lieu, car il en est quelques-unes dont nous ne sommes passûr. Nous les avons du reste indiquées pour la plupart.

Nous avons passé sous silence une dizaine d’articles, dont la majorité n’était qu’une répétition et dont quelques autres n’étaient pas nettement écrits dans le texte arabe.

Mathématiques.

Commentaire des Eléments d’Euciide.

Extrait critique d’Euclide et d’Apollonius.

Commentaire de l’Almàgeste.

Sommaire des éléments du calcul.

Do la perspective, d’après Éuclide et Ptolémée.

Solution de théorèmes géométriques.

(1) Ou du moins on n'en avait parcouru que la moitié.

L’iGYPTE. 5^5

Solution de théorèmes arithmétiques par la voie de l’algèbre.

Solution de théorèmes géométriques et arithmétiques. Eléments de géométrie.

De l’arithmétique commerciale.

Des constructions, avec figures.

Commentaire des sections coniques d’Apollonius.

Du calcul indien.

De 1 azimut de la Kibla, avec tables.

Des rapports du droit avec les mathématiques.

Sur les observations astronomiques.

Introduction aux mathématiques.

Que 1 hyperbole et les deux lignes qui l’accompagnent ne se rencontrent jamais.

Réponse à sept questions théoriques adressées de Bagdad, él^ts^ composition et de la résolution mathématiques, aux

Extrait du livre d’ibrahim ben Temnan.

Déterminer la distance entre deux localités par voie o-éométrique. “

Éléments de problèmes arithmétiques, wec leur solution Solution des parties obscures du V- livre des éléments d Euclide.

Démonstration de la figure d’Archimède sur la division

d un angle en trois parties.

« Quant à mesouvragesenphysique et en mathématiques

J en ai composé quarante-quatre. »

Conimentaire.de l’Introduction de Porphyre et des IV livres d Aristote sur la logique.

Abrégé du précédent.

De la poésie, d’après une traduction du grec en arabe. Commentaire du livre de l’âme d’Aristote, etc.

Des rapports entre le microcosme et le macrocosme.

Du syllogisme. ■

De la démonstration.

Du monde, son origine, sa nature et sa perfection.

De la création et des créatures.

De la forme du monde.

Réponse à Jean le Grammairien, sur ses objections à Aristote, à propos du ciel et du monde.

Lettre à quelqu’un sur le même .sujet.

Réponse à Aboul Hassan Ali ben el Abbas, à propos des opinions des astronomes.

Réplique à la réponse du même.

De la distinction ?

Du désir de la mort, d’après les anciens.

Du désir de la mort, d’après les modernes.

Réponses aux scolastiques qui prétendent que l’action de Dieu est intermittente.

Qu’au delà du ciel il n’y a ni plein ni vide.

Réponse à Abou Hacliem, chef des Motazélites, sur ses objections au livre d’Aristote sur le ciel et le monde.

Sur les Djebariens et les astrologues.

De la supériorité physique de l’Ahouaz sur Bagdad.

Aux savants, sur le sens de... ?

Qu’il n’y a qu’un côté pour saisir les vérités.

Que la démonstration n’a qu’un sens, mais qu’il en est d’artificielles en mathématiques.

De la douleur et du plaisir.

De la nature des trois sortes de plaisirs.

Que les hommes s’accordent sur le bien, mais qu’ils diffèrent sur le but et les moyens.

De la preuve de la création.

De la certitude de l’astrologie.

Des existences et des destinées.

De l’intellect.

Contre ceux qui pensent que les arguments sont égaux. Réponse à un Motazélite dè Bassora.

De l’écriture d’après les anciens.

Conseils aux écrivains.

Que le savant se révèle par son œuvre.

Réponse à un dialecticien.

De la substance de l’àme universelle.

De l’opinion d’Aristote que la faculté rectrice réside dans

le cœur. i j

Réponse au dialecticien Ebn Essamedj de Bagdad.

l’Égypte.

