‹ Histoire de la médecine arabeChapitre 33 sur 199 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

La période que nous venons de parcourir, ceiie des Ommiades, avait été caractérisée par deux faits généraux.

Au début, nous voyous de grands personnages, nés sur les marches du trône, se passionner pour ia science, mais n’en cuitiver que ie côté merveiiieux, i’aichimie ; études qui aboutirent à ia grande personnaiité de Géber.

A ia fin, ce sont des efforts plus modestes, mais plus sérieux, et déjà le Khalife Omar ben Abd ei Aziz provoque la traduction d’Ahroun en arabe. Cette traduction répondait sans doute à des besoins instinctifs; cependant un demi siècle se passera avant que cette idée soit reprise sur une plus grande échelle et se développe avec un ensemble et une intensité qui font du IX* siècle une époque unique dans les annales de l’humanité.

Le monde n’a vu qu’une fois le spectacle merveilleux que les Arabes vont nous offrir au IX° siècle. Ce peuple de pasteurs, que le fanatisme a rendus soudainement les maîtres de la moitié du monde, une fois leur empire assis, tout aussitôt se préoccupent d’acquérir la science, qui manquait à sa grandeur. Seuls, entre tous les envahisseurs qui se disputent les débris de l’empire romain, ils ont ces préoccupations.

Tandis que les bandes Germaniques se font une gdoire de leur brutale ignorance et mettent un millier d’années à renouer la cliaîne des traditions, les Arabes le font en moins d’un siècle, et ce sont eux qui provoquent le concours des chrétiens vaincus, concours heureux qui assure l’harmonie des races.

A la fin du VHP siècle tout leur bag-age scientifique connu se réduisait à la traduction d’un traité de médecine et à des livres d’alchimie.

Le IX' siècle ne s’écoulera pas que les Arabes n’aient en leur possession toute la science de la Grèce, ne comptent parmi eux des savants de premier ordre, n’aient suscité parmi leurs initiateurs des hommes qui, sans eux, croupissaient dans l’obscurité, et ne montrent dès lors pour la culture des sciences exactes, une aptitude que n’eurent pas ces mêmes initiateurs, désormais dépassés.

Nous connaissons déjà l’école de Djondisabour, école tenue par des médecins nestoriens, et qui avait été fréquentée par Harets ben Kalada contemporain et ami du Prophète. C’est encore elle qui Jouera le principal rôle dans la révolution scientifique dont Bagdad sera le théâtre, c’est elle surtout qui fournira le ferment qui va remuer tout le monde musulman.

Sur la fin du YIIP siècle le chef de l’école et de l’hôpital de Djondisabour est appelé à Bagdad pour donner ses soins au Khalife El Mansour. Georges amène avec lui sa famille et ses élèves ; les honneurs et les richesses accueillent les nouveaux venus. Des faveurs plus éclatantes encore attendaient les descendants de Georges, désormais attachés à la cour.

Dès lors les vagues aspirations des Abbassides prennent un corps. Sur l’invitation d’El Mansour, Georges fait passer des ouvrages de médecine en arabe. Ses successeurs, notamment Haroun Errachid et El Mâmoun, continuent cette œuvre sous de plus larges proportions. On ne se borne pas à la médecine ; toutes les branches de la science vont être résolument attaquées.

Uu heureux concours de circonstance.- favorisa les

INTIIODÜOTION.

Abbassides. Non-seulement les élèves de Djondisaboui-^ affluaient à Bagdad ; les splendeurs du Klialifat attiraient aussi les savants de la Perse et de l’Inde.

Les Khalifes étaient encore merveilleusement secondés par une famille de ministres intelligents, les Barmécides. Enfin leur zèle pour la science fit parmi leurs sujets une foule de prosélytes. ^

C’était de la Grèce que s’inspiraient les Nestoriens et l’école de Djondisabour ; ce fut de la Grèce que les Khalifes attendirent la lumière. Ils la firent explorer par des émissaires qui en rapportaient des livres, et aussitôt des bureaux de traduction furent institués. Le merveilleux lui-même se mêlait à ces faits, et l’on dit qu’ Aristote apparut en songe au Khalife El Mâmoun. A l’instar des princes, les riches et les grands prirent des traducteurs à leur solde : une fièvre de science gagna tous les degrés de l’échelle sociale. Le siècle ne s’était pas écoulé que non-seulement les Arabes s’étaient assimilé les trésors scientifiques de la Grèce, mais qu’ils possédaient eux-mêmes de leur cru des savants, des philosophes, des mathématiciens, des astronomes, des médecins.

Trois ordres de faits remplissent cette période.

L’école de Djondisabour s’efface et livre son personnel à Bagdad. Avec la famille de Georges viennent les Sérapion et les Mésué.

Le travail des traductions se fait avec entrain. On ne s adresse pas seulement à la Grèce, mais encore à la Perse, à l’Inde, à la Chaldée.

Ce travail porte son fruit ; les Arabes comptent déjà parmi eux des médecins et des savants de tout ordre.

Telle sera donc la marche que nous suivrons en faisant l’histoire du IX' siècle :

1” Nous parlerons d’abord des médecins qui procèdent de l’école de Djondisabour, en réservant toutefois ceux qui nous semblent devoir figurer de préférence au chapitre des Traducteurs :

2" Nous donnerons ensuite l’histoire des Traductions qui se divisera en trois sections ; l’histoire des traductions en

04 IIISTÛIIIE DJS Là MÉDliCJl.NE ARABE — LIVRE DEEXIÉME.

général ; la bi&g-rapliie des traducteurs, que nous prolong’erons au-delà du IX' siècle pour n’avoir plus à y revenir ; enfin nous passerons en revue les ouvrages traduits.

3" Nous parlerons en troisième lieu des médecins de second ordre, qui doivent plus ou moins leur savoir au travail des traductions ; des alchimistes ; des naturalistes et des poly graphes qui intéressent plus ou moins l’histoire de la médecine et des sciences naturelles. Enfin pour compléter le tableau du IX' siècle et mieux caractériser le mouvement de renaissance qui s’opère, nous dirons quelques mots sur le développement que prennent dès lors les sciences physiques, mathématiques et philosophiques.

Nous terminerons par une revue d’ensemble et sommaire du IX' siècle.

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