TRADUCTEURS
d’Hypsiclès. (1) Nous apprenons même du Fihrist qu’il fit une traduction de la g’éograpliie de Ptolémée. (2)
En présence de tous ces faits, ilest bien difficile de ne x^as admettre qii’El Kendy connaissait le g-rec; mais en l’absence d’une assertion formelle relative au grec, nous croyons qu’il vaut mieux réserver encore la question, et admettre, en attendant, que les traductions d’El Kendy se firent d’après le syriaque. Nous ne croyons pas pouvoir refuser à ElKendy, la connaissance de cette langue beaucoup plus facile pour les Arabes que la langue grecque. Une hypothèse ; aurait-il fait des traductions à deux, comme au moyen-âge ?
Un homme d’une saine érudition, M. Munk, rapporte qu’El Kendy fut chargé de traductions par le Khalife El Màmoun, ce qui peut faire supposer, dit-il, qu’il était versé dans le grec ou dans le syriaque.
Pappelons notre hypothèse. Ne put-on pas employer quelquefois, pour les traductions arabes, le procédé des traductions latines au moyen-âge, c’est-à-dire la collaboration à deux ou même à trois? El Kendy ne put-il pas participer à ces collaborations?
Casiri, et après lui Wenrich, se sont fourvoyés à propos de Mohammed ben Moussa. Ils le donnent comme ayant traduit en arabe, d’après le syriaque d’Ayoub, des commentaires de Galien sur les Epidémies d’Hippocrate. La note de Honein, reproduite par Casiri, se trouve dans un Ms. identique de Paris (n" 1002“ sup.) Mais il y est dit que la traduction fut faite pour Ahou Bjafar Mohammed et non par lui. Et puis, ce qu’il y a d’étrange, c’est que le texte donné par Casiri porte Abi Djafar au lieu d’Abou Djafar! (3)
’ Omar ben El Farkhan est compté parmi les grands traducteurs, mais c’est tout ce que l’on nous apprend. Il est probable qu’il traduisit d’après le syriaque.
(1) Hadji Khalfa, V. 152.
(2) Un Ms. hébreu Je Pari,s, n» 1028 contient la preuve qu'El Kendy savait le syriaque et peut-être le grec (Zotenberg).
(3) Casiri, I, 251. Wenrich, 250. Nous y reviendrons.
D’après le Kitabel liokama, Aboul Ouéfa traduisit le livre des grandeurs et des distances du soleil et de la lune d’Aristarque de Samos, ainsi que le traité des divisions d’Aristippe. Il aurait encore traduit Diophante, s’il fallait en croire Pococke dans sa traduction des Dynasties d’Aboulfarag'e. Mais le texte arabe donne fesser, que Pococke a rendu abusivementpar : interpretatus est. (1)
^ Enfin Ennaïrizy nous est donné comme ayant traduit 1 Almageste, par le Kitab el hokama. Nous admettons sans peine ces traductions, mais en les considérant comme faites du syriaque en arabe.
Il en est encore quelques autres attribuées à des Arabes et admises par Wenrich, même du grec en arabe, et à des époques de décadence. Nous les regardons comme apocryphes.
En résumé, s’il est encore permis de douter que les Arabes aient traduit d’après le grec, il est plus admissible qu’ils ont traduit d’après le syriaque.
11 serait oiseux d’appliquer ce travail de critique aux traductions d après l’indien, le chaldéen et le persan. Nous mentionnerons plus tard ces traductions et leurs auteurs. Pour cette catégorie de traductions nous ferons un choix et nous ne mentionnerons que ce qui rentre plus ou moins intimement dans notre sujet.
Quant aux traductions qui procèdent du grec soit directement, soit indirectement, nous mentionnerons autant que possible tous les travaux et tous les traducteurs, attendu que ces travaux ont pour nous un intérêt plus immédiat et que l’ouvrage de Wenrich nenous paraît pas suffisamment connu en France. Il serait d’ailleurs assez difficile de faire un choix parmi les traducteurs, la plupart d’entre eux ayant exploité plusieurs catégories d’écrits. C’est enfin le moyen de faire connaître ce grand fait aussi intéressant et aussi original que peu connu de l’initiation des Arabes à la science. Nous ne nous occuperons des commentateurs qu’à propos des ouvrages traduits, et nous devrons faire un choix parmi eux; leur énumération complète nous entraînerait trop loin, tant ils sont nombreux.
(1) Hist. Djn., page 338 du texte.