« Etat (le la médecine d’après les écrits de Galien, trente volumes. »

(Sur les XVI livres de Galien qui nous sont connus, il en est cité XIV que nous passerons sous silence.

De la démonstration.

De l’usage des organes.

Des opinions d’Hippocrate et de Platon.

Du sperme.

De la voix.

Propriétés des médicaments simples.

Des médicaments composés.

Du bon et du mauvais chyme.

Que les qualités de l’âme .suivent le tempérament.

Du mauvais tempérament.

De la pléthore.

De l’emploi de la saignée.

Du marasme.

De la meilleure constitution.

Des aliments d’après Hippocrate et Galien, i Ce que j’ai composé sur les .sciences des anciens. »

Que les choses spirituelles et temporelles sont du ressort de la philosophie.

Commentaire de la physique d’Aristote.

Sur le lieu et le temps, d’après les doctrines d’Aristote. Lettre à Aboulfaradj ben Thaïeb sur diverses questions d(> physique et de métaphysique, où il combat les opinions de Razès.

Contre ceux qui prétendent que le monde est composé de parties indivisibles.

Sur la pratique des observations astronomiques.

De la certitude des prophéties.

Lettre sur certains livres d’Ebn el Raouendy.

Lettre sur l’action des sons musicaux sur les animaux. Que la preuve que le monde a été créé, donnée par les scolastiques, est mauvaise.

Répomse aux Motazélites sur les attributs do Dieu. Réponse aux Motazélites .sur les prédictions.

Réponse à des questions de mathématiques adres,sées de Bagdad en l’année 418.

Réfutation de l’erreur de ceux qui prétendent que Dieu ne crée plus.

Lettre sur les grandeurs et les distances des corps célestes. Commentaire sur les Météores d’Aristote.

Commentaire sur les Animaux.

Des miroirs brûlants.

; Extrait de la partie pratique de l’Almageste.

De la substance visuelle et du mécanisme de la vision. Réponse à Aboulfaradj ben Thaïeb à propos des opinions de Galien sur les propriétés naturelles du corps humain. (Tout ce qui précède est tiré d’un manuscrit autographe). De la forme du monde.

De la perspective, en VII livres.

; Pratique des observations astronomiques.

Des astres qui apparaissent dans l’air.

De la lumière de la lune.

De l’azimut de la Kibla.

De l’arc-en-ciel et du halo.

Des inégalités de hauteur des astres.

Des cadrans horizontaux.

De l’aspect des astres.

Des centres de sections.

Des centres de contacts ?

Principes ou éléments de géométrie des surfaces.

Mesure de la surface de la sphère.

Mesure de la surface des solides.

Des miroirs brûlants par cercles.

Des miroirs brûlants par segments.

Des figures en croissant ou des figures de la nouvelle lune (deux traités).

Des centres des grands cercles.

Des centres des cercles.

De l’azimut.

Sur les erreurs dans les observations astronomiques.

Que la sphère a plus de capacité que les corps terminés par des plans.

De l’optique, selon Ptolémée.

De la certitude des actions sidérales.

Extraire quatre lignes entre deux lignes.

De la quadrature du cercle.

Détermination exacte de la méridienne.

Propriétés de la parabole.

Propriétés de l’hyperbole.

De la cause des arcs de temps, relativeincnt à leur élévation ?

Des crépuscules (El Atblal).

Que l’on voit du ciel plus de la moitié.

Solution de questions obscures du premier livre de l’Almageste.

Solution de difficultés relatives aux solides dans le livre d’Euclide.

De la division des grandeurs diverses mentionnées dans la 1™ figure du X® livre d’Euclide.

Sur les variations de la perspective.

Extraction d’un côté d’un heptagone.

Division de la ligne employée par Archimède dans le traité de la sphère et du cylindre.

Inscrire un pentagone dans un carré.

De la voie lactée.

Extraire le côté d’un cube.

De la lumière des astres.

De l’influence de la lune.

<c De harmonia numerica * (Casiri, Sédillot).

Du mouvement sur un plan.

De l’analyse et de la composition.

Des connues.

