‹ Histoire de la médecine arabeChapitre 196 sur 199 · TITRES, DIGNITÉS ET FONCTIONS. — POSITION SOCIALE DES MÉDECINS · texte numérisé non relu

TITRES, DIGNITÉS ET FONCTIONS. — POSITION SOCIALE DES MÉDECINS

Dans le courant du IX* siècle, nous voyons bien des médecins occuper à Bagdad une haute position, notamment les IJakhtichou. Nous voyons encore letitre de chef des médecins conféré par Moutaouakkel à Honein, et par Motadhed • à Ghalib. Cependant nous ignorons si ces fonctions comportaient la surveillance de la profession médicale, ce qui nous paraît vraisemblable, ou si ce n’était qu’un simple titre honorifique.

Quoi qu’il en soit, au commencement du X* siècle, un accident provoqua l’intervention de l’autorité. En l’année ■ 931 de notre ère, un médecin se trompa et le malade mourut.

Aussitôt le Khalife Moctader publia un édit interdisant la pratique de la médecine à quiconque n’aurait pas été examiné par Sinan ben Tsabet, son médecin, fils du célèbre Tsabet beu Corra. De la ville de Bagdad et des environs huit cent soixante médecins se présentèrent, exclusion faite des

INSTrrUTlONS MÉDICALES CHEZ LES ARABES.

médecins attachés à la cour et de ceux que leur capacité bien reconnue mettait au-des.sus d’un examen. Quelle que put être l’élasticité du titre de médecin, nous devons cependant nous étonner du grand nombre d’individus ayant la prétention de le porter. Sans doute il y avait là bien des empiriques, de vulgaires marchands de remèdes, bien des gens n’ayant que de faibles attaches à la révolution scientifique qui venait de s’opérer à Bagdad. C’est ce que prouve l’anecdote suivante rapportée parles historiens. Un des candidats, se présenta, avec des dehors tellement avantageux, que Sinan ne crut pas devoir le soumettre à une épreuve et se contenta de lui dire qu’il désirait avoir de lui quelque maxime sur l’art, qu’il conserverait pour en faire son profit. A cela notre homme répondit, en tirant un papier contenant de belles pièces d’or: Comment ferais-je pour écrire ne sachant même pas lire ; mais j’ai une famille à nourrir et je prie Monseigneur de ne pas lui enlever son pain. Sinan se mit à sourire et lui imposa des conditions de pratique restreinte qui furent acceptées avec plaisir.

Ce qui semblerait prouver que les fonctions d’examinateur étaient attachées au titre de chef des médecins, c’est qu’au XII' siècle nous voyons encore à Bagdad Amin Eddoula procéder à un semblable examen et même rencontrer un vieillard qui avait aussi plus d’extérieur que de science. Remarquons en passant qu’Amin Eddoula, mort en 1164, en pleines croisades, tout chrétien qu’il était, n’en fut pas moins nommé chef des médecins à Bagdad.

La police de la médecine était aussi exercée par le Mohtasseb. Ce fonctionnaire n’était autre chose qu’un Inspecteur de police, ayant dans ses attributions la surveillance de la profession médicale et de toutes celles qui s’y rattachaient, comme celles de pharmacien, de droguiste, de parfumeur, de ventouseur, etc.

Pour de plus amples renseignements sur cette institution nous renverrons à un travail de longue haleine publié il y a une dizaine d’années dans le Journal asiatique. (1)

(1) Il est seulement à regretter que l’auteur n’ait pas mieux connu le français^

Le Mohtasseb se rencontrait aussi en Espagne, et même le mot est resté dans la langue espagnole.

Les fonctions de chef des médecins et d’inspecteur ne furent pas seulement instituées à Bagdad, mais aussi en Syrie et en Égypte.

Nous en trouvons deux cas à Damas ; Mohaddeb eddin ebn Dakhouar, et Sadid eddin ebn Reflqua.

Nous en trouvons davantage en Égypte.

Le premier médecin en chef fut un chrétien. Ibrahim ben Nestas, et cette fonction lui fut confiée par le Khalife El Hakem d’étrange mémoire.

Dans le XI' siècle Ali ben Rodhouan fut nommé chef des médecins d’Égypte.

Au siècle suivant nous trouvons Sadid eddin dont le titre de Reis el Athibba resta désormais inséparable de son nom.

Au XIIP siècle, ce furent Nefis eddin ben Zobeïr et Djemal eddin ben Otsman.

Le célèbre Ebn Beitbar fut à la même époque nommé inspecteur des droguistes et des herboristes.

Enfin le père d’Ebn Abi Ossaïblab fut nommé inspecteur des oculistes.

Plusieurs médecins furent investis de la dignité de vizir. Pour quelques-uns ce fut peut-être un titre honorifique, à l’instar de ce qui s’est fait de nos jours en Egypte pour le titre de Bey : du moins nous ignorons jusqu’à quel point le titre impliqua la fonction et s’ils se bornaient à ce qui concerne la profession médicale. Pour un certain nombre ce fut bien positivement une fonction politique.

Nous savons que l’illustre Avicenne fut malheureux dans son vizirat, qu’il mécontenta les soldats et qu’il dut se cacher pour échapper à leurs violences. ^

Plus malheureux encore fut Rachiiî eddin, l’historien des Mongols, vizir de Gazan Khan et d’Oldjaïtou, dont nous n’avons pas à retracer ici la mort violente, mais dont nous parlerons bientôt comme bibliophile.

En Syrie la dignité de vizir fut conférée à Nedjém eddin lahya ben el Loboudy, à l’israëlite Mohaddeb eddin Essa-

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