‹ Histoire de la médecine arabe v.1, c.2 (volume 2)Chapitre 34 sur 168 · II. LES TRADUCTEURS · texte numérisé non relu

II. LES TRADUCTEURS

Nous trouvons une liste d'une trentaine de traducteurs du grec seulement dans Ebn Abi Ossaïbiah. Le Fihrist donne la sienne aussi, dans laquelle figurent quelques noms nouveaux. On peut recueillir encore d'autres noms, ce qui porte le chiffre des traducteurs de tout genre à une centaine. Si l'on se rappelle les noms des protecteurs, on verra quelle grande agitation le travail des traductions dut opérer dans le monde musulman.

L'ouvrage de Wenrich, d'ailleurs si recommandable, nous paraît ici défectueux. Il a souvent admis des traductions opérées par des Arabes d'après des annotations de manuscrits, sans se demander si ces traductions étaient bien réellement authentiques, et s'il ne fallait pas y voir soit descommentaîres, soit simplement des attributions erronées. Il a passé légèrement sur de graves questions que nous croyons devoir nous poser, à savoir: Les Arabes ont-ils joué un rôle personnel et direct dans le travail des traductions? Dans quelles

131 mSTOIRB DB LA MÉDECUTB ÂRABC — LITRl DEUXIÈME.

Ungra^ purent^ls en opérer? A quelles races ou commanions diverses doit-on les traductions?

Dans l'ensemble du travail, les traductions du grec en arabe comptent pour la grande majorité, au point que bien souvent on négrlige de tenir compte des autres, qui ont cependant leur importance. On doit aux Nestoriens la majeure partie de ces traductions.

A côté d'eux se placent aussi les Sabiens de Harran, qui entretinrent longrtemps la culture du grec. C'est à peu près exclusivement à ces deux groupes que nous devons les traductions du grec en arabe.

Certaines personnes ont cru que les Arabes avaient coopéré personnellement à cette catégt)rie de traductions. Ce qui a pu contribuer à propager et accréditer cette opinion, c'est une assertion doublement erronée, qui n'en est pas moins couverte du grand nom de d'Herbelot: « Averroës est le premier qui ait traduit Aristote du grec en arabe. » En présence de cette assertion, ce que l'on éprouve c'est l'étonnementplutôt que le besoin de la réfuter. Ajoutons encore la distinction que Ton a oublié de faire entre les. Arabes proprement dits ou Musulmans et les écrivains de race étrangère vivant au milieu d'eux et écrivant en langue arabe.

Connaissons-nous des traductions du grec exécutées par les Arabes, ou autrement quelques Arabes surent-ils le grec? Telle est la question que l'on n'a pas encore résolue définitivement, à notre connaissance du moins.

M. Renan se prononce d'une façon générale pour la négative. « Il n'y aurait pas, dit-il, beaucoup d'exagération à affirmer qu'à aucune époque aucun savant musulman n'a connu le grec. » (1) J'ai essayé de prouver, dit-il encore, que jamais les études grecques n'ont été cultivées parmi eux. (2)

Nous nous rangeons volontiers à cette dernière assertion On rencontre bien chez les Arabes une certaine connaissance de la lexicologie grecque et beaucoup d'étymologies sont

(1) Hist. des lang. sémit., 2« éd., 291.

(2) De philosophia apud Syros.

LEB THADUCTËCEB,

données par eux, ainsi, par exemple, dans les tableanx synoptiques qui terminent le Continent de Razès, (l) Mais ce n'est ipas encore là une preuve de ce qu'on peut appeler raisonnablement la culture du grec.

Quant à la première assertion, nous croyons qu'elle est encore discutable jusqu'à présent

Au sujet d'Abdellatif, M» de Sacy se prononce pour la négrative et nous sommes de son avis, (2)

Mais il est un homme pour lequel la question est plus dif-^ ficileà trancher, ix savoir El Kendy. Plusieurn orientalistes éminents lui accordent la connaissance du grec*

iL de Sacy admet qu'El Kendy a pu savoir le gfrec ou le syriaque, Ebn Abi Oasaïbiah le comptant au nombre des principaux traducteurs qui ont traduit en arabe les ouvrages d'Aristote, (3)

Wdstenfeld compte El Kendy parmi les savants que le KImlîfe El Mâmoun chargea de traduire les auteurs grecs. (4)

M. Sédillot ne paraît pas admettre le doute et nous donne simplement El Kendy comme versé dans la connaissance de la langue grecque. (5)

Comment croire, dit M. Jourdain, que le grec fut inconnu d'El Kendy ?{0) Puis il ajoute en note : * Dans un petit traité sur la sphère armillaire, Alkindi indique plusieurs causes de l'infidélité des versions arabes de TAlmageste, ce qui montre qu'il savait le grec, »

(1) Ûû en trouve aussi dans !os listes de sjnQnjmies. {2) Hektion de l'Egypte, p. 494,

(3) Idem, p. 4S8.

(4) Gescbjchte der trabiachen AerztOi p, 22,

l5)Prûlég, d'Oloug beg, XYIII; et Hist* des Arabes, p. 340.

(6) Voici la phrase entière que Ton est tout étonné de rencontrer ehex M, Jourdain : - Comment croire qu'elle fut ignorée des ftls da Mou ça» dMlkindit de Costa ben Luca, d'Honein et de son fila Isaac, et de plusieurs autres traducteurs ou philosophes arabes que je pourrais citer î » — Comment M. Jourdain a-t-il pu laisser tomber de sa plume les noms de Costa, de Honeiu et d'Xah&q sur lesquels le doute m saurait être pennii .

