‹ Histoire de la médecine arabeChapitre 35 sur 199 · ISSA BEN THAHERB.UCHT ET LES DISCIPLES DE GEORGES · texte numérisé non relu

ISSA BEN THAHERB.UCHT ET LES DISCIPLES DE GEORGES

Issa ben ïhaherbakht, né à Djondisabour, fut un des meilleurs élèves de Georges, et se fit de son temps un renom comme médecin. Quand Georges tomba malade sur ses vieux jours, ce fut à Issa qu’il confia son hôpital. Issa écrivit un traité des médicaments, que nous avons trouvé plusieurs fois cité dans un traité de médecine de Soueidy intitulé Tadkira qui figure dans l’ancien fonds de Paris sous les n® 1034 et

Nous croyons devoir rappeler ici les noms des autres élèves de Georges étrangers à sa famille, afin de donner une idée complète de l’école de Djondisabour.

Quand Georges se rendit à Bagdad il laissa l’hôpital à son fils et à son élève Sergis, et emmena avec lui un autre élève, Issa ben Chahlata dont nous avons vu les déportements. Quand la maladie l’empêcha plus tard de faire un second voyage, il envoya un autre de ses élèves, Ibrahim à la cour de Bagdad. Nous parlerons bientôt des Mésué.

BAKHTICHOU BEN DJORDIS, OU BAKHTICHOÜ FILS DE OÈORGES.

Baklitichou fut con.sidéré à l’ég’al do sou père, en l’absence duquel nous avons déjà vu qu’il était resté chargé de l’hopi"" tal de Djondisabour.

BAKHTICIIOU BEN DJORDJIS.

Le Khalife El Hady étant tombé malade, on fit venir en consultation Bakhtichou avec d’autres médecins, Abou Koreicli, Tliifoury et David fils de Sérapion. Bakhtichou ne put s’accorder avec le jaloux Abou Koreich, pharmacien vulgaire qui avait capté la faveur du Khalife pour avoir annoncé, d’après l’urine d’une favorite, la naissance de deux princes. Il demanda à s’en retourner à Djondisabour. Haroun étant tombé malade, sur l’indication du vizir lahya ben Khaied, on fit venir dé nouveau Bakhtichou et on le mit eu présence des autres médecins. Cette fois Ahou Koreich s’avoua vaincu. Prince des croyants, di'Pii, personne de nous ne peut tenir tête à cet homme : c’est i’éioquence en personne. Lui, son père et toute sa race sont des philosophes. On présenta de l’urine d’une bête de somme, et Bakhtichou en reconnut la provenance, nonobstant l’opposition d’Abou Koreich. Eh hien, dit Haroun, que faut-ii administrer à celui qui a rendu cette urine ? — De l’orge, répondit Bakhtichou. Haroun se mit à rire, combla Bakhtichou d’honneurs et de présents, et le nomma chef de tous les médecins. C’est le premier archiâtre que nous connaissions. Nous lui verrons bien des successeurs, et nous verrons aussi que cette dignité n’était pas une sinécure.

Nous ignorons la date de la mort de Bakhtichou.

Sa consuitationprès de Haroun se passait en 787. (1)

Il écrivit une collection on Kounnach, et un aide-mémoire, Tedkira, adressé à son fils Djabril.

WABKIL 00 GABRIEL laLS DE BAKHTICHOÜ.

Djabril fut le plus célèbre, et malgré quelques disgrâces, le plus puissant et le plus heureux de la famille.

Son père Bakhtichou, l’avait envoyé à Djafar le Barmé-*

(1) En 792 il était appelé à .donner ses .soins à Djafar, fils du vizir. S’il faut en croire le Küab el hokama qui, du reste en réfère au Fihrist. Bakhtichou servit les Khalifes, Haroun, El Amin, El Mamoun, El Motassem, El Ouateq et Moutaouakkel, mais il y a une confusion avec son petit-fils.

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cidc tombé malade, l’année 175 de l’Hégire, 791 de notre ère, en lui disant ; Mon fils en sait plus que moi et pas un médecin ne l’égaie. Djabril guérit Djafar.

Cependant une des favorites de Haroun, par un violent effort de bâillement, avait tellement étendu le bras qu’elle s’était luxé l’épaule. On s’était empressé de faire des frictions avec des onguents. Djafar envoya Djabril à Haroun. Djabril se chargea de la guérison pourvu que le Khalife le laissât faire et ne se fâchât pas. S’approchant alors de la jeune fille, il se pencha et lui prit le bas de la robe comme s’il voulait la découvrir. La pudeur alarmée de la jeune femme lui rendit l’usage de son membre et elle étendit la main vers sa robe. La voilà guérie, dit Djabril. Haroun émerveillé, paya cette cure cinq cent mille drachmes, prit Djabril en grande affection et le nomma chef des médecins. A cet ingénieux traitement Djabril donna une explication, dit-on, qui ne nous paraît guère en rapport avec l’idée qui l’avait conçu.

