ABOUL CASSEM OMAR BEN ALT EL MODSLY, CANAMUSALI DU MOYEN AGE
Ebn Abi Ossatbiah en dit quelques mots que nous reproduirons intégralement :
« Omar bon Aly el Mously (natif de Mos^oul) était un
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oculiRte célèbre et un praticien renommé, cité pour le traitement des maladies oculaires et l'emploi de l'instrument tranchant. Il se rendit en Egypte où il demeura. Il écrivit un sommaire des maladies des yeux et de leur traitement tant parles médicaments que parles instruments, qu'il dédia au Khalife El Hakem. »
C'est la première fois, à notre connaissance, que ce nom se produit dans tout son jour. Nous verrons cependant qu'il a de l'intérêt et qu'il occupe une certaine place, modeste il est vrai, dans l'histoire de la médecine.
Omar a été méconnu par WUstenfeld, qui se borne à le mentionner ainsi, dans sa liste des médecins égyptiens, page 141 : « Ammar (Amman) bcn Ali cl Mausili. » (1) Plus loin, à la page 161, il le cite encore, mais sans se douter de ridentité, parmi les médecins dont il ignore l'époque. Cette citation est empruntée à Casiri, qui cite son Traité d'oculistique sous le titre: Liber selcctus, de oculorum m,orbis^ n» 889 de son catalogue. On peut s'étonner que la citation de Casiri n'ait pas fait reconnaître à Wtistenfeld l'identité et l'époque d'Omar. Ce sont les mêmes noms, et dans la liste des médecins égyptiens Omar précède un médecin dit des Fathmides. Il est vrai que Wi\stenfeld a lu malencontreusement El Adhimia, qui ne signifie rien, au lieu de Fathmya.
L'ouvrage d'Omar, qui porte en arabe le titre de Mountckheb^ extrait, sommaire, titre donné aussi par Casiri, est cependant bien connu des médecins arabes. Un oculiste espagnol du XII® siècle, Errafequy, dont un exemplaire existe à l'Escurial, le cite parmi ses devanciers, mais lui reproche une excessive brièveté. Un oculiste du XIII® ;îiècle, Salah eddin, auteur d'un remarquable traité d'oculistique intitulé Nour el Oxiyoun^ la lumière des yeux, fait de nombreux emprunts à Omar. Nous reproduirons le plus important.
Omar ben Aly paraît avoir eu l'habitude d'opérer la catiiracte par succion, et c'est à son livre que Salah eddin emprunte le procédé opératoire. Dans ce passage Omar prétend
(1) Àmm^n est aussi la lecture adoptée par Reiakc, p. 53.
que personne avant loi n'avait employé ce procédé, ce qui est une erreur, Nouâ lisons en effet dans le Nour cl Ouyoun cette citation de Taabet ben Corra qui repousse raigTiille creuse et son emploi : * Ce procédé n'est pas sûr et il ne faut pas ajouter foi à ceux qui prétendent qu'il leur a réussi. En effet il y a dans Tœil des humeurs plus ténues que la cataracte, et si Ton tente Topé ration par succion, on attirera plutôt les humeurs de Toeil que la cataracte elle-môme. D'ailleurs la cataracte est recouverte d'une enveloppe qui est encore un obstacle k son issue par la succion, »
Omar n'en raconte pas moins comment Tidée lui vint d'imaginer ce procédé, dont il a fait usage maintes fois en Egypte, et qui lui a réussi.
Le procédé a les mêmes préliminaires que le procédé ordinaire. Seulement, comme Tinstrument est un peu plus g:ros, on pratique Tincision préalable de la cornée pour faciliter son introduction. On dirige Tune des trois facettes deTaiguille, celle qui est munie d*une ouverture, sur la cataracte, et l'on fait aspirer par un aide. L'aspiration doit être modérée et continue, tant pour ne pas dépasser le but que pour empêcher le retour des matières aspirées* D'après une observation rapportée par Omar, son procédé aurait, sur le procédé ordinaire, Tavautage de ne pas exiger le décubitus dorsal, mais seulement le bandange des yeux.
Tous les praticiens ne furent pas aussi heureux. Un oculiste renommé, sur lequel nous manquons jusqu'il présent do renseignements précis, Mansour, cité dans le Kafy d'Ebn Abil Mahassen, dit qu*il a vu des gens employer ce procédé, et qui, en même temps que la cataracte, attiraient Thumeur albuginée.
Ce procédé paraît cependant avoir eu quelque vogue, Abulcasis dit qu'il le sait en usage dans Tlrak, On lit absolument la même chose dans un traité d'ocnlistique, existant h TEscurial sous la n' 876, donné par Casiri comme anonyme, et que nous rapportons à Ebn Ouafed, autrement dit Eben Guefith.
Le Kafy, dont nous venons de parler, qui existe à Paris, sous le n" 1043 du supplément arabe, contient deux tableaux
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crinstrnments d'ocuHstique exécutés avec une élégance très remarquable. Parmi ces instruments on voit figurer Tai^ille creuse.