138 niSTOIRB DB LA. MÉDECINE ARABE. — LIVRE DEUXIÈME.

Nous avons consulté le M^. indiqué par M. Jourdain, qui occupe les folios 54 à 58 du n"* 1157, ancien fonds arabe, et voici de quoi il est question dans cet opuscule.

Un des amis d'El Kendy lui demande des éclaircissements sur la forme et l'usagée d*un instrument destiné à déterminer la position du soleil et des astres, instrument mentionné dans le V^ discours de TAlmageste.

El Kendy répond que l'obscurité tient uniquement à l'élévation du style et à l'enchaînement des idées de l'auteur, d'où résulte pour les traducteurs du grec en arabe une double difficulté, bien saisir le sens et le rendre par des expressions équivalentes, et que ces deux difficultés peuvent être Boit isolément soit concurremment une source d'erreurs pour les traducteurs.

Nous avouons, pour notre part, que la réponse d'El Kendy n'implique pas nécessairement la connaissance du grec, nous en verrions plutôt une preuve dans ce fait que les traductions attribuées à El Kendy portent sur le terrain des mathématiques, terrain qui ne fut pas cultivé par les Syriens.

Telles sont les autres considérations qui peuvent militer en faveur de la connaissance du grec par El Kendy.

On lit dans Ebn Abi Ossaïbiah et le Kitab el hokama qu'il traduisit plusieurs livres de philosophie, et qu'Abou Machar le compte parmi les quatre grands traducteurs qui ont paru dans rislamisme. On peut dire aussi que sa grande et précoce connaissance de la philosophie grecque porte naturellement à supposer qu'il fut avec cette science en communication directe; sinon il faudrait admettre que de son temps le travail des traductions avait déjà fait de bien rapides progrès. La liste de ses écrits se monte à plus de deux cents. Il embrassa, dit le Fihrist, la totalité des sciences antiques.

Un fait est hors de conteste, El Kendy a fait ou revu des traductions. Il revisa les traductions d'Autolycus (1) et

(1) Le Kitab el hokama.

LES TRADUCTEURS. l'H

(VHypsiclès.(l) Nous apprenons même du Filiri.st qu'il fit une traduction de la géographie de Ptolémée. (2)

En présence de tous ces faits, il est bien difficile de ne pas admettre qu'El Kendy connaissait le grec; mais en l'absence d'une assertion formelle relative au grec, nous croyons qu'il vaut mieux réserver encore la question, et admettre, en attendant, que les traductions d'El Kendy se firent d'après le syriaque. Nous ne croyons pas pouvoir refuser à El Kendy, la connaissance de cette langue beaucoup plus facile pour les Arabes que la langue grecque. Une hypothèse : aurait-il fait des traductions à deux, comme au moyen-âge ?

Un homme d'une saine érudition, M. Munk, rapporte qu'El Kendy fut chargé de traductions par le Khalife El Mâmoun, ce qui peut faire supposer, dit-il, qu'il était versé dans le grec ou dans le syriaque.

Rappelons notre hypothèse. Ne put-on pas employer quelquefois, pour les traductions arabes, le procédé des traductions latines au moyen-àge, c'est-à-dire la collaboration à deux ou même à trois? El Kendy ne put-il pas participer à ces collaborations?

Casiri, et après lui Wenrich, se sont fourvoyés à propos de Mohammed ben Moussa. Ils le donnent comme ayant traduit en arabe, d'après le syriaque d'Ayoub, des commentaires de Galien sur les Epidémies d'Hippocrate. La note de Honein, reproduite par Casiri, se trouve dans un Ms. identique de Paris (n^ 1002'^ sup.) Mais il y est dit que la traduction fut faite pour Abou Djafar Mohammed et non par lui. Et puis, ce qu'il y a d'étrange, c'est que le texte donné par Casiri porte Abi Djafar au lieu d'Abou Djafar! (3)

Omar ben El Farkhan est compté parmi les grands traducteurs, mais c'est tout ce que l'on nous apprend. Il est probable qu'il traduisit d'après le syriaque.

(1) Hadji Khalfa, V. 152.

(2) Un Ms. hébreu de Paris, n» 1028 contient la preuve qu*El Kendy savait le syriaque et peut-être le grec (Zotenberg).

(3; Casiri, I, 251. Wenrich, 250. Nous y reviendrons.

D'après le Kitab el hokama, Aboul Ouéfa traduisit le livre des gri^ndeurs et des distances du soleil et de la lune d'Aristarque de Samos, ainsi que le traité des divisions d'Aristippe. Il aurait encore traduit Diophante, s'il fallait eu croire Pococke dans sa traduction des Dynasties d'Aboulfarage. Mais le texte arabe donne fesser, que Pococke a rendu abusivementpar : interpretatus est. (1)

Enfin Ennaïrizy nous est donné comme ayant traduit TAlmageste, par le Kitab el hokama. Nous admettons sans peine ces traductions, mais en les considérant comme faites du syriaque en arabe.

Il en est encore quelques autres attribuées à des Arabes et admises par Wenrich, même du grec en arabe, et à des époques de décadence. Nous les regardons comme apocryphes.

En résumé, s'il est encore permis de douter que les Arabes aient traduit d'après le grec, il est plus admissible qu'ils ont traduit d'après le syriaque.

11 serait oiseux d'appliquer ce travail de critique aux traductions d'après l'indien, le chaldéen et le persan. Nous mentionnerons plus tard ces traductions et leurs auteurs. Pour cette catégorie de traductions nous ferons un choix et nous ne mentionnerons que ce qui rentre plus ou moins intimement dans notre sujet.