Telle était l’affection de Haroun pour Djabril, qu’il lui affirma que, pendant son pèlerinage, il avait prié pour lui et fait des vœux à la station d’Arafat. Il s’enquit des appointements de ses officiers et fit traiter son médecin sur le pied le plus favorisé. A ses parents qui s’étonnaient de ses largesses envers un chrétien, il répondit ; Le sort de l’empire dépend du mien et le mien dépend de Djabril.

Ayant un jour, à la suite d’excès de table, été frappé d’une congestion cérébrale, il dut la vie aux soins de Djabril.

Une autre fois la sagacité de Djabril fut mise en défaut. Haroun méditait ce crime mystérieux qui a terni sa mémoire, la mort de Djafar. Pendant deux jours, malgré les instances de Djabril, Haroun se refusait à prendre des aliments. Le crime exécuté, et en présence de la tête de la victime, Haroun dit à Djabril ; Tu vois maintenant ce qui m’empêchait de manger; maintenant je suis en appétit. En effet le Khalife se reput aliondammeiit.

Quand Haroun fut pris à Tous de la maladie dont il mourut, Djabril lui reprocha ses excès contre lesquels il avait fait d’inutiles observations. On l’emprisonna et sans l’inter-

DJABRIL Oü GABRIEL FILS DE BAKHTICHOD. 101

vention du vizir El Fadhl, il risquait de perdre la vie.

Djabril avait servi Haroun pendant une vingtaine d’années et il en avait été comblé d’honneurs et de présents. Son crédit était grand et c’est par lui qu’arrivaient les faveurs.

El Amin renchérit encore sur son père; mais survint El Màmdun, que Djabril avait négligé, et qui donna l’ordre de l’emprisonner. Cependant Hassan fils de Sahl, étant tombé malade, fut guéri par Djabril et il parvint à le faire élargir. Mâmoun lui-même tomba malade et fut obligé de se faire soigner par Djabril qui revint en faveur.

Quand El Mâmoun se mit en marche contre les Grecs, en 828 de notre ère, Djabril était malade et donna son fils Bakhtichou pour accompagner le Khalife.

Quelque temps après, Djabril mourut et fut enterré à Madaïn dans le couvent de St-Serge avec des honneurs extraordinaires.

Malgré qu’il nageât dans l’opulence, il tendait toujours la main. Il fit inscrire par son secrétaire les sommes d’argent et les cadeaux qu’il avait reçus de différentes sources et le total dépasse le chiffre énorme de quatre-vingt-dix millions de drachmes.

Ces largesses avaient tellement frappé Freind, qui n’avait pris de l’ouvrage d’Ebn Abi Ossaïbiah qu’une connaissance très-superficielle qu’il se prend à dire ; Cet ouvrage ne peut servir qu’à nous apprendre les honneurs extrêmes et les pensions excessives que les médecins recevaient alors des Khalifes.

Gabriel composa plusieurs écrits ;

1» Une lettre à El Mâmoun sur les aliments et les boissons; 2“ Une introduction à la logique, où Wüstenfeld a vu, par inadvertance, une introduction à la médecine ; 3° Un traité sur le coït; 4“ Un abrégé de médecine; 5“ des Pandectes; 0“ Un traité de la composition des parfums dédié à El Mâmoun.

Gabriel favorisa aussi les traductions. Abd Ichou ben Bahr ben Mathràn en exécnta pour lui. On rapporte que sur ses vieux jours il ne dédaignait pas d’assister aux cours du jeune Honein et de l’appeler son maître. Comme on lui en

103 I-IISTOinB DE LA MÉDECINE ARABE. — LIVRE DEDXIÈMJÎ,

faisait l’observation, il répondit qu’il ne pouvait trop lioiiorer ce jeune liomme qui devait un jour, s’il vivait long-temps, éclipser Sergius (le traducteur).

Les écrits de Gabriel sont cités par Razès, Sérapion et Mesué. Il ne servit pas seulement la science par ses écrits, il la servit encore par la haute piosition qu’il sut conquérir, nonobstant sa qualité de chrétien. Il en fit une force morale et politique, et ses grandeurs dûrent contribuer à en propager le goût parmi les Musulmans.

Gabriel avait aussi un frère du nom de Georges ou Djordjis ben Bakhtichou, qui est cité par Aboulfarage parmi les médecins d’El Mâmoun.

BAKHTICHOU FILS DE DJABRIL, OU BAKHTICHOU FILS DE GABRIEL.

Nous avons déjà vu que son père l’avait donné au Khalife El Mâmoun pour l’accompagner dans son expédition contre les Grecs en l’année 828 de notre ère.