Solution de difflcnltés du XII® livre d’Euclide.

Solution de difficultés du I®® livre.

Des calculs erronés?

Réponse à des questions de géométrie.

Delà lumière.

Du mouvement des spirales.

Réponse à propos de la voie lactée.

Solution de difficultés relatives au mouvement de s spirales.

Solution de difficultés dans Ptolémée.

Des choses indivisibles.

Des lignes horaires.

De la balance, ou du levier.

Du lieu. -

Déterminer la base des montagnes.

Du calcul indien.

De la hase des corps triangulaires.

Des propriétés des cercles.

De la figure des Béni Moussa,

Inscrire un heptagone dans un cercle.

Déterminer l’élévation du pôle.

Construction d’un compas.

De la sphère en mouvement.

Théorèmes de géométrie.

Théorèmes de mathématiques.

Description des éclipses.

De la plus grande ligne qui tombe sur un segment de cercle.

Du mouvement de la lune.

Théorèmes des contacts.

Commentaires de l’arithmétique.

Commentaires du Canon (d’Euclide).

Division du trapèze.

Des mœurs.

Des mœurs des écrivains.

De la politique.

Annotations d’Ishaq ben lounis sur le livre de Diophante. Théorèmes d’algèbre.

Théorèmes d’arithmétique.

Comme on le voit, dans cette longue liste la médecine est faiblement représentée, par une trentaine d’écrits qui ne sont autre chose que la refonte de ceux de Galien, et sans aucun ouvrage original. Ebn el Heitsam est essentiellement un mathématicien et un philosophe.

Ajoutons encore qu’il traite de beaucoup de questions de physique touchant à la médecine.

La liste donnée par Casiri est assez incorrecte. M. Sédillpt

l’êgypte.

l’a corrigée parfois, mais en conservant la traduction latine.

Le traité des Connues jféoînétHques a été l’objet d’un travail de M. Sédillot, inséré dans ses Matériaux pour servir à riiistoire des sciences mathématiques, I. 378.

L’original existe à Paris, n" 1104.

La B. Bodléienne et celle de Leyde possèdent des commentaires d’Ebn el Heitsam sur Euclide. Cette dernière possède en outre un traité de la sphère, un traité des bases des montagnes, un autre sur la ligne d’Archimède, un autre sur les miroirs ardents, enfin un commentaire de sa Perspective. Nous croyons devoir nous arrêter sur le traité de la Perspective, auquel Ebn el Heitsam doit sa célébrité, mais dont la paternité fut longtemps méconnue et n’est pas encore bien établie. C’est d’ailleurs, à notre avis, le meilleur moyen de rendre à son auteur la part de gloire qui lui revient, en détruisant une équivoque trop longtemps prolongée.

L’Optique d’Ebn el Heitsam fut traduite de bonne heure, sous le nom à’Alhaien. L’estime qu’en faisaient les Arabes est attestée par ces mots d’Ebn Khaldoun : . Le plus célèbre des musulmans qui aient écrit sur cette matière est Ebn el Heitsam. » Le traité d’Optique dut venir de bonne heure en Espagne. M. Jourdain pense que l’on doit considérer Gérard de Crémone comme l’auteur de la traduction latine, mais il ne dit pas sur quoi reposent ses présomptions, probablement sur ce que Gérard de Crémone traduisit un opuscule d’Alhazen sur le Crépuscule, dont nous n’avons pas retrouvé nettement le titre dans la liste de ses œuvres.

Le traité d’Optique était connu de Roger Bacon, qui le lut peut-être dans l’original, car, dit-on, il savait l’arabe. Il en faisait grand cas, attendu qu’en parlant des travaux de Ptolémée et d’Alhazen sur l’optique, il s’exprime ainsi ; Nullum falsum dicunt; in omnibus recipiendi; florem philosophiœ ‘explicant sinefalsitate quolibet. Jourdain, Recherches, 389.

Un siècle après Gérard de Crémone, un contemporain de Bacon, le Polonais Vitello, se nourrissait du livre d’Alhazen et en prenait la substance pour composer son livre delà Perspective.