Quant aux traductions qui procèdent du grec soit directement, soit indirectement, nous mentionnerons autant que possible tous les travaux et tous les traducteurs, attendu que ces travaux ont pour nous un intérêt plus immédiat et que l'ouvrage de Wenrich ne nous paraît pas suffisamment connu en France. Il serait d'ailleurs assez difficile de faire un choix parmi les traducteurs, la plupart d'entre eux ayant exploité plusieurs catégories d'écrits. C'est enfin le moyen de faire connaître ce grand fait aussi intéressant et aussi original que peu connu de l'initiation des Arabes à la science. Nous ne nous occuperons des commentateurs qu'à propos des ouvrages traduits, et nous devrons faire un choix parmi eux; leur énumération complète nous entraînerait trop loin, tant ils sont nombreux,

(1) Hist. Djn., page 888 du texte.

UÛKEI?^ BEN ISH^Q.

lîiO

Le grand nombre de comnientateurs n'a rien qui doive noua étonner. Le g^énîe tUfférent des deux laiigiie^i nous en donne TexpUcation» La phraséologie grecque, avec aou ampleur et ses iûversioiiâ, devait être pour les traducteurs une cause d^enibarras et pour les lecteurs une cause d'obscurité* Aussi beaucoup de traductions nous sont données comme défectueuses^ et comme ayant été corrigées ou reprises k iiouTeau* Noua aurons roecasion d*en signaler quelquesunes. Naturellement ces difficultés variaient suivant la nature de Touvrage-

Parmi ceux qui nous sont familiers, il en est un dont la traduction dut être bien facile, c*est celle de Dioscorldes* Il n'en est pas de même de Galîen,

En tète de nos traducteurs, nous allons donner d'abord les plus éminents, tels que Honein et sa famille, Costa ben Luca»

Noua donnerons ensuite les traducteura de second ordre en entier, pour n'avoir plus à y revenir, les disposant suivant Tordre chronologique*

Nous ne parlerons actuellement que des traducteurs du grec ou du syriaque en arabe, réservant les autres pour des chapitres particuliers où nous exposerons en même temps les acquisitions dont la littérature arabe leur est redevable.

Si parmi les traducteurs il en est qui aient aussi de Timportance comme médecins, il en sera de nouveau question en temps et lieu*

HONEIN BEN ISHAQ (ABOU ZSID EL IBÀ1>y).

HoneiQ est la plus grande figure du IX* siècle. Ou peut même dire qu'il est une des plus belles intelligences et un des plus beaux caractères que Ton rencontre dans l'histoire» La merveilleuse étendue de ses travaux, leur variété, leur supériorité et leur importance, les épreuves qu'il supporta noblement au début et dans le cours de sa carrière, tout chtz lui provoque l'intérêt et la sympathie. S*il ne créa pas le mouvement de renaissance en Orient, personne n*y prit

140 HISTOinR DE IJI MÉDROTKR AIUBR. -* LIVUE DRUXlPlUE.

une part aussi active, aussi silre et aussi féconde. C*est un devoir autant qu'un plaisir de donner à sa biogrraphie des proportions inusitées.

Il naquit en Tannée 809, d'une famille d'Ibadites, chrétiens arabes qui s'étaient fixés à Hira, où son père Isliaq exerçait la profession de pharmacien. (1) De là son surnom à'El Ibady.

Les gfens de Hira passaient pour des Béotiens, et quand Honein vint à Bag^dad se présenter à Jean, fils de Mésué pour être son élève, Jean le renvoya, prétextant que les gens de Hira n'étaient pas aptes à l'étude de la médecine. Cependant Honein, qui s'en fut en pleurant, ne se découragea pas. Il se rendit en Grèce, y séjourna deux ans, se perfectionna dans la lang^ue du pays et en rapporta des livres.

On lit aussi dans Ebn Âbi Ossaïbiah qu'il étudia le grrec & Alexandrie. Ce fait, qui aurait son intérêt s'il était avéré, n'est pas relaté dans le Kitab el hokama.

Honein s'en revint à Bagdad, voyagea dans la Perse, alla se perfectionner dans la langue arabe à Bassora, puis se fixa définitivement à Bagdad. Il s'était ainsi acquis une connaissance approfondie du syriaque, de l'arabe et du grec.

S'étant mis à traduire l'anatomie de Galien, le vieux Gabriel fils de Bakhtichou, l'écoutait avec un étonnement mêlé de respect, l'appelait son maître et voyait en lui un nouveau Sergius (le célèbre traducteur de Ras el Aïn). Jean fils de Mésué, fut pareillement émerveillé. Il ouvrit sa porte à Honein et le pria de lui faire des traductions.

Honein fut aussi encouragé dans la voie des traductions par les fils de Moussa ben Chaker, qui l'employèrent avec Tsabet et Hobéïch. Ces protecteurs des savants dépensaient pour eux 500 dinars par mois.

Honein était jeune encore quand le Khalife El Mâmounle chargea de traduire les grecs en arabe et de reviser les tra-

(1) M. Sanguinetti adopte Tannée 792, de préférence à Tannée 809. Nous avons adopté cette dernière en raison d*un mot d*Ebn Abi Ossaïbiah qui dit que Honein était encore jeune, quand El Mâmoun le chargea de traductions.

HOX^IK UEIS ISilAQ.

Ml

duations de,s autres* Les traductions de Houein lui étaient payées littéralement au poids de Tor.

