MIKHAÏL BEN MASSOCIH OU MICHEL FILS DE MÉSOÉ
Mikhaïl devint le médecin du Khalife El Màmoiin qui avait pour lui beaucoup de considération, de confiance et d’amitié : il ne prenait aucun remède que ceux préparés par Mikhaïl et il le préférait à Djabril ben Bakhtichou.
Mikhaïl ne nous est autrement connu que pour son antipathie contre les innovations.
Il ne prescrivait, en fait de médicaments, que ceux qui étaient connus depuis au moins deux siècles.
MASSOUIH BEN lOUHANNA. MIKHAÏL BEN MASgOÜIH. lOo
Ou lui demanda un jour son avis sur la lianane. Il n’en est pas question, dit-il, dans les écrits des anciens : aussi je n’ose ni la manger ni la recommander aux autres.
Il n’employait jamais que le miel dans la préparation de l’oxymel et pour confire la rose ; jamais il ne se servait du sucre. En un mot, il se conformait en tout aux errements des anciens.
UHYA ou I0DH.ANN.4. BEN MASSODIH, VULGAIREMENT JEAN FILS DE MÉSÜÉ, OU ENCORE MÉSUÉ L ANCIEN.
Jean paraît être né vers l’an 777 de notre ère, si l’on en croit Léon l’Africain, qui le dit avoir vécu environ quateevingts ans. On lui a donné vulgairement le nom de Mésué l’ancien, pour le distinguer d’un médecin du même nom qui lui est postérieur, et dont les œuvres ont été traduites en latin et imprimées.
Nous croyons devoir ajouter que les noms d’Iahya et de loulianna sont la même chose sous deux formes différentes, parce qu’il est arrivé que l’on en a fait deux personnages. L’un de ces noms est la forme arabe et l’autre la forme syriaque. Nous relèverons encore une autre erreur. Les biographies de Micliaud et de Hœfer donnent à son père le nom de Georges. Nous pensons que les auteurs de ces notices se sont appuyés sur ce qu’on lit dans la Bibliothèque orientale d’Assemani. A propos des médecins qui furent employés par les Khalifes, on lit en tête de cette longue liste : Georgius Mesue ejusque filiiis Johannes, etc. (1) Nous pensons qu’il faut disjoindre les deux mots Georgius et Mésué.
Le premier nous paraît devoir être appliqué à juste titre à Djordjis ou Georges,*la première illustration de la famille, qui fut appelé à Bagdad pour soigner le Khalife El Mansour. Si l’on fait un seul personnage de ces deux noms, Georgius Mésué, Georges fils de Bakhtichou, qui commença la grandeur de sa race, ne serait point nommé, ce qui ne saurait
;i) Tome ni, 2» partie, page 97.
être admis. Ce qui nous semble aussi prouver notre manière de voir, c’est qu’immédiatement après Jean, fils de Mésué, est cité Bochtiesus magnus. Or nous pensons que cette citation s’applique à Baklitichou, fils de Georges, qui laissa des écrits, tandis que l’autre Baklitichou ne fut grand que par sou faste. Enfin ce nom de Georges aurait dîl se retrouver dams le Kitab el hokama, Ebu Abi Ossaïbiah, Aboulfarage et Léon l’Africain.
D’après l’histoire de Mésué, il semblerait que son fils Jean a dû naître à Djondisabour. Léon l’Africain le fait cependant naître dans une bourgade voisine de Ninive. Ce que rapporte ensuite Léon de l’arrivée de Jean à Bagdad ne s’accorde pas non plus avec le récit des historiens arabes qui l’y font appeler par son père, auquel la fortune venait de sourire.
Léon lui prête aussi l’envie d’entrer dans les ordres, et même Saint-Martin, qui a écrit la notice de Mésué, dans la biographie de Michaud, dit que ce fut sous les auspices du patriarche Nestorien Timothée, mais que le goût de la science le fit renoncer à l’état ecclésiastique. Nous ignorons sur quelles autorités s’est appuyé Saint-Martin. En tout cas, d’après les historiens arabes, ce serait plutôt sous les auspices de son père que Jean se serait adonné à l’étude des sciences et de la médecine.