HONEIN
ISHAQ.
Le ê’rand nombre de commentateurs n’a rien qui doive nous étonner. Le génie différent des deux langues nous en donne l’explication. La phraséologie grecque, avec son ampleur et ses inversions, devait être pour les traducteurs une cause d’embarras et pour les lecteurs une cause d’obscurité. Aussi beaucoup de traductions nous sont données comme défectueuses, et comme ayant été corrigées ou reprises à nouveau. Nous aurons l’occasion d’en signaler quelquesunes, Naturellement ces difflcultés variaient suivant la nature de l’ouvrage.
Parmi ceux qui nous sont familiers, il en est un dont la traduction dut être bien facile, c’est celle de Dioscorides. Il n’en est pas de même de Galien.
En tète de nos traducteurs, nous allons donner d’abord les plus éminents, tels que Honein et sa famille, Costa ben Luca.
Nous donnerons ensuite les traducteurs de second ordre en entier, pour n’avoir plus à y revenir, les disposant suivant l’ordre chronologique.
Nous ne parlerons actuellement que des traducteurs du grec ou du syriaque en arabe, réservant les autres pour des chapitres particuliers où nous exposerons en même temps . les acquisitions dont la littérature arabe leur est redevable.
Si parmi les traducteurs il en est qui aient aussi de l’importance comme médecins, il en sera de nouveau question en temps et lieu.
HONEIN BEN ISH.4Q (aBOU ZÉID EL IBADY).
Honein est la plus grande figure du IX® siècle. On peut même dire qu’il est une des plus belles intelligences et un des plus beaux caractères que l’on rencontre dans l’histoire. La merveilleuse .étendue de ses travaux, leur variété, leur supériorité et leur importance, les épreuves qu’il supporta noblement au début et dans le cours de sa carrière, tout chez lui provoque l’intérêt et la sympathie. S’il ne créa pas le mouvement de renaissance en Orient, personne n’y prit
140 HisTOinr; de ia médecine aeabe. — livre deuxième. une part aussi active, aussi sure et aussi féconde. C’e.st un de voir autant qu’un plaisir de donner à sa biographie des proportions inusitées.
Il naquit en l’année 809, d’une famille d’Ibadites, chrétiens arabes qui s’étaient fixés à Hira, où son père Lsliaq exerçait la profession de pharmacien. (1) De là son surnom Cl’EI Ihadij.
Les gens de Hira passaient pour des Béotiens, et quand Honeinvintà Bagdad se présenter à Jean, fils de Mésué pour être son élève, Jean le renvoya, prétextant que les gens de Hira n’étaient pas aptes à l’étude de la médecine. Cependant Honein, qui s’en fut en pleurant, ne se découragea pas. Il se rendit en Grèce, y séjourna deux ans, se perfectionna dans la langue du pays et en rapporta des livres.
On lit aussi dans Ebn Abi Ossaïbiah qu’il étudia le grec à Alexandrie. Ce fait, qui aurait son intérêt s’il était avéré, n’est pas relaté dans le Kitab el hokama.
Honein s’en revint à Bagdad, voyagea dans la Perse, alla se perfectionner dans la langue arabe à Bassora, .puis se fixa définitivement à Bagdad. H s’était ainsi acquis une connaissance approfondie du .syriaque, de l’arabe et du grec.
S’étant mis à traduire l’anatomie de Galien, le vieux Gabriel fils de Bakhtichou, l’écoutait avec un étonnement mêlé de respect, l’appelait son maître et voyait en lui un nouveau Sergius (le célèbre traducteur de Ras el Aïn). Jean fils de Mésué, fut pareillement émerveillé. Il ouvrit sa porte à Honein et le pria de lui faire des traductions.
Honein fut aussi encouragé dans la voie des traductions par les fils de Moussa ben Chaker, qui l’employèrent avec Tsabet et Plobéïch. Ces protecteurs des savants dépensaient pour eux 500 dinars par mois.
Honein était jeune encore quand le Khalife El Màmounle chargea de traduire les grecs en arabe et de reviser les tra-
(1) M. Sanguinetti adopte l’année 792, de préférence à l’année 809. Nous avons adopté cette dernière en rai.son d’un mot d’Ebn Abi Os.s,aïbiali qui dit que Honein était encore jeune, quand El Màmoun le chargea de traductions.
IIONEIN BEN ISHAQ.
düotions des autres. Les traductions de Iloneiu lui étaient payées littéralement au poids de l’or.