L'activité de Honeiii dut être prodigieuse, Sauâ parler de ses révisions, il commenta tout HIppocrate, traduisit une bonne partie de Galien, Uribaae, Paul d'Egine, plut^ieiirs écrits dVlristote et de Platon, des mathématiciens, des astronomes, dm plulosophes» etc., assuciaut à ses travaux sou neveu Hobéïch et son fils Ishaq. Il écrivit encore une centaine d*ouvrag*es dont les uns restèrent classiques dans renseignement et les autres attestent qu'il unissait la pratique à la théorie, tels que son traité des maladies des yeux*

Le Khalife Moutaouakkel frappé de la réputation de Honein le fît appeler et lui constitua une riche pension. Cependant ayant conçu à son égard quelques soupçons dUntelligence avec les Grecs, cliers sans doute h Honein, il voulut réprouver.

Il le fit venir, le revêtit d'un vêtement d'honneur et lui donna nu titre de 50,000 drachmes, puis il lui dît: Je désire que tu me prépares un remède secret au moyen duquel je puisse me débarrasser d'un ennemi* Honein répondit : Je n'ai jamais appris que des remèdes salutaires et je pensais que le Prince des Croyant.^ ne m'en demanderait pasd* autres* Cependant si telle est sa volonté j'essaierai, mais il me faut du temps. Malgré délais et menaces, Honein n'en fit rien et le Khalife le fit mettre en prison. Honein y resta une année^ qu'il employa à traduire et composer. Moutaouakkel le fit de nouveau comparaître, ayant étalé d'uncôîé des trésors et de l'antre des instruiUGUti de supplice. Le temps se passe, lui dit-il, et mes désirs ne sont pas remplis. Si tu obéis, ces trésors et d'autres encore sont à toi, sinon je te ferai périr dans les supplices. — J'ai déjà dit au Prince des Croyants, répondit Honein, que je n'avais appris à composer que des remèdes salutaires. Sur ce le Khalife lut dit: Console-toit Honein ; tout cela n'était que pour t' éprouver. Mais à quoi donc a pu tenir ton refus? —A deux choses, répondit Honein» ma religion et ma profession, La première ordonne de faire du bien à nos ennemis, et h plus forte raison à nos amis, La

i:uude nous défend de nuire au genre humain, instituée

qu'elle est pour lui être utile. Tout médecin a fait serment de ne jamais délivrer de poison. — Ce sont là deux belles lois, répliqua Motaouakkel, et il combla Honein de présents.

Le mérite de Honein ne pouvait manquer de lui susciter des envieux et des ennemis. Une épreuve nouvelle lui était réservée. Cette aventure, diversement racontée, mais identique au fond, nous a été conservée par Honein lui-même dans un récit empreint de tristesse. Honein avait probablement rapporté de son séjour en Grèce de l'aversion pour le culte des imagres. C'est sur ce- terrain que ses ennemis lui tendirent un piège, qui paraît avoir été imaginé par Bakhtichou, fils de Gabriel et exécuté par Thifoury. D'après Aboulfaragfe ce serait le fait exclusif de Thifoury, auquel Honein aurait reproché sa vénération pour les images.

Nous nous en tiendrons au récit de Honein. Bakhtichou fit exécuter une belle peinture de la Vierge, et la fit voir à Moutaouakkel, qui lui demanda si tous les chrétiens avaient pour cette image une pareille vénération. Oui, répondit Bakhtichou, excepté un de tes sujets que tu as comblé de tes bienfaits, qui est un impie et ne crDit à rien. — Quel est-il, demanda le Khalife. — C'est Honein. Moutaouakkel ordonna de le faire comparaître et lui dit : Tu vois cette image, c'est la représentation de votre Seigneur et de sa mère. — Dieu me garde, répondit Honein, de croire qu'il puisse être représenté I Ce sont là simplement des images, comme on en voit dans les églises et autres lieux. — C'est donc chose insignifiante? — Comme l'a dit le Prince des Croyants. — S'il en est ainsi, tu peux cracher dessus. — Honein cracha sur Timage.

Le Catholique ou chef de la communauté chrétienne fut appelé, et Moutaouakkel lui demanda ce que méritait un homme qui avait craché sur cette image. Si c'est un chrétien, répondit le catholique, et si j'en avais le pouvoir il serait fustigé. Toutefois, je lui défendrai l'entrée de nos temples et je le nlettrai en interdit jusqu'à ce qu'il se soit repenti sincèrement et se soit purifié par le jeune et la prière. — Fais ce qu'il te plaira, lui dit le Khalife. Honein reçut cent coups d'étrivières, et fut mis aux fers dans la maison du Catholi-

U0N*1£IX UBll ISUAQ.

li:J

qiH5, ou il re^ta six mois, frappé rlepliia de tomp>î h îUitL'o. Il n'est pas étonnant que ces persécutioiiH raient uig^ri. Ceux que j'ai iuâtruits, dit-il, pour lesquels je tas génévenx, que j'ai clevé:^ au dessus de leurs concitoyens, m'ont rendu lo mal pour le bien. Je n*en ai pas moins loué Dieu» et je me suis rappelé le propos de Galien que Ton peut tirer profit des inimitiés. Mais cependant comment rester calme! On me vilipende.on honore ceux qui me honnissent et on honnit ceux qui m'honorent. Ils voient la supériorité de ma science sur Ir^leur, mes traductions qui leur ont livré la science delang-ues auxquelles ils ne comprenaient rien, qu'eux-mêmes distiient supérieures!! toutes celles qui les avaient précédées. Les hommes instruits de toutes les communions m'aimaient et me respectaient. Mais ces médecins chrétiens qui me doivent tout leur savoir en veulent k mes jours. Ils disent ; c*est Ikce traducteur de Honein, qui a reçu pour ses traduc* tions un salaire comme en reçoit un artisan pour ses peines. Il se fait appeler Hoiieiu le médecin et non pas Honein le traducteur, Quand j'entends ces choses^ mon cœur se resserre et il me prend envie de me donner la mort! L*envie n'a cessé d'habiter la terre depuis Abel ! Si j'ai raconté ces faits, ajonte-t-il, c'est pour que l'homme intellig^ent comprenne que le.^ calamités atteig^uent le savant et l'ignorants lu grand et le petit.