Dans le courant du seizième siècle, l’Optique d’Alhazen

523 HISTOIRE DE LA, MlSoECINE AR.iBE. — LIVRE QUATRIÈME,

était imprimée parles soins de Ramus etdeRisner, qui édita aussi Vitello.

Ici nous devons nous arrêter un instant pour relever des erreurs relatives au rôle de traducteur attribué tantôt à Vitello (Sédillot, Histoire des Arabes, 386), tantôt à Risner (Jourdain père, Biographie universelle de Michaud ; Sédillot, Histoire des Arabes, 351).

Nous avons lu attentivement les préfaces et dédicaces qui accompagnent la double édition d’Alhazen et de Vitello, et nous n’y avons rien rencontré qui autorise à conclure que le premier fut traduit par le second. Les éditeurs disent le contraire.

Vitello paraît vouloir dissimuler ce qu’il doit à El Hazen et le cite rarement. Mais ses emprunts ont été mis en évidence par l’éditeur commun, dans l’édition double, et ces emprunts reviennent presque à chaque page. L’auteur de la notice de Vitello, dans la Biographie universelle, reproche à Montucla et à, Brisson d’avoir prétendu que <£ La gloire d avoir découvert et annoncé à l’Europe les premiers éléments de l’optique n’appartient point à Vitello, qui ne fait que traduire ce que deux siècles avant lui El Hazen avait publié en arabe. Ces deux physicien s, ajoute M. Gley, n’auraient point hasardé cette opinion s’ils avaient comparé entre eux El Hazen et Vitello. » Eh bien, c’est précisément cette comparaison, facile à faire dans l’édition double, qui prouve combien Vitello doit à El Hazen. Risner a eu le soin de noter tous ces emprunts. Il les reconnaît dans sa dédicace à Catherine de Médicis, tout en accordant à Vitello le grand mérite d’avoir fait une œuvre mieux exécutée et plus complète que celle de son devancier. On y lit en effet: « In X libris opticis quos ex Alhazeno imprimis, deindé è grœcorum authorum fontibushauserit, arte mirandis accessionïbus amplificavit... optieorum longe maximam nobilissimam que partem ex Alhazeno desumsit. » Plus loin il ajoute: « Si artis opifex atque author habendus sit qui arti formam animam que dédit, Vitello jure optimo opticœ artis author habetur. ^ Vitello ne fit donc que reconstruire et embellir l’édifice commencé par Alhazen, auquel il emprunta ses matériaux.

[,’ÈGYPTIS.

D’ailleurs Vitello lui-mème, dans sa dédicace, à Guillaume de Morbeka, donne assez à entendre qu’il s’est proposé pour but de reproduire avec plus de méthode les travaux de ses devanciers : «: Lïbros itaque veterum tïbi super hoc negotio perquirenti occurrit tædium verbositatis arahicœ, implicationis grœcœ, paucitas quoquc exarationis latinæ, meque putans vacare otio, sub amoris nexu quo tïbi conjungor, voluisticonstringere uttibi hoc laboris tïbiplaciti onus subirem. At ego, quod de ordine entium olim conscribendum susceperam capitulum, in tempus removi, prœsentisque operis dispendium pro meœ possïbilitatis viribus, quibus hic impur fateor, adii conscribendum. »

Ce n’est donc point là le travail d’un savant dont les recherches sont dirigées constamment vers une spécialité, et qui écrit d’abondance.

Relevons en passant une erreur de M. Gley. Guillaume de Morbeka n’était point le frère de Vitello. Celui-ci était Polonais et celui-là Flamand. La citation que nous venons do faire montre comment il faut entendre le mot fratri, mis en tête de la dédicace.