L’activité de Honein dut être prodigieuse. Sans parler de ses révisions, il commenta tout Hippocrate, traduisit une bonne partie de Galien, Oribase, Paul d’Egine, plusieurs écrits d’Aristote et de Platon, des mathématiciens, des astronomes, des philosophes, etc., associant à ses travaux scu neveu Hobéïch et son fils Ishaq. Il écrivit encore une centaine d’ouvrages dont les uns restèrent classiques dans l’enseignement et les autres attestent qu’il unissait la pratique à la théorie, tels que son traité des maladies des yeux.
Le Khalife Moutaouakkel frappé de la réputation de Honein le fit appeler et lui constitua une riche pension. Cependant ayant conçu à son égard quelques soupçons d intelligence avec les Grecs, chers sans doute à Honein, il voulut réprouver.
Il le fit venir, le revêtit d’un vêtement d’honneur et lui donna un titre de 60,000 drachmes, puis il lui dit; Je désire que tu me prépares un remède secret au moyen duquel je puisse me débarrasser d’un ennemi. Honein répondit ; Je n’ai jamais appris que des remèdes salutaires et je pensais que le Prince des Croyants ne m’en demanderait pas d’autres. Cependant si telle est sa volonté j’essaierai, mais il me faut du temps. Malgré délais et menaces, Honein n’en fit rien et le Khalife le'flt mettre en prison. Honein y resta une année, qu’il employa à traduire et composer. Moutaouakkel le fit de nouveau comparaître, ayant étalé d’un côté des trésors et de l’autre des instruments de supplice. Le temps se passe, lui dit-il, et mes désirs ne sont pas remplis. Si tu obéis, ces trésors et d’autres encore sont à toi, sinon je te ferai périr dans les supplices. — J’ai déjà dit au Prince des Croyants, répondit Honein, que je n’avais appris à composer que des remèdes salutaires. Sur ce le Khalife lui dit ; Console-toi, Honein ; tout cela n’était que pour t’éprouver. Mais à quoi donc a pu tenir ton refus? —A deux choses, répondit Honein, ma religion et ma profession. La première ordonne de faire du bien à nos ennemis, et à plus forte raison à nos amis. La seconde nous défend de nuire au genre humain, instituée
142 HISTOIRE DE LA MÉDECINE aIiABE. — LIVRE DEUXIÈME, qu elle est pour lui être utile. Tout médecin a fait serment de ne jamais délivrer de poison. — Ce sont là deux belles lois, répliqua Motaouakkel, et il combla Honein de présents.
Le mérite de Honein ne pouvait manquer de lui susciter des envieux et des ennemis. Une épreuve nouvelle lui était reservée. Cette aventure, diversement racontée, mais identique au fond, nous a été conservée par Honein lui-même dans un récit empreint de tristesse. Honein avait probablement rapporté de son séjour en Grèce de l’aversion pourTe culte des images. C’est sur ce terrain que ses ennemis lui tendirent un piège, qui paraît avoir été imaginé par Bakhtichou, fils de Gabriel et exécuté par Thifoury. D’après Aboulfarage ce serait le fait exclusif de Thifoury, auquel Honein aurait reproché sa vénération pour les images.