Cependant Moutaouakkel tomba malade et Honeiu prit part aux consultations. Enfin on le tira de prison, et il comparut chez le Klialife revêtu de richei vêtements^ et au milieu de ses ennemis, qui croyaient h son supplice. C'est donc à tort qu'on lit dans Aboulfarage, qu'après son excommunication, Uonein rentra chez lui et y mourut subitement de chagrin ou par le poison.

Il paraît d'après Ebn Abi Ossaïbîah, que Honein fut nommé chef des médecins de Bagdad h propos de la publication de son liv^e : Des Questions.

On s'accorde à placer la mort de Honein en rannée 200 de rhégire, 873 de l'ère chrétienne.

Bien que Honein ait beaucoup écrit en dehors de ses traductions, c*est par elles surtout qu*il se recommande k la pos-

1 11 IliSTOlUK D\ù LA MLDLLlNE ARABE. — LIVOE DEUXIÈME.

tcriti». Il inarchc ii hi tète de tous les traducteurs de son temps, non-seulement par la correction de ses traductions, mais surtout par leur importance et leur étendue.

Son œuvre embrasse à peu près tous les chefs-d'œuvre de la médecine antique. On a dit que les traductions de Costa hen Luca avaient la correction de celles de Honein.mais Luca traduisit bien p<.ni, comparativement JiHonein. On a dit aussi que Ilonein avait bénéficié de la ressemblance de son nom avec celui de Hobéïch. Quand cela serait, malgfré quelques attributions douteuses, il n'en resterait pas moins assez deg-loire à Ilonein, et le mérite d'avoir formé des collaborateurs comme son fiis Ishaq et son neveu Hobéïcli.

Outre les traductions de son crft, Honein en revisa une foule d'autres. Il avait pareillement fait une révision des textes orig-inaux d'Hippocrate et de Galien.

Si l'on s'en rapporte au catalogue des livres de Galien dressé par Honein, il semblerait, dit l'auteur du Filirist, qu'il en a plus traduit en syriaque qu'en arabe, mais il révisa beaucoup de traductions arabes faites par d'autres.

Honein traduisit tantôt en syriaque et tantôt en arabe, sans doute suivant les cas. S'il traduisait pour Gabriel ou Mésué, pour ses corelig-ionnaircs, il pouvait le faire en syriaque ; mais il en était autrement s'il traduisait pour les fils de Moussa, ou pour satisfaire aux désirs d'El Màmoun. D'ailleurs il traduisit plus d'une fois le même ouvrage à la fois en syriaque et en arabe.

On a dit trop souvent, pour infirmer le valeur des traductions arabes, qu'elles avaient passé du grec a travers le syriaque. C'est là une assertion gratuite qu'il est presque oiseux de réfuter. Quand se firent les traductions en arabe, commandées par les Arabes et pour les Arabes, il existait àpeine quelques traductions en syriaque, et ce nefutpas à elles que l'on s'adressa. On recueillit à grands frais les originaux grecs, et on les confia à des hommes qui savaient le grec et pouvaient en épurer les textes. Que si ces hommes firent aussi des traductions en syriaque, dont quelques-unes furent traduites de rechef en arabe soit par eux-mêmes soit par d'autres, c'est sans doute que les traducteurs tout eu travaillant

HONILIX liEN ISH.VQ. 1 1~»

pour le:4 Arabes, n'oubliaient pas leurs coreli^^ionnairesqui (levaient quelque temps encore tenir le sceptre de la science et de la pratique en attendant que se fit l'éducation des Arabes ; c'est aussi probablement parce que dans ce moment de ferveur on voulut employer le plus d'agents possibles pour avoir plus de produits et que l'on confia des traductions en syriaque, à faire passer dans la langue arabe, à ceux qui ne connaissaient pas suffisamment le grec.

Honein et les siens, profondément versés dans la langue grecque, livrèrent aux Arabes des traductions irréprochables, qui embrassaient la meilleure partie de la médecine grecque. Les traductions qui n'eurent pas la bonne fortune de tomber entre les mains des maîtres de l'art, furent ensuite reprises et corrigées.

Nous allons donner aussi sommairement que possible la liste des traductions de Honein, devant y revenir à propos des auteurs traduits. Là, certains détails trouveront mieux leur place qu'ici.

Nous n'avons pas cru devoir nous en rapporter à Wenrich. Nous avons vérifié presque toutes ses citiitions et nous avons trouvé des erreurs et des omissions. Nous diviserons les auteurs traduits en deux catégories, savants divers et médecins. Cet ensemble de travaux encyclopédiques accuse chez Honein plus que la connaissance du grec et l'activité, il accuse encore une largQ et facile intelligence.

Première catégorie, savants divers :

Platon. La politique, les loisetTimée.