Bakhtichou parvint comme son père au faîte des grandeurs et de la fortune, mais comme lui il connut les revers.

A l’avènement d’El Ouatseq des envieux le desservirent et le firent exiler à Djondisabour. Cependant El Ouatseq se trouvant atteint d’hydropisie, fit appeler Bakhtichou qui ne put ai-river avant la mort du Khalife.

Avec Moutaouakkel la fortune sourit à Bakhtichou. Mais il vivait avec un faste singulier. Tout chez lui respirait le luxe et le raffinement. Il savait pendant l’été se procurer la fraîcheur de l’hiver, et pendant l’hiver la chaleur de l’été. Moutaoualdiel se fit un jour inviter par Bakhtichou, qui déploya une pompe telle que le Khalife en prit ombrage et le dépouilla de ses biens. On raconte qu’au temps de sa faveur, étant un jour assis près du Khalife, celui-ci se mit à élargir et allonger une solution de continuité qui se trouvait aux vêtements de Bakhtichou, jusqu’à la ceinture, puis tout à coup il se mit à lui dire; Quand voyez-vous qu’un fou est à lier? — Quand il déchire la robe de son médecin

DJABRir^.

DAKHTICHOU, FIBS DE

jusqu’à la ceinture, lui répondit Baklitichou. Le Khalife se mit à rire jusqu’à tomber à la renverse.

Baklitichou écrivit un traité des scarifications. Ce qui le recommande surtout, ce sont les traductions qu’il fit faire à Honein. On lui attribue ces mots : C’est mauvais de boire quand on a faim, mais c’est pire de mang'er quand on est rassasié. Il mourut en 870, laissant un fils, Obeid Allah et trois filles.

Voici encore une famille de médecins chrétiens formés à l’école de Djondisabour, sous les auspices des Baklitichou. Si la famille des Mésué ne fournit pas une aussi longue série de médecins distingués que celle des Baklitichou, elle eut un membre plus éminent dans la personne de Jean, qui prit une part très active dans la diffusion de la science grecque chez les Arabes, en même temps qu’il travaillait à la propag-er par ses nombreux écrits.

MASSOUIH ABOD I0ÜIIANN.4., OÜ MÉSUÉ PESE DE JEAN.

Massouih était ce que nous appellerions un garçon pharmacien attaché à l’hôpital de Djondisabour, où il était chargé de la trituration des médicaments. C’était vers la fin du huitième siècle de notre ère.

Ignorant jusqu’à la lecture, Massouih finit cependant par acquérir une grande connaissance des médicaments, des maladies et de leurs remèdes. Le médecin de l’hôpital était Djabril ou Gabriel, fils de Balihtichou, qui tenait Massouih en amitié. Le voyant amoureux d’une esclave de Daoud fils de Sérapion, autre médecin de Djondisabour, il l’acheta huit cents drachmes, et la lui fit épouser. De ce mariage naquirent louhanna et Mikhaïl, autrement Jean et Michel.

Massouih était depuis trente ans attaché à l’hôpital quand Djabril, on ne dit pas pourquoi, lui fit perdre sa position.

Massouih, fort de son expérience, vint à Bagdad pratiquer la médecine.

101 HIïTOIRE DE LA MÉDECINE ARABE. — LIVRE DEUXIÈME.

Il avait guéri d’une opMlialmie un serviteur de Fadlil fils de Rabi, vizir du Khalife. Errachid fut lui-même atteint de la même maladie. Gabriel, qui se trouvait à Bagdad, lui envoya des oculistes qui le traitèrent sans succès. Le domestique fit appeler Massouili. Fadlil en parla à Gabriel qui le pria de faire venir Massouili. Comment, lui dit Gabriel, te voilà donc devenu médecin. Pourquoi me dis-tu cela, répliqua Massouili : est-ce donc en vain que j’ai travaillé trente ans dans un hôpital !

Fadlil fit donner à Massouih une pension de six cents drachmes par mois et des vivres pour cinq domestiques. Massouih fit alors venir de Djondisaboursa femme et son fils louhanna.

Errachid ayant donc été lui-même atteint d’ophthalmie, Massouih le guérit au bout de deux jours de traitement. Le Khalife lui assigna une pension de deux cents drachmes par mois, le combla de présents et lui fit prendre rang à côté de Djabril et de ses autres médecins.

La sœur de Rachid tomba malade et Gabriel l’avait traitée sans succès. Si nous faisions venir, dit Rabi au Khalife, celui qui a travaillé trente ans dans les hôpitaux ! Massouili fut appelé en consultation, et annonça la fin prochaine de la malade. Il ment, dit Gabriel. Rachid fit emprisonner Massouih. Cependant sa prédiction se réalisa. Rachid le fit appeler et lui fit une position et des appointements égaux à ceux de Gabriel.

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