TRADUCTEURS
données par eux, ainsi, par exemple, dans les tableaux synoptiques qui terminent le Continent de Razès. (1) Mais ce n’est pas encore là une preuve de ce qu’on peut appeler raisonnablement la culture du grec.
Quant à la première assertion, nous croyons qu’elle est encore discutable jusqu’à présent.
Au sujet d’Abdellatif, M. de Sacy se prononce pour la négative et nous sommes de son avis. (2)
Mais il est un homme pour lequel la question est plus difficile à trancher, à savoir El Kendy. Plusieurs orientalistes éminents lui accordent la connaissance du grec.
M. de Sacy admet qu’El Kendy a pu savoir le grec ou le syriaque, Ebn Abi Ossaïbiah le comptant au nombre des principaux traducteurs qui ont traduit en arabe les ouvrages d’Aristote. (3)
Wüstenfeld compte El Kendy parmi les savants que le Khalife El Màmoun chargea de traduire les auteurs grecs. (4) M. Sédillot ne paraît pas admettre le doute et nous donne simplement El Kendy comme versé dans la connaissance de la langue grecque. (5)
Comment croire, dit M. Jourdain, que le grec fut inconnu d’El Kendy ? (6) Puis il ajoute en note ; « Dans un petit traité sur la sphère armillaire, Alkindi indique plusieurs causes de l’infidélité des versions arabes de l’Almageste, ce qui montre qu’il savait le grec. »
(1) On en trouve aussi dans les listes de synonymies.
[i) Eelation de l’Egypte, p . 494.
(3) Idem, p. 488.
(4) Geschiehte der arabischen Aerzte, p. 22.
(5) Prolég. d’Oloug beg, XYIII; et Hist. des Arabes, p. 340.
(6) Voici la phrase entière que l’on est tout étonné de rencontrer chez M . Jourdain : « Comment croire qu’elle fut ignorée des flls de Mouca, d’ Alkindi, de Costa ben Luoa, d’Honeinet de son flls Isaao, et d*e plusieurs autres traducteurs ou philosophes arabes que je pourrais citer ? » - Comment M. Jourdain a-t-il pu laisser tomber de sa plume les noms de Costa, de Honein et d’Ishaq sur lesquels le doute ne saurait être permis .
136 HISTOIRE DE LA MfÎDECINE ARABE. — LIVRE DEDXIlUlE.
Nous avons consulté le M.s. indiqué p,ar M. Jourdain, qui occupe les folios 54 à 58 du u“ 1157, ancien fonds arabe, et voici de quoi il est question dans cet opuscule.
Un des amis d’El Kendy lui demande des éclaircissements sur la forme et l’usag-e d’un instrument destiné à déterminer la position du .soleil et des astres, instrument mentionné dans le V“ discours de l’Almageste.
El Kendy répond que l’obscurité tient uniquement à l’élévation du style et à l’encliaînement des idées de l’aute.ir, d’où résulte pour les traducteurs du g>rec en arabe une double difficulté, bien saisir le sens et le rendre par des expressions équivalentes, et que ces deux difficultés peuvent être soit isolément soit concurremment une source d’erreurs pour les traducteurs.
^Nous avouons, pour notre part, que la réponse d’El Kendy n implique pas nécessairement la connaissance du grec, nous en verrions plutôt une preuve dans ce fait que les traductions attribuées à El Kendy portent sur le terrain des mathématiques, terrain qui ne fut pas cultivé par les Syriens.
Telles sont les autres considérations qui peuvent militer en faveur de la connaissance du grec par El Kendy.
On lit dans Ebn Abi Ossaïbiah et le Kitab el hokama qu’il traduisit plusieurs livres de philosophie, et qu’Abou Machar le compte parmi les quatre grands traducteurs qui ont paru dans l’Islamisme. On peut dire aussi que sa grande et précoce connaissance de la philosophie grecque porte naturellement à supposer qu’il fut avec cette science en communication directe; sinon il faudrait admettre que de son temps le travail des traductions avait déjà fait de bien rapides progrès. La listé de ses écrits se monte à plus de deux cents. Il embrassa, dit leFihrist, la totalité des sciences antiques.
Un fait est hors de conteste, El Kendy a fait ou revu des traductions. Il révisa les traductions d’Autolycus (1) et
(1) Le Kitab el hokama.