Nous nous en tiendrons au récit de Honein. Bakhtichou fit executer une belle peinture de la Vierge, et la fit voir à Moutaouakkel, qui lui demanda si tous les chrétiens avaient pour cette image une pareille vénération. Oui, répondit Uakhtichou, excepté un de tes sujets que tu as comblé de tes bienfaits, qui est un impie et ne croit à rien. — Quel est-il demandale Khalife. — C’est Honein. Moutaouakkel ordonna de le faire comparaître et lui dit : Tu vois cette image, c’est la représentation de votre Seigneur et de sa mère. — Dieu me garde, répondit Honein, de croire qu’il puisse être représenté ! Ce sont là simplement des images, comme on en voit dans les églises et autres lieux. ~ C’est donc chose
insignifiante? — Comme Ta dit le Prince des Croyants. S’il
en est ainsi, tu peux cracher dessus. - Honein cracha sur limage*
Le Catholique ou chef de la communauté chrétienne fut appelé, et Montaouakkel lui demanda ce que méritait un homme qui avait craché -sur cette image. Si c’est un chrétien, répondit le catholique, et si j’en avais le pouvoir il seraitfustigé. Toutefois, je lui défendrai l’entrée de nos temples et je le mettrai en interdit jusqu’à ce qu’il se soit repenti sincèrement et se soit purifié par le jeûne et la prière. — Fais ce qu ü te plaira, lui dit le Khalife. Honein reçut cent coups d etrivières, et fut mis aux fers dans la maison du CatholL
que, où il resta six mois, frappé de plus de temps a autre. 11 n’est pas étonnant que ces persécutions l’aient aigri. Ceux que j’ai instruits, dit-il, pour lesquels je fus généreux, que j’ai élevés au dessus de leurs concitoyens, m’ont rendu le mal pour le bien. Je n’en ai pas moins loué Dieu, et je me suis rappelé le propos de Galien que l’on peut tirer profit des inimitiés. Mais cependant comment rester calme ! On me vilipende, on honore ceux qui me honnissent et on honnit ceux qui m’honorent. Ils voient la supériorité de ma science sur la leur, mes traductions qui leur ont livré la science de langues auxquelles ils ne comprenaient rien, qu’eux-mêmes disaient supérieures à toutes celles qui les avaient précédées. Les hommes instruits de toutes les communions m’ainj,aient et me respectaient. Mais ces médecins chrétiens qui me doivent tout leur savoir en veulent à mes jours. Ils disent ; c’est là ce traducteur de Honein, qui a reçu pour ses traductions un salaire comme en reçoit un artisan pour ses peines.
11 se fait appeler Honein le médecin et non pas Honein le traducteur. Quand j’entends ces choses, mon cœur se resserre et il me prend envie de me donner la mort ! L’envie n’a cessé d’habiter la terre depuis Abel ! Si j’ai raconté ces faits, ajoute-t-il, c’est pour que l’homme intelligent comprenne que les calamités atteignent le savant et l’ignorant, le grand et le petit.
Cependant Moutaouakkel tomba malade et Honein prit part aux consultations. Enfin on le tira de prison, et il comparut chez le Khalife revêtu de riches vêtements, et au milieu de ses ennemis, qui croyaient à son supplice. C’est donc à tort qu’on lit dans Aboulfarage, qu’après son excommunication, Honein rentra chez lui et y mourut subitement do Chagrin ou par le poison.
Il paraît d’après Ebn Abi Ossaïbiah, que Honein fut nommé chef des médecins de Bagdad à propos de la publication de son livre: Des Questions.
On s’accorde à placer la mort de Honëin en l’année 260 dë l’hégire, 873 de l’ère chrétienne.
Bien que Honein ait beaucoup écrit en dehors de ses traductions, c’est par elles surtout qu’il serecommande à la pos-
térité. Il marclie à la tête de tous les traducteurs de son temps, non-seulement par la correction de ses traductions, mais surtout par leur importance et leur étendue.
Son œuvre embrasse à peu près tous les chefs-d’œuvre de la médecine antique. On a dit que les traductions de Costa ben Luca avaient la correction de celles de Honein, mais Luca traduisit bien peu, comparativement à Honein. On a dit aussi que blonein avait bénéficié de la ressemblance de son nom avec celui de Hobéïcli. Quand cela serait, malgré quelques attributions douteuses, il n’en resterait pas moins assez de gloire à Honein, et le mérite d’avoir formé des collaborateurs comme son fils Ishaq et son neveu Hobéïcli.
Outre les traductions de son crû, Honein en révisa une foule d’autres. Il avait pareillement fait une révision des textes originaux d’Hippocrate et de Galien.
Si l’on s’en rapporte au catalogue des livres de Galien dressé par Honein, il semblerait, dit l’auteur du Filirist, qu’il en a plus traduit en syriaque qu’en arabe, mais il révisa beaucoup de traductions arabes faites par d’autres.
Honein traduisit tantôt en syriaque et tantôt en arabe, sans doute suivant les cas. S’il traduisait pour Gabriel ou Mésué, pour ses coreligionnaires, il pouvait le faire en syriaque ; mais il en était autrement s’il traduisait pour les fils de Moussa, ou pour satisfaire aux désirs d’El Mâmoun. D’ailleurs il traduisit plus d’une fois le même ouvrage à la fois en syriaque et en arabe.