Quant à Risner, pour se convaincre qù’il ne fut aucunement traducteur d’Alhazen, il suffit de lire sou épître à Catherine de Médicis. M. Gley en a cité un passage ; « Ramus et moi nous cherchions depuis longtemps Alhazen. En ayant enfin trouvé deux Manuscrits, j’ai employé une année entière à les publier. 3> Il semblerait implicitement résulter de cette citation que Ramus a découvert le texte arabe d’a\lhazen, inconnu de Vitello. Mais qu’on lise attentivement cette épître et on verra que la découverte de Ramus n’a pu porter que sur des traductions latines, que Risner s’est borné au rôle d’éditeur intelligent, et que le rôle de traducteur lui fut étranger.

a Diligentiam sane et doctrinam in arabe homine mirabilem deprehendi, nec ad modum quod animadvertere potuerim à veterïbus grœciœ opticis adjutam quamobrem cum luculentum quidem scriptoremet copiosum opticum sed valde confusum perspexi, id mihi P. Ramo suasore et authore

52 i HISTOIEE DE LA. MÉDECINE ARABE. — LIVRE QUATRIÈME.

consiliwn sumsi. Annum integrum in authore isto restituendo et conformando (Ramus) occupavit. »

On voit en somme que dans cette édition revue, corrigée et classifiée sous forme de chapitres^ le rôle le plus important est encore celui de Ramus.

Tous les historiens de la science ont reconnu le mérite exceptionnel du traité d’Optique d’Alhazeii, mais on ne parlait pas d’Ebn el Heitsam, ou s’il en était question c’était pour en faire un autre personnage.

Il serait oiseux de relever toutes les citations qu’on en a faites. Nous voulons seulement nous placer sur le terrain de l’époque actuelle.

Les hommes spéciaux eux-mêmes ont maintenu le dédoublement et la confusion.

Nous ne citerons de M. Sédillot que sou Histoire des Arabes, parce qu’il y a condensé des documents épars dans ses autres publications, et que celle-ci est la plus accessible au commun des lecteurs. Malheureusement il a négligé d’en revoir certaines parties, que les nouvelles acquisitions bibliographiques lui eussent permis de corriger.

Tantôt il voit Ebn el Heitsam dans Alhazen, tantôt il en fait deux personnages. C’est ainsi qu’à la page 351 nous lisons ; Le plus illustre des successeurs d’Ebn lounis, Hassan ben Haithem, composa plus de 80 ouvrages. Il a fait un traité d’optique traduit par Risner. Page 304 on lit : Si nous avons à regretter l’ouvrage que Hassan ben Heithem écrivit sur la vision directe réfléchie et rompue, du moins nous pouvons citer l’optique d’ Alhazen.

A la page 386, il fait traduire l’optique d’ Alhazen cette fois par Vitellion le polonais.

Nous détacherons quelques morceaux d’une longue et intéressante citation de M. Chasles, page 371.

« L’optique a été traitée chez les Arabes par un grand nombre d’auteurs dont le plus célèbre est Alhazen. Son ouvrage, qui nous est parvenu, se recommande par des considérations de géométrie savantes et étendues. On y remarque surtout la solution d’un problème qui dépendrait en analyse (Tune équation du 4’ degré. Il .s’agit de trouver le point de

réflexion sar un miroir spliérique, le lieu de l’œil et celui de l’objet étant donnés. L’ouvrag-e d’Alhazen fait Ironneur aux Arabes et nous devons le regarder comme l’origine de nos connaissances en optique. Vitellion y a puisé utilement pour la composition de son traité d’optique. Enfln Hassan ben Haitliem, qui mourut au Caire en 1038, a composé un ouvrage original sur les données géométriques, qui est ^ une imitation et une continuation du livre des Données d’Euclide. n

Comme on le voit, ce sont toujours deux savants au lieu d’un. Mais ce qu’il y a de plus étonnant c’est que Wüstenfeld, dans sa bibliographie d’Ebn el Heitsam, ne touche pas à ces questions, ne mentionne même pas le traité de l’Optique et se borne à une liste bibliographique sommaire, d’une incroyable brièveté. Il ne se doute pas qu’il s’agit d’Alhazen.

Nous pensons que l’importance du sujet nous fera pardonner les longs développements dans lesquels nous sommes entré.

ALI BEN EODHOUAN.

