V. — LE MA GRE B
CONSTANTIN l’africain.
Bien que nous nous réservions do traiter de Constantin à propos des traductions do l’ar.ibo on latin, dont il eut riionneur d’inaugurer l’ère, nous ne pouvons cependant le pa.sser ici sous silence, car il est un produit de l’école arabe.
Constantin est un être amphibie. De son existence nous ne connaissons bien que la seconde moitié, celle qu’il passa en Italie, au Mont-Cassin. Quant à la première, les détails dans l6.squels entre .son biographe, Pierre Diacre, ne sauraient être admis que comme le fruit de l’imagination se donnant carrière sur un fonds dont la réalité ne saurait être contestée.
Au dire de Pierre Diacre, Constantin serait né à Carthage, ce qui veut dire probablement Tunis, et serait allé à Babylone, sans doute Bagdad, ou le Caire, étudier la grammaire, la dialectique, la physique, la géométrie, l’arithmétique, les mathématiques, l’astronomie, la nécromancie, la musique, et la physique des Chaldéens, des Arabes, dos Perses et des Sarrasins.
Il aurait même poussé jusque dans l’Inde, puis traversant l’Ethiopie, il serait revenu en Égypte, dont il se serait assimilé toutes les sciences. Après avoir comsacré trente-neuf années à ses études, il serait retourné dans .son pays, où
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tant de mérite lui aurait suscité des envieux. Ayant appris que l’on en voulait à ses jours, il se serait embarqué secrètement pour Salerne. Après être resté quelque temps ig'uoré, il aurait été reconnu par le frère du sultan de Babylone, qui s’y trouvait alors, puis il aurait été magnifiquement accueilli par le duc Robert (Guiscard). Quelque temps après il se serait retiré au Mont-Cassin, où l’abbé Didier, Desiderins, l’aurait admis au nombre de ses moines. Là il aurait traduit ou composé un grand nombre d’ouvrages, dont on donne la liste, et sur lesquels nous reviendrons plus tard.
L’éditeur dit en note qu’il étudia l’hébreu, le .syriaque, le clialdéen, le grec, le latin, l’italien, le persan, l’arabe, l’égyptien, l’éthiopien et l’indien, puis il le donne comme florissant vers l’année 1072. (1)
Telle est la première moitié de l’existence de Constantin, que nous avons cru devoir reproduire en entier.
Il e.st assez difficile de savoir quelle part de vérité peut se trouver dans ce récit romanesque. Jusqu’à pré.sent nous avons fait de vaines recherches pour trouver une mention de Constantin chez les Arabes. Les trente-neuf années dont on nous parle sont peut-être l’àge qu’il avait lors de son retour dans son pays. Il n’aurait fait ainsi que passer rapidement dans les diverses contrées de l’Orient, ce qui pourrait expliquer le silence des auteurs arabes sur un homme d’un mérite réel.
Quoi qu’il en soit, Constantin l’.ùfricain ne fait pas moins partie de l’école arabe. Ses divers écrits, tant de son crû que traduits, attestent une science peu commune, et son nom figure avantageusement parmi ceux do ses anciens coreligionnaires.
Nous aurons à y revenir plus tard, quand nous ferons l’histoire de la médecine arabe en Occident, c’est-à-dire l’histoire des traductions de l’arabe en latin, dont Constantin adonné les premières.
Cette seconde partie de son existence ne sera pas sans
(1) Pétri Diaconi Monaehi de viris illustribus Casinensibus, studio .1. B. Mari Romani. Lutetiæ, leiiO, p. 45.
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gloii-G, malgré l’habitude fâcheuse et d’une explication douteuse de taire le nom des auteurs arabes traduits, dont les ouvrages parurent sous son propre nom.
Quoi que l’on doive penser de ce procédé, Constantin n’en a pas moins l’honneur d’avoir provoqué en Europe un commencement de renaissance médicale, et à ce titre occupera toujours une place importante dans l’histoire de la médecine au moyen âge. (1)
(1) La provenance de l’arabe n’en est pas moins accusée tantôt par Constantin dans ses préfaces, tantôt par les copistes; mais le nom de l’auteur ne paraît pas.