INSTITUTIONS MÉDICALES CHEZ LES ARABES
miry, pour qui ce ne fut pas une sinécure, ainsi qu’à son neveu Faklir eddin ben Essaaty.
Dans l’Irak Aboulfaradj ben Tourna, chrétien, fut élevé à la dignité de vizir.
En Espagne nous avons recueilli les noms d’Iabya, de Khasdaï, d’Ebn Guéfith et d’Ebn Tophaïl le célèbre auteur du Hay el laqdan publié par Pococke sous le titre de Philosoplius autodidactus. Enfin nous trouvons aussi le titre de vizir accolé au nom d’Avenzoar.
Un grand nombre de médecins furent attachés à la personne des souverains des diverses dynasties musulmanes. Tl serait par trop long et fastidieux d’en donner la liste, car il faudrait y inscrire les noms de presque tous les médecins éminents et une foule d’individualités d’un ordre secondaire. Il est cependant un fait que nous devons mettre en lumière.
Les premiers Abbassides avaient confié généreusement leur personne et leur éducation scientifique à leurs sujets chrétiens, malgré les protestations de quelques zélés musulmans qui voyaient là un danger pour l’islamisme.
Leurs successeurs ne se départirent jamais de ces traditions. En Égypte l’imbécile Hakem, qui voulait se faire passer pour un Dieu, n’en avait pas moins à son service des médecins chrétiens. Les croisades elles-mêmes ne purent effacer le souvenir de ce neuvième siècle, le siècle d’El Màmoun, où chrétiens et musulmans avaient en commun dépensé tant d’efforts pour conquérir la science grecque. Nous connaissons une quinzaine de médecins attachés au service de Saladin : les deux tiers sont des juifs ou des chrétiens.
Les successeurs de Saladin n’agirent pas autrement. Malek el Mouadhem avait à son service et emmenait dans ses expéditions le médecin chrétien lakoub ben Saclab, cet homme d’une mémoire extraordinaire, qui lisait Galien dans le texte et récitait ses commentaires sur Hippocrate comme s’il eut eu le livre sous les yeux. L’historien de la médecine Ebn Abi Ossaïbiah fit une campagne avec lui.
L’histoire de la médecine arabe est remplie de faits qui attestent d’une part la tolérance des vainqueurs et de l’autre
DSÜ illSTOlRB DE LA MÉDECINE ARABE. - LIVRE QUATRIÈME.
la considération qu’ils portaient à la profession médicale. Cette considération, légitimée par de longs services, fut telle que certains médecins en abusèrent. On connaît l’histoire de Gabriel fils de Baklitichou. Nous rappellerons le cas d’Ebn Matliran, médecin de Saladin, chrétien d’abord et converti plus tard à l’islamisme. C’était un homme intelligent et instruit, mais égoïste, aimant le faste et rempli d’orgueil. Un jour un autre médecin chrétien, pareillement attaché à la personne du Sultan, Aboulfaradj, vint trouver Saladin et lui exposa qu’ayant des filles à marier, il était embarrassé pour leur faire un trousseau. Saladin lui répondit qu’il ait à lui présenter une note de ce qui lui était nécessaire. Elle se montait à une valeur de trente mille drachmes, et Saladin donna l’ordre d’acheter le tout. Ebn Mathran le sut et dès lors fit à Saladin de plus rares visites. Saladin comprit la jalousie et fit délivrer à Ebn Mathran l’équivalent du cadeau fait à Aboulfaradj.
On vit aussi parmi les médecins arabes quelques actes d’intolérance. Nous avons déjà parlé de Hibat Allah refusant l’entrée de son école au juif Aboul Barakat. B eut un imitateur dans Radhy eddin Errahaby qui ne voulait pas admettre de Zimmi parmi ses élèves. B ne dérogea que pour deux dont un fut Omran el Israïly. Mais il faut dire que Radhy eddin était un original dont les singularités ont été signalées par les biographes. C’est ainsi qu’il refusait d’aller visiter les malades chez lesquels il fallait monter des escaliers, disant que les escaliers étaient la scie de l’existence.
Nous avons déjà cité plus d’un médecin qui refusèrent de s’astreindre au service exclusif d’un souverain. C’est ainsi qu’Omran el Israïly refusa, nonobstant l’offre d’une pension mensuelle de 1500 drachmes.
I Jamais les médecins ne furent aussi magnifiquement I récompensés que par les princes musulmans, suivant en ; cela l’exemple qui leur avait été donné par les premiers ! Abbassides.