Aristote. Honein traduisit en syriaque une partie de l'Organon, le Traité de la génération et de la corruption, celui de l'àme et un fragment de métaphysique. H traduisit en arabe les Catégories, révisa une traduction des premiers Analytiques, traduisit (1) les Ethiques et la Physique s'il faut en croire un Ms. de Leyde.

(1) Dans la notice d'Alexandre d'Aplirodisias, Isbaq est donné comme avant traduit les Sophistiques, la Rhétorique et la Poétique. Casiri qui a repioduit cette notice, p. 243, î, donne Ishaq dans le texte et Honein dans sa traduction latine.

liU HtSTÔlllE DE LX MÉDECINE ARABE, — LIVRE D£UX|Lm£«

Autolycus. De la splière en mouvement.

Euclide, D'après Ebn Kiiallîcan* Hoiiein aurait traduit EucHde, fait qui n'a pas été mentionné par Wenrich*

Nicolas de Damas. Sommaire de la philosophie d*Aristote. — Des Plantes (ouvrage attribué à Aristote), (1)

Menetaùs, Des spliériques.

Archimbde. Delà aphère et du cylindre,

Apollonius de Tyane. Traité d'astrologie,

Artdmidore. De l'interprétation des songes.

Alexandre d'Aphrodisias. Quelques opuscules. (2)

Porphyre. L'Isagoge,

Thémistius. Commentaire sur le livre de rame.

Deuxième catégorie. Médecins*

Honein eut l'heureuse idée de s'adresser à peu près excUw sivement aux deux maîtres de la science médicale, Hlppocrate et Galièn, et le Kitab ei hokama fait observer qu'il eut soin d'en réviser les textes.

Hippocrate :

Kpidémies» Pronostics* Apliorismes.

De Taîr, des eaux et des lieux.

De la nature de Thomme. Du sernient.

Grand traité des maladies (aiguës), (3) De rofficine, (1)

lia naissance à huit mois, (5)

Honein fit aussi des commentaires sur Hippocrate et Ga- Iten.

Nous suivronei, pour Ténumération des écrits de Galieu, traduits par Honein, la liste donnée par le Fihrist, et qui i^e retrouve dans le Kitab el hokama*

Nous ne voulons pas reproduire ici la liste des seize écrits

(1) Nicolaï Damnsceni, do Plantie, ex Isaaci vcrsîonc arabica î reccneuit Meyer* Abouïfaragpo dit quil en possédait une traduction syriaque de Honein*

(2) V, Casiri, L 242 •

(3) t^l'raitB (les maladies nigiû's oxlyteà Paris eu arabe arec des caractères hébreux.

(h) La plupart do ces écrits se trouvent h TEi^cariaL

(5) Cet écrit m trouve ri MunicJu

BOÎ7ftlK him tSllAQ.

(le Giilicii arrangétî par les Alexatîtlrma pour reuseignemeiit de la méikcine* Nous dirons seulement que Hooein en traduisit leB troiî^quarts, les autres Fayant été par Hobeïch, et qu'il les refontlit aussi par demandes et par répouses, d'ajirès le Kitab el hokama. Il existe sous le nom de Konein» au Hritish Muséum, n* MCCCL VI, un exemplaire des XVI livres arrangés par les Alexandrins, Il semblerait doue que Houeiu 6» fit une double traduction, Tune partielle de ces livres intactB et Tautre complète de ces livres remaniés. (1)

Après réuumération des XVI livres^ on lit dans le Fibrlst; Livres en surplus des XVI.

La grande Auatûmienous est donnée comme ayant été traduite par Hobéïeli* Ce n'est pas autre chose que les Adtninistratioîis nnatomiques. Cependant les Mss. d*Oxford et du Brîtish Muséum en attribuent la traduction à Houein.

Des mouTements de la poitrine et du poumon. Traduction faite par Etienne et revue par Honein.

Dea maladies de Tilme, idem.

De la voix, par Honein*

Des mouvements des muscles. Traductiou par Etîenuej re^ Vue par Honein.

De la nécessité de la reâpîratîoii» idem.

Des mouvements obscura. Quelle que ftoît rautbencité de ce livre, Wenrich a oublié de dire qu'il avait été traduit par Marcus de Tolède, d'après la version arabe de Honein, Johannitins* Il faut dire aussi, k l'appui de son authenticité, qu'il est cité souvent par Galien lui-même.

De Tusaje des parties, traduction par Hobeïch, revue par Honein.

De la ntellleure conformation, par HoneiUi

Du bon état du corps, Honein ou Hobéïcbj suivant ruflo ou l'autre liste.

Du mauvais tempérament. Honein.

Des simples» idem.

(1) Wenrich n*a rien compris aux cinq U^tts iTAnaiomiêi qui font partie cIcb Ethe, p. 251 : Y. ce que nous en mvans dit, Le Fihiist attribue les Divergences en anatomie a Honeia^ d'après Weorich. Il en est autL'ement dans le Ms. que nous avons consultée

118 HISTOIRE b£ LA JiÉDEClNE AlUbË. — LIYUE DLUXILMC.

De l*accouclicmcnt à sept mois, idem.

De l'atrabile, Honein ou Etienne.

De la dyspnée, Honein.

Du marasme, idem. (1)

Sur un enfant épileptique, idem.

Des propriétés des aliments, idem.

Du régime atténuant, idem. (2)

De la médecine d'Aristote, (3) idem.

Traitement des maladies aig'uës suivant Hippocrate, idem.

Lettre à Thrasybule, idem.

Qu'un bon médecin doit être philosophe, idem.

Des vrais livres d'Hippocrate, idem.

