‹ Histoire de la médecine arabeChapitre 180 sur 199 · ALI BEN SOLEIMAN · texte numérisé non relu

ALI BEN SOLEIMAN

C’était un médecin éminent, cultivant aussi la philosophie et les mathématiques et incomparable, dit son biographe, comme a.stronome. Il vécut sous El Aziz, El Hakem et Eddaher. Il composa les ouvrages suivants :

Abrégé du Continent de Razès.

Recueil d’observation.s, d’expériences et do faits curieux tirés surtout d’Hippocrate et de Galien.

Mémorial.

Notes de philosophie, commencées à Alep en 1020.

EL MOBACHËR BEN F.ATËQ.

L émir Mobacher ben Fateq el Amry compte parmi les savants et les bibliophiles' de l’Égypte.

C’était un homme avide de sciences, recherchant la société des hommes d’élite, et pratiquant le, s bonnes œuvres. Ali ben Rodhouan fut un do ses amis. Il enseigna la philosophie et les mathématiques, et compta parmi ses élèves Aboul Kheir Salâma.

Les livres étaient sa passion. Il avait une riche bibliothèque, où il passait tout son temps à l’étude et à la composition. Quand il mourut, sa femme, qui avait sur le cœur les moments que son mari passait avec les livres, à son détriment les jeta dans un grand bas,sin, d’où ils furent en partie ret ’

532 UIïiTOIRE ÛE LA MÉDECINE ARADE. — LIVRE (JUAÏRIÈMB.

rés, mais endommagés, etc’estainsi quel’onen reconnaissait plus tard la provenance.

L’émir Mobaclier écrivit, entre autres livres, un Recueil de sentences et de maximes et un Traité de médecine.

Le premier livre est cité plusieurs fois par Ebn Abi üssaïbiaL dans ses origines de la médecine.

ISHAQ BEN lOüNES.

11 passait pour un médecin savant et un bon praticien, et comme versé dans la pliilosophie.

AFRANIM ben ASELF.AN.

Ce nom d’Afranim est quelquefois écrit Afratsim. C’était un Israélite. Malgré l’opinion d’Ali ben Rodbouan que la lecture était préférable pour l’étude de la médecine, il n’en, donnait pas moins des leçons et Afranim fut un de ses meilleurs élèves.

Il servit les Khalifes, et il y gagna la fortune et les honneurs.

Les livres étaient sa passion, comme celle de 1 emir Mobacher. Non-seulement il en achetait, mais il s’attachait à leur transcription. Tl entretenait continuellement des copistes, parmi lesquels on cite Mohammed ben Saïd dit Ebn el Melsaka. En Arabe de l’Irak lui proposa un jour de lui en acheter, et Afranim consentit à lui céder 10,000 volumes. Cependant El Fadhl ben el émir Habous, eu ayant eu connaissance, ne voulut pas que ces livres sortissent de 1 Egypte et dépêcha quelqu’un qui paya la somme convenue et fit transporter les livres dans la Bibliothèque d El Fadhl. Afranim n’en laissa pas moins à sa mort plus de 20,000 volumes. Dans ce nombre la médecine était largement reprétée.

Afranim laissa quelques écrits.

Notes et observations de médecine, sous forme de compendium.

Mémorial d’iiyg-iène, dédié à Nasser eddoula, quand il quitta le Caire pour Alexandrie (en 1068).

Que la bile prédomine en été et les autres humeurs en hiver.

S.4L.VMA BEN R.\IIMODN.

Aboul Kheir Salàma ben Mobarek ben Rahmotin était Israélite. Il étudia la médecine sous Afranim et la philosophie sous Mobacher ben Fateq. Il s’appliqua particulièrement à l’étude et à l’explication des ouvrag-es de Galien. En même temps il étudiait les livres do physique, de métaphysique et de philosophie.