On a dit trop souvent, pour infirmer le valeur des traductions arabes, qu’elles avaient passé du grec àtravers le syriaque. C’est là une assertion gratuite qu’il est presque oiseux de réfuter. Quand se firent les traductions en arabe, commandées par les Arabes et pour les Arabes, il existait àpeine quelques traductions en syriaque, et ce nefutpas à elles que l’on s’adressa. On recueillit à grands frais les originaux grecs, et on les confia à des hommes qui savaient le grec et pouvaient en épurer les textes. Que si ces hommes firent aussi des traductions en syriaque, dont quelques-unes furent traduites de rechef en arabe soit par eux-mêmes soit par d’autres, c’est sans doute que les traducteurs tout en travaillant
HONEIN BEN ISïIAQ.
pour les Arabes, n’oubliaient pas leurs coreligionnaires qui devaient quelque temps encore tenir le sceptre de la science et de la pratique en attendaut que se fit l’éducation des Arabes ; c’est aussi probablement parce que dans ce moment de ferveur on voulut employer le plus d’agents possibles pour avoir plus de produits et que l’on confia des traductions en syriaque, à faire passer dans la lang'ue arabe, à ceux qui ne connaissaient pas suffisamment le grec.
Honein et les siens, profondément versés dans la langue grecque, livrèrent aux Arabes des traductions irréprocliables, qui embrassaient la meilleure partie de la médecine grecque. Les traductions qui n’eurent pas la bonne fortune de tomber entre les mains des maîtres de l’art, furent ensuite reprises et corrigées.
Nous allons donner aussi sommairement que possible la liste des traductions de Honein, devant y revenir à propos des auteurs traduits. Là, certains détails trouveront mieux leur place qu’ici.
Nous n’avons pas cru devoir nous en rapporter à Wenricli. Nous avons vérifié presque toutes ses citations et nous avons trouvé des erreurs et des omissions. Nous diviserons les auteurs traduits en deux catégories, savants divers et médecins. Cet ensemble de travaux encyclopédiques accuse cliez Honein plus que la connaissance du grec et l’activité, il accuse encore une large et facile intelligence.
Première catégorie, savants divers ;
Platon. La politique, les lois et Timée.
Aristote. Honein traduisit en syriaque une partie de l’Organon, le Traité de la génération et de la corruption, celui de l’âme et un fragment de métaphysique. Il traduisit en arabe les Catégories, révisa une traduction des premiers Analytiques, traduisit (1) les Ethiques et la Physique s’il faut en croire un Ms. de Leyde.
(1) Dans la notice d’Alexandre d’ApUrodisias, Ishaq est donné comme ayant traduit les Sophistiques, la Rhétorique et la Poétique. Casivi qui a reproduit cette notice, p. 243, I, donne Isliaq dans le texte et Honein dans sa traduction latine.
Aidolycus. De la sphère en mouvement.
Euclide. D’après Ebn Kliallican, Honein aurait traduit Euclide, fait qui n’a pas été mentionné par AVenrich.
Nicolas de Damas. Sommaire de la pliilosopliie d’Aristote. ~ Des Plantes (ouvrage attribué à Aristote). (1)
Menelaüs. Des sphériques.
Archimède. De la sphère et du cylindre.
Apollonius de Tyane. Traité d’astrologie.
Artêmidore. De l’interprétation des songes.
Alexandre d’Aphrodisias. Quelques opuscules. (2) Porphyre. L’Isagoge.
Thémistius. Commentaire sur le livre de Tâme.
Deuxième catégorie. Médecins.
Honein eut l’heureuse idée de s’adresser à peu près exclusivement aux deux maîtres de la science médicale, Hippocrate et Galien, et le Kitab el hokama fait observer qu’il eut soin d’en reviser les textes.
Hippocrate :
Epidémies. Pronostics. Aphorismes.
De l’air, des eaux et des lieux.
De la nature de l’homme. Du serment.
Grand traité des maladies (aiguës). (3) De l’officine. (4)
La naissance à huit mois. (5)
^ Honein fit aussi des commentaires sur Hippocrate et Ga-
Novis suivrons, pour l’énumération des écrits de Galien, traduits par Honein, la liste donnée par le Fihrist, et qui se retrouve dans le Kitab el hokama.
Nous ne voulons pas reproduire ici la liste des seize écrits
(1) Nicolaï Damasceiii, de Plantis, ex Isaaci versione arabica; ïeoensuit Meyer. Aboulfarage dit qu’il en possédait une traduetion syriaque de Honein.
(2) AA Casiri, I, 242.
(3) Le Traité des maladies aiguës existe à Paris en arabe avec des caractères hébreux.
(4) La plupart de ces écrits se trouvent à l’Eseurial.