De l'examen du médecin (du médecin?) idem, (t)

De la secte (de la meilleure secte), idem.

De la démonstration en XV livres. C'est seulement dans Ebn Abi (Jssaïbiah que nous trouvons des renseig^nements sur cet écrit. Honein ne put en trouver une copie originale complète.

Déjà Gabriel avait fait des recherches. Honein en fit dans la Mésopotamie, la Syrie, la Palestine et l'Egypte, et en trouva la moitié seulement à Damas, qu'il traduisit en syriaque. Des traductions en furent faites aussi par Aioub et par Issa ben lahya, et par Ishaq en arabe. Ce livre ne se trouve pas dans les listes que nous possédons.

Faudrait-il en voir une reproduction dans un chapitre de l'histoire philosophique, ouvrage du reste considéré comme douteux.

De la connaissance de ses défauts, traduction de Thomas, revue par Honein.

Le ïimée de Platon. Sur vingt livres, Honein en traduisit dix-sept et Ishaq les autres.

Du premier moteur, Honein.

Grand livre sur la saignée, idem.

(l)Casiri atraduit par ; de Slcrcorc, I. 255. (2) Casiri a roudu par: de benigno rcgiminc, id.

(3) Casiri no le mentioDiie pas. Id.

(4) Casiri voit là des Observations»

HONKIN DKK ISÎÎAQ.

IW

Introihiction h la lû/^iqup*

On attribue à Gai 1 eu un opuâcule sur leii hivament^, qui fat traduit eu hubreu et pUus tard en latin, traprèsla version arabe (le Houuiu, Uazès, ilans le Continent, dit à plui^ieurH repriseB que cet écrit est plutôt de Rufuis que de Galieu.

Il eât un livre des planter» ran^é à juste titre parmi les douteux, qui fut traduit en arabe par Houeiu et plus tard en iatin. On lit dans la traduction latine que Houein fit cette traduction pour Abou Djafar Mohammed beu ilousaa, parce que d*autres, qui avaient précédé la tienne, étaient défectueuses.

Honein traduisit aussi des commentaires de Galien sur Hippoerate, qui nous «ont restée, les commentaires sur les épidémies, le^i septénaires^ etc.

Le commentaire sur les épidémies, qui existe à rEacurial et maintenant a Paris, est accompagné d'une annoUxtton de Honein qtiiaété mal rendue par Cusiri^et que noua allon:^ reproduire, d'autant plus qu'elle contient île f^rave^ erreurs qui ont échappé à Wenrich et Tout éfir*^ré*

« Le premier livre des épidémies fut Vôbjet d'un commentaire de Oaîîeu, en ti*oi.s parties. Aïoub le traduisit d'alïord en syriaque, puis en arabe pour Abou Djalur Muhammed ben Gloussa, (1) Galien fit sur le H" livre nu commentaire en i^lx parties.

«r L'orig-inal grec me tomba sous la main, mais il y manquait une partie, et de plus il y avait des fautes, des lacunes et de la confusion. Après l'avoir révisé et transcrit en g^rec, je le traduisis en syriaque, puis en arabe, à l'adresse d'Abou Djafar Mohammed ben Moussa. (2) Cependant il t^f^ fit que je ne Tachevai pas complètement» Galien fit encoie sur h* XI" livre des épidémies nu commentaire en huit parties, qui fut traduit en syriaque par Aïoub.

« Tous ces com mentît ires sur les épidémies se retrouvent

(1) On Ht dans Uasïri : Quos syriace Job* Ambice Ah* Uinfuit Mahnmmed beu Musa tratiistuîit. — Abi uiimit dû cepeadiinl iiidi(|mM^ il CïUiiii que ce mot était un régime et non un sujet*

(2) Cusiri : quos et nmbtce postea 46i Oiafar Mohammed ben Musa convmiL —Toujours AOt.

15!) IIISTOIRB DE LA MéOROIHS ARABE. — LIVRE DECXI£7iB.

danames écrits. Galien ne commenta que ces quatre livres. (1) Quant aux trois autres, c'est-à-dire le lY*, le ¥• et le VII% il les rejeta comme apocryphes.

« Il existe encore d'autres discours de Galien sur les épidémies, où il reproduit tantôt la lettre et tantôt l'esprit d'Hippocrate, mais je n'en ai trouvé qu'en faible quantité. »

Commentaire de Galien sur les Âphorismes d'Hippocrate, par Honein. Le manuscrit existe à Paris, n«985, A. F.

Commentaire de Galien sur le livre des Septénaires, par Honein. Il en existe un exemplaire à Munich sous le n* 802. M. Darembergr en ayant obtenu l'extradition, nous en avons pris une copie, que nous traduirons quelque jour, si Dieu nous prête vie.

Il existe encore dans les collections européennes quelques traductions de Galien attribuées à Honein, tandis que les historiens les attribuent k Hobéïch. (2)

Oribaac.

Honein a traduit le livre h son fils Eustathe, et la g*rande collection en soixante-dix livres.

Paul d'Egine. Honein traduisit ses Pandectes.

Theomnestus.

11 existe à Paris, sous le n* 1038, ancien fonds, une traduction du Traité d'art vétérinaire de Theomnestus, par Honein.

Parmi les traductions revues par Honein, nous citerons celle de Dioscoride, exécutée par Etienne, fils de Basile. Il en existe à Paris, n* 1067 du supplément, un exemplaire chargé de notes précieuses, sur lequel nous avons publié un travail dans le Journal asiatique.

