‹ Histoire de la médecine arabeChapitre 186 sur 199 · BAGDAD · texte numérisé non relu

BAGDAD

Bagdad ne tarda pas à posséder uii liôpital. Dès le commencement du IX® siècle, concurremment au travail des Traductions, nous voyons Jean fils de Mésué chargé d’un , hôpital à Bagdad où il enseignait la médecine. C’est là qu’il | compta parmi ses élèves le célèbre traducteur Honein ben 1 Ishaq, dont il avait d’abord désespéré de pouvoir faire un ) médecin.

C’est au X® siècle que les hôpitaux se multiplièrent dans la grande cité. L’historien de la médecine nous a conservé de curieux détails sur leur fondation.

Nous lisons dans la vie d’Abou Saïd Otsman de'Damas, le traducteur, qu’en l’année 302 de l’hégire (914 de notre ère), le vizir Ali ben Issa fondait à Bagdad un hôpital qu’il dotait de ses biens, et qu’il en confia la direction à Otsman qui fut en même temps chargé d’inspecter les autres hôpitaux de la ville, ainsi que ceux de Médine et de la Mekke.

Nous avons sur ce vizir de plus amples renseignements, consignés dans la vie de Sinan, le fils du célèbre Tsabet ben Corra, qui paraît avoir remplacé quelques années après la date précitée, Abou Saïd Otsman, et ces renseignements sont tirés de la biographie de Sinan, écrite par son fils. Ces renseignements nous ont paru si intéressants que nous les reproduirons in extenso dans leur forme originelle.

K Le vizir Ali ben Issa était chargé de la surveillance générale des hôpitaux, alors que le service en avait été confié à mon père par ordre du Khalife Moctader. Une année les malades se multiplièrent et le vizir écrivit à mon père : J’ai pensé à la situation des troupes et vu leur nombre et la nature de leurs habitations, il' m’a semblé que les malades devaient manquer du nécessaire. Le personnel des médecins doit aussi être insuffisant. Il faut que des médecins leur soient attachés spécialement, qu’ils les vi.sitent chaque jour, qu’ils les soignent, qu’ils visitent tous les corps de troupes et qü’ils leur distribuent des aliments et des médicaments

560 IirSTOIRE DE DA MÉDECINE ARABE. — LIVRE QUATRIÈME.

« Mou père exécuta ces prescriptions. Vint une nouvelle lettre du vizir. J’ai pensé, disait-il, que les campagnes avaient nécessairement des malades et pas de médecins pour les soigner. Il faut leur en envoyer avec des provisions de médicaments. Ils séjourneront dans les localités le temps nécessaire, puis ils se transporteront dans une autre. Mon père se conforma à ces ordres. Cependant les médecins qu’il avait envoyés, arrivèrent à Saoura dont la population était presque entièrement juive. D’autre part on lui écrivait des campagnes, que les malades étaient très-nombreux et qu’aux environs de Nabr el Malek les Juifs, qui étaient en majorité, réclamaient aussi des soins. Mon père transmit ces nouvelles et demanda ce qu’il fallait faire. Ne connaissant pas les intentions du vizir, il lui rappelait que les règlements ■ des hôpitaux accordaient des secours aux Zimmis aussi bien qu’aux musulmans. Le vizir répondit; J’ai compris ce que tu m’as écrit et ton avis est le mien.

« Il faut traiter les zimmis et même les animaux ; les musulmans d’abord, puis les zimmis. Ce qui reste après le traitement des musulmans doit être dépensé pour les autres malades. Ecris cela à tes collègues : Qu’ils se rendent dans les campagnes et dans toutes les localités envahies par l’épidémie autant que la sécurité des routes le permettra. »

« Les dépenses des hôpitaux reposaient sur un immeuble engagé par la mère de Moutaouakkel, mais une partie des revenus appartenait aux Béni Hachem. L’administrateur Abou Salir, favorisait les Béni Hachem au détriment des hôpitaux. Mon père en informa le vizir Ali ben Issa et lui apprit que les malades manquaient de charbon, d’approvisionnements et de vêtements. Une lettre sévère fut adressée à l’administrateur Abou Sahr et il lui fut enjoint de donner strictement aux hôpitaux la part qui leur revenait.

<c En l’année 306 mon père ouvrait l’hôpital dit Esseida fondé sans doute par une princesse Abbasside) pour lequel on dépensait chaque mois 600 dinars. La même année mon père engageait le Khalife à fonder un hôpital qui porterait son nom, et Moctader y affecta un revenu de 200 dinars par

INSTITUTIONS MlîUlCALES CHEZ LUS AHABES. ÔOl

Sinan est le même dont nous aurons à parler plus lai-d ii propos de la police médicale.