Quand Abous Sait ümmeya vint d’Espagne en Egypte, vers l’année 1116, dit l’auteur du Kitab el hokama, Salama ben Rahmoun se lia d’amitié avec lui, et Abous Sait le mentionne dans la relation de son voyage en Egypte.

Salama ben Rahmoun écrivit quelques ouvrages.

De la série des êtres.

Do la métaphysi()[ue.

Pourquoi la pluie est rare au Caire.

Pouiquoi les femmes du Caire engraissent quand elles commencent à vieillir.

MOB.A.REK BEN SL.WIA.

Mobarek ben Slama, fils du précédent, fut un des bons médecins du Caire, et nous leplacerons ici pour n’avoir pas à y revenir au siècle suivant.

ABOUL CASSEM OM.\R BEN ALY EL MOUSLY, CANAMU3.YLI DD MOYEN AGE.

Ebn Abi Oss.îïbiah en dit quelques mots que nous reproduirons intégralement :

« Omar ben Aly el Mously (natif de Mos.mul) était un

oculiste célèbre et un praticien renommé, cité pour le traitement des maladies oculaires et l’emploi do l’instrument tranchant. Il se rendit en Ég'ypte où il demeura. Il écrivit un sommaire de.s maladies des yeux et do leur traitement tant par les médicaments que par les instruments, qu’il dédia au Khalife El Hakem.

C’est la première fois, à notre connaissance, que ce nom se produit dans tout son jour. Nous verrons cependant qu’il a de l’intérêt et qu’il occupe une certaine place, modeste il est vrai, dans l’histoire de la médecine.

Omar a été méconnu par Wüstenfeld, qui se borne à le mentionner ainsi, dans sa liste des médecins égyptiens, page 141 : « Ammar (Amman) ben Ali cl Mausili. » (1) Plus loin, à la page 161, il le cite encore, mais sans se douter de l’identité, parmi les médecins dont il ignore l’époque. Cette citation est empruntée à Casiri, qui cite son Traité d’oculistique sous le titre ; Liber selcctiis, de oculorum morbis, n“ 8S9 de sou catalogue. On peut s’étonner que la citation de Casiri n’ait pas fait reconnaître à Wüstenfeld l’identité et l’époque d’Omar. Ce sont les mêmes noms, et dans la liste des médecins égyptiens Omar précède un médecin dit des Fathmides. Il est vrai que Wüstenfeld a lu malencontreusement El Adhimia, qui ne signifie rien, au lieu de Fathmya.

L’ouvrage d’Omar, qui porte en arabe le titre do Moiintekheb, extrait, sommaire, titre donné aussi par Casiri, est cependant bien connu des médecins arabes. Un oculiste espagnol du XIU siècle, Errafequy, dont un exemplaire exi.ste à l’Escurial, le cite parmi ses devanciers, mais lui reproche une excessive brièveté. Un oculiste du XIII” .siècle, Salah eddin, auteur d’un remarquable traité d’oculistique intitulé Nour el Ouyoïm, la lumière des yeux, fait de nombreux emprunts à Omar. Nous reproduirons le plus important.

Omar ben Aly paraît avoir eu l’habitude d’opérer la cataracte par succion, et c’est à son livre que Salah eddin emprunte le procédé opératoire. Dans ce passage Omar prétend

m est aussi la lecture adoptée par Keiske, p. 53.

(1) Ammn:

l’égypte. E35

quG personne avant lui n’avait employé ce procédé, ce qui est une erreur. Nous lisons en effet dans le Nour cl Ouyoïin cette citation de Tsabet ben Corra qui repousse l’aiguille creuse et son emploi : s Ce procédé n’est pas sûr et il ne faut pas ajouter foi à ceux qui prétendent qu’il leur a réussi. En effet il y a dans l’œil des humeurs plus ténues que la cataracte, et si l’on tente l’opération par succion, on attirera plutôt les humeurs de l’œil que la cataracte elle-même. D’ailleurs la cataracte est recouverte d’une enveloppe qui est encore un obstacle à son issue par la succion. ^

Omar n’en raconte pas moins comment l’idée lui vint d’imaginer ce procédé, dont il a fait usage maintes fois en Egypte, et qui lui a réussi.