(.")) Cet écrit se trouve à Munich,
HONEIN
de Galien arrangés par les Alexandrins pour renseignement de la médecine. Nous dirons seulement que Honein en traduisit les trois-quarts, les autres l’ayant été par Hobeïch, et qu’il les refondit aussi par demandes et par réponses, d’après le Kitab el hokama. Il existe sous le nom de Honein, au British Muséum, n“ MCCCLVI, un exemplaire des XVI livres arrangés par les Alexandrins. Il semblerait donc que Honein en fit une double traduction, l’une partielle de ces livres intacts et l’autre complète de ces livres remaniés. (1)
Après l’énumération des XVI livres, on lit dans le Filirist : Livres en surplus des XVI.
La grande Anatomie nous est donnée comme ayant été traduite par Hobéïcb. Ce n’est pas autre chose que les Administrations anatomiques. Cependant les Mss. d’Oxford et du British Muséum en attribuent la traduction à Honein.
Des mouvements de la poitrine et du poumon. Traduction faite par Étienne et revue par Honein.
Des maladies de l’âme, idem.
De la v'oix, par Honein.
Des mouvements des muscles. Traduction par Étienne, revue par Honein.
De la nécessité de la respiration, idem.
Des mouvements obscurs. Quelle que soit Tauthencité de ce livre, 'Wenrich a oublié de dire qu’il avait été traduit par Marcus de Tolède, d’après la version arabe de Honein, Joliannitius. Il faut dire aussi, à l’appui de son authenticité, qu’il est cité souvent par Galien lui-même.
De l’usage des parties, traduction par Hobeïch, revue par Honein.
De la meilleure conformation, par Honein.
Du bon état du corps, Honein ou Hobéïch, suivant Tune ou l’autre liste.
Du mauvais tempérament, Honein.
Des simples, idem.
(1) Wenrich n’a rien compris aux cinq livres d’ Anatomie, qui font partie des seize, p. 251 : V. ce que nous en avons dit. Le Fihrist attribue les Divergences en anatomie à Honein, d’après Wenrich, Il en est autrement dans le Ms, que nous avons consulté.
148 HISTOIRE DE EA. MÉDEOIilE ARABE. - LIVKE DEUXIÈME.
De l’accouchement à sept moi.s, idem.
De l’atrahile, Honein ou Étienne.
De la dyspnée, Honein.
Du marasme, idem. (1)
Sur un enfant épileptique, idem.
Des propriétés des aliments, idem.
Du régime atténuant, idem. (2)
De la médecine d’Aristote, (3) idem.
Traitement des maladies aiguës suivant Hippocrate, idem.
Lettre à Thrasyhule, idem.
Qu’un bon médecin doit être philosophe, idem.
Des vrais livres d’Hippocrate, idem.
De l'examen du médecin (du médecin '?) idem. (4)
De la secte (de la meilleure secte), idem.
De la démonstration en XV livres. C’est seulement dans Ebn Ahi Ossaïbiah que nous trouvons des renseignements sur cet écrit. Honein ne put en trouver une copie originale complète.
Déjà Gabriel avait fait des recherches. Honein en fit dans la Mésopotamie, la Syrie, la Palestine et l’Egypte, et en trouva la moitié seulement à Damas, qu’il traduisit en syriaque. Des traductions en furent faites aussi par Aioub et par Issa ben lahya, et par Ishaq en arabe. Ce livre ne se trouve pas dans les listes que nous possédons.
Faudrait-il en voir une reproduction dans un chapitre de l’histoire philosophique, ouvrage du reste considéré comme douteux.
De la connaissance de ses défauts, traduction de Thomas, revue par Honein.
Le Timée de Platon. Sur vingt livres, Honein en traduisit dix-sept et Ishaq les autres.
Du premier moteur, Honein.
Grand livre sur la saignée, idem.
(1) Cash'i a traduit par : de Stercere, I. 233.
(2) Casiri a rendu par : de henigno regimine, id.
(3) Casiri no le iiientionuo pas. Id,
(4) Casiri voit là des Observations.
Introduction à la logique.
On attribue à Galien un opuscule sur les lavements, qui fut traduit en liébreu et plus tard en latin, d’après la version arabe de Honein. Razès, dans le Continent, dit à plusieurs reprises que cet écrit est plutôt de Rufus que de Galien.
Il est un livre des plantes, rangé à juste titre parmi les douteux, qui fut traduit en arabe par Honein et plus tard en latin. On lit dans la traduction latine que Honein fit cette traduction pour Abou Djafar Mohammed ben Moussa, parce que d’autres, qui as'aient précédé la sienne, étaient défectueuses.