Nous avons déjà vu dans Ebn el Heitsam ce que peuvent la résolution et la ténacité. Nous en verrons un autre exemple dans Aliben Rodhouan. S’il n’arriva pas aussi haut, il partit de plus bas. C’est en outre un des plus dignes caractères de médecins que nous offre l’histoire de la médecine arabe. (1)

Aboul Hassan Ali ben Rodhouan ben AlibenDjafar naquit à Ghizeh vers la fin du X» siècle, peut-être vers 980. Nous ignorons l’année de sa naissance, mais nous savons qu’il vécut plus de soixante ans, car il en avait cinquante-neuf quand il rédigea son autobiographie.

Il serait cependant possible de déterminer cette date, car il nous a donné lui-même son thème généthliaque.

(I) Ali ben Eodhouan professe de très nobles sentiments. Cependant Djemal eddin le peint en noir et ne le considère que comme un vulgaire compilateur. V. Aboulfarage. Dyn. 834.

520 niSTOIRIS DE LA MÉDECINE ARABE.— LIVRE aüATRIÈME.

Nous n’avon.s pu le déchilFrer, mais nous en citerons l’ensemble, comme curiosité. Il naquit alors que le .soleil était dans le Verseau, la lune dans le Scorpion, Saturne dans le Sapttaire, Mercure dans le Capricorne, Mars et Jupiter dans le Verseau, Vénus dans le Sagittaire.

C’est à lui-même que nous devons les détails de sa curieuse existence. Son père était boulanger ou chaufournier. A dix ans il vint au Caire, déjà instruit, et à quinze il étudia la médecine.

Nous allons lui laisser la parole :

^ Comme il faut que tout homme ait un état, et que la médecine est une profession pieuse, je l’embrassai. D’ailleurs les signes sous lesquels j’étais né le voulaient ainsi. Mais j’étais pauvre, et je rencontrai bien des difficultés. Je gagnai ma vie par l’astrologie, l’enseignement et l’exercice de la médecine. Je continuai mes études assidues jusqu’à l’âge de trente-deux ans, où je me trouvai dans l’aisance. La médecine me rapportant plus que le nécessaire me laissa du superflu.^ Dès ce moment je réglai mes dépenses de- telle sorte, qu’après celles nécessaires à ma santé, je pusse faire des aumônes et conserver des économies pour les mauvais jours. Après mon travail de la journée, j’examine l’emploi que j’en ai fait. S’il y a du bien, je m’en réjouis, s’il y a du mal je m’en afflige et prends la résolution de n’y plus retomber. J’ai composé cinq livres extraits des ouvrages de morale des anciens. J’ai aussi composé des extraits d’autres savants. — Suivent les noms d’Hippocrate, de Galien, de Dioscorides, de Rufus, d’Oribase, de Paul d’Égine, de Razès, de livres de pharmacie et d’agriculture, de Ptolémée, de Platon, d’Ari.stote, d’Alexandre (d’Aplirodisias), de Tliémistius et d’Alfaraby. — Je vends ces livres ou je les garde.

Ces derniers mots expliquent comment nous avons des ouvrages d’Ali ben Rodhouan, qui ne sont pas mentionnés dans les listes qui en sont données ; ainsi le Tetrabiblon commenté, qui fut traduit en latin.

On ne lui connaît pas de maître soüs lequel il ait étudié, dit Ebn Abi Ossaïbiah. Nous dirons bientôt qu’Ali croyait la lecture plus profitable que les leçons. 11 est probable qu’il

l’égypte. 527

dut à ses études solitaires la raideur qu’il apporta dans la controverse et que son biographe signale dans ses observations sur Honein et sur Razès, ainsi qu’à l’endroit d’Aboulfaradj ben Thaïeb. Plusieurs savants de son époque étaient en correspondance avec lui.

Ali ben Rodhouan fut attaché au Khalife El Hakem et fut nommé chef des médecins d’Égypte. Il habitait une maison située près du vieux Caire, dont Ebn Abi üssaïbiah vit encore des restes au XIIP siècle.