Razès était alors à Bagdad, où il fut quelque temps cliargé d’un service d’hôpital.

On en a fait le médecin en chef d’un autre établissement dont nous allons raconter la fondation, mais c’est une erreur, attendu que Razès n’existait plus à l’époque de cette fondation.

En l’année 077 de notre ère, Adhad Eddoula le Bouïde, vainqueur à Tacrit, entrait dans Bagdad, où il régna de fait à l’instar de nos maires du palais sous les rois fainéants.

Adhad Eddoula fit revivre un instant les beaux jours des premiers Abbassides. Ami des sciences et des arts, il protégea ceux qui les cultivaient, et marqua son court passage au pouvoir par de nombreuses et utiles créations, parmi lesquelles nous n’avons àsignalerque l’hôpital qui, desonnom, fut appelé El Adhedy.

Tel fut l’accueil fait à cette fondation que des réjouissan- ' ces publiques furent instituées pour en célébrer l’anniversaire.

Avant de construire l’édifice on voulut reconnaître l’endroit le plus salubre de Bagdad.

Suivant la tradition erronée dont nous avons parlé, Razès eu aurait été chargé et aurait employé le moyen suivant.

Il aurait suspendu des morceaux de viande en divers endroits de la ville et aurait signalé comme le plus salubre celui où la putréfaction se serait faite le plus lentement.

L’hôpital construit, on y attacha un personnel de vingtquatre médecins dont les noms nous ont été en partie conservés. Parmi les plus connus nous citerons Nedliif le prêtre grec, qui traduisait de sa langue en arabe; Ibrahim ben Bakous, aussi traducteur ; Aboul Hassen ben Kechkeraya ; Abou lakoub el Ahouazy ; Djabril ben Obéïd Allah, de là lamille des Bakhtichou de Djondisabour ; Aboul Hassan Tsabet ben Sinan, petit-fils de Tsabet ben Corra ; Abou Mansour Saïd ben Becher, etc. Ce dernier est particulièrement connu par la révolution qu’il introduisit dans la thérapeutique et dans son hôpital, à savoir la substitution des 1 3G '

i réfrigérants aux toniques dans le traitement d,e certaines ^ maladies afférentes aux centres nerveux.

Les malades étaient divisés par catégories et les médecins

1 placés suivant leurs aptitudes. Il y avait des services de fiévreux, de blessés et d’oplithalmiques. Il y avait même des rebouteurs.

Dans le courant du XI' siècle nous n’avons recueilli les noms que de deux médecins ayant été attachés à l’hêpital El Adhedy. Cependant il est difficile de croire que ces fonctions n’aient pas été remplies par des hommes tels que Ebn Bothlan et Ebn Djezla. L’un d’eux est Saïd ben Hibat Allah qui fut aussi attaché à la personne des Khalifes Moctadi et Mosthader et qui écrivit plusieurs ouvrages de médecine, dont un, le Morny, existe à la Bibliothèque de Paris, sous le n” 1007, anc. fonds.

L’autre est Abou Nasr Harounben Sad, sabien de religion, mentionné seulement dans le Kitab el hokama, comme chef des médecins et chef de l’hôpital El Adhedy, et qui mourut en 1053 de l’ère chrétienne.

Dans ce même siècle nous trouvons cité un administrateur, le cadi Abderrahim ben Ali el Morzabany.

Le XII® siècle nous .donne plusieurs noms : Abou Nars Saïd, fils d’El Messihy ; Saïd ben el Atredy ; Amin Eddoula ebn Ettalmid, qui passa pour le plus savant médecin de son temps et composa un formulaire auquel dut céder l’ancien formulaire de Sabour ben Sahl ; enfin Ebn el Marystania, qui écrivit l’histoire de cet hôpital.

Le dernier fonctionnaire de l’hôpital El Adhedy dont nous ayons rencontré le nom n’est pas un médecin, mais nous devons le citer comme une preuve de la permanence de cet établissement. En l’année 612, dit Eddeheby, c’est-à-dire en l’année 1215 de l’ère chrétienne, mourut Ahmed ben Ahmedj économe de l’hôpital El Adhedy.

i Les hôpitaux de Bagdad, comme ceux de l’ancienne Grèce, conservaient des registres d’observations. Nous en avons la ' preuve dans le Recueil d’observations des hôpitaux fréquem- .. ment cité dans le Continent de Razès. On y trouve égale-

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