Il ne tarda pas à s’y faire remarquer au milieu des savants qui commençaient à affluer à Bagdad. Léon rapporte que le Khalife Haroun Errachid, voulant confier le commandement du Khorassan à son fils Mâmoun, lui avait recommandé de s’entourer d’hommes de mérite. Le secrétaire de Mâmoun lui indiqua Jean fils de Mésué. Haroun s’étonnant que son fils ait fait choix d’un chrétien, Mâmoun lui répondit qu’il l’avait pris non pas pour sa religion, mais pour sa science, les chrétiens et les juifs pouvant seuls alors fournir des savants. Ce récit de Léon nous paraît suspect et peu en rapport avec l’esprit de Haroun. Du reste nous aurons souvent occasion de relever des inexactitudes dans Léon l’Africain, qui n’eut probablement pas le temps de prendre une connaissance exacte des personnages dont il nous a laissé la biographie. Suivant Ebn Djoldjol, cité par Ebn Abi Ossaïbiah, le Kha-
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life HaroiiiiErrachid chargea Jean, fils de Mésué,de traduire les livres que l’on avait trouvés à Angora et à Amouria, ainsi que dans tout le pays grec, et le nomma chef des traducteurs. Ahoulfarage rapporte aussi que Jean fut chargé par le Khalife Haroun de traduire les livres des Anciens.
D’après le Fihrist et Hadji Khalfa, Jean serait même allé en Grèce à la recherche des manuscrits, mais seulement sous le règne d’El Mâmoun.
Jean n’était pas seulement traducteur, il enseignait aussi la médecine et la dialectique, prenant pour hase de son enseignement les livres de Galien. Se;î cours étaient fréquen^tés par les savants et les lettrés, en partie, dit-on, pour ses saillies, que l’on se plaisait à recueillir.
Nous en donnerons un échantillon. Un jour il tomba malade, à ce point qu’on désespéra de ses jours. Suivant la coutume des chrétiens, les membres du clergé vinrent prier chez lui. Tas de gredins, leur dit Jean, que faites-vous chez moi ? — Nous venons prier Dieu pour qu’il te rende la santé. — Les pastilles de roses, répliqua Jean, valent mieux que les prières des chrétiens, durassent-elles jusqu’à la résurrection.
Issa, fils d’ibrahim, venait de se faire musulman quand Jean, fils de Mésué, rentrant che? lui trouva du monde qui l’attendait. Allez-vous-en, leur dit-il, et embrassez l’islamisme ; le Messie (Issa) vient de se faire musulman.
Un prêtre vint un jour se plaindre à lui de maux d’estomac. Prends l’électuaire el Khouzy, lui dit Jean. — Je l’ai fait. — Prends celui de cumin. — J’en ai pris. — Prends alors le macédonique. — J’en ai pris une jarre. — Prends donc de Tambrosia. — J’en ai pris et m’en suis trouvé mal. — Eh bien, lui dit en colère Jean, fais-toi musulman : l’islamisme assainit l’estomac.
On connaît sa réponse au Khalife El Ouatseq. Celui-ci pêchait un jour à la ligne en compagnie de son médecin. Comme il ne prenait rien, vas-t-en, dit-il à Jean, malheureux, tu me portes malheur. — Prince des croyants, lui répondit Jean, ne dites pas que je suis malheureux. Je suis né d’une esclave achetée par mon père, et cependant je suis
devenu le favori et le commensal de plusieurs Khalifes et j’ai prospéré au delà de mes espérances. Cela ne peut pas se dire être malheureux. Mais si vous me le permettez, je vous dirai qui l’on peut appeler malheureux. — Parle. — C’est un prince descendu de quatre Khalifes, Khalife comme eux, qui laisse son empire et .son palais pour se loger dans uue cabane large de vingt coudées qu’un coup de vent peut submerger, et qui fait ce que font les plus malheureux des hommes. El Ouatseq fut blessé de cette hardiesse, et il eut probablement sévi contre Jean, sans la présence de son frère Moutaouakkel.
Malgré sa science, Jean . ne passait pas pour un heureux praticien. Quand Salmouïh, médecin de Motassem, fut près de mourir, il recommanda au Khalife de ne pas s’abandonner à Jean, et de ne prendre de ses prescriptions que les moins compliquées.
Il eut un fils de la fille de Thifoury, qui était peu intelligent. Ce fils étant tombé malade, Jean le saigna contrairement à l’avis de Thifoury, et on attribua sa mort à cette saignée intempestive.
Malgré la coopération de Jeàn au travail des traductions, il n’en est pas cependant qui nous soit restée sous son nom. Il eut pour disciple Honein, qu’il jugea d’abord incapable d’étudier la médecine et qu’il rebuta par ses brusqueries, 'au point que Honein le quitta et s’eu fut en Grèce se perfectionner dans la langue du pays.
Jean mourut à Samarra en l’année 857 de notre ère. Il composa un grand nombre d’écrits dont quelques-uns seulement sont parvenus jusqu’à nous.
Telle en est la liste :
La démonstration, en trente livres.
La vue attentive.
Le complément et la perfection.