En l’année 445 de l’hégire, 1053 de notre ère, une famine se déclara, bientôt suivie de peste qui s’accrut encore les années suivantes, au point que le Khalife Mostancer dut faire lui-même les frais de 80,000 sépultures, puis s’enrichit par de nombrenx héritages.

Au milieu de ces calamités. Ali ben Rodhouan recueillit une orpheline, qui paya ses bienfaits en lui volant des objets précieux et environ 20,000 dinars. Elle échappa à toutes les recherches, et Ali ben Rodhouan en perdit la tète. Il survécut ainsi jusqu’en l’année 1061. (1)

Nous parlerons toutàl’heuredes écrits d’Ali ben Rodhouan mais avant nous citerons les propos qu’on lui prête relativement au médecin, et qui rappellent le Serment.

Le médecin selon le cœur d’Hippocrate, dit Ali, est celui qui réunit sept qualités ; I. Il doit être sain de corps et d’esprit ; IL II doit avoir le corps et les vêtements propres et une bonne tenue ; III. Il doit garder les secrets des malades et ne rien divulguer de leurs maladies; IV. Il doit s’occuper exclusivement de la guérison des malades et ne pas songer à la rémunération qui lui en reviendra ; se donner aux pauvres de préférence aux riches ; V. Il doit chercher à être savant et utile autant que possible ; VL II doit avoir le cœur pur et exempt de convoitise, détourner les yeux des trésors et des femmes qu’il voit dans les maisons des grands et se

(1) Telles sont les raisons qui nous portent à croire qu’Ali vécut environ 80 ans. Il se produisit tard; il servit El Hakem, qui mourut en 1021 ; à la date de son autobiographie, qui précéda l’année 1055, il avait 60 ans ; enfin il vécut encore jusqu’à l’année 1061. d’après Ebn Abi Ossaïbiah.

garder de les convoiter ; VIL II doit être sùr et fidèle, ne préparer aucun poison et ne pas en divulguer la préparation, ne pas donner d’abortif, soigner ses ennemis comme ses amis.

Par un corps sain il entendait celui dont chaque organe accomplit sa fonction spéciale. Pour apprécier cet état du corps il entre dans des détails intéressants qui rappellent l’ensemble des épreuves subies dans nos conseils de révision. Pour reconnaître les défauts il prescrit l’exploration des organes de chaque région par le toucher et par la vue, tant de près que de loin, afin de juger de l’ouïe et de la vision, de s’assurer de l’état de la langue et de la parole, de faire soulever des corps pesants, serrer, marcher de face et par derrière, de faire coucher le sujet parterre, de tâter le pouls, de faire des questions pour apprécier l’intelligence et le caractère, etc.

Nous ignorons quelles étaient les prérogatives attachées au titre de chef des médecins en Egypte, s’il comportait, comme nous l’avons vu à Bagdad dans la personne de Sinan ben ïsabet, le contrôle de la profession. En tout cas le caractère et les principes d’Ali ben Rodhouan durent exercer une influence salutaire sur les médecins de son temps.

Il a laissé de nombreux écrits, environ soixante-dix. Ils portent sur la médecine et la philosophie en général. Aucun d’eux n’a l’importance ni l’originalité qui recommandent un homme à l’admiration de la postérité. Ali ben Rodhouan ne peut prendre place que parmi les médecins de second ordre.

Il écrivit plusieurs commentaires sur Hippocrate et surtout sur Galien, dont quelques-uns nous sont parvenus. Ainsi des commentaires sur les Sectes, sur le petit livre de l’Art, sur le petit livre du Pouls, sur le livre à Glaucon, sur la Guérison des maladies, sur les Éléments, sur les Tempéraments, sur les Commentaires des œuvres d’Hippocrate, sur la méthode de l’un et de l’autre. Nous rappellerons encore les noms qu’il a cités dans son autobiographie. Comme tant d’autres il commenta aussi les questions de Honein.

Telles sont ses productions originales en médecine :

Eléments de médecine.

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