Honein traduisit aussi des commentaires de Galien sur Hippocrate, qui nous sont restés, les commentaires sur les épidémies, les septénaires, etc.
Le commentaire sur les épidémies, qui existe à l’Escurial et maintenant à Paris, est accompagné d’une annotation de Honein qui a été mal rendue par Casiri , et que nous allons reproduire, d’autant plus qu’elle contient de graves erreurs qui ont échappé à Wenrich et l’ont égaré.
ç Le premier livre des épidémies fut l’objet d’un commentaire de Galien, en trois parties. Aïoub le traduisit d’abord en syriaque, puis en arabe pour Abou Djafar Mohammed ben Moussa. (1) Galien fit sur le IP livre un commentaire en six parties.
« L’orig’inal grec me tomba sous la main, mais il y manquait une partie, et de plus il y avait des fautes, des lacunes et de la confusion. Après l’avoir révisé et transcrit en grec, je le traduisis en syriaque, puis en arabe, à l’adresse d’Abou Djafar iMohammed ben Moussa. (2) Cependant il se fit que je ne l’achevai pas complètement. Galien fit encore sur le YP livre des épidémies un commentaire en huit parties, qui fut traduit en syriaque par Aïoub.
ï Tous ces commentaires sur les épidémie.s se retrouvent
(1) On lit dans Casiri : Quos svriace Job, Arabioe /!(<: üiafar Mohammed ben Musa transtulit. — .46i aurait dû cependant indiquer à Casiri que ce mot était un régime et non un sujet.
(2) Casiri : quos et arabice postea Abi Giafar Mohammed ben Musa convertit. —Toujours Abi.
dans mes écrits. Galien ne commenta que ces quatre livres. (1) Quant aux trois autres, c’est-à-dire le IV% le Y*’ et le VII', il les rejeta comme apocryphes.
« Il existe encore d’autres discours de Galien sur les épidémies, où il reproduit tantôt la lettre et tantôt l’esprit d’Hippocrate, mais je n’en ai trouvé qu’en faible quantité. » Commentaire de Galien sur les Aphorismes d’Hippocrate, par Honein. Le manuscrit existe à Paris, n» 985, A. F.
Commentaire de Galien sur le livre des Septénaires, par Honein. Il en existe un exemplaire à Munich sous le n" 802. M. Daremherg- en ayant obtenu l’extradition, nous en avons pris une copie, que nous traduirons quelque jour, si Dieu nous prête vie.
Il existe encore dans les collections européennes quelques traductions de Galien attribuées à Honein, tandis que les historiens les attribuent à Hob'éïch. (2)
Orïbase.
Honein a traduit le livre à son fils Eustathe, et la grande collection en soixante-dix livres.
Paul d’Egine. Honein traduisit ses Pandectes. Theomnestus.
11 existe à Paris, sous le u“ 1038, ancien fonds, une traduction du Traité d’art vétérinaire de Theomnestus, par Honein.
Parmi les traductions revues par Honein, nous citerons celle de Dioscoride, exécutée par Etienne, flls de Basile. Il en existe à Paris, n° 1007 du supplément, un exemplaire chargé de notes précieuses, sur lequel nous avons publié un travail dans le Journal asiatique.
Il est encore une traduction de Honein, qui était restée jusqu’alors ignorée, c’est la traduction de l’Ancien Testa-
(1) Il y a nécessairement une lacune en cet endroit. Nous savons que Galien ne commenta que les trois premiers et la sixième livre des Epidémies, c’est-à-dire quatre en tout. La traduction par Honein de ces quatre commentaires existe à l’Eseurial. Voyez pages 250 et suivantes, 1” partie.
(2) Le Commentaire sur le pronostic, traduit par Honein, se trouve à Oxford.
IIONBIN
ÏSHAQ,
ment. Le Kitab el liokama, dans la notice du roi Ptolémée, (lit qu’il se fit traduire l’Écriture de l’hébreu en grec, et que Honein en fit la traduction du grec en arabe. (1)
Au milieu de ses traductions, Honein avait encore le temps de composer des ouvrages. Nous avons les titres d’une centaine.
Plusieurs de ces ouvrages ont trait à Hippocrate et à Galien. Il commenta quelques écrits du premier. Le second l’occupa davantage. Honein fit des sommaires des seize livres de Galien, qu’il rédigea par demandes et par réponses.