Il est encore une traduction de Honein, qui était restée jusqu'alors ignorée, c'est la traduction de l'Ancien Testa-

(1) Il y a nécessairement une lacune en cet endroit. Nous savons que Galien ne commenta que les trois premiers et le sixième livre des Epidémies, c'est-à-dire quatre en tout. La traduction par Honein de ces quatre commentaires existe à rEscurial. Voyez pages 250 et suivantes, V* partie.

(2) Le Commentaire sur le pronostic, traduit par Honein, se trouve a Oxford.

tlOHilS' UEK ÎSH/IQ,

meut. Le Kttab el liokama, dans la notice du roi Ptolémée, dit qu'il se fit tuadtiire TEcriture de Thébreu en grec, et que Honeia en fit la traduction du grec en arabe. (1)

Au milieu de ses traductions, Honein avait encore le temps de composer des ouvrages. Nous avons les titre?* d'une centaine»

Plusieurs de ces ouvrag'es ont trait à Hippocrate et à Galien. Il commenta quelques écrit'i du premier* Le second l'occupa davantage. Honein ât des sommaires des seize li^ vrea de Galieu, qu'il rédigea par demandes et par réponses. Il publia sous le titre de Fruit, des extraits dea commentaires de Galieu sur \m apliori^mes, les pronostics, les maladies aiguës, les plaies de tète, les épidémies, Fofficine, l'air, les eaux et les lieux et la nature de l'homme. Il dressa une liste des écrits de Galien et de ceux quHl avait traduits. Son introduction au petit art de Galien a été traduite en latin et imprimée sous le titre Isagnge lohannitii.

Parmi les écrits orig^niaux de Honein, il en est deux qui eurent de Finfluence sur reaseignemeut et la pratique de la médecine chez les Arabes, ce sont les Questions et le Livre de Vœih

Les questions de Honein sont un traité élémentaire, une sorte d'introduction à la médecine, par demandes et par réponses. Il eut les honneurs de plusieurs commentaires. Celui d'Ebn Abi Sadeq se trouve ri Paris*

Le livre sur Tceil, en dix discours, dont le dernier est de HobeïcU, n*eut pas moins de crédit chez les oculistes arabes» Honein écrivit encore d'autres opuscules sur roculistique.

Nous indiquerons sommairement les autres écrits de Honein en les classant par catégories.

Il écrivit plusieurs traités sur les aliments simples etcom* posés; sur la différence des aliments et des médicaments; Bur les caustiques ; sur le lait; sur le régime tant h l'état sain qu'en certains états morbides ; sur Thygiène, les bains, la conservation des dents, les eaux pestilentielles, le coïtt

(1) Le n« llCi, Â. F. de Paris, contîetit ua écrit d*E«rmèir qui aurait été tratluit pnr Hoaejii,

152 HISTOJRB DE LA MÉDEClKE ARABE. — LIVRE DEUXIÈME.

etc. Son opuscule sur le chatouillement se trouve à l'Escurial.

Il écrivit un traité sur Tanatomie de l'appareil dig^eàtif et un autre sur les maladies de l'estomac ; d'autres sur le pouls, sur l'urine, sur les signes des maladies ; sur les fièvres, la dyspnée, l'épilepsie, les ulcères, les calculs.

Les sciences physiques l'occupèrent aussi et il écrivit sur l'action du soleil et de la lune, sur les météores, sur la salure de la mer, sur le flux et le reflux. Enfin il écrivit uu traité d'agriculture.

Citons encore des traités de grammaire et de logique, des catégories suivant Thémistius, un recueil de curiosités et .sentences des anciens philosophes, des annales, et la relation de ses infortunes.

Honein est fréquemment cité dans le Continent de Razès. Une douzaine de ses livres sont mentionnés, ce qui prouve qu'il était aussi considéré comme pnvticien.

ISHAQ BEN IIONEIN, ISAAC FILS DK IIOXEIX.

Ishaq, élevé par son père Honein, s'occupa comme lui des traductions du grec en syriaque et surtout en arabe. Son intelligence en cela, dit le Kitab el hokama, égalait au moins celle de son père. Comme lui il fut attaché à la personne des grands et des Khalifes et finit par devenir le familier de Cassem ben Obéid Allah. Frappé d'apoplexie, il resta quelque temps paralysé et mourut en l'année 910 de notre ère.

Comme le fait remarquer Ebn Khallican, Ishaq s'occupa plutôt des philosophes que des médecins.

Parmi les ouvrages deGalien il traduisit les suivants:

De la démonstration.

Sur leTimée de Platon.

Des sortes do raisonnements.

Commentaire sur Aristote.

Du premier moteur.

Sur la médecine d'EiMsistrite.

ÎSI1\Q nEN IIONI£I>C. 153

Quelques-uns de ces ouvrages furent traduits concurremmentavec son père.

Isliaq traduisit plusieurs ouvra^fes d*Aristote :

Les premiers et les deuxièmes Analytiques.

De Tinterprétation.

Les topiques.

La rhétliorique.

La génération et la corruption.

Le livre de l'àme.

La métaphysique jusqu'à la lettre M.

Le livre des plantes, attribué aussi à Nicolas de Damas. Il en traduisit aussi des commentaires :

Les topiques. Commentaires d'Alexandre d'Aphrodisius et d'Ammonius.

La génération et la corruption, commentaire d'Alexandre d'Aphrodisias.

L'éthique, commentaire de Porphyre.

L'âme, commentaire de Thémistius.

Il traduisit d'Euclide:

Les éléments.

Les données.

L'optique.

Les proportions. (1)

Tels sont ses ouvrages originaux :

Page 1