La famille des Baklitichou fut comblée de largesses par Mansour, Haroun et Màmoun. Djabril ben Baklitichou fut le plus opulent de tous. B tint compte de toutes les sommes
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d’argent et de tous les cadeaux qu’il avait reçus et leur ensemble s’élevait à la somme fabuleuse de quatre-vingt-dix millions de drachmes ; on nous en a conservé le détail.
C’est à propos de ces largesses, que Freind, qui ne connut guère d’Ebn Abi Ossaïbiali que ses notices sur les Bakhticliou, s’est avisé de dire qu’il n’y avait d’autres renseignements à tirer de cet historien sur les médecins arabes que la générosité des Khalifes à leur égard.
Quand une cure inespérée se faisait dans une famille régnante, c’était un assaut de libéralités entre tous les membres et les libéralités ne faisaient aucune acception de croyance.
A la médecine revient l’honneur d’avoir rendu possible en Orient l’harmonie entre les vainqueurs et les vaincus, en enchaînant les premiers par la reconnaissance, en créant pour les uns et les autres un terrain neutre, celui de la science où s’arrêtaient les antipathies de races et de religion, terrain sur lequel l’Europe en proie à la barbarie ne se présenta que trop tard.
Mais c’est aussi un honneur pour les Arabes de n’avoir pas oublié ce qu’ils devaient aux chrétiens, quand ils les eurent dépassés dans les voies de la science, de leur avoir accordé leur confiance même à l’époque des croisades.
Alors que les croisés entraient dans Jérusalem, les portes . de Tolède récemment conquise, s’ouvraient à Gérard de ; Crémone et à toute une légion de savants qui s’en allaient | demander à l’étranger les moyens d’étude qu’ils ne pouvaient j trouver dans leur patrie.
Les Arabes d’Espagne payèrent aux catholiques d’EuropeW la dette que leurs ancêtres avaient contractée envers lesH Nestoriens d’Asie. La scolastique fit dès lors une connais-*' sance complète avec Aristote, et fa médecine reçut en même temps qu’Hippocrate et Galien, Razès, Avicenne, Ali bon el Abbas, Abulcasis, etc.
Avant de quitter le terrain des religions, nous dirons un mot des quelques médecins qui passèrent de l’une à l’autre. Nous connai.ssons une ving-taine de médecins ou de fils de
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\ médecins qui se firent musulmans. Les deux tiers étaient \des Juifs, ce qui ne doit pas nous étonner.
La position des Juifs, malgré la tolérance musulmane, était inférieure à celle des chrétiens. Les Arabes n’avaient pas les mêmes raisons de les ménager, et puis ils ne pouvaient oublier le poison deKhaibar. Les Juifs gagnaientdonc matériellement à se convertir. Mais ne pourrait-on pas admettre aussi qu’ils furent frappés de la supériorité du dogme musulman sur le dogme mosaïque, où les questions vitales de toutes les religions même les plus grossières, sont passées sous silence, telles que l’immortalité de l’àme, la vie future, le paradis et l’enfer. Ces lacunes du Pentateuque et son caractère matérialiste ont été relevés par les écrivains musulmans; on peut lire à ce propo.s un passage d’Aboulféda.
La position des chrétiens était différente. Ils pouvaient en changeant de religion trouver une conception supérieure de la Divinité plus en rapport avec leurs instinct de race, (1) mais c’était une compensation insuffisante, la conception de Dieu et de son unité pouvant s’allier à un système religieux incomplet et défectueux, ainsi que nous l’avons vu pour le Mosaïsme (2) : aussi peu de médecins chrétiens se firent-ils musulmans.
Les Juifs ne furent inquiétés pour leurs croyances qu’en Espagne, et encore les persécuteurs étaient-ils des Berbères. Le Languedoc et l’Égypte recueillirent les proscrits et bénéficièrent de leur science. Parmi ces derniers comptait l’illustre Maimonide. Saladin avait plusieurs médecins juifs h son service.
Un fait curieux à noter, c’est que la plupart de ces renégats payaient leur bienvenue chez les musulmans par une réfutation de la religion qu’ils avaient abandonnée. C’est ce que fit Ebn Djezla, l’auteur du Tacouïm el Abdan, imprimé en traduction latine sous le titre de Tacuini ægritudiniim.
(1) Les Nestoriens se refusaient à donner à Marie le titre de Mère de Dieu. Nous trouvons parmi les ouvrages d’Aboulfaradj ebn Thaïeb celui-ci : A ceux qui disent que Marie est mère de Dieu .
(2) On peut en dire autant de l’Islamisme, dans une moindre mesure.
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