11 publia sous le titre de Fruit, des extraits des commentaires de Galien sur les aphorismes, les pronostics, les maladies aiguës, les plaies de tête, les épidémies, l’officine, l’air, les 'eaux et les lieux et la nature de l’homme. Il dressa une liste des écrits de Galien et de cenx .qu’il avait traduits. Son introduction au petit art de Galien a été traduite eu latin et imprimée sous le titre Isagoge lohannitii.
Parmi les écrits originaux de Honein, il en est deux qui eurent de l’influence sur l’enseignement et la pratique de la médecine chez les Arabes, ce sont les Questions et le Livre de l’œil.
Les questions de Honein sont nu traité élémentaire, une sorte d’introduction à la médecine, par demandes et par réponses. Il eut les honneurs de plusieurs commentaires. Celui d’Ebn Abi Sadeq se trouve à Paris.
Le livre sur l’œil, en dix discours, dont le dernier est de Hobeïch, n’eut pas moins de crédit chez les oculistes arabes. Honein écrivit encore d’autres opuscules sur l’oculistique.
Nous indiquerons sommairement les autres écrits de Honein en les classant par catégories.
Il écrivit plusieurs traités sur les aliments simples et composés ; sur la différence des aliments et des médicaments ; sur les caustiques ; sur le lait ; sur le régime tant à l’état sain qu’en certains états morbides ; sur l’hygiène, les bains, la conservation des dents, les eaux pestilentielles, le coït,
(1) Le n» 116", A. F. de Paris, contioat un écrit d’Hermès, qui aurait été traduit par Honein.
152 HISTOIEE DE MÉDECIKE ARABE. - LIVRE DEUXIÈME.
etc. Son opuscule sur le cliatouillement se trouve à l’Escurial.
Il écrivit un traité sur l’anatomie de l’appareil digestif et un autre sur les maladies de l’estomac ; d’autres sur le pouls, sur l’urine, sur les signes des maladies ; sur les fièvres, la dyspnée, l’épilepsie, les ulcères, les calculs.
Les sciences physiques l’occupèrent aussi et il écrivit sur l’action du soleil et de la lune, sur les météores, sur la .salure de la mer, sur le flux et le reflux. Enfin il écrivit un traité d’agriculture.
Citons encore des traités de grammaire et de logique, des catégories suivant Thémistius, un recueil de curiosités et sentences des anciens philosophes, des annales, et la relation de ses infortunes.
Honein est fréquemment cité dans le Continent de Razès. Une douzaine de ses livres sont mentionnés, ce qui prouve qu’il était aussi considéré comme praticien.
ISHAQ BEN HONEIN, ISAAO FILS DE HONEIN.
Ishaq, élevé par son père Honein, .s’occupa comme lui des traductions du grec en syriaque et surtout en arabe. Son intelligence en cela, dit le Kitab el hokama, égalait au moins celle de son père. Comme lui il fut attaché à la personne des grands et des Khalifes et finit par devenir le familier de Cassem ben übéid Allah. Frappé d’apoplexie, il resta quelque temps paralysé et mourut en l’année 910 de notre ère.
Comme le fait remarquer Ebn Khallican, Ishaq s’occupa plutôt des philosophes que des médecins.
Parmi les ouvrages de Galien il traduisit les suivants:
De la démonstration.
Sur leTimée de Platon.
Des sortes de raisonnements.
Commentaire sur Aristote.
Du premier moteur.
Sur la médecine d’Er.isistrate.
ISHAQ BEN HONKIN.
Quelques-uns de ces ouvrages furent traduits coneurremmentavec son père.
Ishaq traduisit plusieurs ouvrages d’Aristote ; ^
Les premiers et les deuxièmes Analytiques.
De l’interprétation.
Les topiques.
La rliétliorique.
La génération et la corruption.
Le livre de l’âme.
La métaphysique jusqu’à la lettre M.
Le livre des plantes, attribué aussi à Nicolas de Damas.
Il en traduisit aussi des commentaires :
Les topiques. Commentaires d’Alexandre d’Aplirodisias et d’Ammonius.
La génération et la corruption, commentaire d’Alexandre d’Apbrodisias.
L’éthique, commentaire de Porphyre.
L’âme, commentaire de Thémistius.
Il traduisit d’Euclide ; . -
Les éléments.
Les données.
L’optique.
Les proportions. (1)
Tels sont ses ouvrages originaux ;