Le procédé a les mêmes préliminaires que le procédé ordinaire. Seulement, comme l’instrument est un peu plus gros, on pratique l’incision préalable de la cornée pour faciliter son introduction. On dirige l’une des trois facettes de l’aiguille, celle qui est munie d’une ouverture, sur la c'ataracte, et l’on fait aspirer par un aide. L’aspiration doit être modérée et continue, tant pour ne pas dépasser le but que pour empêcher le retour des matières aspirées. D’après une observation rapportée par Omar, son procédé aurait, .sur le procédé ordinaire, l’avantage de ne pas exiger le décubitus dorsal, mais seulement le bandange des yeux.

Tous les praticiens ne furent pas aussi heureux. Un oculiste renommé, sur lequel nous manquons jusqu’à présent de renseignements précis, Mansour, cité dans le Kafy d’Ebn Abil Mahassen, dit qu’il a vu des gens employer ce procédé, et qui, en même temps que la cataracte, attiraient l’humeur albuginée.

Ce procédé paraît cependant avoir eu quelque vogue. Abulcasis dit qu’il le sait en usage dans l’Irak. On lit absolument la même chose dans un traité d’oculistique, existant à l’Escurial sous le n° 876, donné par Casiri comme anonyme, et que nous rapportons à Ebn Ouafed, autrement dit Eben Guefith.

Le Kafy, dont nous venons de parler, qui existe à Paris, sous le n“ 1043 du supplément arabe, contient deux tableaux

(riiistTumcnts d’oculistiquo exécutés avec une élég-ance très remarqualile. Parmi ces instruments on voit figurer l’aiguille creuse.

Le Mountekheb d’ümar ben Ali existe à l’Escurial, sous le n" 889 du catalogue de Casiri, ainsi que nous l’avons indiqué précédemment. Ce manuscrit est mallieureusement en mauvais état. Il a été relié à tort et à travers, après avoir été sans doute mis en javelle. Bien que Casiri ne l’annonce pas, une certaine feuille annonce un traité d’Ebn Ouafed, vulgairement Ebn Guéfitli, qui se trouve dans un autre volume. Les deux ouvrages annoncés par Casiri ne nous paraissent pas autre cliose que deux parties disloquées du Mountekheb, l’une afférente au traitement par les médicaments, l’autre relative aux maladies et à leur traitement chirurgical. Lors de notre séjour à l’Escurial, occupé surtout à étudier le Continent de Razès, nous no pûmes donner que quelques instants à beaucoup d’autres Manuscrits également intéressants. Nous transcrivimes de celui-ci uns dizaine de pages. Il en contient 260, à 15 lignes. En le parcourant, une chose nous frappa, la mention d’une aiguille à cataracte creuse, et la description du procédé opératoire. Nous ne songions pas alors à rapporter ce procédé à notre oculiste et ce n’est qu’aprôs avoir pris connaissance du Nour el Ouyoun et avoir mis en présence le Ms. de l’Escurial avec la citation du Nour ol Ouyoun que la lumière se fît. Nous ne conservâmes plus aucun doute, le fragment qui parle de l’aiguille creuse et do l’opération de la cataracte par succion est une partie intégrale du Mountekheb d’Omar ben Aly. Entre le manuscrit de l’Escurial et celui de Paris il y a identité parfaite.

Mais il y a plus. Nous croyons positivement qu’ümar ben Aly cl Mously n’est autre chose que le Canamiisali du moyen âge, auteur d’un petit traité d’oculistique imprimé habituellement à côtédu Monitorium d’Issa ben Ali. D’Aboulcassem el Mously il n’y a pas bien loin de Canamusali, et 1 histoire des traductions de l’arabe en latin nous fournit des altérations de noms propres bien plus étranges que celle-ci.