Le Mountekhob d'Omar ben Ali existe k TEscurial, sous le n* 8S0 du catiUogue de Casiri, ainsi que nous Tavons indiqué précédemment. Ce manuscrit est malheureusement en mauvais état. Il a été relié à tort et à travers, après avoir été sans doute mis en javelle. Bien que Casiri ne Tannonce pas, une certaine feuille annonce un traité d'Ebn Ouafed, vulgairement Ebn Guéfith, qui se trouve dans un autre volume. Les deux ouvrages annoncés par Casiri ne nous paraissent pas autre chose que deux parties disloquées du Mountekheb, Tune afférente au traitement par les médicaments, l'autre relative aux maladies et à leur traitement chirurgical. Lors de notre séjour à TEscurial, occupé surtout & étudier le Continent de Razès, nous ne pûmes donner que quelques instants h beaucoup d'autres Manuscrits également intéressants. Nous transcrivîmes de celui-ci une dizaine de pages. Il en contient 260, à 15 lignes. En le parcourant, une chose nous frappa, la mention d'une aiguille à cataracte creuse, et la description du procédé opératoire. Nous ne songions pas alors à rapporter ce procédé à notre oculiste et ce n'est qu'après avoir pris connaissance du NourelOuyoun et avoir mis eu présence le Ms. de l'Escurial avec la citation du Nour el Ouyoun que la lumière se fît. Nous ne conservâmes plus aucun doute, le fragment qui parle de l'aiguille creuse et de l'opération de la cataracte par succion est une partie intégrale du Mountekheb d'Omar ben Aly. Entre le manuscrit do l'Escurial et celui de Paris il y a identité parfaite.
Mais il y a plus. Nous croyons positivement qu'Omar ben Aly cl Mously n'est autre chose que le Canamusali du moyen âge, auteur d'un petit traité d'oculistique imprimé habituellement à côtédu Monitorium d'Issaben Ali. D'Aboulcassem el Mously il n'y a pas bien loin de Canamusali, et l'histoire des traductions de l'arabe en latin nous fournit des altérations de noms propres bien plus étranges que celle-ci.
Nous savons que l'on va nous objecter une difficulté de
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chronologie. Les quelques maigres notices que nous avons rencontrées sur Canamusali, le font appartenir au XIII* siècle, mais sans nous dire d'après quelle autorité.
Hille, qui en a parlé dans son spécimen d'Ali ben Issa, dit qu'il vivait quelque temps avant l'entrée des Tartares & Bagdad, mais il ne dit pas où il a pris ce renseignement. Nous ignorons encore & quel titre il en fait un Arménien. L'esquisse de l'histoire des oculistes arabes donnée par Hille, dans son introduction, manque absolument d'originalité et partant de crédit. Il n'a fait qu'emprunter h Wûstenfeld sans donner rien de neuf, et partant il a oublié bon nombre d'oculistes et de faits intéressant l'oculistique, dont il est question dans notre histoire. Nous avons déjà relevé ces lacunes h propos d'Ali ben Issa. En somme, l'autorité de Hille est sans valeur aucune.
On peut faire une autre objection. Canamusali nous est donné comme étant de Bagdad, non-seulement dans le titre, mais dans le corps du livre.
Nous lisons même au prologue du livre V : Ego Canamusali fui in Baldach coram caliplii^ etc. A cela nous répondrons d'abord qu'Omar ben Aly, natif de Mossoul, a dû séjourner h Bagdad avant de se rendre en Egypte et qu'il peut citer des faits de sa pratique dans l'Irak. Nous pensons aussi que l'on aurait bien pu prendre Mossoul pour Bagdad, ou bien encore qu'Omar ben Aly a pu, dans certains Ms., être qualifié de Bagdady, en raison des études et du séjour qu'il a dû faire à Bagdad.
Si jusqu'à présent nous ne pouvons établir péremptoirement l'identité d'Omar ben Ali el Mously et de Canamusali, par la concordance de la traduction latine de ce dernier avec le Ms de l'Escurial, cela tient d'abord à la confusion avec laquelle se trouve relié ce manuscrit, puis à la faible quantité d'extraits que nous en avons pris, en raison du peu de temps à notre disposition. Si nous n'avons pu retrouver dans Canamusali la mention de l'aiguille creuse d'Omar ben Ali, nous trouvons cependant une certaine ressemblance générale ( ntre le Ms. et la traduction latine, à savoir la division de
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l'ouvraere en deux parties, d'une part àes médicaments, de l'autre des procédés opératoires.
Dans Ganamusali, les cinq premiers livres ne .sont pas autre chose qu'un formulaire. Le sixième traite des opérations, et le septième du régime alimentaire. Dans l'édition imprimée, on lit à propos de ce dernier livre : Qiiœ scquuntur addita non Canamusali. Dans le Ms. 10,234 du fonds latin de Paris on lit simplement : Explicit liber sextus, incipit sep-' timua.
Canamusali, au commencement de ces chapitres et sous forme de proloerue, se donne comme ayant, à l'instar de l'abeille, emprunté aux Chaldéens, aux Hébreux et aux Indiens. Parmi les rares autorités citées, nous remarquons, après Hippocrate et Galien, Almansor. Nous ignorons s'il est identique avec un auteur de Tedkira cité par Ebn Abil Mahassan et que nous ne connaissons pas d'ailleurs.
Au prologue du 2* livre nous rencontrons encore Almansor, Jean Damascène, le grand Mahomet^ puis un autre Mahomet portant un surnom qui serait peut-être celui do Razès.
Citons encore le passage du livre V qui pourrait servir à établir la date de ce Mahomet: c Et hoc collyrium fedt Magister Machomethus^ philosophua de Arahia pro calipho de Baldach qui ateterat per très annos quod non viderai, > Nous n'avons pu jusqu'à présent reconnaître ce Khalife.