Nous savons que l’on va nous objecter une difficulté de

l’égypte.

clironologie. Les quelques maigres notices que nous avons rencontrées sur Canamusali, le font appartenir au XIIP siècle, mais sans nous dire d’après quelle autorité.

Hille, qui en a parlé dans son spécimen d’Ali ben Issa, dit qu’il vivait quelque temps avant l’entrée des Tartares à Bagdad, mais il ne dit pas où il a pris ce renseignement. Nous ignorons encore à quel titre il en fait un Arménien. L’esquisse de l’histoire des oculistes arabes donnée par Hille, dans son introduction, manque absolument d’originalité et partant de crédit. Il n’a fait qu’emprunter à Wüstenfeld sans donner rien de neuf, et partant il a oublié bon nombre d’oculistes et de faits intéressant l’oculistique, dont il est question dans notre histoire. Nous avons déjà relevé ces lacunes à propos d’Ali ben Issa. En somme, l’autorité de Hille est sans valeur aucune.

On peut faire une autre objection. Canamusali nous est donné comme étant de Bagdad, non-seulement dans le titre, mais dans le corps du livre.

Nous lisons même au prologue du livre V : Ego Canamusali fui in Baldach coram caliphi, etc. A cela nous répondrons d’abord qu’Omar ben Aly, natif de Mossoul, a dû. séjourner à Bagdad avant de se rendre en Egypte et qu’il peut citer des faits de sa pratique dans l’Irak. Nous pensons aussi que l’on aurait bien pu prendre Mossoul pour Bagdad, ou bien encore qu’Omar ben Aly a pu, dans certains Ms., être qualifié de Bagdady, en raison des études et du séjour qu’il a dû faire à Bagdad.

Si jusqii’à présent nous ne pouvons établir péremptoirement l’identité d’Omar ben Ali el Mously et de Canamusali, par la concordance de la traduction latine de ce dernier avec le Ms. de l’Escurial, cela tient d’abord à la confusion avec laquelle se trouve relié ce manuscrit, puis à la faible quantité d’extraits que nous en avons pris, en raison du peu de temps à notre disposition. Si nous n’avons pu retrouver dans Canamusali la mention de l’aiguille creuse d’Omar ben Ali, nous trouvons cependant une certaine ressemblance générale ( ntre le Ms. et la traduction latine, à savoir la division de

rouvrage en deux parties, d’une part des médicaments, de l’autre des procédé.s opératoires.

Dans Canamusali, les cinq premiers livres ne sont pas autre chose qu’un formulaire. Le sixième traite dos opérations, et le septième du régime alimentaire. Dans l’édition imprimée, on lit à propos de ce dernier livre ; Quœ sequuntur adclita non Canamusali. Dans le Ms. 10,234 du fonds latin de Paris on lit simplement ; Explicit liber sextus, incipit septimus.

Canamusali, au commencement de ces chapitres et sous forme de prologue, se donne comme ayant, à l’instar de l’abeille, emprunté aux Chaldéens, aux Hébreux et aux Indiens. Parmi les rares autorités citées, nous remarquons, après Hippocrate et Galien, Almansor. Nous ignorons s’il est identique avec un auteur de Tedkira cité par Ebn Abil Mahassan et que nous ne connaissons pas d’ailleurs.

Au prologue du 2» livre nous rencontrons encore Almansor, Jean Damascène, le grand Mahomet, puis un autre Mahomet portant un surnom qui serait peut-être celui de Razès.

Citons encore le passage du livre V qui pourrait servir à établir la date de ce Mahomet : <i Et hoc collyrium fecit Magister Machomethus, philosophus de Arabia pro calipho do Baldach qui steterat per très annos quod non viderat. » Nous n’avons pu jusqu’à présent reconnaître ce Khalife.

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